CHIC-CHOC-CHARME

Petit détail important : Mes manuscrits : Découverte du Don, PPA, la Femme Aveugle et l'Enfant Noir, Terna-Excursions, Chic-Choc-Charme, Le Prix de l'Amour, et A l'Ombre d'un Gardien, sont en attente d'édition ! Si vous êtes Éditeur et que le style vous convient, je suis tout à fait disposé à étudier vos offres ! ;-))

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RÉSUMÉ :

                Comme dans toutes les grandes métropoles, à Grenoble, la police occupe une place importante dans la vie de tous les jours. Vols, agressions, crimes, disparitions& Pour les différentes équipes, le quotidien est le même, parsemé d'embûches.

            Au sein de la brigade criminelle, parmi tous les inspecteurs, une équipe émerge entre toutes. Elle se compose de trois officiers : une femme et deux hommes. Ils travaillent ensemble depuis plus de dix ans. Les résultats qu'ils obtiennent sont pour les moins révélateurs de leur efficacité.

            Sous la houlette de leur patron, le commissaire Terna, Marcy, Patrice et Hubert composent ce trio peu ordinaire, dont le surnom symbolise à la perfection l'harmonie qui les unit : CHIC * CHOC * CHARME&Le charme est incarné par Marcy ; le chic c'est Hubert et Patrice lui, est surnommé choc pour ses méthodes pas toujours très orthodoxes&

            Soudés l'un à l'autre, ils ne forment qu'un. Ils sont tous les trois divorcés, sans enfants. Jamais de disputes graves entre eux, encore moins de conflit sentimental. Solidaires au combat, ils ont chacun leur vie privée. Ce qui occasionne de temps à autre, des remises en place auprès des collègues.

            Car, pour ne pas enfreindre aux règles en vigueur, la jalousie en filigrane, étend sur la brigade son manteau de suspicion. Les uns pensent que Marcy et Patrice forment un beau couple& Les autres sont pour Hubert& Et les derniers enfin, supputent avec sarcasme une relation intime entre les deux hommes&

            Ce qui naturellement, provoque des réactions un peu "agitées" de la part de Patrice. Mais ce qui prime par-dessus tout, c'est l'efficacité du trio. Pour les grands patrons, Chic Choc et Charme sont des éléments indispensables. Ils sont sur tous les coups fumants, sur toutes les enquêtes délicates.

            La drogue, l'argent sale, les magouilles et les ripoux, sont les points d'orgue de l'équipe. A l'affût des moindres tuyaux, ils ne négligent rien, et vont rechercher les plus petits indices. Ils ne baissent jamais les bras et tant qu'une affaire n'est pas résolue, ils y consacrent tout leur temps.

            CHIC&CHOC&CHARME& Une série qui va, au fil des épisodes, mettre en exergue la valeur de ceux dont la mission est de protéger les citoyens&


Toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants ou ayant existé, ne serait que fortuite et involontaire.

ATTENTION

Cette série, qui comportera une bonne soixantaine d'épisodes, sera présentée sur le site sous forme de synthèses, effectuées par le logiciel Word... Ce qui peut causer une incohérence notoire à la lecture, compte tenu que chaque épisode ne représentera que 25% de son contenu réel. Le but, c'est de donner un aperçu de la série, tout en me préservant d'un plagiat éventuel ;-))

           Richard NATTER.


PREMIER ÉPISODE

"" Bonne Année ""

        Si les apparences bien souvent, différencient les êtres humains, le temps pour sa part impose à chacun, les lois de ses préceptes. Fêtes Nationales, Anniversaires, Noël et Nouvel-An, figurent au rang des dates immuables et incontournables. Quelle que soit l'obédience des uns, l'idéologie ou les principes des autres, ils sont tous égaux devant le temps, que nul ne peut manipuler.

        Ainsi, en ce réveillon de l'an 1999, à l'hôtel de police de Grenoble, l'ensemble des personnels et leurs familles est rassemblé pour accueillir l'année nouvelle. A tour de rôle, les équipes se relaient pour que la sécurité des populations soit effective. Quelques voitures çà-et-là, un ou deux piétons déambulant sur les trottoirs, ce qui change avec l'intense activité diurne. La plupart des restaurants, bars et autres débits de boisson, sont bondés. Ce réveillon est d'autant plus chargé, qu'il flotte dans les airs le fameux risque du bogue informatique.

        Tous médias confondus en effet, l'ensemble des présentateurs ou animateurs, se sont évertués à parler du siècle nouveau. Fort heureusement, la majorité des fêtards sait quand même respecter ses limites. D'accord, c'est une fois par an, mais quand même ! Quel plaisir peuvent-ils éprouver en buvant comme des trous ? Heureusement que le réveillon a lieu en comité restreint, loin des regards des autres. En attendant, un peu en retrait par rapport au reste des convives, l'équipe du commissaire Terna reste indifférente. Après tout, ils ne sont pas là pour jouer les anges gardiens. Le patron pour sa part est en compagnie de sa petite famille.

        Disséminés un peu partout, les hommes du commissaire eux aussi se sont répartis auprès de leurs collègues des autres services. Ainsi, à la table du trio, se trouvent deux inspecteurs des renseignements généraux et deux autres de la brigade financière. Les vacheries entre services, loin d'être des blagues sans envergure, revêtent parfois des intentions plus sordides. Marcy, discrètement, observe Patrice du coin de l'Sil. D'ailleurs, l'inspecteur qui est dans sa ligne de mire le sait, et préfère lui tourner le dos. Une fois de plus, la solidarité joue son rôle et naturellement, les comparses se retrouvent pleinement. Les embrassades commencent, en même temps que les vSux s'échangent :

    - Bonne année ma grande& Qu'elle soit aussi bonne que tu es précieuse pour nous&

    - Tous mes vSux Pat& Et que rien ne brise notre amitié& Bonne année Hubert&

    - A vous aussi mes amis& Ca fait tellement du bien de se sentir heureux&

        Comme ils en ont l'habitude, ils se prennent par les épaules et se calent les têtes l'une contre l'autre. Le préfet en personne ponctue cette amicale cérémonie, en octroyant les témoignages de satisfaction aux agents les plus méritants. Le patron est fier d'eux et ne tarit pas d'éloges :

    - Mes amis, je ne souhaite qu'une chose en cette nouvelle année& Que votre efficacité soit encore plus évidente et continue de faire des envieux& C'est la meilleure preuve que votre union tant décriée, porte ses fruits& Permettez-moi de lever mon verre à votre santé, à votre pugnacité et à cette harmonie qui règne entre vous& Merci du fond du cSur& Je suis vraiment fier de vous !&

        Il peut c'est vrai, être fier de son équipe de choc. Excès de zèle ou conscience professionnelle ? Patrice consulte sa montre, ce qui veut dire qu'il commence à être fatigué. Après quelques petits tours, Marcy pose sa tête sur l'épaule de son cavalier, savourant ces instants privilégiés. Mais elle ne s'avoue pas vaincue et du bout des lèvres, revient à la charge à propos du poème interrompu :

    - Qu'est-ce que tu voulais dire pour rimer avec Marcy tout à l'heure ?&

    - Ah je vois& Madame a de la suite dans les idées !& C'est pour me cuisiner si je comprends bien, que tu m'as invité à danser ?& Mais& Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat !&

    - Aller& Ou je te place en garde à vue !&

    - Bon, bon& Je m'incline& Alors, voyons un peu& Ah oui& Avec Bébert, plus de mystère& et& avec Marcy ?& disons& Bonjour l'ennui !&

    - Salaud !& Tu mériterais que je te plante au milieu de la piste !&

        A en juger sa manière de s'accrocher à lui, on peut douter de son désir de s'en séparer ! Dommage que la fatigue arrive, car elle serait bien restée encore dans les bras de son ami. Hélas, à en juger les bâillements auxquels il se livre, il ne tardera pas à prendre la poudre d'escampette. Langoureusement, elle profite au maximum de la douceur et du romantisme entourant la mélodie, pour se laisser bercer par des rêves qu'elle n'avouera jamais.

        Un pour tous et tous pour un, cette devise si chère aux trois mousquetaires, est parfaitement adaptée au trio. Les trois amis se regardent en souriant, après avoir bien entendu, remercié la jeune femme. Au fond, l'idée du patron de vouloir provoquer cette mixité au sein des services, est une très bonne initiative. Jamais, ils ne se seraient rencontrés sans doute, et pour être franc, il faut admettre que c'eut été dommage !

