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Après une longue et fastidieuse enquête, le réseau d'espionnage a été démantelé et les responsables emprisonnés. A en croire l'importance du stock d'armes et explosifs saisis, on imagine avec un frisson d'émoi, quel aurait-été le drame au CNET si ces criminels avaient pu agir ! Si le temps efface certains souvenirs, ils en existent qui demeurent à jamais gravés et celui-ci, n'est pas prêt d'être oublié. Car, ne l'oublions pas, le CNET est en soi une véritable bombe passive, qui, sous l'effet de certains excitants, serait à même de détruire une grosse partie de Grenoble, et ça, ces salops le savaient ! Bravo donc et félicitations cher colonel Legrand, une fois n'est pas coutume, pour avoir enrayé cette machination diabolique. Je suis sûr que toutes les personnes à qui vous avez sauvé la vie, ne regarderont plus le flic que vous êtes, de la même façon !
Ceci dit, le temps s'est écoulé pour tout le monde, laissant sur chaque individu une empreinte personnalisée. Malheur pour certains, bonheur pour les autres, routine pour la grosse majorité tout du moins, pour ceux dépourvus d'esprit de novation. La vie reprend ses droits comme on dit en pareilles circonstances ; pour Élise et Patrice, plutôt favorisés par le temps écoulé, une dimension nouvelle est apportée dans leurs relations. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'à ce niveau, une évolution certaine et indéniable s'est produite. Au travail progressivement, les petits sourires complices s'étaient transformés en tendres câlins, et depuis peu, ils vivent ensembles.
La SIRA étant dirigée par des hommes sensés, leur vie ressemble à un petit paradis, où tout est prétexte à une recherche permanente de l'autre. Mais le petit nid d'amour qu'ils sont en train de construire, s'il fait plaisir à voir, n'est pas de nature à satisfaire certains grincheux, éternels insatisfaits. C'est vrai, Élise est ravissante, très douce, et les jaloux ne voient pas ce qu'elle trouve d'exceptionnel en Patrice ! Franchement, je ne vois pas ce qu'elle pourrait trouver chez eux, mais c'est comme ça ! Il y aura toujours des êtres se croyant supérieurs, ceux qui ont tout fait, tout vu, qui n'ont aucune valeur humaine mais ça, ils sont bien les seuls à l'ignorer ! En attendant il faut faire avec, bien que ce ne soit pas tous les jours évident de part les difficultés rencontrées.
Certes, il est encore prématuré de parler de grand amour entre Élise et Patrice, mais de là à leur mettre les bâtons dans les roues en risquant de compromettre l'équilibre de cette union naissante, il y a un pas que certains imbéciles n'hésitent pas à faire sans se soucier des dégâts occasionnés. Il vaut mieux en rire c'est certain, c'est en tout cas l'option que paraît vouloir prendre le couple, mais il n'empêche que si certaines réflexions persistent, elles risqueraient de jeter le trouble et le doute dans l'esprit des deux protagonistes pour qui, le ciel n'est pas encore au bleu de l'amour. Patrice n'est pas un homme à se laisser marcher sur les pieds trop longtemps, et, quand les limites sont atteintes, il n'hésite pas à ruer dans les brancards.
C'est à ce niveau là du reste, que l'on peut apprécier la valeur de certaines personnes qui, plutôt que d'avouer et reconnaître leurs propres faiblesses, font en sorte de se faire valoir et cherchent à s'imposer par tous les moyens. Patrice ne le voit pas du tout du même œil et c'est pour ça, que depuis quelques temps, l'atmosphère est plutôt orageuse. La pauvre Élise redoute le pire car, étant le point de départ des réflexions désobligeantes qui sont adressées à Patrice, elle sait très bien que l'orage ne va plus tarder à éclater. A croire que ces semeurs de trouble soient inconscients !
Pour Élise le plus grave n'est pas encore là, car, elle s'en rend compte, le doute s'instaure peu à peu dans l'esprit de Patrice ce qui, de toute évidence, ne peut que compromettre leur avenir. A force d'entendre toujours les mêmes sornettes, même quand on est persuadé du contraire, l'on finit tôt ou tard par se poser des questions ; ce qui aboutit à des tensions, génératrices de discordes et de ruptures. C'est là, à ce moment précis, qu'il devient indispensable de réagir, afin d'anéantir à tout jamais les projets morbides des spéculateurs, et éclaircir le ciel pour que le soleil puisse briller à nouveau.
