ATTENTION

Cette fiction, qui comportera en tout une bonne soixantaine de Tomes, sera présentée sur le site sous forme de synthèses, effectuées par le logiciel Word... Ce qui exclu les dialogues et surtout, peut causer une incohérence notoire à la lecture, compte tenu que chaque épisode ne représentera que 25% de son contenu réel. Le but, c'est de donner un aperçu de la fiction, tout en me préservant d'un plagiat éventuel ;-))

           Richard NATTER.


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"" Amour en Péril ""


             Chaque jour, des dizaines de personnes défilent à tour de rôle dans la villa de Delphine et Laurent. Le mariage sera célébré en deux temps. Ne voulant léser personne, les futurs époux ont choisi les vacances de Noël, pour convoler en justes noces. Le choix des invités& Les faire-part& Le photographe& Le restaurant, l'orchestre, l'animation& L'emplacement des convives pour le repas de noces& Autant de paramètres anodins au demeurant mais qui, mis bout à bout, représentent des heures et des heures de discussions et de disputes.

            Du bout des doigts, il essuie les petites larmes qui sont venues ternir la fraîcheur de la beauté de Delphine. C'est vrai, Laurent ne se lasse pas de glorifier la mémoire de ses beaux-parents. Ce que les parents sentaient bien, c'étaient les manigances et les pièges qui étaient tendus au couple, par les faux amis. La jalousie des uns, la méchanceté des autres, ont tour à tour jeté le doute dans l'esprit de Delphine qui était, et demeure un tantinet quand même, fragile et vulnérable. La solidité d'un amour, se passe d'artifice. Si bien qu'au terme d'une période de troubles et d'incertitudes, Delphine et Laurent unissaient leur destinée en optant pour l'union libre.

            Hélas, pour Delphine autant que pour Laurent, les beaux-parents adorés ne seront pas de la fête. L'un n'est pas là pour étouffer l'autre, chacun des deux gardant légitimement son individualité. Le mariage ne signifie pas l'atrophie des valeurs intrinsèques des deux conjoints. Le choix des fleurs, de la décoration des tables autant que des voitures, en passant par celui des tenues, rien n'est éludé ! L'apparence, ils s'en moquent tous les deux. Le temps, en cette période de l'année, n'est pas à négliger. Delphine n'est pas la dernière à manifester son sens de la répartie et de l'humour. Patrice, le frère de Delphine et l'ami de Laurent, n'est pas le dernier à contribuer à ces atmosphères burlesques.

            De fil en aiguilles, de coups de gueule en coups de cSur, le couple en arrive finalement au jour fatidique. Patrice est à son affaire ! Il arrête chaque voiture pour offrir les paquets qu'il a lui-même confectionnés. Les parents de Laurent, les grands-parents, les témoins, et les amis les plus intimes. En attendant l'heure de la " grande bouffe " comme dit si bien Patrice, c'est à dire le repas de noce du lendemain soir, ils devront se contenter d'un minimum. A en juger les prémices, il sera rigoureux. Très raisonnable durant le repas, Laurent s'est laissé aller aux invitations de ses amis. En dépit d'une gueule de bois carabinée et d'un manque de sommeil évident, il ne met pas longtemps à réaliser que Le Tout-Puissant a voulu se racheter. Si tout se déroule comme prévu, ils ne se coucheront pas, au mieux, avant demain matin !

            Ce qui ne fait juste que vingt-quatre heures à tenir& A en juger l'enthousiasme de Laurent, qui soudain retrouve une pèche d'enfer, les heures n'auront aucune influence sur le moral des troupes. Raison de plus pour abandonner le masque de cette horrible gueule de bois. Le jour du mariage ! En imaginant l'effet qu'il aurait produit, il ne peut s'empêcher d'éclater de rire. Adorable grand-mère qui avait fait le serment à la mort de sa fille, de veiller sur le bien-être de sa petite fille. L'amour dont l'entoure Laurent la touche au plus haut point. Vaillante et alerte, elle ne manque pas une occasion de chambrer Laurent. La mini cuite de ce matin est aussitôt servie sur un plateau, en même temps que les croissants et le café. Ce qui bien entendu, déclenche aussitôt les fou rires !

            C'est qu'elle a du talent la mamie ! En train d'imiter Laurent, chaussures à la main, demandant à son épouse de ne pas faire de bruit, elle est irrésistible. Titubant comme lui, elle va et vient dans le salon, accentuant l'effet comique en louchant. Delphine en pleure de rire. Visiblement, la grand-mère est en forme, c'est l'essentiel. Il fallait bien cela, pour décrisper Delphine, de plus en plus tendue. Il n'est pas encore dix heures en ce samedi matin, que déjà, elle a peur de manquer de temps ! Le coiffeur& Le maquillage& La robe& Laurent préfère ne pas intervenir, savourant son petit-déjeuner. Dehors, il sera mieux et surtout, il ne risquera pas d'aggraver l'état nerveux de son épouse. Pas question que Laurent voit son épouse en robe avant qu'elle ne sorte de la maison, prête à partir à l'église.

            C'est ainsi, Laurent respecte cette tradition. Les voitures prévues pour le convoi arrivent les unes après les autres. Un cSur énorme sur le capot, confectionné avec des Sillets et des roses& Décoration des jantes avec les mêmes fleurs& Avec un goût et un amour merveilleux, il transforme la voiture en carrosse princier. La mariée s'arrête un instant devant son mari. Patrice en tête, chacun y va de sa mimique pour soutenir cet échange de tendresse. Le devoir les appelle hélas ! A regret, Delphine prend congé de son époux, et rejoint les bras grands ouverts de sa mamie adorée. Dotée d'une résistance et d'une volonté farouche, elle est capable d'abattre des montagnes. Pourquoi ne se marient-ils pas ? Sont-ils vraiment aussi fidèles qu'ils le prétendent ? C'est uniquement pour payer moins d'impôts qu'ils sont ensemble !& Le genre d'inepties grotesques et sordides, émanant des commères du quartier.

            Quelques heures plus tard, l'animation bat son plein devant la maison. Au fur et à mesure que les minutes s'écoulent, sa gorge se serre. La foule des invités devient de plus en plus compacte et bruyante. Au milieu des tenues de soirées, des parfums tous plus pénétrants les uns que les autres, il a du mal à conserver la tête froide. Les toilettes les plus excentriques, côtoient celles plus simples et modestes. L'apparence étale au grand jour, le faste de son ridicule. Loin de se contenter de sa cavalière officielle, choisie par le couple, il se laisse emporter au gré de ses pulsions. Le manège auquel il se livre, amuse Laurent. Éclatante de beauté, Delphine fait son apparition.