**********

        Dehors, les rues s'animent. Les sourires en coin et les haussements d'épaule, sont bien la preuve que les gens sont conscients que les flics sont avant tout des êtres humains. Au centre ville, l'ambiance est à son apogée. Très peu d'interventions sont venues émailler ce Nouvel-An, et c'est tant mieux. Soudain, les événements se précisent. Ce dernier se lève et d'un geste ferme, fait signe à deux gorilles de rester à la table. Le meneur donne ses consignes :

    - C'est le moment& Fred et toi Nick& Vous allez faire diversion en cassant un peu de vaisselle au bar& Nous pendant ce temps, on va intercepter la proie aux chiottes&

    - Et si c'est pas aux gogues qu'il va ?&

    - Avec tout ce qu'il a picolé l'ancien, il doit avoir les burnes comme des Sufs d'autruche !& En place pour le quadrille& La bagnole est prête dehors ?&

    - Ouais& J'ai été voir Alain, qui nous attend comme prévu&

        Cette fois le doute n'est pas permis, il s'agit bien d'un enlèvement ! Qui est donc ce monsieur ? Est-ce un chef d'entreprise, un banquier, un homme d'affaire étranger ? L'équipe le sait bien, c'est ce qui importe pour elle. Discrètement, les complices se mettent en place. Les deux loubards désignés pour semer la panique au bar se lèvent et rejoignent leur poste. Les deux autres sont en place, le chef peut à son tour rejoindre les autres. En quelques secondes, c'est la panique dans le restaurant. La dose devait être plutôt conséquente, car le pauvre homme s'affale immédiatement :

    - OK& Bonne nuit mon gros lapin& Bon& Il faut se magner maintenant& J'espère que Fred et Nick ne vont pas se faire cabosser !&

    - Ne t'inquiète pas pour eux& La baston ils adorent !& Vu le bordel qu'il y a là-haut, ils doivent se régaler !&

    - Ouais& En route& Putains qu'il est lourd ce con !& Rick& Tu nous précèdes et tu ouvres la porte&

        Ils ne sont pas trop de trois pour porter la victime. La complicité d'un membre du personnel du restaurant ne fait aucun doute. Au restaurant, le calme est revenu et très vite, les gorilles se rendent compte de la disparition de leur client. Le patron du restaurant cette fois, est bien obligé d'alerter la police. Tandis que le personnel essaie de remettre un peu d'ordre, le patron et son épouse discutent avec les gorilles. Aussitôt, la farandole se forme, conduite par Marcy. Patrice, qui est placé derrière Marcy, pose ses mains sur les épaules de sa partenaire. Il exerce une légère pression sur les trapèzes, tout en décrivant des petits cercles avec ses pouces, à la base du cou de la jeune inspectrice. Les yeux à demi clos, elle se garde bien cependant de se retourner, par peur sans doute de trahir son bien-être.

        Sur un pied, puis en arrière ou encore en se donnant une main entre les jambes, les convives se plient de bonne grâce à ces clowneries. Le trio se retire donc de la chenille, et revient à sa table. Soudain, le visage de Patrice se crispe. Il regarde fixement en direction de la porte d'entrée. Mais non, il ne rêve pas :

    - Les enfants, j'ai bien peur que notre projet de repas tombe à l'eau& Le patron vient d'arriver et vu sa tronche, ce n'est pas pour nous apporter des croissants !&

        Marcy et Hubert se retournent aussitôt et effectivement, ils aperçoivent à présent leur chef qui, d'un pas alerte et décidé, s'approche en direction de leur table. Le trio se regarde, médusé, en réalisant que pour eux, la fête est finie. Marcy, qui est assise à côté de lui, découvre la missive en même temps et elle non plus, n'a pas envie de rire. Hélas, pour ces amoureux d'émotions fortes, Patrice se respecte. Rien de tel qu'un bon vieux rock, pour éviter que la piste de danse ne se transforme en ring de boxe :

    - Aller, aller les enfants& la piste se refroidit& les articulations aussi !& A votre âge, c'est pas prudent !& Venez donc nous faire voir de quoi vous êtes capables& En route pour la dernière série de rock& avant celle plus romantique et câline& des slows langoureux !&

    De sa table, Patrice lui fait comprendre par signe, qu'il aimerait faire une annonce. Le DJ acquiesce de la tête et aussitôt, Patrice se lève et rejoint la sono. Patrice intervient :

    - Rassurez-vous, ce n'est pas pour chanter que j'interrompt la musique& Simplement pour demander aux équipes de la crime et de la PJ, de bien vouloir nous rejoindre immédiatement dans le bureau du patron& Nous allons continuer la fête, en recherchant les ravisseurs de notre Ministre de la culture, qui vient d'être enlevé !& Merci& Et que la fête continue !&

        Aussitôt, une vingtaine d'inspecteurs se précipite vers la table du trio. La fatigue d'un côté, l'annonce du rapt de l'autre, ils ne sont plus qu'une dizaine de couples à se défoncer sur la piste. Pour les équipes des brigades criminelle et judiciaire, l'heure n'est plus aux festivités. Cette fois, tous les agents sont là, ce qui provoque un petit attroupement autour de la table du trio. Patrice se fraie un passage et rejoint Marcy. Mais le kamikaze de la PJ, visiblement éméché il faut en convenir, persiste et signe dans son désir de provoquer Patrice :

    - Je ne savais pas que tu étais sexy à ce point& La prochaine fois, tu devrais mettre un kilt !& Tu serais franchement comique !&

        Il n'a pas le temps de poursuivre, que Patrice se jette sur lui et d'un violent crochet au menton, l'envoie valdinguer dans les chaises voisines :

    - Encore un mot et je me fâche pour de bon& T'as pigé du con ?& Ramassez-moi cette merde et filez chez le patron&

        Marcy entoure Patrice de ses bras. Est-ce vraiment pour contenir sa colère ou plus simplement pour profiter de la situation ? Toujours est-il que la rixe, bien qu'éphémère, a comblé ceux qui l'attendaient depuis si longtemps. Quand Patrice en arrive à sortir de ses gonds, il lui faut un certain temps pour se calmer et à la moindre étincelle, il devient fou furieux. Marcy, Bébert et les autres inspecteurs attendent donc sagement dans le couloir. L'enlèvement d'un Ministre, va mettre en émoi toute la hiérarchie, nul n'en doute. En passant devant les autres chefs de la PJ, il ne peut s'empêcher de vider son sac :

    - Eh oui, c'est comme ça& D'un côté il y a les flics, les vrais& et de l'autre une bande de fouille merde qui ressemblent plus à des surveillants de grande surface qu'à des inspecteurs& Sur ce, je vous tire ma révérence&

        Il quitte le bureau et arrive dans le couloir où naturellement, ses coéquipiers se tenaient sur leurs gardes. Très vite, Marcy, Hubert et tous les autres inspecteurs de la crime, rejoignent leur chef. Têtu et obstiné, Patrice ne change pas d'avis comme de chemise. Une chose est évidente après ces altercations, c'est que ce climat de tension et de suspicion ne peut plus durer. En attendant qu'une stratégie commune soit élaborée, seuls les responsables des différentes unités sont présents. Pour l'heure, dans le bureau du commissaire Terna, l'atmosphère est moins électrique.

        N'allons pas jusqu'à prétendre que le climat soit enclin à la jovialité entre Patrice et le Capitaine, mais sous la pression du commissaire, les deux hommes se tolèrent mutuellement. Patrice écarte Marcy et file vers le distributeur de boissons. Le patron de la PJ, plus diplomate cette fois, préfère s'en aller avec ses gars. Patrice finira bien par se calmer, c'est en tout cas ce qu'il espère secrètement. Car ce genre de comportement, est plus négatif et générateur de tension, que positif et porteur d'espoir. Il sait ce qui s'est passé entre Patrice et son ennemi juré et loin de défendre son collaborateur, il l'a mis à l'écart purement et simplement. Ce qui en soi, est un geste courtois et correct. Patrice sera-t-il assez lucide pour l'apprécier à sa juste valeur ?

        Pour le moment, il est déjà plongé dans son enquête. Pas affolé pour autant, il place cette fois un verre, et renouvelle sa demande de café :

    - Tu voulais un jus Marcy ?& Avec ou sans sucre ?&

    - Non merci& J'ai mis mon armure et je ne peux plus boire de café !&

        EcSuré, Patrice se contente de hausser les épaules. Hubert, silencieux jusqu'ici, ne manque pas de se manifester :

    - Remarque& Moi je n'ai pas d'armure& Si tu insistes pour m'offrir le café, j'accepte volontiers&

    - Tiens& Dis-moi Bébert& Tout à l'heure, le patron faisait allusion à une magouille possible& Qu'est-ce que tu en penses ?&

    - Un coup monté ?& C'est pas impossible !& En tout cas, c'est du travail de pro !& Pas la plus petite anicroche& aucun coup de feu&

    - C'est bien ce à quoi je pense depuis quelques minutes& Ce qui signifie que le rendez-vous bidon au restaurant servait à identifier le Ministre& Donc& On écarte l'hypothèse d'une complicité dans son entourage& Sinon, les ravisseurs auraient eu sa photo !& A mon avis, il faut serrer sur le patron du restaurant& J'ai comme dans l'idée qu'il en sait plus qu'il ne veut bien le dire& Qu'est-ce que tu en penses Marcy ?&

        La jeune femme fait la sourde oreille. Bien calée contre le mur, les bras croisés, elle promène son regard entre le plafond et le couloir, indifférente. Son attitude surprend un tantinet ses amis, qui se regardent en souriant. Patrice est conscient que c'est de sa faute et tient à mettre un terme à cette méprise. Patrice tente alors une opération de séduction, en déposant deux bisous sur les joues de sa partenaire, avec en prime, un gros mimi sur le bout de son nez. L'orage est passé, le trio se retrouve unit et solidaire. Ils en profitent pour s'asseoir un petit moment dans la salle, qui a retrouvé son aspect originel. Un imposant dispositif routier est en place depuis cinq heures ce matin. Les supers flics le savent, cela ne servira strictement à rien, comme le confirme Patrice :

    - C'est de l'énergie gaspillée& Comme d'habitude !& On a en face de nous des pros& Vous pensez qu'ils seraient assez débiles, pour se jeter dans la gueule du loup ?& Mais bon& Il faut bien que l'argent des contribuables soit utilisé !&

    - Tu crois que le Ministre est séquestré ?&

    - Mais bien entendu Marcy& Ce qui confirme l'expérience des commanditaires& Des hommes de main apparemment étrangers, efficaces et discrets& Dirigés par un ou plusieurs ripoux& Cela donne un kidnapping réussi !&

        Point par point, tous les tenants et les aboutissants potentiels sont disséqués. Alors qu'en se faufilant comme des anguilles, entre les informateurs et les renseignements qui leur parviennent, les leaders de la crime sont, à l'instar des sous-marins, indétectables. En véritables caméléons, ils changent de peau et de physionomie aussi vite et aussi souvent que cela est nécessaire. Autre règle d'or et non des moindres, ils ne font confiance à personne en dehors du patron.