Pour ce qui est de réagir, Patrice ne s'en prive pas et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il serait temps que certains imbéciles comprennent que toutes les plaisanteries ont une fin ! Depuis quelques jours en effet, Patrice est parti en chasse après les détracteurs, n'hésitant pas à sacrifier son sommeil pour venir " discuter "... avec les auteurs des réflexions " baveuses ", dont ils sont victimes avec Élise. A plusieurs reprises déjà, un ou deux gardiens se sont retrouvés collés au mur. Hélas, pareil avertissement n'a pas suffit bien au contraire, ce qui explique que Patrice en soit arrivé à un point d'excitation tel, que même Élise aura du mal à s'interposer ! Le trop plein déborde et Dieu seul sait, la quantité d'eau qui va s'échapper du vase ! Gageons que le feu des enfers va illuminer de cinglants éclairs le poste de garde ce soir, si l'on tient compte de l'état d'énervement de Patrice :
- Je t'en supplie mon chéri... laisse tomber... Pietro ne vaut pas la peine que tu te salisses... je t'en prie Régis... aide moi à calmer Patrice... tu vois bien qu'il ne cherche qu'à briser notre avenir !...
- Élise a raison Pat... il n'attend que ça... tu sais que c'est une ordure... il joue sur son infirmité... pour défendre ton honneur... tu risques de finir tes jours en prison... je ne pense pas que ce soit ce que tu désires quand même ?...
- OK... je suis calme !... on va rentrer Bibiche... il vaut mieux en effet que je ne reste pas là plus longtemps... mais je te jure bien qu'il va me le payer ce fumier... salut Régis... merci...
Le couple regagne la voiture, Élise préférant conduire. Sagement, elle quitte la plate-forme du poste central et s'engage dans l'allée centrale. Arrivés devant le poste de garde, comme tous les soirs, ils descendent de voiture pour saluer leurs collègues. A en juger le visage de Patrice et celui des autres gardiens, il y en a bien un ou deux dans le lot qui doivent avoir les oreilles en train de siffler ! Mais Patrice se contient et très vite, les voilà de nouveau dans leur voiture. Mais à peine ont-ils franchi la barrière, qu'ils aperçoivent, " Pietro " !... Dur, dur !!! Le regard échangé entre les deux hommes est bref, mais suffisamment évocateur pour inciter les autres gardiens à quitter le poste :
- Arrête toi chérie... fais demi tour... je vais lui faire bouffer sa casquette à cette espèce de vieux débris à la manque... non mais tu as vu sa façon de nous regarder en ricanant ?...
Patrice n'en peut plus et son visage blême atteste de son état d'excitation maximum. C'est la première fois qu'il se comporte de cette façon et franchement, là, Élise commence à paniquer :
- Je t'en supplie mon amour... pense à nous... calme toi tu veux... en arrivant on fera l'amour et je te ferai un bon massage tu veux ?...
Rien à faire, la colère de Patrice ne fait qu'empirer à chaque seconde. Ses yeux lui sortent littéralement de la tête et sa respiration est de plus en plus saccadée. Le fait que Élise continue de rouler ne fait qu'accentuer cette ascension vers la violence :
- Fais demi tour nom de Dieu... si tu ne t'arrêtes pas je saute de la bagnole t'as compris ?... arrête s'il te plaît et fais demi tour...
Élise essuie la tempête et après s'être arrêtée, tente une dernière fois de calmer Patrice, en refusant de reculer. Elle pensait bien faire, mais c'est sans compter sur cette soif d'orgueil qui anime Patrice qui, plutôt que de s'en prendre inutilement à son amie, préfère descendre et regagner le poste à pied. Sa façon de descendre de la voiture en dit long sur la suite des événements. Tandis que Élise s'effondre en larmes tout en fonçant en marche arrière en direction du poste de garde, à l'intérieur de celui-ci l'ami Pietro n'en mène pas large du tout :
- Il est con ou quoi ?... il va quand même pas me casser la gueule ?... tu vas me défendre hein ?... mais je lui ai rien fait ?...
- Moi... je ne vois que deux choses dans la vie... mon chien... et mon boulot... le reste, je m'en moque tu piges ?... si je tombe sur un connard au cours d'une ronde, et que mon chien le bouffe... je dirai qu'il n'avait rien à faire ici... Patrice est en train de la faire... sa ronde... s'il trouve un connard...
Élise entre à peine un peu plus tôt que Patrice dans le poste. Le cynisme avec lequel Pietro la salue, lui enlève toute envie de stopper Patrice dans son envie de lui casser la gueule. Juste avant que Patrice n'entre, le maître chien décide d'aller faire pisser son toutou ! Il imagine ce qui va se passer et, devant un chien de garde, les mouvements brusques sont fortement déconseillés ! Paradoxalement, Élise non plus ne fait rien pour chercher à s'interposer entre Patrice et Pietro, dont les regards se durcissent. Elle joue le jeu à fond, au point de quitter elle aussi le poste pour venir bavarder avec le maître chien dehors en fumant une cigarette :
- Ça ne sert à rien de vouloir chercher à l'arrêter... Pietro l'a cherché... depuis trop longtemps... de toute manière, ce soir ou un autre jour, Patrice lui réglera son compte... alors autant en finir une bonne fois pour toutes !... tant pis pour la suite...
- Ce n'est pas une solution Élise... tu sais qu'il est infirme ?... et je le connais depuis beaucoup plus longtemps que vous !... c'est une véritable ordure ce mec... combien de gardiens, ont déjà voulu le réduire en miettes !...
