Christian GENEVIÈVE

Fond créé par Dynavie ©
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Le mensonge des mots
La déraison se pâme
En d'impénétrables pensées
Que le temps précipite
Sur des pentes profondes.
Il n'est rien d'autre à dire
Quand la vérité se joue
De nos phrases sans vie
De nos mots prononcés
Pour le plaisir de dire
Et de se raconter
Les rêves que l'on fait
Qui ne seront que rêves,
Ou cet être idéal
Que l'on ne saurait être
Que l'on ne voudrait être
Mais qu'il faudrait paraître.
La mémoire s'épuise
A trop vouloir se perdre
Dans un passé d'emprunt
Aux saveurs dépassées.
Voici,
Sur les pages étales
A l'encre bleue des mers
Cette histoire sans égale
Que les autres vénèrent.
Voici,
Le dernier, l'être ultime
A l'immense bonté
Dont les seuls mots subliment
La misère des années.
J'aperçois sur le bord de la page
Tous les mots comme au bord du rivage
S'en reviennent, rejetés par les flots
Les déchets sur l'écume de tes mots.
La pluie m'horripile
Aujourd'hui, je m'ennuie
De ce ciel chaque jour aussi gris
De ces ponts que j'essaye d'inventer
Pour soutenir encore chacun de mes pas
Qui chancellent au-dessus des grands vides.
Je m'invente un chemin
Qui me perd aussitôt.
J'imagine des lumières
Qui me crèvent les paupières.
Je m'invente des nuits
Aux couleurs du néant.
J'invente des amours
Par delà la mémoire.
Je m'invente une vie
Que la folie me ravie.
Je traverse les jours
Sans savoir où je vais
Et j'ai longtemps perdu
L'audace de mon âge.
Aujourd'hui je m'ennuie,
Tu n'es plus qu'un parfum
Et la pluie m'horripile.
Les persiennes
Les persiennes s'épuisent
Pour d'anciennes pensées
Qui s'envolent puis se posent
Sur le bord évasé
Des paupières de tes nuits
Qui s'évadent en silence.
Les secrets se libèrent
Sans jamais laisser voir
Ni l'envers à venir
Des histoires soupirées
Des couloirs de pénombres
Ni lumières aux couleurs délavées
Repoussant les vestiges
Que délaisse la mémoire
Au-delà de tes yeux.
Puis se ferme la porte
Sur le seuil assoupi
De ce jour qui descend,
Qui se perd et n'est plus
Qu'une image d'hier
Qui s'oublie dans la nuit
Comme une ombre lointaine
Aux contours éphémères
Par delà les persiennes.
Couleurs sur la toile
Les couleurs qui surgissent en travers de la toile
Sous nos yeux transparents et vidés de lumière
Réinventent une vie à l'instant où s'étalent
Les tourments des chemins recouverts de poussière.
Sous nos yeux transparents et vidés de lumière
Se dessine chaque jour un peu plus d'amertume
Cependant que nos pas dans le temps s'accélèrent
Pour ne faire de nos vies plus qu'un rêve posthume.
Je gardais dans la main
Encore chaude et serrée
Comme des restes d'amour
Que le vent par surprise
S'en venait dérober
Au milieu de mes rêves.
Réinvente une vie à l'instant où s'étale
Le bien peu que nous sommes, toi qui n'es pas d'ici
Mais en qui l'on espère, car tu ne sais le mal
Qui s'écoule chaque instant de nos cerveaux meurtris.
Les tourments des chemins recouverts de poussière
Ont perdu nos mémoires, nos amours, nos enfants.
Nous voilà de nouveaux retombés sur la pierre
Des ancêtres savants qui partaient loin devant,
Qui partaient sans savoir
Qu'il fait froid dans le noir.
Je gardais dans la main
La chaleur de tes doigts
Que je tenais serrés
Pour qu'ils ne s'enfuient pas.
Nous marchions tous les deux.
Tu ne me savais pas.
Les punaises
J'ai collé sur le mur
Des lambeaux de ma vie
Quelques lettres,
Peu de mots
Chuchotés ou écrits
Sur des cartes postales
Sur des cartes d'oubli
Qui ne sont maintenant
Que poussières lancées
Dans le ciel infini
Qui me sépare de vous
Qui m'avez oublié
Où qui n'êtes plus d'ici.
J'ai collé sur le mur
Ces lambeaux de ma vie
"Je suis loin",
"Il fait beau",
"Tu me manques",
"Comme il pleut",
Qui ressemblent à des mots
Que l'on dit sans y croire
Et dont l'équilibre ne tient
Que par quelques punaises
Que mon cSur a subies
Et qui bercent mes nuits
Et transpercent ma vie.
Le sens des mots
Je perds le sens des mots
A toujours les entendre
Sans que jamais pour autant
Les questions posées vainement
Ne trouvent la juste réponse
Pour s'éloigner du vide,
Pour éviter la chute.
J'aimais bien dire ces quelques mots
J'aime.
Ce serait bien si c'était vrai
Le vent qui court sous les cyprès
Si c'était vrai, ce serait beau.
La main n'est pas celle qu'on attend
Caresse chère qui réchauffe et se tend
Dans un geste amical qui n'est plus
Qu'une histoire lointaine aux parfums de poussière.
Elle retombe en éclats incessants
Sur la douleur que réveille chaque fois
Le seul désir de vivre,
De rêver, d'espérer.
Mes rêves lourds s'en sont allés
En images serviles et ternies
Au-dessus des décombres, étalés devant moi
Dans lesquels il n'est plus que les bruits
Pour croire encore que la vie est ici.
Mes miroirs sont brisés et s'envolent loin de moi.
J'aimais bien dire ces quelques mots
J'aime.
Comme à la fin d'un jour de fête
Les souvenirs qu'il nous en reste
Sont déjà tristes et en lambeaux.
J'invente alors des mots nouveaux
Pour qu'ils ne puissent servir à rien,
Passe-temps inutiles, entassés.
Car le temps va sans vouloir
Nous donner de chance aucune,
Et puis s'évade sans pouvoir
Faire de nous ces grands hommes
Qu'on croyait qu'on était.
J'aimais bien dire ces quelques mots
J'aime.
Ce serait bien si c'était vrai
Le vent qui court sous les cyprès
Si c'était vrai, ce serait beau.
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Copyright 2001 ©
Christian Geneviève.
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