D  Y N  A V I  E   

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NATHALIE RAYNAUD

 

Ami de l'ombre


Ami de l'ombre, je ne connais pas ton visage,
Je reçois juste tes lettres, étranges messages
Dévoilant l'encre de ton amour peu sage
Sur vélin blanc, épistolaire mirage.
Non, n'approche pas!
Je préfère te savoir dans l'ombre,
T'imaginer quand la nuit tombe,
Penché, noircissant le papier
A la lueur d'un chandelier
De ton écriture élégante et penchée.
Non, n'approche pas!
J'ai peur de me brûler les ailes
Au feu de ta passion immodérée;
Qui me séduit, qui m'ensorcelle
Avec ses phrases éthérées.
Tes mots sont des baisers de braise,
Cruelles mais délicieuses blessures,
Qui me torturent, rien ne m'apaise.
Chaque ligne est une perfide caresse
Qui s'insinue comme une traîtresse
Dans mon esprit et dans mon cœur
Revenant me hanter à toute heure.
Je crois parfois entendre une voix rauque
Susurrer tes mots à mon oreille
Avec des intonations chaudes,
Troublantes et sans pareilles.
Ami de l'ombre, je ne connais pas ton visage,
De tes missives, je suis devenue l'otage,
Une goélette en plein tangage
Que tu voudrais bien prendre à l'abordage.
Non, n'approche pas!
Je suis trop habituée à ma liberté,
Pas encore prête pour accepter l'esclavage.
J'ai peur d'être enfermée dans une cage,
J'aime trop les lointains voyages.
Je sais trop bien que si je me laissais aller
A poser ma tête sur ton épaule protectrice
Je me ferais indubitablement piéger
Par tes œillades séductrices
Et tes sourires ravageurs
Tu serais assurément le vainqueur.

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Terre stérile


Son ventre est vide et sec comme une terre aride,
Un sol stérile où rien ne germe, d'où la vie s'est enfuie,
Un temple où le silence veille au creux de l'abside
Sur l'arbre qui sommeille en attendant le fruit.
Le rythme de la vie, inné à la nature,
S'évertue sans cesse à reconstruire
Un berceau dans sa chair, architecture
Délicate que la lune n'a de cesse de détruire.
Il est trop tôt encore pour que, de l'océan primordial,
Jaillisse cette fleur lumineuse pour éclairer sa vie .
Elle se résout à la patience, à cette épreuve obsidionale,
Elle attend que le temps la délivre du sceau qui l'asservit.

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Volutes


Je t'écris , mon Amour, je t'écris et je brûle mes missives.
Je confie au feu intense la chaleur de ma flamme,
Je regarde mes mots s'envoler en hautes volutes lascives,
Colonnes de fumée, fragiles et ondulants calames
Pour écrire sur la voûte céleste, au milieu des étoiles,
La lumière qui m'habite et le feu qui me ronge,
Écrire au firmament avec la couleur des songes
Le nom de mon Amant, celui qui ôtera mon voile.
La dentelle mouvante des arabesques blanches s'élève,
Emportant mes mots d'amour comme des prières ferventes,
Comme des offrandes du cœur où le soleil se lève
Pour que le ciel t'accorde sa protection connivente.

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Vert-tige

Je me drape d’étoffe verte, j’arbore la couleur des fous,
Hardes de l’espérance, tissage de l’unique garde-fou
De ma raison qui me déserte. Je déploie ma bannière,
Ultime messagère de sinople, enrubannée de lierre.

Je m’enveloppe de méandres de gaze vert-d’eau
Brodées de nébuleuses de cauris et de sable d’or,
Le croissant d’argent, flottant au milieu du bandeau,
Éclaire de ses rayons mon front, la cérébrale amphore.

Ma parure est de jade, ma mantille dentelle d’algues,
Je porte le sceau du labyrinthe, les cercles concentriques
Du dédale de malachite enchâssés dans l’orichalque.
Je veille, solitaire, à la porte du monde symétrique.

Je porte l’émeraude, l’anis, le tilleul et l’amande,
Signes du renouvellement et de la renaissance,
Teintes de l’espoir qui voudrait encore s’épandre
Comme une dernière offrande et chasser l’oubliance.

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Éternel Retour


Bois à ma coupe jusqu'à la lie, infortuné Tristan,
Bois le philtre d’amour aux herbes maléfiques
Qui nous unira pour toujours, jusqu'à la nuit des temps
Par un lien plus puissant que la mort et la fin héroïque.

Laisse le vénéneux breuvage distiller son poison
Et courir dans tes veines pour mieux entamer ta raison.
Il est vain de vouloir combattre les effets du venin ,
Il ne sert en rien de se débattre, la folie est en chemin.

Nous nous érigerons contre les hommes et leurs lois,
Nous briserons leurs règles pour qu’elles volent en éclats,
Nous livrerons bataille jusqu'à notre dernier souffle

Pour que triomphe l’amour, même dans l’au-delà.
Prends ma bouche et goûte le baiser amer,
La morsure du cœur, dévorante vipère.