A l'intérieur du poste, Pietro venait sans doute de réciter la même rengaine à Patrice, sans qu'elle ne produise le moindre effet bien au contraire :
- Infirme de mon cul oui !... vieux sadique... sorts si tu es un homme...ordure... je t'avais prévenu mais maintenant je vais te la casser ta sale gueule... jamais personne n'a osé le faire parce que tu te crois invincible avec ton infirmité à la con ?... moi j'en ai rien à foutre tu as pigé ?...
- Touche moi... j'appelle la direction !... si tu as envie d'être mis à la porte vas-y...
- Appelle qui tu veux j'en ai rien à foutre... appelle le pape ou le diable... tu as dépassé les bornes cette fois... faire passer Élise pour la putain de service à la SIRA... dans notre quartier en plus !!!... fumier que tu es... tu vas la ravaler ta salive enculé que tu es !... je te donne trente secondes pour aller à genoux lui présenter tes excuses tu m'entends ?...
- N'abuse pas de la situation tu veux !... d'abord je n'ai jamais dit des choses pareilles...
- Ferme ta gueule, c'est tout ce que je veux... je ne veux plus jamais entendre un son pourri sortir du fond de ta caverne... alors elles viennent ses excuses oui ou merde ?... tu l'auras voulu espèce de pantin désarticulé !... je vais te redresser moi !...
Patrice hurle tellement fort, que Élise et le maître chien se rapprochent lentement du poste ; on ne sait jamais ! Grand bien leur en a pris, car, à peine sont ils à proximité de la porte d'entrée, que Patrice tel un félin, bondit sur Pietro tête première. Le front de Patrice heurte la pommette de Pietro qui éclate aussitôt, tandis que les corps poursuivent leur chute sur le bureau. La maître chien arrive rapidement, empêchant Patrice de frapper au poing le visage de Pietro, à moitié sonné ! :
- Arrête vieux frère... tu sais que mon bébé n'aime pas la violence... tu risques de lui faire prendre une poussée de fièvre...
- Viens mon chéri... on rentre à présent...
Rapidement, la tension baisse, Patrice se calme. Élise lui apporte un verre d'eau fraîche, tandis que le maître chien lui allume une cigarette :
- Tiens... tire là dessus... c'est moins dangereux que sur ce tas de merde...
- C'est fini mon amour... tiens bois ça... ça va te faire du bien...
Lentement, Pietro revient à la surface. Plutôt que de se contenter d'une cuisante mais bien légère punition, le voilà qui remet de l'huile sur le feu :
- T'es complètement dingue ?... non mais t'as vu ce que tu viens de faire... je vais porter plainte... tu n'as pas le droit de taper sur un infirme !...
- Mais ferme ta gueule espèce de vieux hiboux !... tu vois bien que Patrice est calme à présent... infirme !... Ah, tu es bien, en jouant les infirmes !... tu ne l'es pas, quand tu joues avec les fillettes de ton quartier hein ?... ni quand tu te branles dans les chiottes en t'excitant avec tes bouquins de cul ?... un bon conseil ferme la... sinon de chef de poste tu vas te retrouver simple gardien... sous les ordres de Patrice !...
- Mais... qu'est-ce que je lui ai fait ?...
- Notre vie privée ne te regarde pas vieux con !... tu aurais aimé sauter Élise... c'est pour ça que tu m'en veux et que tu sèmes la merde en racontant des conneries sur elle... heureusement que dans notre quartier, les gens la connaissent... occupe toi de ton cul ce sera déjà pas mal !... ce qui lui rentre dedans, ne me regarde pas... obsédé !... c'est le dernier avertissement... la prochaine fois je te démonte la gueule c'est clair ?... je ne suis pas comme toi, à mendier ni à me faire enculer pour un emploi... du boulot y'en a... perdre ma place rien à cirer... mais perdre mon honneur, là pas d'accord... pigé ?...
- Mais... je n'ai rien fait ?...
- Ferme ta gueule... ce sera déjà une bonne chose... avec ta langue de pute, tu ferais battre des montagnes... tu es prévenu maintenant... si tu es malade... j'ai les remèdes pour te soigner... tu voulais voir jusqu'où j'oserais aller ?... je crois que tu es fixé maintenant !... la prochaine fois, c'est les pieds devant que tu sortiras d'ici...
Cette fois le ton est donné ! Le chef de poste, responsable de bien des histoires entre gardiens, préfère se tenir à l'écart de Patrice, et lui parler avec beaucoup de précautions. Au fond c'est un malade, chacun le sait, mais de là à supporter tous ses caprices il y a un monde ! Il est trop facile en effet de se laisser passer pour irresponsable, tout en étant parfaitement conscient du mal que l'on fait. Trop c'est trop et pour Patrice, l'heure n'est plus à la pitié.