        En venant se chercher un café, le patron n'est donc pas surpris outre mesure, de voir ses plus fidèles équipiers prendre leur temps. Patrice avait raison tout à l'heure, en supputant que les ravisseurs ne sont pas des amateurs ! Sachant pertinemment ce qui allait se passer, ils sont restés sagement dans leur coin, en attendant que l'orage passe. D'accord, dans l'état actuel des choses, le Ministre ne peut rien faire. Mais si l'opération capote et qu'il soit relâché, mieux vaut taire le nom des commanditaires. Pourvu qu'une patrouille de police ne passe pas durant son absence.

        En quelques minutes, le profil des commanditaires est dressé avec une certaine précision. Du gros gibier à n'en point douter, ce qui pour une fois, pimente l'affaire pour le plus grand plaisir du trio. Au moins quatre voitures banalisées et une bonne vingtaine d'hommes en uniforme ; rien que ça ! Le trio s'équipe des brassards de police, et s'avance vers l'entrée principale de l'établissement. Au moins qu'ils puissent s'amuser un peu à l'hôtel de police ! Précédé par Marcy, Patrice entre dans la grande salle du restaurant. Quel luxe et quelle classe ! A proximité des vestiaires, deux armoires à glace attendent des ordres. Il serait peut-être judicieux de leur en donner, pour leur éviter de prendre racine. L'enquête commence, avec ses rituels incontournables. Le groupe s'arrête devant le comptoir et là, le patron y va de sa sérénade :

    - Non mais regardez-moi un peu le désastre& Des vrais vandales !& Il y en a au moins pour cinq cents mille francs de dégâts&

    - Vous avez des assurances, alors arrêtez de pleurnicher& Vous allez m'émouvoir !&

        D'accord, c'est bien connu, pour obtenir un minimum des compagnies d'assurances, il faut déclarer un maximum. Chaque truand en effet, a sa signature. Le seul, qui commence à donner le tournis aux policiers, c'est le patron qui a du mal à rester en place. Marcy et Bébert continuent de recueillir les témoignages. Par contre, le patron est de plus en plus mal à l'aise. Aurait-il donné des consignes de silence ? Son attitude est pour la moins équivoque. Pourquoi un tel malaise ?

        Ce n'est quand même pas lui qui a enlevé le Ministre ? Lui non, mais, peut-être est-il le maillon principal de cette chaîne ? L'hypothèse d'une implication du patron, devient de plus en plus crédible. Le scénario du kidnapping se profile avec plus d'éléments cette fois. Sitôt que leur patron est sorti du salon, les regards se font plus complices. La première impression est souvent la bonne et une fois de plus, Patrice admet que son instinct lui est d'un bon secours. Rien n'est joué bien entendu, mais les éléments à charge sont assez probants, pour orienter l'enquête vers la complicité du gérant du restaurant. Avant qu'il ne revienne, il appelle son patron, pour lui demander l'équipe d'identification judiciaire.

        En plus des noms, si quelques empreintes sont relevées dans la salle, ils pourront peut-être solutionner l'énigme plus rapidement qu'il ne l'imaginait. Patrice marque une petite pause, en attendant le retour de Marcy et de Bébert. Il allume une cigarette et s'installe dans l'un des gros fauteuils en cuir. Il promène son regard entre le personnel, les gardes du corps et le salon sans but précis. Patrice accepte volontiers et le sourire qu'il lui adresse est réconfortant. Il lui demande d'en faire également pour ses coéquipiers. Et tant qu'il y est, si les autres en veulent aussi, il n'y a pas de raison de les en priver !

        Très vite l'équipe est de nouveau au complet. Marcy a envoyé le fax comme convenu et aussitôt après, le patron l'a appelée sur son Natel. Pour une fois que le personnel peut être servi gracieusement au frais de la princesse, c'est géant ! Après ce petit moment de détente, l'enquête reprend son cours. Même si le Ministre était fatigué, il a du se défendre un tant soit peu. Les serveuses encore moins et à en juger leurs minois déconfits, elles ne trichent pas non plus. Le chauffeur lui-même, jusqu'ici discret et coopératif, a du mal à fixer son regard dans celui des inspecteurs.

        En attendant l'arrivée de sa femme, le trio décide d'aller examiner de plus près les toilettes du restaurant. Marcy, silencieuse et observatrice, n'a rien manqué des différentes transitions dans l'expression du chauffeur et des gorilles. Quant au chauffeur, à son tour il connaît quelques sueurs froides. Que peut-il bien redouter ? Patrice avait raison quand il disait que c'est ici que la solution se trouve ! Vu l'état de panique du patron du restaurant, il ne tardera pas à se mettre à table. La chronologie du kidnapping s'éclaircit, au fur et à mesure que le piège se referme sur les protagonistes. L'arrivée du dernier maillon de la chaîne, en la personne de la femme du directeur, permettra sans doute de ponctuer l'enquête.

        Le trio s'éloigne, accompagné par les videurs du restaurant, tandis que Marcy revient avec deux agents en uniforme. Elle ne peut s'empêcher de regarder attentivement le chauffeur, de plus en plus mal à l'aise. Hélas, il ne pèse pas lourd pour les videurs, qui se chargent eux-mêmes de le déplacer manu-militari& Chacun d'un côté, ils soulèvent leur patron et sans plus d'égard, le jettent par terre. Au point où ils en sont de toute manière, ils savent qu'ils ne feront plus partie du personnel. Alors autant en profiter pour régler quelques comptes ? Patrice ne fait rien pour s'interposer. Décidément, c'est la journée des vols-planés ! Heureusement, après quelques secondes de silence, les deux hommes se regardent en riant. Patrice paraît intrigué par un petit détail, mais ne dit rien. Etant donné que le directeur se montre de plus en plus nerveux et agité, il convient de le calmer :

    - Je vais vous attacher à ce radiateur& Vous commencez à me peler sérieusement& Là& Comme ça on aura la paix !&

        Menotté à la canalisation du radiateur, le patron se sent perdu. Tout du moins pour ce qui concerne l'entrée depuis l'intérieur du restaurant. Marcy rejoint le groupe, précédée par l'épouse du directeur. L'un ou l'autre ou même les deux, ce qui paraît plus crédible, quoi qu'il en soit les policiers tiennent les complices. Patrice et Hubert, continuent leurs recherches. Là, avec un calme olympien, Patrice expose à ses partenaires le pourquoi de son scepticisme :

    - Où est-ce que vous voyez sur le rapport de la PJ, qu'il est mentionné la moindre trace de la voiture du Ministre ?& Pourtant, l'inventaire a été fait avec rigueur& pour une fois !& Les véhicules du personnel& les voitures de service& celles des clients encore présents à l'arrivée de nos collègues& mais rien, sur la voiture du Ministre !&

    - Tu as raison Pat !& C'est bizarre qu'ils aient oublié de la signaler !&

    - S'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'elle n'était peut-être plus là ?&

    - Bravo Bébert !& Tu me surprends de minute en minute !& Eh oui ma petite Marcy adorée& La limousine n'était plus là& Parce que celui qui en avait la responsabilité, est parti avec !& Et& Comme ce monsieur est présent parmi nous, et que la limousine n'est pas dehors& C'est donc lui le sous-marin !&

        Se sentant démasqué, le chauffeur tente en vain d'échapper aux inspecteurs. Cette fois, la boucle est bouclée, l'énigme est en partie résolue. Très vite, les patrons du restaurant et le chauffeur du Ministre sont embarqués au poste de police. Marcy, consciente de l'énormité du travail, se propos d'aider la jeune femme :

    - Je vous donnerai un coup de main pour la cuisine& et la vaisselle aussi& Je vous laisse pour l'instant, car j'aimerais examiner le plan de table avec mon chef&

        Folle de joie, la jeune femme se précipite derrière le comptoir, pour commencer à préparer le déjeuner. Eux d'un côté, les patrons et le chauffeur de l'autre, cette fois tous les ingrédients sont réunis. Un mandat d'arrêt va être délivré contre ce Franky et le commissaire est très fier de ses hommes. Il regrette sincèrement de ne pas pouvoir se joindre à eux pour le repas, mais c'est Nouvel-An, et il a ses beaux-parents invités. Au point que Marcy se sente obligée de faire revenir Patrice sur terre :

    - Hello& Elle est peut-être jeune et belle& Attentionnée et avenante, mais je te rappelle qu'on est ici pour bosser !& Alors tu abandonnes ton air de merlan frit !&

        Marcy serait-elle jalouse ? Il faut admettre humblement, que la serveuse a tout pour elle ! Douce, souriante, et surtout, belle à croquer ! Quel homme résisterait à toutes ces vertus ? D'autant qu'elle ne fait rien, pour apaiser la flamme qui brûle dans les yeux de Patrice. Les regards qu'elle lui adresse sont des aveux authentiques, et des invitations foudroyantes. Hélas pour la petite assemble, et les doux instants de rêverie de Patrice, il y a soudain une animation particulièrement virulente du côté de l'entrée du restaurant. Immédiatement, les policiers sortent leurs armes et se précipitent pour venir prêter main forte aux gardiens.