            Du haut du perron, elle savoure comme il se doit les manifestations de plaisir des invités. Petite poupée, bien protégée par les cols en fourrure et autre châle, la mariée fait l'admiration de tous. Elle est tellement belle dans sa robe, que les rayons du soleil eux-mêmes, ont du mal à rivaliser en éclat et luminosité. A quelques centimètres de son épouse, il enlève ses gants avec une gestuelle très théâtrale. Qu'est-ce que cela va être tout à l'heure à l'église ! Toujours est-il qu'après ce préambule, Laurent peut se hisser aux côtés de l'héroïne du jour. Langoureusement, il élimine le dernier obstacle entre lui et sa ravissante femme. L'une laissant tomber son mouchoir& L'autre demandant du feu& Jamais, elles n'accepteront de se sentir délaissées, au profit de quiconque. Il n'y a pas plus de mariage que de beurre en branche. Delphine et Laurent, après leur long baiser, se promènent main dans la main parmi les invités. En regardant autour de lui, Laurent en a le vertige.

            Rapidement, Laurent fait ses comptes. Du coin de l'Sil, ils observent les réactions des personnes non invitées au repas. Patrice ne se prive pas de crier les noms des futurs convives privilégiés, en leur attribuant l'invitation. Comme ça au moins, celles qui espéraient pousser le bouchon plus loin en sont pour leur frais ! Patrice est d'autant plus à l'aise dans sa démarche, que seuls précisément, les invités au repas sont présents à la villa. Raison de plus pour ajouter quelques touches comiques dont il a le secret. Sarcastique et caustique, Patrice ne supporte pas ce genre d'incrustation. Une ou deux femmes, se sentant démasquées, se font soudainement plus discrètes. Le coup porté par Patrice est dur, mais il leur en faut plus pour perdre la face. Très vite, Laurent la rejoint et Patrice prend place derrière le volant.

            Piloté par un des amis du couple, ce véhicule aura pour mission de faire ralentir, accélérer ou carrément stopper la voiture de tête. Tenant compte des carrefours, des ralentissements, tout a été prévu pour qu'aucun convive ne se perde. D'autant que la plupart des invités, vient des quatre coins de l'Europe et certains, du Canada, de Belgique et même, pour un des oncles de Delphine, de Californie. Dans un silence on ne peut plus émouvant, l'homélie débute. Cette fois, pour Delphine et Laurent, en présence du Tout-Puissant, leur amour revêt une dimension jamais atteinte. Derrière son voile, la mariée ne retient pas ses larmes. L'authenticité, la simplicité et la force des mots qui sont diffusés, accentuent son émotion déjà grande. Laurent, voulant sans doute jouer aux durs, essaie de ne pas imiter sa ravissante épouse.

            Lentement, le marié tourne son visage vers le curé. Lui aussi, laisse échapper ses larmes, brûlantes et étincelantes. Ému et très sensible à cette marée affective, émanant de cette communion des cSurs, il sourit tendrement. Après les échanges de promesses et de vSux, les mariés placent l'anneau d'or au doigt du conjoint. Sans se soucier du protocole ou autres obligations d'éthique, les invités applaudissent chaleureusement. Puis, pour clore la cérémonie, c'est au tour des signatures du registre. Sans oublier celles et ceux qui pour toujours, tiennent à manifester leur attachement aux mariés, en apposant leurs griffes sur les pages du livre. La pauvre Delphine est plutôt mal à son aise dans sa robe. Elle voudrait tellement étreindre son mari, qu'elle se sent frustrée. Ce n'est qu'une question de temps.

            Très vite, l'église se vide. Le couple n'est pas au bout de ses surprises ! Le trac, jusqu'ici oublié, fait son apparition dans le cSur de Delphine et Laurent. Cette fois, c'est officiel, ils sont bien mari et femme. Fièrement, Laurent donne le bras à sa dulcinée. Plus que quelques mètres, et les mariés seront soumis aux rituels des grains de riz et des confettis. Par contre, en arrivant sur le perron, Laurent surtout est bouleversé. En sa qualité d'ancien sapeur-pompier volontaire, il ne s'attendait pas à voir une haie d'honneur constituée par ses anciens amis, en tenue de cérémonie. Pour une surprise, c'en est une et de taille ! Inutile de demander qui, a bien pu organiser tout cela ; n'est-ce pas Patrice ?

            Tout se déroule à merveille. A l'entrée du parc, pour mieux tuer le temps, les invités en profitent pour se détendre un peu. Les enfants surtout, qu'il faut libérer des excès d'énergie. A l'exception il est vrai, de ses collègues sapeurs-pompiers qui hélas, ne pourront pas se joindre aux festivités. Pour eux, il a prévu quelques bouteilles de champagne. Direction l'apéritif, pour tout le monde ! Patrice donne ses ultimes directives aux derniers arrivants. Comme il fallait s'y attendre, les conseils de pondération en matière de sons, n'ont pas été scrupuleusement respectés. L'ambiance est à son apogée. Les bouchons de champagne s'échappent des bouteilles avec des bruits caractéristiques.

            Heureusement que certaines personnes ne viendront pas au dîner ! Car après seulement une heure d'arrosage, il y en a quelques uns qui ont les yeux et le nez vraiment brillants ! Au milieu des cris de bonheur, les enfants s'en donnent à cSur joie. Laurent paraît anxieux. La conversation qu'il tient avec son beau-frère est là pour en attester. Puisque tout le monde ne sera pas invité ce soir, il décide d'offrir à Delphine les premiers vers du poème qu'il est en train de concocter. Pour se faire, Patrice ne ménage pas sa peine pour que le silence s'instaure. Delphine la première, demeure interloquée. Sans se faire prier, son mari prend la parole. Les propos qu'il tient à son encontre, ne peuvent qu'honorer l'intensité de ses sentiments. Delphine et Patrice les premiers bien entendu, sont bouleversés.

            A force de laisser échapper des flots répétés de larmes de bonheur et d'émotion, elle renonce à refaire son maquillage. Le tout se mélange harmonieusement sur ses joues, décrivant des sillons multicolores. Le ton est donné pour le reste de la soirée mais aussi et surtout, pour cette vie qui s'annonce pleine de tendresse et de romantisme. Ce que la dizaine de loubards ignorait, c'est que Patrice et ses amis appartiennent tous à la section d'arts martiaux de la ville. Certes, ils ont pu apprécier la dextérité et l'efficacité de Patrice et des autres amis, mais quand même& Ils redoutent le retour en masse d'autres casseurs, ce qui contraint les moins courageux à prendre congé. Gâcher une aussi belle fête par des agressions gratuites, très peu pour eux. La nouvelle se diffuse plus rapidement que la lumière.

            Si bien qu'en quelques secondes, Laurent est avisé de ce qui vient de se passer. Immédiatement, confiant sa protégée à d'autres amis, il se précipite vers Patrice pour être mis courant des événements. En rejoignant son épouse, Laurent manifeste un énervement évident. Prématurément il en a bien peur, l'apéritif va devoir s'arrêter. Qui pourrait affirmer que les mariés ne sont pas exposés à des représailles ? Les cas se sont déjà produits. En dépit des précautions prises, la psychose s'installe. Bien que rien de fâcheux ne se soit produit, les sourires ne sont plus les mêmes. Les sourires s'estompent, les visages se crispent. En quelques minutes à peine, l'euphorie, l'enthousiasme, autant que la gaieté et la bonne humeur, se sont effacés au profit de la suspicion.