Nul n'a le droit de lui dicter sa conduite et encore moins, décider pour lui, en anticipant de manière négative sur le futur, qu'il est en train de bâtir avec pondération. Ajoutons, à cette jalousie envers le couple, le bien être dont jouit Patrice après les deux interventions pour le moins spectaculaires, et nous avons tous les ingrédients pour une recette parfaite d'entente cordiale ! Certes, il peut en être fier, mais en ce qui le concerne, il n'y trouve pas de quoi rouler les mécaniques ; et c'est bien sur ce point précis que les détracteurs jouent, pour salir et démolir la personnalité de Patrice.
Depuis que Élise vit avec lui, l'atmosphère s'est dégradée à un tel point, que cette fois, il est bien décidé à informer la direction :
- Dès demain matin nous irons voir le directeur... ça ne peut plus durer comme ça... sinon...
- Sinon quoi mon chéri ?... tu me fais peur quand je te vois comme ça... calme toi...
- Sinon ?... de deux choses l'une ma biche !... ou on arrête... ou j'en tue un !... tu as une préférence pour l'une ou l'autre des solutions ?... non, bien sûr !... figure toi que moi non plus !... et c'est pour ça qu'il faut que la direction soit informée...
- Patrice a raison Élise... de toute façon, vous pouvez être sûrs qu'elle le sera !... Pietro est une vraie larve et un lèche cul de première... tu penses bien que dès qu'il sera réveillé demain, la première chose qu'il fera c'est d'aller pleurer dans les jupes du directeur !...
- Raison de plus ma chérie... rassure toi... je n'ai pas l'intention de me fâcher... mais il est indispensable qu'ils prennent leurs responsabilités en mettant un terme à ces agissements... les responsables je les connais... tous... si rien n'est fait... ils en porteront la responsabilité...
- On trouvera une autre place mon amour... rien d'autre... si la direction ne bouge pas, je refuse de travailler un jour de plus dans une ambiance comme ça... je tiens trop à toi pour te perdre, ou te voir finir tes jours en prison...
Finalement, après avoir terminé une autre cigarette et bu un petit remontant offert par le maître chien, Patrice retrouve son calme et même, pour le plus grand bonheur d'Élise, une partie du sourire qui lui va si bien quand bien sûr, il daigne faire un effort !
**********
Après une nuit de garde houleuse et tendue à l'extrême, durant laquelle fort heureusement aucune alerte n'est venue alourdir l'atmosphère, Élise et Patrice décident comme convenu de se rendre directement au bureau de la direction afin de mettre les choses au point. L'incident d'hier soir ne tardera pas à raviver la flamme de la jalousie et sous peu, l'air deviendra totalement irrespirable. Alors, plutôt que de risquer un accrochage encore plus violent, mieux vaut jouer carte sur table en mettant la direction face à ses responsabilités. Le couple est bien décidé à ne céder à aucun chantage, du style changement de site ou autre proposition de ce genre. Pour eux, le parfum d'avenir qui se dégage jour après jour, tant au travail que dans la vie privée, exige une rigueur absolue pour en préserver la senteur prometteuse. Patrice connaît parfaitement les deux ou trois brebis galeuses, que la direction devra se charger de calmer avant qu'il ne le fasse lui même :
- Surtout tu restes calme mon chéri... je sais, c'est dur... mais la direction n'y est pour rien !... ce serait dommage de se fâcher avec eux...
- Rassure toi Bibiche... j'ai eu le temps de me calmer et je me sens beaucoup mieux depuis hier soir... la nuit porte conseil n'est-ce pas ?... quoi qu'il en soit, je ne veux pas non plus passer pour ce que je ne suis pas, ni accepter que tu serves plus longtemps de tapis à ces illuminés !...
En dépit des efforts dont il fait preuve, Élise sent bien qu'il est tendu et qu'un rien suffirait à rallumer la flamme de la haine, qui brûle au fond de son cœur. Pour rien au monde elle ne veut discuter sur ce sujet brûlant, qui hante leurs esprits depuis ces derniers jours. La seule chose dont elle puisse être fière et heureuse, dans les tourments de son malheur, c'est la jalousie dont Patrice fait preuve à son égard. On est jaloux de ce qu'on aime paraît il ?... Est-ce la réalité ou une simple prémonition ?
A en juger ses réactions et son désir de protéger l'honneur d'Élise, tout porte à croire qu'enfin le cœur de Patrice s'est ouvert pour elle. Seul un amour véritable, peut le pousser aux excès dont il est capable. Que de questions pour la pauvre Élise, qui espère beaucoup de cet entretien avec la direction, afin d'être à tout jamais débarrassée de cette situation ambiguë, qui les entraîne l'un et l'autre le plus souvent, dans des états de nervosité extrême. Après tout, même si Patrice explose et décide de quitter la société, Élise suivra et ils trouveront toujours quelque chose. Alors !... Les dés sont jetés comme on dit !