        Aux grands maux les grands remèdes ne dit-on pas ? Patrice n'hésite pas une seconde et fait usage de son arme, en tirant en l'air. Les flics en train de se sustenter alors que le Ministre est séquestré, ils imaginent d'ici les quolibets dont ils seraient gratifiés ! Personne ne songerait une minute au boulot qui vient d'être fait, se contentant des anecdotes pour les moins défavorables. Grâce aux informations apportées par un flic ripoux, ils savent que le chauffeur du Ministre et le patron du restaurant viennent d'être mis en cabane. A coup sûr, il s'agit des commanditaires du kidnapping.

        Saluant respectueusement le chef du commando, il quitte la villa pour venir s'installer au volant de la Mercedes. Avant de mettre le moteur en route, il sort la liasse de billets de sa poche et ne peut résister au plaisir d'en humer les senteurs divines. Oui mais voilà, le hasard ne joue pas en faveur des truands. En effet, sans que le flic ne s'en rende compte, un des agents en uniforme, habitant dans le secteur, le reconnaît formellement. Le patron du restaurant et le chauffeur sont cuisinés, sans hélas, de résultats potentiels. Les inspecteurs de la PJ, essaient bien d'en savoir un peu plus, mais le patron se contente de leur dire qu'il s'agit d'une affaire personnelle.

        L'affaire prend une dimension de plus en plus inquiétante. Plus diplomate, le commissaire s'excuse pour les inspecteurs. Ils sont jeunes, assoiffés d'avancement et ont souvent du mal à doser leurs efforts. Va-t-il réussir lui, avec la pondération ? Ce n'est pas évident du tout, à en juger la mine réjouie du chauffeur. Le devoir l'appelle, il n'a pas l'habitude de le laisser passer après son plaisir et donc, sans hésitation, abandonne les fastes du repas au profit de l'enquête.

        En montant dans sa voiture cependant, il regarde en direction du restaurant, et aperçoit la serveuse qui lui fait un petit signe de la main de l'autre côté de la vitre. Il lui renvoie le même geste, y ajoutant un petit bisous du bout des lèvres. Seulement voilà, aura-t-elle la volonté de ne pas sombrer dans un attachement chronique ? En s'installant derrière son volant, il se mélange un peu les pédales, en regardant une fois encore la jeune serveuse, toujours collée aux carreaux.

        Il se ressaisit et reprend le dessus. Il place son gyrophare sur le toit et démarre en trombe, activant sa sirène. Ne serait-il pas tout simplement en train d'en tomber amoureux ? La forteresse est en train de s'ébranler de haut en bas. Lui qui se croyait étanche, blindé, le voilà pris à ce petit jeu des regards langoureux. Très vite, il s'engage sur la petite route nationale, en direction de son rendez-vous. Sagement, pour ne pas attirer l'attention des malfrats, il arrête sa sirène et enlève le feu tournant.

        Rapide comme l'éclair, il bondit hors de sa voiture et ne peut hélas, que constater le décès du pauvre homme. Le destin est cruel c'est vrai, mais il impose ses règles sans que personne, ne puisse en orienter la chronologie. Effondré, il s'affale sur son siège et allume nerveusement une cigarette. Les réflexes du super flic reprennent le dessus. Le gardien venait d'acheter son pain et quelques autres denrées& Donc, il arrivait de la supérette, qui se trouve à la sortie du hameau précédent.

        Le patron et Marcy font une arrivée assez spectaculaire. En attendant, il va falloir attendre le parquet. Immédiatement, l'un d'entre eux se propose de troquer sa tenue, contre celle de son copain. Ils ont sensiblement la même taille, ce qui ne choquera personne. Certes, cela ne fera pas revenir son mari, mais au moins, grâce aux primes, elle ne sera pas dans le besoin. En plus, le gardien aura droit aux honneurs militaires et sera élevé à titre posthume au grade d'officier. Ce qui, en matière de pension, varie du simple au double.

        Au-delà de l'aspect bassement mercantile, il y a le geste des inspecteurs, que les hommes en uniforme ne sont pas prêts d'oublier. Il y a c'est vrai, de temps à autre, entre les flics en civil et ceux en tenue, quelques frictions. Ce petit complément, n'échappe pas aux collègues du défunt. Tout est fait pour que rien ne puisse faire capoter la métamorphose. Plus que jamais en cet instant sans doute, ils prennent conscience des dangers auxquels les inspecteurs sont confrontés. En attendant, les inspecteurs filent vers leur destinée, laissant les gardiens et le commissaire admiratifs.

        A dire vrai, les policiers le savaient bien, ces truands d'occasion ne sont que des petits couteaux. Marcy ne paie peut-être pas de mine, mais il le sait, tous les inspecteurs sont des adeptes des arts martiaux. Il en perd du même coup son sourire narquois, et affiche un profil bas. D'autant que ce qu'il vient d'entendre de la bouche de Patrice, n'est pas fait pour le combler d'aise. Etant donné que le chauffeur ne manifeste aucun empressement pour partir, c'est le patron lui-même qui l'empoigne par le col et le conduit jusqu'à la porte :

    - Gardiens& Virez-moi ce tas de merde du commissariat& On ne veut plus le voir traîner ici&

        Il referme la porte derrière lui et revient tranquillement à son bureau. Le petit sourire de Marcy en dit long sur le fond de sa pensée. A peine arrivé au restaurant, Patrice se précipite vers la serveuse et sans se poser de question, la prend dans ses bras. Les patrons, après avoir marqué un temps d'arrêt en voyant la tablée, réalise que les flics en ont bien profité. Ils espèrent en échange, obtenir une protection afin de se sentir en sécurité. Les videurs, les gorilles, les flics en civil et en tenue, ça fait quand même pas mal de monde autour de la table.

        D'aucuns diraient que Patrice profite de son rang. Empreintes, cheveux, mégots de cigarettes, il passe en revue la totalité des pièces à conviction. A en juger son sourire et ses yeux mi-clos, elle attend déjà avec impatience d'être plus vieille de quelques heures. Mais Patrice ne bâcle pas son travail pour autant. D'accord pour une galipette, mais pas au détriment de l'enquête. Rien de bien concret pour le moment, mais visiblement, le patron du restaurant s'est moqué des flics. Depuis tout à l'heure, il en est à son sixième appel et à en juger la nature des enregistrements, il en sait beaucoup plus qu'il ne l'a avoué. Les hommes du commissaire écoutent pour la énième fois les enregistrements.

        Le patron demande aux agents de poursuivre l'écoute, tandis qu'il réunit son équipe dans son bureau. Le filet se resserre, mais il manque encore les pièces majeures ! Pour le moment, ils n'ont que du menu frottin à se mettre sous la dent. Un flic ripoux& Un restaurateur et le chauffeur complices& Un camion sans doute volé& et une Mercedes cabriolet dont il existe des centaines d'exemplaires ! Mais toujours pas la moindre trace du Ministre !& Chacun y va de sa petite idée, sans qu'elle ne recueille hélas, l'assentiment de l'équipe. Le patron et Marcy, qui ont bondi au premier choc, ont toutes les peines du monde à stopper la haine de Patrice. Groggy, il a déjà perdu connaissance, ce qui ne met pas pour autant un frein à cette avalanche de coups. Avec une douceur inouïe, Kathy s'agenouille et prend la tête de Patrice contre son ventre.

        Marcy, bouleversée par ce qui vient de se passer, aide Kathy à relever Patrice. Marcy est assise à ses pieds et Kathy à sa tête. Les deux femmes remarquent en même temps, les plaies profondes aux deux poignets de Patrice. Tant et si bien que l'un des médecins du SAMU, demande à l'externe d'assurer les soins d'urgence. La certitude efface le doute et avec le patron du restaurant en prime, l'enquête va pouvoir reprendre de plus belle. Les heures passent hélas, sans que le commissaire ne puisse apporter au préfet des éléments encourageants. Après l'ouragan de tout à l'heure, l'absence de résultat ne jouera pas en faveur de Patrice, tout le monde en est conscient. Raison de plus pour se remettre au boulot avec une énergie décuplée :

    - Bon& On va se réveiller& Ca va Patrice ?&

    - OK patron& Un peu mal aux mains, mais ça ira&

        Etant donné qu'il travaille avec ses deux coéquipiers, son handicap ne pose pas de problème particulier, si ce n'est bien sûr, la douleur qu'il doit surmonter. Mais il est dur et résistant, ce qui évite de sombrer dans la sinistrose. Sitôt que le dispositif sera en place, ses partenaires iront le chercher. Mais en attendant, il doit se reposer et& c'est un ordre ! Un plan d'action est élaboré avec une grande minutie. Pour palier à toute éventualité, le patron demande à deux autres inspecteurs d'aller eux aussi, à l'hôtel avec Marcy et Bébert.