            Cette réaction, légitime s'il en est, est d'autant plus présente, que la crainte de représailles des voyous n'est pas à exclure. Les tristes exemples dans ce domaine ne manquent pas. Grâce à son métier et les relations privilégiées qu'il entretient avec les policiers, tout le monde est soulagé en arrivant au restaurant. L'ensemble du personnel de l'établissement, patrons en tête, applaudissent les jeunes époux avant de les précéder pour accéder à la salle. Les posters de Delphine et Laurent, suspendus au plafond, n'étaient pas prévus au programme. Qui donc a pu avoir une telle idée ? Les regards des mariés convergent en direction de Patrice qui, tel un enfant, fait semblant de siffloter en se dandinant et promenant son regard vers le plafond. Ami de Laurent, celui-ci est informé de ce qui vient de se passer.

            Dieu sait ce qu'il réserve ! Quand son ami est dans un tel état euphorique, Laurent le sait, il est absolument irrésistible. En quelques minutes, la quasi totalité de l'assemblée se retrouve sur la piste. Les valses se succèdent, laissant place aux tangos et paso-dobles. A plusieurs reprises Laurent manifeste sa joie, en levant le pouce en direction de l'animateur. Delphine en tête, tous les invités sont ravis et heureux. Raison de plus pour se défoncer et crescendo, monter le volume des amplis. En permanence, du début à la fin du repas, il y a toujours une dizaine de personnes qui dansent.

            Au milieu du repas, en guise de " trou Normand ", l'animateur propose les premiers jeux. En bien cela va de soit ! L'animateur le premier est bien obligé d'admettre que les époux se connaissent parfaitement bien et qu'en plus, ils jouent le jeu à fond. Ce jeu, sous des apparences anodines, est beaucoup plus profond qu'on peut l'imaginer. Tant et si bien que l'animateur épuise rapidement son questionnaire. Avec un égal plaisir, les mariés se prêtent de bonne grâce au jeu des réponses. Pour ne pas que le jeu dégénère, l'animateur y met un terme. Des plus jeunes aux plus anciens, tout le monde est sur la piste. Personne ne mourra de faim c'est garanti ! Les canards volent en escadrille serrée, pour le plus grand bonheur des convives. Ce qui importe ce n'est pas le talent, mais l'envie spontanée de se faire plaisir et de ne pas se prendre au sérieux. Alors autant en profiter pleinement n'est-ce pas ?

            Les mariés sont rayonnants. Allant de table en table, Delphine et Laurent consacrent à chaque convive, un même temps de présence et d'affection. Tout le monde, ému, les admire en secret. La robe relevée, laisse apparaître le haut de sa cuisse. En quelques petites minutes, il vient de pulvériser le record du restaurant en matière de jarretière. Non seulement il met une ambiance du tonnerre mais en plus, il veille au respect des traditions. Tout le monde c'est certain, voit bien un des oncles de Delphine, se montrer vraiment très généreux. Volontairement, en bon professionnel, l'animateur se trompe régulièrement dans les sommes qui sont atteintes. En dépit des fausses informations diffusées par l'animateur, chacun est à même de compter !

            En moins d'une demi-heure, les paniers rassemblent plus de trente mille francs ! C'est en tout cas, ce à quoi s'attendent les mariés qui eux, sont tout simplement médusés. Delphine acquiesce en ce sens. La mariée est rouge comme une pivoine ! Ce qui ajoute à sa beauté, un éclat encore plus merveilleux. Ravi, comblé, il brandit son trophée sous les acclamations des invités. Galant, il aide Delphine à descendre de son perchoir. Puis, avec une émotion non dissimulée, il la prend dans ses bras et l'étreint tendrement. Lequel des deux est le plus attendri ? Difficile à dire en vérité. L'oncle pleure les larmes de bonheur pour sa nièce qui, de son côté, laisse sortir celles de son chagrin de n'avoir pas ses parents en ce jour béni.

            Hélas, en ces minutes d'une exceptionnelle intensité, le cSur de la mariée se tourne vers ses défunts parents. Heureusement, l'animateur est là pour éviter que la fête ne tourne au deuil. Rapidement, entourant les épaules de la mariée et de son oncle, il entreprend de les promener en périphérie de la piste de danse. Malgré quelques chutes, les jambes en l'air, les éclats de rire ne cessent pas. Surtout quand les glissades sont volontairement provoquées ! Attendri, il ne perd pas des yeux l'intérieur de son restaurant. En voyant la robe de la mariée, il ne peut contenir son fou-rire. Les dentelles du bas sont noires comme du charbon. Les serveuses et les autres membres du personnel, se délectent de la même manière. Du cuisinier au plongeur, en passant par les femmes de services, le même plaisir se lit sur tous les visages. Qui se lasserait d'un tel spectacle ?

            Où sont les deux familles ? Est-ce qu'il y a des inconnus dans cette bouillonnante assistance ? Du plus jeune au plus âgé, tout le monde est sur la piste de danse. En même temps qu'une générosité exemplaire. Après quoi, Laurent remet le micro entre les mains du chanteur et la fête peut reprendre. Main dans la main, avec son épouse, ils se dirigent vers les deux mamies. Le cachet ne représente que le dixième de sa satisfaction. Les gamins les premiers, habituellement casse-pieds de ces heures, se montrent on ne peut plus attachants. Les deux mamies en tête, la chenille qui est en train de démarrer, n'est pas faite pour effacer cette nostalgie naissante. Discrètement, pour ne pas ameuter l'ensemble des invités, le couple salue la famille. Il est très tard et ces derniers ne vont pas tarder à rejoindre leurs pénates.

            Laurent est très ému. Quelques larmes s'écoulent en silence. Delphine est au moins aussi généreuse que son mari. De plus, elle adore ses grands-parents. Tandis que l'orchestre entonne l'hymne des " au revoirs " tous les invités se mettent à applaudir en les regardant. L'arroseur arrosé ! Ils voulaient provoquer une sorte de douche froide en s'éclipsant, ce sont eux qui en ce moment, en ressentent les effets. Jamais non plus, pareil cas de conscience ne se sera posé à un couple de jeunes mariés. Delphine et Laurent se regardent avec au fond des yeux, la même interrogation. Un bref retour en arrière de quelques heures, suffit pour donner à cette hésitation, une ampleur presque exagérée.

            Indifférents ou presque, aux témoignages de reconnaissance et de félicitations, émanant du personnel en général, le couple s'isole dans les profondeurs de sa méditation. Ce n'est pas qu'ils soient superstitieux mais quand même ! L'apéritif, l'accident et à présent cette envie de rester, ne sont pas faits pour les laisser insensibles. Vont-ils modifier le cours de leur destin ? Delphine, plus aiguisée en matière de foi, explique à son mari que de toute façon, ce qui doit arriver se produit. Delphine a raison. Les tenues des mariés ne se prêtent pas il est vrai, aux rigueurs du froid de l'hiver. Ce qui permet à Laurent d'entourer son épouse d'une prévenance et d'une attention merveilleuses.