Après avoir garé la voiture dans la cour de la SIRA, et s'être étiré au maximum histoire de se décontracter un peu, Patrice allume une cigarette :
- On ne doit pas être très beaux à voir... les yeux rouges... envie de bailler...
- Et envie de gueuler surtout... oh pardon ma chérie... promis... je resterai calme... on y va ?... après vous chère madame !...
Le planton est tout surpris de les voir de si bonne heure au bureau :
- Oh !... vous êtes tombés du lit ma parole ?...
- Tu veux dire qu'on n'y est pas encore entrés !... dis-moi... le boss est là ?...
- Il vient juste d'arriver, pourquoi ?...
- J'aimerais un petit entretien avec lui... histoire de lui raconter quelques blagues !...
- Je le préviens... tu connais le chemin ?... le temps que tu arrives, il est au courant de ton arrivée...
Écrasant nerveusement sa cigarette, il prend le bras de sa future femme et après un petit signe amical à l'autre gardien, les voilà partis vers le bureau du patron :
- Bonjour Élise... Patrice... que me vaut le plaisir de votre visite ?... asseyez vous je vous en prie...
- Merci... je ne sais pas si ce plaisir va se prolonger !!... j'irai droit au but... si nous sommes ici, ce n'est pas pour le plaisir de perdre du sommeil... il se passe des choses pour les moins choquantes au sein des équipes au CNET... et... malheureusement, c'est nous qui en sommes la cible... vous n'êtes pas sans savoir que depuis quelques semaines, Élise et moi vivons ensemble avec ma fille...
- Je vous en félicite du reste... voir naître un couple est toujours un événement réconfortant !... je crois pouvoir dire que nous avons fait notre possible pour vous permettre d'avoir une vie presque normale ?...
- La question n'est pas là monsieur le directeur... le problème... car problème il y a... se situe au niveau de certains chefs de poste et gardiens minables, qui s'amusent à raconter des conneries sur Élise... la diffamation est limite... la patiente aussi !... surtout quand des propos ignobles et abjects, sont répandus contre elle dans notre quartier, par la voix de ce cher Pietro !... j'ai gardé mon calme le temps que j'ai pu... j'ai prévenu les auteurs qu'il fallait arrêter avant que je me fâche... la jalousie d'un côté, la connerie de l'autre... ça n'a fait qu'empirer... hier soir, sans l'intervention du maître chien... Pietro a bien failli avoir des ennuis de santé beaucoup plus graves...
- Vous voulez dire que... vous avez frappé Pietro ?...
- J'ai glissé... et... en tombant, ma tête à heurté sa pommette... voilà pourquoi nous sommes ici... ou la direction fait ce qu'il faut, ou alors je donne ma démission...
- Et bien entendu... la mienne sera dans la même enveloppe !...
- Allons, allons... calmez vous je vous en prie !... ce que vous dites à propos de Pietro est grave !... s'il s'est amusé à faire courir de faux bruit sur Élise dans votre quartier... envoyez-moi les preuves et...
- En voici une... cette personne est plus qu'honorable !... sa réputation n'est pas à mettre en doute non plus... elle est greffière au tribunal de grande instance... lisez plutôt !...
- Voyons... "" Chers amis, Il n'est jamais très agréable de jouer les mouchards, mais en ce qui vous concerne, j'estime de mon devoir de vous informer des agissements odieux dont vous êtes victimes... Un certain "Pietro"... que vous connaissez sans doute, s'amuse depuis quelques jours, à faire passer Élise pour une prostituée, au service de la SIRA !... Étant donné la réputation douteuse de ce monsieur, qui a un faible pour les enfants d'après son ex-femme, de tels propos venant de lui risquent fort de vous nuire et tâcher votre bonheur naissant... Je reste à votre disposition pour une éventuelle suite judiciaire, et vous renouvelle toute mon amitié... signé Françoise.
- Vous pouvez la garder... nous avons l'originale... vous comprendrez mieux à présent que tout infirme qu'il soit... je n'ai plus envie de me contenir... et qu'il est grand temps que les petits bruits s'arrêtent... je ne veux accuser personne... mais si rien n'est fait aujourd'hui même, demain vous avez nos démissions... le travail ne manque pas... et nous ne sommes pas des fainéants...
- Du calme Patrice !... à vous entendre on dirait que tout le monde vous en veut !... ce n'est certes pas le cas et vous le savez très bien !... je suis sûr que si chacun essaie de mettre un peu d'eau dans son vin, tout finira par s'arranger !...
- C'est vous qui décidez patron !... vous ne direz pas après, que je n'ai pas été franc sur la suite que je compte donner à notre entretien !...
- Et j'y ajoute même, si tu le permets mon chéri... un scandale à l'appui... car j'ai bien l'intention de porter plainte pour diffamation...
- Et... accepteriez-vous de prendre un autre site ?... avec une promotion à la clé cela va de soi !... le chef de poste de Goncellin arrive à la retraite... ou encore, et ça je vous l'expose en primeur... le futur site qui va s'ouvrir à la fin de l'année au centre commercial de Pontcharra...