        En mettant la pression sur l'hôtel, les malfaiteurs se sentiront acculés dans leurs derniers retranchements. La machine se remet en marche et tandis que le commissaire appelle l'hôtel, pour les prévenir de l'arrivée de quatre inspecteurs, la joyeuse équipe s'engouffre dans la voiture de Marcy. Marcy est pratiquement la seule à s'y sentir chez elle, et ce subterfuge pourrait bien conforter la défense de ce privilège.

        Soudain, le regard de Marcy et Patrice se croise. Cette fois, les deux voitures de Marcy et des deux inspecteurs, disparaissent. Fière et comblée, la serveuse s'accroche au bras de son prince charmant. Marcy et les trois inspecteurs, sont déjà en train de vérifier les registres à l'accueil. La standardiste enregistre l'arrivée de Kathy et Patrice, comme si de rien n'était. Très professionnels, les inspecteurs ne se regardent pas, chacun jouant son rôle à la perfection.

        Patrice doit impérativement joindre Marcy, pour lui demander de placer le micro non pas dans le bureau du directeur, mais dans la chambre du chauffeur. Rien de tel qu'une bonne douche pour se mettre en forme. Le patron fera la gueule pour la note de frais, mais& que ne ferait-on pas pour retrouver un Ministre ? En attendant, le couple peut enfin échanger un premier vrai baiser, langoureux et fougueux à souhait. Délicatement, Patrice prend Kathy dans ses bras et sans interrompre leur baiser, la dépose sur le lit.

        Pendant que le couple atteint le paroxysme du bonheur, juste à coté, Marcy et Bébert entrent dans la chambre du chauffeur. Kathy, est en train d'atteindre le septième ciel et à en juger les cris qu'elle pousse, elle ne fait pas semblant ! Bébert aussi entend les gloussement de plaisir, ce qui conduit les deux inspecteurs à éclater de rire. Le boulot reprend ses droits et très vite, le micro est installé, sous le petit meuble à l'entrée. Marcy donne ses ordres aux deux autres inspecteurs, leur demandant de passer la chambre au peigne fin. En quittant la chambre, Marcy ordonne aux gardiens de se rendre dans le hall et surveiller tous les mouvements suspects.

        Rapidement, ils arrivent devant le bureau du grand patron. Selon toute vraisemblance, l'homme est occupé au téléphone et d'après le ton, il est en train de mettre les choses au point. Il vaut mieux attendre quelques instants, pour ne pas interrompre cette conversation. Bébert en profite pour regarder plus attentivement la secrétaire, qui de son côté, n'est pas insensible au charme du policier. Ce ne sont plus des gouttes de sueur, mais les chutes du Niagara ! Cette fois, Marcy vient de porter un coup décisif.

        Le directeur s'affale sur une chaise, effondré et désemparé. Bébert de son côté, termine juste sa page de coloriage et le moins qu'il puisse dire, c'est que les rendez-vous n'étaient pas avec les Suvres de l'Abbé Pierre ! Le nom du chauffeur apparaît à deux reprises, avec celui d'un certain& "Jeannot"& Beau travail pour Marcy et Bébert, qui en quelques minutes, viennent de faire progresser l'enquête d'un pas de géant. Nathalie reprend son travail, sous les yeux de plus en plus langoureux de Bébert.

**********

        Le lendemain matin, l'équipe se retrouve au restaurant. Patrice a sa petite idée là-dessus et pour le moment, il ne dévoile rien. Peu enthousiaste, le patron précède les flics et ensemble, ils prennent la direction des sous-sols :

    - Mais enfin inspecteur, que voulez-vous savoir ?&

    - Nos gars du laboratoire ont décelé des traces suspectes dans les viandes& On va juste contrôler deux ou trois petits trucs& Je vous en prie cher monsieur !&

        Le restaurateur est de plus en plus mal à l'aise. Il le voit bien, les policiers sont déterminés et selon toute vraisemblance, vont tout mettre en Suvre pour le prendre à défaut. Dans quel but ? Auraient-ils des doutes sur les aveux qu'il a fait ? Cherchent-ils à le cuisiner pour qu'il avoue tout ce qu'il sait ? En quelques secondes, au moment précis ou il ouvre la porte, tout défile dans sa tête. Le mutisme soudain du directeur est révélateur de son angoisse. Plus les inspecteurs fouillent dans les réserves, plus le restaurateur a du mal a avaler sa salive. Patrice trouve ça vraiment dommage :

    - C'est con n'est-ce pas ?& Se faire coincer pour quelques petites combines& A mon avis, la répression des fraudes va se faire un plaisir de fermer votre établissement !&

    - Ca va& ça va !& J'ai pigé !& Vous voulez une invitation à vie, c'est cela ?& Aucun problème, je vous l'accorde pour vous et vos familles&

    - Et la corruption en plus !& Vous êtes vraiment mal mon cher !&

    - Mais à la fin, qu'est-ce que vous attendez de moi ?& Je vous ai dit tout ce que je savais j'vous jure inspecteur !& J'peux pas inventer des trucs pour vous faire plaisir ?&

        Il est vraiment comique en jouant les pauvres innocents. Patrice fait signe à Marcy d'intervenir. Elle sort de sa poche un petit enregistreur et enclenche la cassette. Le restaurateur n'a aucun mal à reconnaître sa voix, et celle de son interlocuteur. Ne serait-ce que pour se montrer sympas avec leurs collègues des fraudes, ils veulent obtenir tous les tuyaux concernant le revendeur de produits frelatés. Au fur et à mesure que le patron déballe le nom de ses fournisseurs, les frissons parcourent les corps des policiers. Le patron des renseignements généraux est en pleine discussion avec le commissaire.

        Si chacun d'eux fait sa petite salade dans son coin, l'enquête n'est pas prête d'aboutir. Hélas, il ne se montre pas très bavard, en dépit des charges qui pèsent contre lui. Enfin les événements se précisent. Les deux malfrats sont loin d'imaginer qu'ils sont enregistrés ! Ce qui permet d'en savoir un peu plus sur leurs intentions et au passage, d'être rassuré sur l'état de santé du Ministre. En comptant vite et mal, les deux unités peuvent engager une cinquantaine d'hommes en tout. En quelques coups de téléphone, en plus des hommes sur le terrain, il réquisitionne deux hélicoptères de la gendarmerie, ainsi que la compagnie de CRS ayant en charge la sécurité sur les autoroutes. Advienne que pourra, le destin se met en marche et personne en ces minutes, ne peut en modifier le cours. Une chose est certaine, c'est qu'il va y avoir du monde ce soir au parc ! Combien seront-ils avec René ? Mystère !

        Le patron des renseignements généraux s'absente quelques instants, pour satisfaire à un besoin légitime. Le commissaire Terna, seul face à cet avenir incertain, essaie de faire le point en son âme et conscience. Une vingtaine d'inspecteurs en civil pour quadriller l'hôtel et le restaurant par exemple, pourquoi pas ?

**********

        Un peu plus tard dans l'après-midi, les responsables des équipes engagées sont réunies autour du Préfet. Certes, tous les mandats d'arrêts sont délivrés, en blanc pour le moment. D'accord, un Ministre n'est pas un citoyen tout à fait comme les autres, et les moyens en place le prouvent. Inutile de demander des renforts pour le moment. Calmement, elle prend un sac dans son coffre, rajuste sa coiffure en se regardant dans le rétroviseur, et ferme sa voiture avec toujours le même calme. Hélas pour eux, ils se sont plantés minablement. Par acquis de conscience quand même, Patrice communique le numéro des plaques minéralogiques de la Mercedes au central en vue d'une identification. En attendant le résultat, le trio s'installe dans le petit bar qui se trouve juste à côté du bijoutier.