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Cinabre et charbon

Un matin, j’ai reçu un message, un morceau de ruban,
Couleur d’aile de papillon, un petit bout d’étoffe noire,
Comme un dernier baiser venu griffer ma mémoire
Avec ses feuilles de myrte et sa mâle odeur d’oliban.

C’était une missive confiée au hasard de la lecture,
Exposée aux yeux de tous, lisible pour moi seule,
Un reproche de verre brisé, un morceau de jaspe, une coupure,
Une cicatrice, une nervure qui me recouvrent comme un linceul.

Chaque mot m’est une aiguille, façonnant une perle de mon sang.
Chaque phrase, aiguë et coupante me lacère les entrailles,
Tranche la chair aimante de mon âme et mes souvenirs tumescents.
Je deviens déchirure, hymne à la blessure et chant de l’entaille.

Mes ailes prennent la teinte crue et assassine du cinabre,
Mes plumes maculées de grenat, sensibles au langage du sabre,
Dessinent dans l’éther  qui les porte une danse macabre
Éclats vermillon de mes ailes brisées, vaine palabre.

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Au commencement était la licorne...

Le soleil jetait ses feux sur les murs écrasés de chaleur,
Ils marchaient côte à côte dans les flaques de lumière,
Vifs, éveillés, flottant dans la sphère de leur bonheur.
Parfois elle levait lentement vers le visage de son frère,
Son bien aimé, le ciel profond et pur de son regard
Et il buvait à cette claire fontaine qui ne se tarit pas
Une eau cristalline, un élixir de vie, un divin nectar,
Un liquide frais, une eau de feu qui ne brûle pas.

Marchant du même pas, ils franchissaient les portes du savoir,
Ils entraient dans toutes les échoppes, touchaient les livres,
Caressaient les pages de l’esprit, laissant le soin au hasard
De les guider dans les méandres de la calligraphie qui enivre
De mots, d’images et de miroirs. Ils trouvaient sans chercher,
La quête commence par l’abandon, si tu ne demandes rien,
Tu obtiendras plus que tu ne peux décemment désirer.
Renonce à la gloire terrestre, tu deviendras subtil et aérien.


Ils brûlaient du même feu secret, la même étincelle
Illuminait leur regard. Les enfants du soleil rayonnent
Toujours ; de lumière et d’amour, ils ruissellent.
Ils possèdent cette sorte de grâce qui impressionne.
Le hasard ou le destin, frères étonnamment semblables,
Les ont menés à l’entrée de la demeure de la Dame,
Ils ont pénétré ces murs pétris de légendes et de fables,
Tapisseries à la trame d’esprit et à la chaîne d’âme.

Ils auraient pu rester graves et l’air sérieux,
Mais la science doit être aimable, le gai savoir ,
Alors ils riaient, ces enfants curieux et glorieux,
Nimbés d’amour et de mystère, ils savaient voir.
Dans la cour ombragée, dans le déambulatoire,
Ils sont allés échanger des murmures et des regards,
Elle était reine, brillant de mille feux sous la tiare,
Il était roi, puissant, sage, auréolé de victoire.

Leurs corps se frôlaient à travers l’étoffe de lin,
A l’abri des regards, derrière le pilier de la terre,
Se cherchaient et se rejoignaient, suave ballet des mains,
L’Amour rayonnait à peine caché par la colonne de pierre.
Ceux qui les ont vu ce jour là ont approché la lumière,
La légende s’écrivait à fleur de peau, à fleur de lèvres.
Il faut savoir être orfèvre de la vie pour ciseler les rêves
Et donner corps au mythe, la blanche cavale reste première.

Au commencement, était la Licorne...

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Calligraphie

J’ai pris mes plus beaux pinceaux, ceux qui viennent d’Orient,
Pour tremper leur flamme souple dans l’ombre de l’encre de Chine
Et j’ai tracé pour toi, sur le jardin du papier, un verger luxuriant,
Chaque signe est un fruit, citron, grenade et pampre muscadine.

Chaque image est un mot, un symbole secret de mon amour profond,
Un fruit de la passion, une pensée immortelle de mon esprit fécond.
Le pinceau va et bien, aérien, comme ma main voyage sur ta peau,
Il orne le papier de sa caresse humide et dépose l’or de son propos.

J’apprends l’art de la calligraphie, écriture subtile
Où la main prolonge le cœur dans son désir fertile
De transcrire la puissance du  feu et le fleuve indocile
Qui ravagent le temple sacré où l’amour a élu domicile.

J’apprends l’art de t’aimer à travers les mots que j’envoie
Comme des aveux timides ou des phrases brûlantes,
Le désir se traduit dans le verbe de l’image ondulante,
Il se lit dans le silence du regard, il n’a pas besoin de la voix.

Entends ce que mon cœur te chante,
Apprends le langage qui enchante.

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Copyright 1999 ©

Nathalie Raynaud.

Pour écrire à Nathalie :

 

REPERTOIRE DES ARTISTES :

Ana (peintre) * Christian (Poète) * Dany (Poétesse) * Dominique (Poétesse) * Nathalie (Peintre & Poétesse) *

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* Michelle (Professeur d'Ikebana)

Oeuvres Anonymes