- Pas question monsieur le directeur !... même avec le double de paie je refuse... quand au titre, je le laisse bien volontiers à ceux que la gloire fascine !... nous faisons notre travail tranquillement, nous menons une existence tout ce qu'il y a de plus calme... je veux simplement qu'on nous fiche la paix... c'est pas compliqué ?... si vous ne trouvez pas de solution, c'est votre problème !... mais ne nous obligez pas à accepter n'importe quoi !...
Le ton est ferme et décidé. Élise et Patrice ne sont pas là pour amuser la galerie ni pour perdre leur temps ! Mais le problème exposé ne sera pas aussi facile à résoudre, à moins d'employer les grands moyens. Il faut crever l'abcès c'est évident, de manière à épurer cette pénible situation de façon radicale et définitive. L'entretien se poursuit longuement, afin de satisfaire au mieux les exigences tout à fait légitimes du couple. Faut-il accepter de se séparer de deux aussi bons gardiens ? Faut-il en licencier d'autres, tout aussi professionnels mais trop excentriques ? Le problème est épineux et le patron a bien du mal a trouver un compromis :
- Je crois avoir trouvé la solution... Pietro sera affecté ici... et les deux autres seront mutés sur un autre site... une note de service plus pointue et stricte à l'appui, devrait nous mettre à l'abri de ce genre de problèmes !... est-ce que la proposition vous convient à tous deux ?...
- Cela me paraît correct... qu'en penses-tu mon chéri ?...
- Ouais !... la gangrène ne sera pas neutralisée pour autant... mais... nous vivons une époque où les sentiments n'ont plus cours !... alors égoïstement, je dirais que ça me convient !...
- Que voulez-vous dire Patrice ?... je vous trouve assez lugubre !... je pensais pourtant avoir fait le maximum pour vous permettre de vivre normalement non ?... qu'est-ce que la gangrène vient faire là-dedans ?...
- Quand on aime son travail... on aime sa société et forcément, ceux qui la dirigent... écarter les loups d'un troupeau pour aller les mettre dans un autre troupeau... ils resteront toujours des loups !... et les risques ne sont pas anéantis pour autant !... à votre place, je ne ferais pas de sentiment !... la meilleure façon de guérir un cancer, c'est d'enlever la tumeur !... les anti-inflammatoires n'agissent que pendant une très courte période... voilà, ce que je voulais dire monsieur le directeur...
Le directeur, c'est le moins que l'on puisse dire, est vraiment perplexe ! A la fois admiratif pour cet hommage sincère à l'égard de la société, et donc de lui-même, il reste médusé par la lucidité avec laquelle Patrice vient de lui tenir ces propos. Élise pour sa part est plus que jamais, béate et comblée ! Elle qui redoutait un emportement de son petit ami, est fort agréablement surprise de la tournure que vient de prendre la conversation :
- Je vous remercie Patrice... voyez-vous... si j'avais autour de moi des collaborateurs qui me parlent avec la même sincérité plus souvent... plutôt que de passer leur temps à me cirer les pompes... la SIRA aurait depuis longtemps une autre allure... j'avoue que vous me redonnez confiance... ainsi, Pietro sera mis à pied, sans solde, pendant quinze jours, et les deux autres zèbres renvoyés sur le champ... de plus, avec votre permission, et ceci pour éviter les sous-entendus, j'afficherai avec la note de service la copie de cette lettre... en dissimulant naturellement, l'identité de votre amie, bien entendu... je peux vous offrir un bon café ?... après vous pourrez aller vous reposer... vous ne l'avez pas volé !...
- Très volontiers...
**********
Satisfaits de cet entretien amical et prometteur, Élise et Patrice décident d'aller prendre un verre avant de rentrer. Si Élise est fière, heureuse, Patrice pour sa part est songeur et lointain. Elle le remarque, mais se garde bien d'accentuer les effets de cette méditation, au risque d'aggraver ce qui n'est au fond qu'une réaction normale. Elle commence à le connaître et par expérience, sait qu'il vaut mieux ne pas lui chatouiller les pieds lorsqu'il est aussi pensif ! Aussi, se contente-t-elle de se blottir contre lui, calant sa tête contre son épaule en lui adressant un regard plein de douceur. Fatigués mais heureux, ni l'un ni l'autre n'ont envie d'aller se coucher maintenant. Comme par magie, la fatigue s'estompe au profit de visages détendus et souriants :
- Tu sais quoi mon chéri ?... j'ai envie de me balader... comme ça... blottie contre toi... je suis tellement heureuse que chaque seconde me paraît une éternité de bonheur...
- Tu as des envies contagieuses ma biche... jamais je ne me suis senti si bien !... comme libéré d'un poids qui m'oppressait... mais surtout... même si quelque part j'en ai un peu peur, je me sens attiré par je ne sais quelle force mystérieuse... qui me murmure depuis quelques jours, "" aller... laisse toi faire tu verras "" !... alors... j'ai envie, de me laisser aller... dans tes bras... j'espère que tu ne m'en veux pas de m'être montré aussi réfractaire envers toi... même si je ne suis pas tout à fait libéré de mon ancien amour, je crois qu'il est temps que je te dise que vraiment... j'ai envie d'essayer à nouveau et pour de bon je l'espère cette fois...