        Très vite, le central infirme le vol du véhicule et d'après le signalement de la propriétaire, c'est bien elle qui est au volant. Bon ! C'est ce qui s'appelle faire chou blanc ! Ce n'est pas grave, il vaut mieux commettre une erreur, que de n'avoir rien tenté et réaliser trop tard la boulette ! Tranquillement, le trio termine ses consommations et regagne la préfecture. En arrivant devant l'entrée principale, à en juger l'attroupement, la réunion au sommet est enfin terminée. Le trio descend de voiture et rejoint le patron qui est heureux de retrouver son équipe :

    - Alors ?& Qu'est-ce que ça a donné cette filature Patrice ?&

    - Une bourgeoise en manque de bijoux& Rien à voir avec l'affaire& Et vous patron ?&

    - Toujours les mêmes conneries !& Si on ne résout pas l'affaire d'ici demain matin, on aura droit aux cow-boys parisiens !& DST& et toute la clique !& J'ai menacé le Préfet de démissionner si ces flicards de salon nous enlèvent le pain de la bouche&

    - Mais c'est génial ça !& Comme ça on pourra prendre un peu des vacances !& Je plaisante patron& Vous savez bien qu'on est derrière vous& Et si votre démission ne suffit pas, ils aura les nôtres en même temps !& A mon avis, ils mettent la pression pour faire accélérer le mouvement et se donner bonne conscience&

        L'équipe sait parfaitement ce que signifie cette montée en pression. Les dignitaires, confondent vitesse et précipitation et en voulant trop bien faire, ils brisent maladroitement les chances de succès. Le patron des RG, qui rejoint le groupe, croise le regard de Patrice. Le plaidoyer de Patrice est sans appel, chacun en prend pour son grade :

    - Je suis désolé& J'espère qu'il se remettra vite le pauvre !& Mais c'est chaque fois pareil bordel de merde& Si vous nous aviez tenus informés plutôt que faire bande à part, peut-être que même le gardien serait encore en vie& Mais non& Chacun tire la couverture à soi dan son coin& fait sa petite salade, dans le seul but d'être meilleur que les autres !& L'émulation devrait permettre de valoriser la police& et non de la dégrader !& Car en voulant écraser les petits copains, pour être en tête au hit-parade des statistiques, on sacrifie celles et ceux qui montent au front !& Vous me donnez envie de gerber avec vos grands airs de Seigneurs !&

        Patrice est écSuré. Le gardien décédé, le collègue qu'il a tabassé, et lui, qui se trouve handicapé avec les deux mains salement amochées, voilà le bilan de cette guerre des polices. Patrice, après avoir allumé une cigarette, se remet dans la voiture de Marcy pour écumer sa rage. Comme prévu, peu après dix-huit heures, les barrages routiers se mettent en place. A en juger les moyens mis en place, la police recherche du gros gibier ! Sur les visages de tous les conducteurs et de leurs passagers, on peut lire un sentiment de peur. Celle déjà connue du gendarme, mais aujourd'hui, c'est bien davantage. Mitraillettes en bandoulière, les policiers impressionnent les honnêtes citoyens.

        Systématiquement, les coffres des véhicules sont ouverts et les papiers examinés à la loupe. Les truands ne sont pas des amateurs et ce sera eux ou les flics& Le commandant, lors de son briefing, n'avait pas mâché ses mots :

    - Pour celles et ceux dont ce sera la première grosse opération, je tiens à dire ceci : les armes ne sont pas des objets de décoration !& Si vous ne les utilisez pas en cas de besoin, les criminels eux, ne feront pas de sentiment !& Ceux que nous recherchons aujourd'hui sont des caïds et pas des enfants de chSur !& Ils ont assassiné votre collègue de sang froid et ils ne sont pas à un cadavre prêt& Si vous voulez rester en vie, oubliez vos préjugés et appuyez sur la détente& Une fraction de seconde d'hésitation, et vous servirez de cible !& Je rappelle que votre collègue a été abattu de trois balles en pleine tête& Ces gangsters savent viser juste& Le but de ces barrages, étant de neutraliser leur fuite, ils n'hésiteront pas à vous foncer dessus et à vous écraser comme de vulgaires mégots& Ce qui veut dire qu'avant toute chose, vous ne devrez en aucun cas vous placer devant les véhicules placés en épi& Toujours derrière, arme au poing& Si l'un d'entre vous ne se sent pas d'attaque, je préfère qu'il reste ici& La peur vaut mieux que la mort !& Les héros que j'ai connus sont tous au cimetière& De plus, vous ne devrez compter que sur vous-mêmes, puisque tous les inspecteurs seront mobilisés pour serrer une partie de la bande& Maintenant réglons nos montres& Il est& 11 h 45& Ce sera tout messieurs&

        A l'issu de cette réunion, les hommes en tenue n'en menaient pas large. Cependant, aucun ne s'est dégonflé. Est-ce que les bandits vont passer ici ? Au même moment, à proximité de l'hôtel de ville de Grenoble, un autre dispositif est en train de se mettre en place. Promeneurs, touristes, amoureux& ils ressemblent à monsieur et madame tout le monde dans ce cadre enchanteur. L'une après l'autre, les voitures se mettent en place aux différents endroits stratégiques. Rien ne presse et il ne faudrait surtout pas dévoiler l'opération, en installant tout le monde en même temps à la dernière minute.

        Les truands aussi sont méthodiques et très organisés, les patrons des différentes brigades le savent. En respectant ces valeurs fondamentales, ils ont plus de chances qu'en considérant les voyous comme des débiles. Quand ils se fixent des rendez-vous comme celui de ce soir, bien avant l'heure prévue, ils envoient des complices en éclaireurs. A proximité du parc Paul Mistral, l'équipe en place retient son souffle. Les gardiens en place commencent à réaliser grandeur nature, les recommandations du grand patron ce matin.

        Cette fois les zigzags sont terminés, et la riposte policière est immédiate. Perdre un collègue, ce n'est jamais réjouissant. Comme pour se défouler, en attendant de pouvoir le faire pour de vrai contre les flics, les truands s'amusent. Défonçant tous les obstacles qui se dressent devant eux, ils transforment ce petit coin de campagne en piste de rodéo sauvage. Visiblement, il ne partage pas du tout les mêmes plaisirs que ses hommes.

        Hélas, ses acolytes ne paraissent pas décidés de mettre un terme à cette chevauchée fantastique. Il hurle tout ce qu'il peut, mais le bruit des moteurs d'un côté, les chocs contre les différents obstacles et les coups de feu, c'est peine perdue ! Rien ne sert de s'égosiller comme il le fait. Pour être le numéro un, les hommes de main se livrent à des rituels qui sont souvent limites. Entre les bras de fer, les bagarres et comme ce soir, les rodéos en voiture, ils ne reculent devant rien pour affirmer leur suprématie.

        Très souvent d'ailleurs, au cours de ce genre d'épreuve de vérité, il y a des morts ! En d'autres circonstances, cela n'aurait pas été dramatique. Les deux conducteurs sont au moins aussi doués l'un que l'autre et celui qui est en tête de ce mini rodéo, voit d'un très mauvais Sil son copain qui est sur le point de le dépasser. Tous les coups sont permis, et le second ne va pas tarder en en faire les frais. La seconde se rapproche très vite, au point que les pare-chocs ne sont plus qu'à quelques centimètres. C'est alors que le chauffeur du premier véhicule écrase le frein ; le choc est inévitable !

        Sous la violence de l'impact, la seconde voiture effectue un tonneau par-dessus la première, et termine sa course en contrebas du champ. Heureusement, personne n'est blessé, ce qui aurait fichu tous les plans en l'air. Inutile de dire que les gros bras ne sont pas fiers d'eux, et sortent penauds des carcasses. En moins de temps qu'il faut pour le dire, les deux truands foncent vers le hangar, où se trouvent les bagnoles volées. Le grand patron va arriver dans quelques minutes pour donner ses consignes.

        A aucun moment, durant son exposé, le chef de bande n'a sous-estimé ses adversaires. Comme pour les policiers, plus l'ennemi est considéré à sa juste valeur, plus les chances de le neutraliser sont grandes. Ce brusque silence surprend l'équipe, qui a du mal à en saisir l'origine. Le patron est toujours aussi lointain, de plus en plus intrigué par cette arrivée soudaine. Marcy se hasarde à en savoir plus :

    - Qu'est-ce qui vous arrive patron ?& Ca ne va pas ?& Vous en faites une tête !& C'est l'idée d'avoir une autre femme sous vos ordres qui vous trouble à ce point ?&

    - Vous ne croyez pas si bien dire Marcy& Mais bon Dieu& c'est un miracle !&

    - Excusez-nous patron, mais& on a du mal à suivre& nos décodeurs sont en panne !&

    - Ca ira planton& Fermez la porte& Figurez-vous que pas plus tard qu'hier, j'ai eu mon ami au ministère de l'Intérieur& A propos précisément, de mes demandes d'effectifs supplémentaires& Et& Il se trouve qu'il m'a affirmé, ne rien pouvoir faire avant le second semestre& Donc&

    - Donc cette gonzesse pue la taupe à plein nez !& Ils sont quand même sacrément organisés en face& Ils ont appris que le faux ripoux, alias l'inspecteur des RG, était hors course& Il ne leur a pas fallu longtemps pour mettre une balance en place dans la forteresse !&

        Ils n'ont pas encore aperçu la sous-marinière que déjà, sa côte de popularité est au plus bas ! Loin de monter sur ses grands chevaux, le commissaire au contraire, bénit cette arrivée imprévue. Pour lui en effet, grâce à une écoute "rapprochée", ils seront en contact permanent avec les moindres faits et gestes des ravisseurs. Si ça se trouve, ce soir au parc, il n'y aura personne et pendant que les hommes seront mobilisés là-bas, ils viendront en force ici pour tenter de libérer le directeur. Certes, le commissaire se montre un peu pessimiste, mais sa logique n'est pas dénuée de bon sens.

