DÉLINQUANCE MÉDIATIQUE
Par Richard Natter
19/11/1998
Fond créé par Dynavie ©
|
Chaque document de ce site, en tant qu'objet original d'auteur, est protégé par la loi du 11 mars 1957 relative aux copies de documents. En conséquences, "toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur (Richard Natter) ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite". |
Quel que soit le pays, en Europe ou dans le monde, le phénomène de délinquance est à la une de tous les médias ou presque. Dans cet article, je vais m'efforcer de ne pas " blanchir " les délinquants, au détriment de la presse en général. Mais je ne veux plus non plus, accepter de croire que les médias ne sont pour rien dans cette ascension vers la violence. Tout comme ils le sont dans les affaires de justice, à mon avis, certains journalistes se complaisent à anticiper de manière probante, sur l'actualité.
Tout le monde ne peut nier cette vérité ; les exemples ne manquent pas hélas, pour étayer mes propos. Bien avant que la justice elle-même n'ait rendu son verdict, la majorité de la presse a déjà insidieusement condamné un présumé innocent. Ce qui a incité certains gouvernements, à prendre des mesures en vue de protéger l'intégrité de la justice : interdiction de publier des reportages avec un prévenu menotté, entre autre.
C'est exactement ce qui se passe vis-à-vis de la délinquance. Au-delà des paramètres inhérents au laxisme d'un côté, à la démission des parents de l'autre, reste l'engrenage. La plupart des jeunes, qui se livrent à des actes de violence, le font pour " faire parler d'eux " ! Entraînés par leurs copains, ils ne veulent pas passer pour des ringards. Sous forme de pari assez souvent, ils s'engagent sur une voie glissante, sans même s'en rendre compte. Pris dans cette spirale du ridicule, ils se laissent griser par les échos médiatiques. C'est là précisément, que le rôle des médias intervient. Si, au lieu de relater et nous rabâcher les oreilles à propos des événements, le silence était observé, il me semble bien qu'une grande partie des méfaits commis s'arrêteraient aussitôt. Ces reportages en deviennent même complices. La publicité qui est faite, indirectement, par le biais de ces rubriques à sensation, incite, plus qu'elle n'appelle à la raison.
Mais que l'on ne se trompe pas sur mes propos. Je ne parle ici que d'une catégorie de délinquants primaires, ceux qui, " pour épater leurs camarades ", s'adonnent à des comportements répréhensibles. La délinquance profonde, j'en parle dans mon Essai " P.P.A. ". Les fractures entre les générations, l'abandon des responsabilités parentales, l'incapacité des autorités à juguler ces hémorragies sociales, sont les points de départ de cette décadence chronique. Il convient donc de dissocier cette catégorie de délinquants " fabriqués " par la société, de celle à laquelle je fais présentement référence. C'est à dire à ces jeunes qui, de plus en plus tôt, livrés à eux-mêmes, sont confrontés au mutisme des adultes. Faute de pouvoir trouver une place, dans une société qui les cloue d'emblée au mur des incapables, ils s'emploient à leurs jeux favoris, qui sont en fait les prémices, d'une scission irréversible.
A l'instar du violeur, qui puise sa jouissance dans l'opposition de sa victime, les " apprentis délinquants " se délectent en écoutant les journalistes narrer leurs " exploits ". Radio, télé, presse écrite, ils sont fiers de voir que les médias parlent d'eux. Ce qui, inéluctablement, conduit à la surenchère dans les clans auxquels ils appartiennent. Aujourd'hui un banal vol à la tire... Demain un autre méfait... Les querelles se métamorphosent en agressions... Ils cassent, pillent, incendient... Ce qu'ils veulent avant tout, c'est devenir le caïd du coin, le " chef " que tout le monde craint. La place que la société leur refuse, c'est dans cette violence qu'ils la trouvent. Ils attendent avec impatience les échos médiatiques pour faire monter leur adrénaline. L'excitation atteint très vite son paroxysme, dès l'instant ou la presse s'empare de l'affaire. Comment est-ce qu'ils pourraient avoir l'illusion d'exister, si les journaux ne parlaient pas d'eux ?