Les mots sont inutiles, les regards ponctuent de manière éblouissante ce dialogue platonique. Les yeux scintillent de bonheur, les souffles s'accélèrent, l'idylle est en train de naître véritablement. Élise le lui promet, elle ne fera rien pour précipiter les choses. Sitôt qu'il sera totalement guéri de cet amour encore brûlant qui lui hante le cœur et l'esprit, alors seulement, il pourra lui déclarer son amour, pour la vie comme il vient de le dire si bien :
- Si je te propose d'aller prendre un verre sur la croisette à Nice ?... quelle heure est-il !... en partant maintenant, on sera là-bas pour l'apéritif !...
- Tu crois qu'on sera à l'heure au boulot ce soir ?...
- Bof !!... on peut toujours faire un remplacement sur place !... Pietro me remplacera !...
Petits bisous, nouveaux sourires qui se transforment en éclats de rire, apaisant de leurs bienfaits les tourments du couple. Une petite cassette pour rythmer l'atmosphère, et voilà nos deux amis sur le chemin des mille et une merveilles. Amour ou amitié, à vrai dire il y a un peu de l'un et beaucoup de l'autre, si tant est que l'on puisse les dissocier. A ce stade de leur relation, il est difficile et hasardeux de donner une ampleur prépondérante à l'un ou à l'autre de ces mots, sans risquer de diminuer de façon péjorative la valeur du délaissé. Il n'y a jamais d'amour sans amitié, et l'amitié, n'est-elle pas le plus beau des amours ? Finalement, ce mixage paraît convenir au couple, qui évolue naturellement et sans arrière pensée. A quoi bon en effet, spéculer sur l'avenir, alors que le présent leur permet de se délecter du parfum si doux émanant de ce jardin d'amour, où chaque jour fleurit une rose, cultivée avec passion.
Mais les roses ont des épines et de façon très imagée, Patrice les apparente aux diverses épreuves subies en commençant, naturellement, par la jalousie de certains gardiens ! Le parfum subsiste envers et contre tout, permettant d'oublier les petites égratignures quand celles-ci bien entendu, ne se transforment pas en plaie ouverte comme cela semble être le cas avec ses collègues de travail. Il n'existe pas de problème sans solution et, comme le disait le directeur tout à l'heure, il suffira que chacun mette un peu d'eau dans son vin ! :
- Si on allait faire une petite balade en ville ?... qu'est-ce que tu en penses mon chéri ?...
- De ces heures il n'y a rien de très poétique !... entre les embouteillages... les engueulades... et autres invectives... sans parler du bon air pur des gaz d'échappement !...
- Ça ne fait rien... j'ai envie... si tu n'es pas trop fatigué bien sûr ?... c'est vrai !... depuis le temps qu'on part travailler la nuit... pour revenir au lever du jour... on oublie un peu le parfum de cette ambiance de kermesse au centre ville !...
- Nostalgique ?... pour être franc ma chérie... ça ne me manque pas du tout à moi !... mais... puisque ça te fait plaisir... allons y !... adieu Grenoble by-night... bonjour à toi, ô ville éveillée !...
Le volume du radio cassette augmente ostensiblement, ce qui transforme la voiture en mini discothèque et transporte le couple dans un autre univers. Très vite, ils rencontrent les premières difficultés de circulation et les concerts de klaxons font entendre leurs premières mélodies ! :
- Non mais écoute ça un peu !... l'avantage au moins d'être au centre ville de ces heures, c'est qu'on n'a pas besoin de radio !... les mobylettes... les klaxons... le bruit des moteurs... "" concerto en atmosphère polluée... pour auto, moto, cyclo "" !...
La conduite en ville devient un véritable sport, tant physique que moral ! A en juger les échanges verbaux entre automobilistes irascibles, l'antagonisme notoire ambiant échappe aux règles les plus élémentaires de courtoisie. Là encore, le folklore est présent beaucoup plus que la haine véritable, même si parfois, quelques coups sont échangés :
- Regarde moi ces deux cons là-bas... je suis sûr qu'ils se mettent sur la gueule pour une place de parking !... si c'est pas malheureux d'en arriver là !...
- Mais ils vont se tuer c'est pas croyable !... il faut faire quelque chose mon chéri !... arrête toi... la vue des uniformes va sans doute calmer les esprits ?...
- Désolé ma Bibiche... en dehors de notre parcours professionnel, nous n'avons pas le droit de porter l'uniforme !... les flics sont là pour ça !... de toute façon... même eux ne se dérangent plus pour les petites rixes... chacun fait sa gymnastique quotidienne comme il peut !...