            Tout en caressant délicatement sa " compagne " imaginaire, il décrit des mouvements nébuleux avec ses yeux. Les mariés ne sont pas au mieux de leur forme. Ayant obtenu ce qu'il désirait, il met un terme à son petit numéro. A Laurent et Delphine de solder l'addition. Le marié est fier de signer le premier chèque, au nom de madame et monsieur Terna ! Le directeur de l'établissement, touché par cette délicate attention, se montre une fois de plus à la hauteur de sa réputation. En plus de son cadeau personnel, il offre au nom de tout son personnel, un immense panier garni. Sans oublier quelques spécialités maison, comme les rillettes ou la terrine de lapin ! Ce geste, émeut considérablement Delphine et son mari.

            Plutôt que se perdre en paroles inutiles, spontanément Laurent embrasse le patron puis les serveuses, imité par Delphine. Les cadeaux du patron et du personnel, sont confiés aux amis. La Golf n'est pas prévue pour transporter des colis aussi volumineux. Laurent est soulagé. Personne ne lui tient rigueur de ses exigences presque excessives. Lui-même, n'a bu en tout et pour tout, qu'un verre de whisky à l'apéritif, un verre de vin rouge à table, et deux coupes de champagne. Delphine essaie de se montrer moins anxieuse, mais son sourire crispé traduit bien son for intérieur. Sans négliger pour autant, un suprême regard vers l'intérieur du restaurant. Petits signes amicaux de la main à celles et ceux qui, intrigués, se demandent bien ce que les mariés font encore là-bas. En les voyant sur le perron du restaurant, il approche la voiture nuptiale.

            Des bancs de l'école en passant par l'armée, ils ne se sont jamais perdus de vue plus de quinze jours. En dépit du froid, et de sa tenue plutôt légère, il serre Laurent contre son cSur et l'entoure de toute son affection. Si Delphine ne connaissait pas les deux hommes, elle aurait pu se poser des questions ! Bien qu'au demeurant, elle n'ait aucun préjugé envers les homosexuels. Pourra-t-il résister à cet appel de sirène ? Les yeux remplis de désir, chatte et coquine, la mariée attire son époux dans ses filets. Après avoir salué de la main son ami, qui rentre très vite à l'intérieur de la salle surchauffée, Laurent et Delphine regardent encore quelques instants le restaurant. Sagement, Laurent s'arrête un instant, pour mieux savourer ces moments merveilleux. Du plus jeune au plus ancien des invités, à l'unanimité, tout le monde a été comblé.

            Si Laurent regarde dans son rétroviseur, son épouse pose sa tête délicatement, sur l'épaule de son mari. Folle éprise de son époux, elle l'admire sans se lasser. Laurent, attendri par ce regard plein de délicatesse et d'affection, dépose un petit bisou sur le nez encore glacé de sa femme. Le galbe de ses cuisses, le porte-jarretelles& Laurent a bien du mal à garder la tête froide ! D'autant que sa main droite, est en train de caresser les jambes de la passagère. Au grand dam de Delphine qui, toujours aussi taquine, provoque son mari. Pourquoi ne pas mettre son fantasme à exécution ce soir ? Accélérant un tantinet l'allure, Laurent est soudain intrigué par des bruits bizarres. Sa femme à son tour, se demande ce qui peut bien provoquer pareil vacarme. L'auto est-elle en train de tomber en panne ?

            Non& Laurent paraît comprendre ce qui se passe. La musique de l'autoradio est là, à peine un peu plus forte, pour couvrir le tintamarre des récipients. A peine installé, Delphine en profite pour le frictionner tendrement. Cette fois, tout est en ordre. Le cSur des amoureux lui, est brûlant de désir et de passion. Conscient des risques encourus, en cette heure matinale, Laurent redouble de vigilance. Laurent ne peut s'empêcher d'inventorier la liste de tout ce dont ils auront besoin. Ce tour d'horizon festif achevé, Laurent reprend une physionomie plus solennelle. Les traits se plissent sur son visage. Compte tenu des dangers inhérents au trajet, chaque responsable de voiture a reçu pour consigne de ne pas boire plus que de raison. Seront-ils assez sérieux et responsables, pour ne pas oublier leurs promesses après le départ des mariés ? Il a confiance certes. Même si le conducteur de la voiture est parfaitement lucide, pourrait-il empêcher un des ses passagers de se saisir du volant ?

            En pensant à cela, Laurent revoit avec beaucoup d'émotion, les images du drame qu'il a pu éviter de justesse il y a un an et demi. Immédiatement, la voiture a fait une embardée et prenait la direction du fossé. D'une geste réflexe inouï, Laurent avait pu se saisir du volant, couper le contact et tirer de toutes ses forces sur le frein à main. Tandis que ses copains éclataient de rire, ne comprenant pas ce qui venait de se passer, il manifestait avec violence son désaccord. Si d'aventure il se trouvait un candidat au suicide, c'était le moment. Si l'un des passagers était sorti par la portière droite, il aurait fini sa soirée cent mètres plus bas ! Là, la lucidité revenait immédiatement, en même temps que les yeux en face des trous ! Bigre. Voilà pourquoi ce soir, en pensant à cette fâcheuse aventure, Laurent se fait du souci.

            Pour ne pas sombrer prématurément dans la sinistrose, il se tourne vers son épouse. Seuls, les conducteurs savent où se trouvent les héros du jour. En imaginant les scènes, Laurent esquisse un sourire attendri. Docilement, elle accepte l'offre de son mari. En l'absence de circulation intense, elle en profite pour défaire sa ceinture de sécurité, et bascule son siège. Prudent, Laurent active la soufflerie du chauffage. Quelques petites secondes suffisent pour qu'elle quitte le présent. Pour ne pas la perturber, Laurent arrête la musique. Il jette furtivement un regard sur sa femme. Pour rien au monde, il ne veut l'enlever.

            Ce climat de douceur, enjôleur et grisant, l'éloigne momentanément de ses angoisses précédentes. Comme quoi, s'il en avait eu besoin, la preuve lui est donnée du rôle capital tenu par son épouse. Bercé par les souvenirs de cette journée merveilleuse, l'heureux marié laisse éclater son bonheur. Pourtant, au fil des kilomètres, sa physionomie se modifie quelque peu. Les sourcils froncés, il fixe intensément au-delà du faisceau lumineux des phares. Quelques gouttes de sueur, perlent sur son front. La respiration saccadée, il paraît de plus en plus lointain. En fait, Laurent est à nouveau sous l'influence de ses pensées de tout à l'heure en quittant le restaurant.