C'est là précisément, qu'il conviendrait de mettre un terme définitif à ces reportages, provocateurs plus qu'inquisiteurs. Ce n'est pas, selon moi, en gavant les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, d'images de cette dégénérescence des valeurs, que l'on pourra éradiquer le phénomène. Le plus grand mépris n'est-il pas le silence ? Que deviendraient ces chefs de bandes si du jour au lendemain, aucun écho ne relatait leurs frasques ? La complicité à laquelle je fais référence un peu plus haut, se situe à ce niveau. Plus les médias étalent les faits divers, plus ces derniers se trouvent valorisés ; au lieu d'être combattus ! Car, de part cette attitude de cautionnement indirect, via les reportages à sensation, les médias amplifient ces épiphénomènes. La parole est d'argent mais le silence est d'or ! Cet adage devrait être davantage usité, afin de démystifier ce qui avant tout, n'est qu'un aspect cruel de nos propres lacunes.
Je compare ces actes, odieux au demeurant, aux caprices d'un enfant. Si, au lieu de le réprimer suite à une bêtise, on parvient à rester indifférent, l'envie de recommencer disparaît. Dès son plus jeune âge, l'être humain est soumis aux lois de la vie, dont la contestation fait partie. Plus les choses sont interdites, plus elles sont excitantes, c'est bien connu. L'adultère est un exemple probant ; s'il n'y avait pas ce côté tabou, grisant et stimulant, le désir d'infidélité ne serait pas ce qu'il est pour les inconditionnels de ces rapports peu honorifiques. Eh bien cette catégorie de délinquants connaît les mêmes frissons, grâce aux médias. Stimulés par les " reproches " qui leur sont adressés, par journalistes interposés, les délinquants savourent avec volupté leurs exactions. Ce qui les conduit naturellement à amplifier leurs délits, en devenant progressivement des voyous puis des hors-la-loi. La délinquance, à l'instar de l'alcool, de la cigarette ou de la drogue, devient progressivement indispensable. Simple manifestation de colère au départ, d'envie de se faire entendre ou être vu, elle devient très vite un moyen d'expression à part entière. L'intoxication hélas, conduit aux dérives que tout un chacun déplore.
Je suis intimement convaincu que si demain, le silence était fait autour des actes quotidiens de violence, émanant de ces " malfrats en herbe ", cette aile réfractaire de la jeunesse aurait tôt fait de revenir dans le droit chemin. Plutôt que relater les faits mineurs, je pense qu'il serait plus opportun de songer à trouver des solutions en profondeur. Que ce soit par jeu, pour faire parler d'eux ou simplement attirer l'attention, ce n'est pas en parlant de ces délinquants que la société pourra retrouver sa conscience. D'autant moins qu'à côté de cela, les jeunes apprécient comme il convient les magouilles, les malversations, sans oublier les " règlements de compte " auxquels se livrent leurs aînés. Qu'ont-ils devant eux ? Un passé de haine et de guerre, sournoisement entretenu par des commémorations indécentes ; un présent narquois leur imposant les maladies, le racisme, le chômage ; et un avenir en tout point obscurci par les erreurs que ceux qui les jugent aujourd'hui, ont commises avant eux. Sans hélas, avoir le courage de l'admettre !
Ces jeunes sont considérés systématiquement comme des bons à rien. Ils ont les cheveux longs, colorés, des boucles d'oreilles ? Ce sont des voyous ! Ils chantent et s'amusent avec insouciance ? Ce sont des fainéants ! Ils refusent la guerre, privilégiant l'amour et la paix ? La société les prend pour des demeurés. Ils n'ont pas d'expérience professionnelle ? Personne ne leur accorde une chance de pouvoir s'exprimer. Ils proposent des solutions, essaient de voir la vie différemment ? Ils deviennent des débiles ! Ils réfutent les idéologies qu'ils considèrent surannées, refusent les principes ? Ils sont caricaturés comme des marginaux ! Voilà comment, d'une façon schématique bien entendu, la société fabrique celles et ceux qui deviennent, par la force des choses, les délinquants que l'on condamne. Voilà comment, par le truchement de ces accusations un peu trop médiatiques, les délinquants primaires se transforment en assassins en puissance. Voilà pourquoi, il devient urgent d'endiguer ce fléau. En prenant le mal à sa racine, c'est à dire en arrêtant de jouer les hypocrites.