        Ce qui veut dire que ses gars adhèrent totalement à cette vision des événements. Béatrice est aux antipodes de ce qu'elle imagine ! En les voyant tous presque à ses pieds, elle savoure sans doute prématurément, une aisance péremptoire en matière de renseignements. Elle se croit forte et invulnérable ? Il ne faut surtout pas la décevoir et au contraire tout mettre en Suvre pour l'encourager dans cette voie. Le commissaire lui dévoile donc son plan d'action, en précisant tous les détails de l'opération en cours. Par contre, si le commissaire dit vrai, il va falloir qu'elle agisse et vite. D'autant, et c'est un peu pour enfoncer le clou davantage, que le patron lui confie que le témoin des magouilles est en lieu sûr, loin du commissariat !&

        Sa réaction est immédiate et conforte le malaise qui doit être le sien. Pour être sûr qu'elle n'utilise pas son portable et par là, échapper aux écoutes, le commissaire lui recommande de ne pas faire usage de son Natel :

    - Puisque vous êtes des nôtre chère Béatrice& Surtout, n'utilisez pas votre Natel en ce moment& Nos techniciens viennent de mettre au point une combine pour écouter les messages des téléphones mobiles& Mais ceci reste entre nous bien sûr, car là, nous sommes dans l'illégalité la plus totale& On se voit demain ?&

    - Heu.. Oui, oui, patron& Excusez-moi pour ce soir, mais& J'avoue que je suis exténuée&

        Une fois seuls, le patron et ses hommes savourent cet ascendant sur Béatrice ! Elle doit être une sorte de "nettoyeuse" et avec les infos qu'elle vient de capter, le propriétaire de la villa n'a plus beaucoup de temps à vivre. Après tout, pourquoi s'évertuer à perdre du temps et de l'argent pour coffrer ce genre d'individu, qui est relâché à peine arrêté ? Les truands entre eux font tellement mieux le travail que la justice, pourquoi les en priver ? C'est pour cette raison, répondant à la question de Marcy, que le patron n'a pas voulu faire suivre Béatrice :

    - Pourquoi exposer inutilement un de nos hommes ?& Si elle est utilisée comme nettoyeuse, on aura le résultat demain !& Car le propriétaire de la villa ne sera certainement pas au rendez-vous tout à l'heure !& Par contre, il va avoir la visite de cette merveilleuse Béatrice& Elle me plaît cette fille& Si, si& Je suis sincère !&

        Après tout, ça ne fera qu'un truand de moins et pas des moindres ! En déstabilisant la mafia locale, et en économisant l'argent du contribuable, la crime rend un immense service à l'humanité. Une dernière fois, l'équipe du commissaire Terna revoit en détail, chaque point de l'opération. Pour une fois qu'ils en ont las possibilité, autant que le grand nettoyage se fasse une bonne fois pour toutes. En disant cela, ses coéquipiers sentent bien à quel point il est écSuré. Par centaines, des femmes et des hommes sont victimes de leurs esprits machiavéliques.

**********

        Quelques instants plus tard, aux abords du parc Paul Mistral. Chacun attend en retenant son souffle, l'arrivée des voitures des malfaiteurs. Visiblement, Patrice n'est pas là, ce qui étonne un tantinet ses partenaires. Quatre hommes armés descendent de la première et se dirigent vers les deux autres. Encore quelques petites secondes et les flics vont surgir de l'ombre. Ils doivent impérativement attendre l'ordre du patron. De part et d'autre du parc, selon les dispositifs mis en place par les deux camps, les voitures démarrent en trombe. Les autres complices, qui ont pour le moment, réussi à passer entre les mailles du filet, ne seront en liberté que très provisoirement.

        Cinquante kilos de cocaïne sont saisis, en même temps que des faux billets. Sale coup pour les truands qui, en même temps qu'un précieux butin, perdent surtout quelques grosses têtes. Marcy et Bébert, fidèles à leurs habitudes, viennent de faire un travail remarquable. Ils ne regrettent pas finalement, cette petite balade nocturne en amoureux, dans les allées du parc ! Quelques policiers sont blessés, et malheureusement, trois malfaiteurs sont salement touchés par balle.

        Le commissaire et son équipe n'ont guère le temps d'en savourer le romantisme. Chacun imagine ce qui a pu se passer, mais pour que le patron soit aussi inquiet, quelque chose a du foirer. Après un rapide tour d'horizon, les blessures des agents ne sont que superficielles et ne mettent en aucun cas, leur vie en danger. Ce que les truands ne savent pas, c'est qu'en fait, cette attaque était attendue. Ce qu'ils ignorent encore, et pour cause, c'est que les flics leur réservent des surprises moins agréables. Raison de plus pour se montrer vigilants et surtout, ne négliger aucun indice.

        Quelques truands notoires, bien connus des services de police, sont sous les verrous. Les premiers interrogatoires hélas, ne se sont pas avérés fructueux. N'y aurait-il pas une solution, une astuce qui permettrait de devancer les supers-flics ? C'est en tout cas ce à quoi le commissaire et ses hommes, songent très sérieusement. Le risque de les voir se mettre à table et tout balancer, est bien trop grand. Donc, tout ce beau petit monde était de trop pour les caïds, qui ont décidé de les écarter du circuit. Béatrice hier soir, en rentrant à son hôtel, a appelé le magistrat. Nerveusement, il compose un numéro, trépigne d'impatience, bougonne et enfin, obtient son interlocuteur. En quelques petites phrases concises, il résume la situation. Qui est donc ce mystérieux personnage ? Les inspecteurs ne vont pas tarder à être fixés, puisque le commissaire raccroche le combiné :

    - J'ai appelé mon ami au ministère de l'Intérieur& J'ai sa parole, il va retarder l'envoi des brigades spéciales et des services secrets& Mais& Il m'a donné jusqu'à ce soir vingt heures, dernier délai&Ensuite, il ne pourra plus rien faire et les zorros vont débarquer !&

        Il est à peine huit heures ; ils ont donc douze heures, pour élucider l'affaire ! C'est beaucoup et très peu en même temps. Reste à trouver la faille dans cette muraille et ce ne sera pas le plus facile. Plus l'étau se resserre, et plus il convient de manSuvrer avec délicatesse. Vont-ils être de taille à se mesurer à cet empire de la criminalité ?

        Certes, la détermination, la volonté et le sens du devoir, ne manquent pas dans le cSur des inspecteurs. Les exemples ne manquent pas hélas, ce qui n'est guère motivant pour celles et ceux qui, au péril de leur vie très souvent, s'épuisent à la tâche. Visiblement, ces cravatés ne sont pas là pour discuter d'investissements boursiers, loin s'en faut. Très proche des frontières Suisse et Italienne, elle permet aux réseaux mafieux d'Suvrer en toute quiétude. Les hommes du commissaire Terna, maille après maille, ont fait des trous de plus en plus gros dans le filet de la mafia. Pas question de lancer la moindre transaction en ce moment, il faut d'abord épurer les équipes.

        Le ton ferme et déterminé du député, en est la preuve. Indifférente à ce qui se trame dans le bureau de ce député, la cité de Calvin se laisse doucement envelopper d'un petit manteau blanc. Quelques pêcheurs partent sur le lac pour gagner leur journée, en ramenant de très belles perches qui font la réputation des restaurants les plus en vue. Les truands et les ripoux du monde entier, transitent par la capitale Romande.

        Les truands découvrent le cadavre du propriétaire et la colère grandit. La tension monte, les regards se font de plus en plus menaçants. Cadeau empoisonné s'il en est, compte tenu de ce qui ne va pas tarder d'arriver, à savoir, un appel téléphonique des grands patrons. Délicatement, le corps du défunt est entourée d'une couverture, avant d'être saucissonné dans du plastique. Heureusement, ils sont à l'abri des regards et peuvent s'atteler à la tâche sans problème. Le chef ordonne l'arrêt immédiat des fouilles. Tranquillement, le visiteur enlève ses lunettes fumées, et enfin les deux hommes peuvent échanger un premier regard. L'Allemand appellera son homme de main vers dix heures et lui donnera les consignes.

        Les doigts de son partenaire lui effleurant le haut du torse, lui procure quelques frissons pas désagréables du tout. Marcy devra donc être à proximité du bureau du sous-préfet et dès qu'il en sortira, ce sera à elle de jouer. Une fois encore, le trio se montre impérial et avec sa légendaire efficacité, gageons qu'il réussira à retrouver le Ministre.

        Le calme est très vite remis en cause, par l'arrivée de la voiture du commissaire. Si un tel dispositif a été mis en place, pour le peu de risques apparents, c'est pour palier à toute éventualité. Si, durant l'entretien avec le préfet, des voitures suspectes arrivent en masse, leurs occupants seront fort bien accueillis ! En principe, tout le monde pourra regagner le bercail, une fois que le commissaire aura repris son véhicule, et que Marcy sera de nouveau avec ses partenaires. Les inspecteurs qui jouent les touristes, ont pour mission de prendre en photo tout ce qui bouge, à partir de maintenant.

        Après des minutes qui ressemblent à des heures, le patron quitte la préfecture. Immédiatement, Bébert actionne les deux magnétophones, afin de pouvoir enregistrer les moindres murmures en provenance du bureau du sous-préfet. Au moment ou Marcy rejoint ses coéquipiers, le sous-préfet se manifeste à la radio. Tandis que Bébert poursuit son travail d'espionnage, Marcy et Bébert tentent d'élaborer une stratégie cohérente. Marcy exécute l'ordre, tout en souriant à Patrice. Elle l'admire beaucoup et assurément, en pince aussi, au moins autant. De plus, il ne veut pas briser l'harmonie du trio et pour rien au monde, il ne voudrait la ternir pour un simple moment d'égarement.