            Virage après virage, Laurent affiche un visage grave et soucieux. A l'affût du moindre piège, pouvant surgir à chaque instant des ténèbres, Laurent est de plus en plus crispé au volant. Isolé dans ses angoisses, il oublie son épouse un instant et allume une cigarette. Les joues se gonflent, au fur et à mesure qu'il crispe ses mâchoires. En moins d'une minute, il a déjà consumé sa cigarette aux trois quarts. Il ne peut pas poursuivre sa route, en étant aussi contrarié. Sagement, il met son clignotant et s'engage sur un arrêt d'urgence. Après avoir immobilisé son véhicule, il s'étire copieusement. Pourquoi consulte-t-il ainsi nerveusement sa montre ? En voyant son visage dans le rétroviseur intérieur, il réalise qu'il est en train de sombrer dans la panique. Il se secoue avec énergie. Il faut qu'il se ressaisisse. Lentement, il recouvre son calme. Comme pas magie, son visage redevient détendu. Nouvelle série d'étirements des bras et des épaules, avant qu'il se décide enfin à s'occuper de sa petite Delphine.

            Il regarde son épouse, qu'il admire avec attendrissement. Délicatement, il recouvre le corps de sa dulcinée. Avant de sortir, il enfile sa veste. Il n'oublie pas son paquet de cigarettes, qu'il glisse dans une de ses poches. Sans faire de bruit, il ouvre sa portière. Puisqu'il est dehors, autant en profiter pour satisfaire à un besoin légitime. Tantôt comique, tantôt solennel, son visage traduit le parcours qu'il est en train de revivre. Pour conforter son bonheur, il se livre à une épuration mentale. Veut-il être en paix avec son âme ? Si tel est le cas, il y a de quoi redouter quelque événement tragique ! Il ne veut pas cependant, se hasarder sur ce terrain miné. Encore une ou deux bouffées sur sa cigarette, et il décide de réintégrer le poste de pilotage.

            Lentement, la petite voiture reprend sa route. Plus prudent que jamais, Laurent ne dépasse pas les soixante kilomètres heures. Véhiculant le plus précieux des cadeaux, il ne veut pas prendre le moindre risque. Plus que quelques centaines de mètres. Au travers des branchages, il distingue le chalet au loin. La soirée n'en sera que plus longue et délicieuse. Entre deux sourires, et autant de regards sur sa femme, Laurent paraît un tantinet soucieux. A deux reprises, il a ralenti sa vitesse. Laurent est trop lucide pour négliger de tels faits et surtout, les conséquences possibles. Sa manière de regarder en direction du chalet n'est plus la même. Inconsciemment, il a encore réduit sa vitesse. Hélas, aucun son ne veut quitter sa bouche. Il avale sa salive avec de plus en plus de difficultés. Sans savoir pourquoi, il se met à trembler de tout son être. Il n'a pas froid pourtant ? Qu'est-ce qui peut bien se passer ?

            Devant lui, à l'entrée du dernier virage, les phares d'une autre voiture retiennent son attention. Laurent est au bord de la panique. Nul n'échappe à son destin. D'énormes gouttes de sueur déferlent sur ses joues blêmes. Inexorablement, les phares se rapprochent. Sa respiration est tellement rapide et saccadée, que sa gorge est sèche. Sans pouvoir se contrôler, il laisse échapper quelques jets d'urine dans son pantalon. Laurent est tétanisé. Ses mains se crispent sur le volant. Faut-il attendre le choc sans rien faire ? Il voudrait hurler pour réveiller son épouse, mais il n'a pas le temps. Laurent n'hésite plus. La scène qui, dans son esprit, se prolonge des heures, ne représente en temps réel qu'une poignée de dixièmes de secondes. Aura-t-il le temps nécessaire pour éviter la percussion ?

            D'un réflexe inouï, et malgré le coup de volant à gauche et l'effet centrifuge qui le colle au siège, il ne peut hélas l'éviter. Les voitures se télescopent violemment. Malgré la peur qui le paralyse, Laurent comprend que l'épicentre de la collision se situe sur l'avant droit de sa voiture. Donc, son épouse risque d'être la plus atteinte. En quelques fractions de seconde, dans un vacarme d'enfer, tout vole en éclat. En fâcheuse posture, le malheureux conducteur essaie de reprendre ses esprits. Effondré, perdu, il implore tout le monde et personne pour qu'une aide providentielle les sorte de ce mauvais pas.

            Reprenant progressivement ses esprits, Laurent a du mal à émerger. Courageusement, il rassemble toute son énergie pour sortir de cette inconfortable position. En dépit de quelques douleurs aiguës, qui ralentissent sa progression, il se bat comme un lion. Couvert de sang, qui, mélangé à la sueur, ruisselle sur tout son corps, Laurent se retrouve enfin hors de la voiture. Immédiatement, il se précipite du côté passager. Doucement tout d'abord, puis avec de plus en plus d'intensité, il l'appelle. En posant son regard sur le haut du talus, il aperçoit les phares encore allumés de l'autre véhicule. Perdu, désemparé, il ne sait plus quoi faire. Tout ce qu'il avait appris dans ses cours de secourisme, disparaît de sa mémoire.

            Les phares au loin, puis de plus en plus proches& Le choc violent, les tonneaux, tout défile dans son esprit. Le contraste entre la température extérieure et la chaleur des corps, laisse onduler des vagues de vapeur. Le sang de Delphine s'écoule de sa jambe. Le destin est-il en train de les séparer à tout jamais ? Il ne veut pas se résigner à cette hypothèse morbide. L'espoir l'abandonne, en même temps que ses forces s'amenuisent. Va-t-il se venger ? C'est en tout cas l'option vers laquelle il s'oriente. Le fait d'être resté immobile quelques minutes avait calmé ses douleurs. En se redressant, celles-ci se réveillent. Ce qui n'est pas fait pour apaiser son courroux, ni freiner son ardeur à vouloir se faire justice.

            Laissant retomber lourdement son front sur ses mains jointes, il pleure. La colère s'estompe, en même temps que sa respiration devient moins saccadée. Les larmes salvatrices, ont pour effet de calmer ses douleurs aiguës. Laurent est sonné. Pour combien de temps ? Avec cette hémorragie qui n'en finit pas de laisser échapper des flots intermittents de sang, ses chances de survie deviennent illusoires. Les yeux brouillés par les larmes, qui inlassablement déferlent en rang serré, il tente en vain de faire un nSud à son mouchoir. Impuissant, il assiste à l'agonie de sa dulcinée. Cette fois, la terre se dérobe sous ses pieds. Entre deux spasmes vaporeux, il regarde en direction de l'autre voiture. Delphine est en vie et lui n'a presque rien ? Alors si les autres sont crevés, ce n'est que justice.