Car, au cours de ces reportages journaliers relatifs aux méfaits commis, il en découle tout un flot d'inepties grotesques. Les appels à la morale, au civisme se multiplient. Chaque journaliste y va de sa propre sensibilité, de sa perception personnelle sur les valeurs intrinsèques. C'est ce que j'appelle la course à l'audimat ! Plus les mots font appel aux principes élémentaires, plus ils sont en mesure d'émouvoir et donc, faire grimper le taux de diffusion. Mais ce sont des leurres. Des subterfuges habiles pour masquer les carences fondamentales, d'une société en manque d'identification. Au travers de ces reportages, ce sont nos propres lacunes qui sont mises en exergue. Notre incapacité à établir des liens entre le passé et l'avenir. Ce qui bien entendu, dénature le présent ! D'où mon envie de mettre tous ces dérapages, toutes ces dérives à plat dans mon Essai P.P.A.
Je ne fustige pas la presse en général. J'essaie par ce témoignage, de dire que si un effort est fait dans le sens du silence, à propos des méfaits commis, tout le monde y trouvera son compte. Les " postulants " au titre de caïd du quartier, ne trouveraient plus les ingrédients nécessaire à l'élaboration de leurs recettes. Au lieu de faire semblant de contenir la violence, en la canalisant dans des principes erronés, on ferait mieux de l'ignorer. Je ne puis, pour conclure, que rappeler en comparaison, les dramatiques inondations en Chine. Ne sont-elles pas, en grande partie, liées au gigantisme des travaux entrepris pour la construction du barrage géant ? En voulant à tout prix dompter la nature, on finit par en provoquer des réactions fulgurantes ! Si nul ne cherche à perturber le cours naturel de la vie, avec ses points forts et ses points faibles, sous des prétextes quelconques, celle-ci s'écoule normalement. Chaque fois que l'homme veut imposer ses idéaux, en prenant ses désirs pour des réalités, la nature répond en imposant la force de sa loi.
La délinquance est semblable à un ruisseau. Tant qu'elle n'est pas, pour des raisons d'éthique, soumise aux caprices des uns et des autres, elle se passe sans trop d'histoires. Depuis que l'être humain existe, les travers dans ses comportements ont suivi son évolution. La délinquance n'est pas loin s'en faut, une nouveauté que je sache ! Chaque génération, à des degrés divers bien sûr, a été ou est encore coupable des mêmes aberrations. A trop vouloir jeter la pierre sur les jeunes aujourd'hui, paumés avant tout, démunis de repères et sans avenir, on annihile les chances de voir disparaître l'iniquité. Ne perdons pas de vue enfin, que la Nature est, et restera toujours, la plus forte ! Le genre humain est une des composantes de la Nature. L'homme appartient à cet ensemble, à ce TOUT. Plutôt que s'acharner à dénoncer les imperfections des uns, au bénéfice des autres, essayons d'admettre que rien n'est parfait. Si un arbre est tordu, pensez-vous que ce soit à grands coups de " scoops " médiatiques que l'on parviendra à le redresser ?
DOSSIERS BRÛLANTS :
LAISSEZ-NOUS LA PAROLE * DÉLINQUANCE MÉDIATIQUE * L'HIVER DES SANS ABRI * ARNAQUE ou AMOUR * A L'HEURE DES FUSIONS * INTOLÉRANCE ABJECTE * LA PUBLICITÉ QUI TUE * LA ROUTE MEURTRIÈRE * LES SANS PAPIERS * EURO - HYPOCRISIE * L'INDIFFÉRENCE * LES FOUS DU VOLANT (Par Carole) * IRRÉDUCTIBLES DÉLINQUANTS * ARGENT FACILE * CA SENT LA POUDRE * SANG CONTAMINE * LA GUERRE EN SERBIE (Par Yves) * GUERRE OBSCURE *ERREUR OU PROVOCATION DE L'OTAN * PROMESSES BIDONS * PREUVES EN IMAGES * LA SANTÉ COÛTE CHER * LES RIPOUX DU SPORT * TURQUIE ENFANT CHÉRIE * HONNEUR BAFOUÉ * LES CAISSES MALADIES EN SUISSE * RELANCE ÉCONOMIQUE * LE PRIX DE L'ÉGOÏSME * COMITÉS DE LECTURE * FUMEURS : COUPABLES OU VICTIMES * NETTOYER LE SPORT * LA NATURE AGONISE * MÉDIAS : INFO OU INTOX * EURO BIENFAITEUR * LE FRIC * HALTE A LA PÉDOPHILIE *
RÉPERTOIRES DU SITE :