        Plus exactement, dans un dépôt de ferrailles et de carcasses de voitures. Pour eux en effet, le pactole qu'ils vont toucher représente au bas mot, deux cents ans de travaux pour un patron ! En prime, c'est du fric non imposable, comme celui que les ripoux se mettent dans les poches avec leurs magouilles& En trois jours, le Ministre a pu appréhender le malaise de la population en général, d'où sont issus ces apprentis gangsters.

**********

        Pendant ce temps, les policiers mettent leurs équipes en place. A l'entrée du village, très discret pour le moment, un dispositif beaucoup plus lourd est en train de s'installer. Invisible pour le moment, car il ne faut pas attirer l'attention des truands qui vont passer. Ce ne sont pas les risques en eux-mêmes, mais bien plutôt la minutie des gestes à accomplir. Le patron se trouve en compagnie du préfet, qui avait manifesté son désir d'être sur les lieux au moment ou le Ministre serait libéré. En l'état actuel des opérations, de toute façon, son rôle était pratiquement devenu caduque pour les complices. Grâce à son appel téléphonique précédent, elle a permis d'identifier le commanditaire du réseau, en la personne de l'Ambassadeur de France en Suisse. Elle était en fait son bras droit, ses yeux sur le terrain et la seule à pouvoir l'appeler directement ; d'où cette facilité de mutation !

        Pour le moment, l'Ambassadeur a encore quelques heures, voire quelques jours à être tranquille. Faute d'appuis et de couvertures en haut lieu, les gangsters ne prennent aucun risque. En échange de quelques "grâces" de la justice, ils sont prêts à vendre père et mère ! L'heure est donc venue, de prouver une fois de plus qu'en dépit des séismes qui en ébranlent les fondations, la justice assure quand même sa mission.

        Et cette mission, les hommes du commissaire Terna l'honorent au plus haut point. C'est pour cette raison qu'ils sont aussi tendus et anxieux. En provocant l'accident, ils seront un bref laps de temps sonnés, se demandant ce qui arrive. En amont et en aval du chemin conduisant à la villa, tout est bloqué. Au PC de commandement, installé au pied du funiculaire, c'est l'anxiété qui domine. Le moindre faux pas, la plus petite erreur et tout est fichu. Au bout de quelques minutes, tous les dispositifs sont en place. Banco, les ravisseurs ont changé de voiture ! Et selon toute vraisemblance, les passagers ne sont plus les mêmes. Ce laps de temps est suffisant pour permettre aux flics de jeter un Sil sur l'intérieur des voitures. Ainsi, celui-ci sera coincé et ils pourront neutraliser plus facilement les malfaiteurs. Patrice rejoint ses équipiers et leur demande de descendre de la voiture :

    - Venez avec moi& On va se planquer derrière la cabane& On ne sait jamais !& Et en plus, une fois la caisse dans le talus, on interviendra plus vite&

        Oui papa !& Docilement, Marcy et Hubert obéissent à leur chef. Une fausse manSuvre et les voitures pourraient se retrouver encastrées les unes dans les autres. Plus qu'une centaine de mètres avant l'entrée du virage. Les moteurs des voitures pilotées par les cascadeurs se mettent à rugir. Rapides comme l'éclair, le trio entre en scène et avant même que les ravisseurs n'aient eu le temps de réaliser ce qui arrivait, ils se trouvent menottés et attachés aux portières. Compte tenu de la vitesse, et donc de la violence du choc, il risque fort d'y avoir des cadavres. Deux corps d'ailleurs, ont été éjectés au cours des loopings ! L'hélicoptère de la gendarmerie, qui se trouvait à proximité du barrage, rejoint la voiture des inspecteurs, pilotée par le premier cascadeur. A l'intérieur, la jeune femme et le conducteur, bien que gravement blessés, sont encore en vie.

        Au premier barrage, là où se trouve cette chère Béatrice, si les autres flics laissent éclater leur joie, elle de son côté contient difficilement sa rancSur. Mais elle ne l'exprime pas outre mesure, pour ne pas se démasquer. S'isolant du groupe de policiers, occupés à ranger leur matériel, elle appelle l'Ambassadeur pour le tenir informé :

    - Patron ?& Oui, c'est Béa& On a tout faux !& Ils viennent de récupérer le Ministre et d'après ce que je sais, on a eu des pertes humaines& Est-ce que je passe au plan suivant ?& OK& C'est vous le chef& Je ne flingue donc pas le Ministre& Je vous rappelle ce soir de l'hôtel&

        Kamikaze avant tout, la belle inspectrice était prête à sacrifier sa vie pour assassiner le Ministre. Comme vient sans doute de lui dire l'Ambassadeur, il faut savoir perdre de temps en temps, pour mieux gagner ensuite. Les ambulances du SAMU de Grenoble et celles des Sapeurs-Pompiers, prennent en charge les blessés. Au pied du funiculaire, tandis que les équipes de nettoyage débarrassent la chaussée des éclats divers, le préfet discute avec le Ministre. L'Ambassadeur en tête, suivi du député et de ses acolytes, l'antenne de cette mafia est démantelée. Plusieurs centaines de kilos de cocaïne, des centaines de kilos de hachisch, des armes de poing, des faux billets et autant de papiers truqués, ont été saisis. Une fois de plus, la preuve est faite que plus les polices s'unissent et harmonisent leurs efforts, plus la pègre aura du souci à se faire.

        Certes, le réseau mafieux a pris du plomb dans l'aile et il s'écoulera pas mal de temps avant qu'il ne se reconstitue. Hommes politiques, chefs d'entreprises, journalistes, ecclésiastiques, pique-assiettes en tout genre, sont réunis pour fêter l'heureux dénouement. Après les discours officiels du Préfet et de différents représentants d'Associations Culturelles, c'est au tour du Ministre de prendre la parole. Il est encore un peu fébrile, mais pour rien au monde il ne veut se dérober à ses obligations. Après une ovation vibrante et pour la moins chaleureuse, il peut enfin prendre la parole :

    - Monsieur le Préfet& Mesdames et Messieurs& Chers amis& Je tiens à exprimer aujourd'hui, avant tout& le plaisir d'être en vie& Mais aussi, la fierté d'appartenir au Gouvernement d'un pays comme la France, qui a su se doter d'équipes de polices d'une exceptionnelle valeur& Au péril de leur vie, ces femmes et ses hommes, dont la dévotion et l'altruisme ne sont plus à démontrer& ont une fois encore démontré leur génie et leur sens du devoir& Je remercie tout particulièrement le nouveau Commissaire Divisionnaire Terna, et sa vaillante équipe, sans lesquels je ne serais pas là aujourd'hui& Mais je voudrais pour conclure, faire amende honorable& En côtoyant pendant deux jours mes très jeunes ravisseurs, j'ai pu mesurer l'étendue de l'affliction dont était victime la société& Et& La leçon que je tire de cette malencontreuse aventure, c'est que nous& hommes politiques& avons encore bien des choses à apprendre !& Et je vous promets qu'à mon niveau, tout sera fait pour permettre à notre jeunesse, d'être entendue& et écoutée& Je vous remercie&

        C'est vraiment rare d'entendre un Ministre, parler avec autant de sincérité ! La partie officielle étant achevée, c'est la cohue véritable. Autour du buffet, les morfales habituels, qui se goinfrent comme des porcs. Surtout que son orgueil de femme a été malmené ! Qu'est-ce qu'elle mijote ? Patrice et Bébert sont intrigués, sans pour autant être inquiets. Marcy, toujours aussi spéculatrice et enjouée, discute fermement avec le patron. Quand ils le voient lever les yeux au ciel et secouer la tête, ils s'attendent au pire ! Mais dès l'instant ou le commissaire unit ses mains devant lui, comme pour faire une prière, là, les deux inspecteurs en perdent leur sourire.

        Bébert, qui avait manqué le début du film, a du mal à suivre le scénario. Patrice le rassure très vite, en lui demandant de bien regarder ce qui va suivre. Marcy se rapproche de Béatrice, très entourée par les obsédés en manque d'émotions fortes. Sûre d'elle, Béatrice se délecte de sentir tous ces messieurs à ses genoux. Moulée à l'excès dans une robe on ne peut plus mini, elle offre aux regards envieux de ses admirateurs, une vue plongeante sur sa poitrine. Marcy, calme et souriante, s'approche d'elle.

        Bébert et Patrice attendent la suite, tandis que le patron s'arrache les derniers cheveux ! L'attente ne se prolonge pas indéfiniment. Très vite cependant, Patrice et Bébert viennent prêter main forte à Marcy, car Mata-Hari se débattait de plus en plus vivement. Tout rentre dans l'ordre et la petite fête touche à sa fin. Mais Marcy, qui décidément n'est pas à une cachotterie près, surprend encore ses partenaires, en leur annonçant que finalement, elle ne serait pas des leurs ce soir pour le dîner.


Prochain épisode : " Vive le Roi "


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