            Tombant lourdement à terre, il laisse choir ses bras le long de ses cuisses. La nuit claire et glaciale, les enferme dans son linceul nocturne. Le paradis se métamorphose en enfer. Pourquoi eux ? Pourquoi elle, et non pas lui ? Les questions sans réponse se bousculent à nouveau dans son esprit. Les phases antagonistes, qui opposent les deux facettes de son personnage, alternent en permanence. L'effondrement mental et le chagrin, l'épuisement et la douleur, parviennent à neutraliser toute velléité de vengeance et de haine. En quelques secondes, il se transforme en véritable loque. La cigarette de Delphine se consume lentement, tandis que Laurent tire des bouffées de plus en plus profondes, qu'il savoure avec délectation. Est-ce volontairement ou l'apparition d'une schizophrénie latente ? Dans son délire, il s'imagine être en train de terminer son pique-nique.

            Que va-t-il se passer dès l'instant ou il va de nouveau regarder sa femme ? Il allume une autre cigarette, avant de poser son briquet et le paquet à côté de lui. Après avoir essuyé une partie de ses larmes, et du sang qui s'écoule de son crâne, Laurent quitte sa veste. Tout en accomplissant sa tâche, il explique à Delphine ce qu'il a prévu de faire avec son haut de costume. Il va lui confectionner un oreiller douillet, pour qu'elle puisse appuyer sa joue. Puis, rassemblant ses forces, il prend la veste roulée et s'approche de sa dulcinée. Les traits de son visage se tendent à nouveau. Il sort de sa léthargie passagère et reprend contact avec la réalité. Le rêve qu'il vient de vivre, fait place au spectacle affligeant auquel ses yeux ne peuvent se dérober. Il quitte brusquement son nuage.

            Fort heureusement, aucun séisme ne vient ébranler la sérénité du moment. En attendant, Delphine est moins exposée aux dangers des éclats de verre. Ne voulant pas céder devant sa femme, il s'écarte d'elle et revient s'appuyer contre la voiture. Si Delphine l'entend pleurer, elle risque d'aggraver son état. Cette fois, il ne peut plus juguler ce torrent d'amertume et de désolation, qu'il contenait du mieux qu'il pouvait. Que ferait-il sans elle ? Si Delphine doit mourir, lui aussi, c'est en tout cas son vSu le plus cher.

            Quelques minutes après, la première voiture des convives s'immobilise à son tour. Patrice immobilise du mieux qu'il peut sa bagnole, garée en catastrophe juste devant celle qui apparemment, est responsable de l'accident. Pour l'instant, il n'a pas le droit de laisser ses sentiments enrayer les premiers secours. Pour tout le monde, c'est la consternation. Raison de plus pour que Patrice se ressaisisse. Il évalue approximativement l'heure du choc, grâce à la luminosité des phares des deux voitures, d'une part mais aussi, par l'écoulement de l'eau du radiateur de la voiture meurtrière.

            Cette fois, le sapeur-pompier s'active. Le chauffeur est affalé sur son volant. Par contre, pour sa passagère, il ne manifeste guère d'espoir. Ivre mort, il s'effondre au volant et vient percuter Laurent et Delphine. Si, et ils sont bien obligés de se soumettre à la réalité. Les gestes doivent être précis et en aucun cas, il ne faut toucher Delphine. Telle des abeilles dans une ruche, l'équipe s'anime. Suivant scrupuleusement les conseils donnés par Patrice, les amis des mariés se montrent solidaires. Les uns plus sensibles que les autres, c'est naturel. Quelques grimaces de répulsion tout à fait légitimes et justifiées, ponctuent çà-et-là, les déplacements.

            Laurent, de plus en plus nébuleux, ne les entend même pas. Patrice, après quelques secondes d'incertitude, se ressaisit. Des gestes anodins au demeurant, mais qui ont au moins le privilège d'empêcher une explosion. Le réservoir d'essence ouvert, en cas d'étincelle, ne fera que s'enflammer et non exploser. D'une main experte et habile, il pose le garrot en amont de la plaie béante sur la jambe de sa sSur. Pour l'instant, c'est tout ce qu'il peut faire. Les pulsations périphériques sur le poignet de Delphine, sont là pour conforter son maintient en vie. Par contre, Laurent préoccupe davantage Patrice. Sitôt le garrot posé, il vient à son chevet. Aidé par ses comparses, il relève son beau-frère.

            Les yeux perdus dans la nébulosité de sa souffrance, il ne réagit pas. Il est au bord du coma. Ses pupilles, ne réagissent plus au rayon lumineux que Patrice leur présente. Les deux yeux sont en mydriase. Laurent tient à peine sur ses jambes. Ce que Patrice effectue avec efficacité. Heureusement, le talus n'est pas très haut et en pente douce. Les bras puissants de ses protecteurs, permettent à Laurent de tenir debout. En quelques secondes, la chaîne est constituée. Pour faciliter l'ascension, Patrice a empoigné son beau-frère par la taille. En temps normal, il ne serait jamais parvenu à soulever Laurent d'un seul bras. Là, les circonstances aidant, ses forces sont multipliées pas dix. L'énergie du désespoir en quelque sorte.

            Laurent est toujours absent. La respiration du blessé s'accélère. En remuant la tête de droite à gauche, Laurent pousse quelques soupirs. Les ordres qu'ils donnent sont précis et fermes. Tandis que pour sa part, il allume une cigarette qu'il dépose entre les lèvres du p'tit frère. Une petite caresse sur le front, un ultime sourire, et Patrice peut enfin abandonner Laurent. L'hémorragie est stoppée, les pulsations se sont stabilisées, sa respiration est calme et ample. Qui pourrait lui en vouloir de laisser parler son cSur ? Après quelques secondes de méditation, il crispe ses mâchoires et ferme les yeux un bref instant. Patrice poursuit son investigation. Sa respiration spontanée, et ses pulsations normales, bien frappées, excluent tout risque d'hémorragie interne.

            Patrice ne veut pas se laisser envahir d'images négatives. Raison de plus pour juguler la plus petite hémorragie, même capillaire. Les mots ne sortent plus avec la même intensité. Les yeux de Patrice se gonflent lentement. Il renifle de plus en plus souvent. Ce qui oblige une de ses amies à intervenir. Cette fois, seul face à l'immensité du désert de son désarroi, il peut enfin s'abandonner totalement. Trop souvent, il est exposé avec ses collègues, aux remarques cyniques du style : " Vous en avez mis du temps " ! Comme si les véhicules pouvaient voler. Effondré, épuisé, il laisse pour la première fois parler son cSur. Un flot ininterrompu de larmes déferle sur son veston. L'amplitude du chagrin atteint son paroxysme.

            Cette fois, il en savoure vraiment les bouffées. Il repense à ce drame. En pensant à cela, Patrice regarde ses amis, rassemblés autour de la limousine. Personne ne fait cas des occupants de l'autre véhicule. Peu à peu, Patrice recouvre ses esprits. Ce moment de méditation et de recueillement lui a été salutaire. Si Delphine avait du mourir, elle serait déjà morte. Rien de tel qu'un bon remontant pour se remettre de ses émotions. Patrice essaie de sourire du mieux qu'il peut. Il ne veut pas que ce soit dit, mais il a du mal à dissimuler son embarras. Chacun respecte son désir légitime de silence et de recueillement. Quelles que soient ses pensées, plutôt lugubres à l'égard du conducteur en ce moment, il doit porter assistance aux personnes en danger.

            Le spectacle qui s'offre à ses yeux est atroce. Plus de pouls, plus de respiration... La mort ne fait aucun doute. De plus, et ça il le découvre en posant la main sur la tête de la pauvre jeune fille, le crâne est ouvert en deux, laissant apparaître l'intérieur du cerveau. Heureusement pour elle, sa souffrance n'a pas dû être perceptible. Ce monstre, qui a tué son amie et sans doute aussi Delphine, s'en tire avec seulement quelques égratignures, ivre mort. Après avoir terminé d'évacuer son excès d'alcool, il essaie de retrouver ses esprits. Patrice ne lui laisse guère le temps d'implorer les Dieux du vin !

            Sans se préoccuper davantage des risques de fractures, il l'empoigne par le col de sa veste, le soulève jusqu'à le mettre debout. Dans l'exercice de sa profession, Patrice est quotidiennement confronté à ces drames qui aveuglément, frappent celles et ceux qui en sont victimes. Les poings et les mâchoires serrés, il est à deux doigts de lui tomber dessus et le réduire en miettes. En revivant partiellement ces instants, Patrice jette un regard plein de haine en direction de l'autre conducteur. L'un des amis, appelle Patrice à la rescousse. Rapide comme l'éclair, il se précipite au secours des deux femmes, qui ont vraiment du mal à contenir Laurent. Si ça se trouve, c'est en entendant Patrice maugréer des insultes à l'instant, que Laurent a du péter les plombs ! Dur dans ces conditions, de jouer les moralistes !

            Pourtant, en faisant preuve d'une force de caractère inouïe, Patrice entame le dialogue. Patrice n'a qu'une sSur et Laurent est fils unique. Grâce à cette grande affection, sans faille et absolue, Patrice parvient à maîtriser Laurent. Patrice fixe avec colère le copain de son p'tit frère, pour lui signifier qu'il vient d'en dire trop. Laurent se redresse, embrasse ses amis et s'appuie contre la voiture. Plus Laurent essaie de se montrer de bonne humeur, plus il manigance un coup fourré. Dans le cas présent, trop poli pour être honnête, il dissimule très mal son désir de vengeance. En dépit de son sourire et de son apparente décontraction, Patrice sent bien que le regard qu'il porte en direction du conducteur assassin, n'est pas du tout, mais alors pas du tout, chargé des meilleures pensées.

            Discrètement, le pompier essaie de se mettre en travers, obstruant l'horizon nébuleux dans lequel Laurent est en train de fulminer. D'un clin d'Sil, il s'adresse à ses amis, pour leur conseiller de se rendre à proximité de l'ivrogne. Ne voulait-il pas lui aussi, il y a quelques minutes à peine, corriger ce voyou ? Il connaît Laurent. Loin de toute attente, Patrice ne tente rien. Plus rapide qu'un éclair, son beau-frère se précipite sur la chauffard. Ce dernier, adossé à sa voiture, ne voit rien venir. Celles et ceux qui étaient à ses côtés non plus. Pour tous les amis, l'attente commence. Patrice en a fait l'éclatante démonstration. Parler d'un malheur est souvent salvateur pour l'esprit. C'est une thérapie très usitée par les sapeurs-pompiers et les secours médicalisés en général.

            En aidant la personne à chasser le mal hors de son corps et de son âme, ils l'aident à recouvrir un meilleur état mental. Patrice est aussi et avant tout un être humain. Pragmatique et réaliste, il reste objectif. Bien qu'il soit un peu tard pour y songer, une chose est certaine : en voilà un qui s'arrêtera de boire ! Les cris de douleur, de désespoir et de regrets, ne laissent personne insensible. Certes, nul n'oublie ce qu'il a fait. Je sais que les USA se considèrent comme le nombril du monde. Le conducteur ne sait plus où il est. Bien qu'à ce stade des relations, Laurent se demande bien ce qu'un type comme lui, pourrait bien lui apporter. Il a assassiné sa femme et plongé deux autres familles dans la consternation. Les amis de Laurent ne sont pas unanimement d'accord avec cette manière de trancher. Sans dire que deux clans se forment, l'atmosphère n'est plus aussi sereine. Amplifiée par cette interminable attente, qui ne fait qu'envenimer les débats et échauffer les esprits.

            Delphine est encore en vie, c'est le principal. Là, c'est la petite Nathalie qui se montre en tous points remarquable. Voulait-elle changer les idées de son ami ? Sans doute. Avec un cadavre en prime, il ne faudra pas un simple constat amiable pour les assurances. Pour Patrice, qui conclu ce chapitre, la partie promet d'être épineuse avec les assurances. Patrice les compare à des vautours, prêts à se ruer sur leur proie. Cette fois, Patrice demande à tous ses amis de bien vouloir remonter sur la route. Rapidement, tout est en place. En voyant son épouse dans cette position, il craque de nouveau. Il faut l'intervention musclée de quatre policiers pour le maîtriser, et l'empêcher de descendre au chevet de son épouse. Heureusement, si l'on peut dire, le froid joue en sa faveur.

            Tandis que les secours s'affairent autour de Delphine, Patrice en tête, les policiers procèdent aux constats d'usage. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre ! Tant et si bien que la dernière personne à l'autre bout de la chaîne des curieux est informée du taux d'alcool du chauffard, celui-ci dépasse allègrement les sept grammes ! A la limite du coma éthylique ! Les flashs des appareils photos, indispensables pour prendre les clichés en vue du rapport, attisent le courroux des gens. En moins de temps qu'il faut pour le dire, la foule s'éclaircit d'une manière satisfaisante. Avant bien entendu, il convient de prendre la femme du conducteur en charge. Avec minutie et délicatesse, ils se sont efforcés de libérer le corps de la jeune femme de sa prison d'acier.

            Du mieux qu'il a pu, malgré les recommandations des médecins présents, Laurent a tenu à participer au sauvetage. Pour rien au monde, il ne voulait manquer à son devoir. Hélas, les efforts consentis, ont réactivé sa plaie. En contrebas, les voix s'élèvent. Au même moment, l'hélicoptère commence à actionner ses turbines. Pour tous ses amis, c'est le soulagement. Sauf pour son mari qui cette fois, ne peut plus contenir son chagrin. Peut-être ne reverra-t-il plus sa dulcinée vivante ? L'avenir de Delphine est entre les mains du Tout-Puissant. Est-ce que Laurent parviendra à le comprendre et surtout, admettre le pire si celui-ci se produit ? A le voir ainsi bouleversé, ce sera dur en vérité ! La remontée du corps de Delphine, est ralentie d'une manière considérable. La turbine siffle de plus en plus fort et les pales commencent à balayer le sol.

            En quelques secondes à peine, Delphine est enfin évacuée. Le médecin comprend qu'il est capital de laisser son patient tranquille quelques minutes. Silencieux derrière lui, Patrice veille sur son beau-frère. Une atmosphère lourde et lugubre, recouvre cette parcelle de terrain qui ne demandait pas à être placée au centre de ce drame injuste et cruel. Les amis des mariés unis dans une même pensée, restent à l'écart de Laurent et Patrice. Par contre, il se sent sale, en assistant à ce déferlement d'insultes et de violence de la part de ceux qui en principe, sont là pour rétablir la justice.

            Il mesure en ces instants, l'étendue du malaise rongeant l'humanité. Tant qu'il y aura des injustices aussi flagrantes, rien ne pourra être fait susceptible d'amoindrir les inégalités. Personne ne veut oublier ce qui vient de se passer, Laurent encore moins. Trop fier sans doute, et encore traumatisé aussi, Laurent ne se sent donc pas le courage d'intercéder en faveur du chauffeur. Partagé entre son amour pour sa petite femme, et son esprit patriotique, il serre les dents. Raison de plus pour oublier ces images peu glorieuses, au profit d'un présent qui lui, ne s'arrête pas.

            Laurent s'enferme la tête entre ses mains, pour essayer de comprendre ce qui vient de se passer. En quelques secondes, le film de cette journée défile dans son esprit. Intubée, perfusée, elle ne laissait cependant apparaître aucun signe de souffrance sur son angélique visage. Le médecin, responsable de l'opération, en a rendu compte à Laurent. Entre l'accident, et la prise en charge de Delphine par le corps médical, il s'est écoulé au minimum une heure. Quelle quantité de sang a-t-elle perdu ? Toutes ces questions, se bousculent dans sa tête. Le sang s'écoule avec force à présent du sommet de sa tête, inondant son visage de faisceaux rougeâtres. Delphine, sa Bibiche, son trésor adoré, lutte contre la mort. Bien que le chauffard ne soit plus là pour bien longtemps, puisque la police est en train de ramasser son matériel de balisage.

            Néanmoins, ne voulant prendre aucun risque, il préfère opter pour cette solution intermédiaire. Ainsi, Laurent recevra les soins que son état nécessite et il n'y aura pas de nouvel accrochage entre les deux hommes. Dans un silence pesant, ils échangent des regards profonds, ne comprenant pas ce qui vient de se passer. Nul ne peut en maîtriser les données. De cela, ils en sont tous conscients. Qu'est-ce qui se passerait si hélas, Delphine venait à décéder ? Mieux vaut ne pas y songer. Soudain, Laurent se met à hurler. Peu importe son état de santé, jugé grave par les médecins. Les trajectoires, les freinages, les images avant le choc, tout se bouscule dans sa tête.

            Bientôt, il ne reste plus que le groupe d'amis, unis autour de Laurent. Même Patrice ne dit rien. Il suit des yeux son beau-frère, comme pour être prêt en cas de besoin urgent. Laurent n'est pas lâche au point de se suicider, mais quand il s'approche un peu trop près du précipice de l'autre côté de la route, immédiatement Patrice est là. Patrice, conscient du choc émotionnel auquel est soumis son " petit frère ", attend sagement qu'il décide de regagner leur domicile. Au loin, le chalet éteint ses lumières. Laurent, choqué, ne sent plus le froid. Il tient contre son cSur, la veste qu'il avait déposée sous la tête de Delphine. Médusés, bouleversés, ceux-là mêmes qui auraient dus être les témoins de son bonheur, assistent impuissants à son agonie.

            Entre deux moments de violence, au cours desquels il frappe des pieds et des poings sa voiture, il s'abandonne à un déferlement continu de larmes. Dieu, le diable, les amis, les ennemis, personne ne peut se mettre à sa place. Qui va lui rendre sa Delphine ? Sans elle, la vie n'a aucun sens. Depuis plus de cinq ans, elle est son rayon de lumière, sa force de vie. Cette fois, son p'tit frère est à deux doigts de faire une bêtise. Doté d'une force herculéenne dans des instants comme ceux qu'il traverse, Laurent donne du fil à retordre à ses anges gardiens. Au bout de quelques minutes d'un corps à corps agité, Laurent est enfin maîtrisé. Il ne veut qu'une chose, mourir.

            Disparaître, fuir cette vie injuste qui le prive de celle qui au fil des années et bien plus aujourd'hui, est devenue son idole. Hurlant de toutes ses forces, Laurent est en train d'évacuer le trop plein de chagrin. La crise atteint son apogée. Patrice est hélas, habitué à ce genre de réactions. Après quelques mouvements respiratoires saccadés, Laurent recouvre son calme. Loin de maudire qui que ce soit, une fois calmé et relativement détendu, il laisse se déverser le contenu de son intense émotion. De plus, en état semi-comateux, il lui est impossible de communiquer quoi que ce soit. Patrice ne cache pas son bonheur !

            Ouf ! Le pire est sans doute évité. Le visage de Laurent retrouve peu à peu ses couleurs rosées. Bien couvert, entouré de tous ses amis qui le protègent de la bise, Laurent ouvre enfin ses yeux. Plus paternel que fraternel, Patrice lui soulève la tête, et la dépose sur l'une de ses jambes. Contenant du mieux qu'il peut son envie de pleurer, il essaie d'apaiser le tourment de son beau-frère. Tendrement, il caresse les cheveux et le visage de Laurent. Les deux hommes, robustes au demeurant, affichent en ces instants l'immensité de leur impuissance.

            Ce nest sans doute pas le meilleur moment, mais il lui rappelle le drame quils ont connu sa sSur et lui. Patrice attise lhonneur de Laurent. Le plus délicat reste à faire en vérité ! Le convaincre de ramener la Porsche et ses occupants à bon port ! Pour le moment, Laurent sera plus à l'aise au chaud dans la limousine. En attendant, cette affection va aider Laurent à occulter ses idées noires. Qui au demeurant sont sans espoirs et elle le sait. C'est pour cette raison que Patrice, en la regardant se comporter comme une mère vis-à-vis de son enfant, est ému par la scène. Abandonnant Laurent à Nathalie, Patrice rejoint ses amis et leur demande de s'écarter de la limousine.

            Le plus dur reste à faire, c'est à dire demander à Laurent de se transformer en chauffeur. Il le sait, si d'aventure son beau-frère ne reprend pas immédiatement le volant, jamais plus, il ne pourra conduire. C'est ce soir qu'il faut effacer du subconscient, les images qui demain, risqueraient de se graver dans son esprit. Laurent, la tête appuyée contre la poitrine de Nathalie, récupère de ses émotions. Avec amour et délicatesse, il progresse vers son objectif. Quelques réactions épidermiques de Laurent, entretiennent ce climat pesant de doute et d'incertitude. Patrice est là, dehors, pour l'aider à surmonter son trac. Le bruit du pot d'échappement de la voiture, stimule Laurent. Quelle sera la suite ? Nul ne le sait pour l'instant. Espérons que très bientôt, le destin se montrera plus clément.

FIN du PREMIER TOME


TOME 2

" Le Coma de Delphine "


INTRODUCTION DU ROMAN


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