Patrice a raison, mieux vaut ne pas trop s'occuper des autres dans ces cas là ! Trop d'exemples sont présents dans l'esprit de chacun d'entre nous, dès lors qu'une personne s'interpose entre deux excités. La seule présence d'une troisième personne, quintuple la violence et déclenche un processus de haine difficile à maîtriser. Les antagonistes sont poussés l'un et l'autre par une force indescriptible, qui les transporte au seuil de la folie meurtrière. Les coups deviennent hyper violents, et la vue du sang attise la soif d'être le plus fort. Sagement donc, Patrice et Élise poursuivent leur chemin !
**********
Comme tous les soirs, chaque fois qu'ils peuvent le faire, sans avoir à se soucier de leur journée de travail le lendemain, la petite famille se permet quelques fantaisies. Rien de bien extraordinaire c'est certain, mais les soirs de détente sont vraiment bien remplis. Après avoir pris un verre à la terrasse d'un café, ils se baladent en ville, font du lèche vitrine et quelques petits cadeaux, viennent illuminer un peu plus l'aura de leur amour. Après une bonne balade en ville, histoire de se reposer un peu, et, de se sustenter, voilà nos amis en train de s'attabler dans un petit restaurant. Oui pour un écart ou deux fois par mois, mais tout de même, il ne faut pas tomber inutilement dans l'exagération.
C'est pour cette raison qu'ils choisissent un restaurant simple mais accueillant. Quoi de plus naturel qu'un homme et une femme avec leur fille, en train de rire à pleins poumons autour d'un bon petit repas ? Tout est prétexte à fou rires et autres plaisanteries, qui les isolent du reste de la clientèle. Il faut dire qu'ils n'ont pas de mal à se démarquer des autres clients ! Il y a des personnes c'est vrai, pour qui dîner au restaurant s'apparente à une corvée ! Je ne sais pas si vous l'avez remarqué ou non, mais il y en a qui font des gueules !!!... Pour la petite famille, c'est un moment de détente en même temps, qu'un hommage à la maîtresse de maison qui peut, de temps en temps, se laisser vivre aussi !
Pour terminer cette première partie de soirée, déjà riche en émotions et en vibrations affectives, le trio se retrouve, comme de coutume, au cinéma ! Rien de tel en effet, qu'un bon film pour ponctuer une soirée digne de ce nom ! A ce niveau là encore, le choix est commun, tout se décide en parfaite harmonie. Certes, c'est le choix de Sophie qui prédomine presque naturellement, et de bonne grâce, Élise et Patrice entérinent sa décision. Et enfin, avant de rentrer, le dernier verre pour faciliter la digestion et favoriser le sommeil ! L'envie de prolonger la soirée en ville est omniprésente, mais il faut respecter les règles du jeu qui ont été élaborées :
- On reste encore un peu papa ?... on est tellement bien !...
- Il est tard ma chérie !... demain tu vas en classe et il faut que tu fasses une bonne nuit de sommeil...
- Élise a raison ma puce... quand tu seras en vacances on restera plus longtemps... promis... mais pour ce soir il est presque onze heures... et le marchand de sable est passé !...
**********
Sagement, Sophie est allée se coucher, laissant au couple la possibilité de savourer une intimité totale. Depuis qu'ils vivent ensembles ils se sont remarquablement organisés, de manière à ce que tout ce qui pourrait être susceptible de nuire à leur bonheur, a été étudié et analysé. Une véritable charte de bonne conduite a été élaborée, afin de neutraliser rapidement et énergiquement, tous les paramètres nuisibles et destructeurs.
Une fois par semaine, autour d'une table après le repas du soir, ils se réunissent tous les trois pour débattre d'éventuels problèmes. Ce petit jeu permet ainsi à chacun de s'exprimer et tenter de résoudre, le cas échéant, un problème qui lui paraît important.
On ressent mieux alors, le degré de chaleur et d'affection qui entoure la famille. Pour l'heure, Élise et Patrice s'abandonnent totalement dans la douceur de ce petit nid d'amour, qu'ils auront mis si longtemps à envisager avant de commencer à le bâtir :
- C'est demain la réunion je crois ?...
- Oui mon chéri !... pourquoi ?... tu as peur ?...
- Non... bien au contraire... j'espère que... enfin !... on verra bien !...
- Oh !!... je vous trouve bien cachottier... monsieur le président du conseil d'administration !...
Une fois encore, les mots deviennent inutiles et superflus. Le climat devient de plus en plus feutré les regards de plus en plus langoureux. Élise, exquise et câline, vient doucement se blottir contre Patrice, qui ne se lasse pas de l'admirer. Le charme et la beauté de la jeune femme, s'harmonisent parfaitement avec son cœur, créant ainsi un équilibre rarissime et particulièrement séduisant. Élise serait-elle la femme idéale ? Intelligente et vive d'esprit, mystique et presque irréelle, elle peut être très disponible comme se rendre lointaine et inaccessible.
Pourtant, Patrice hésite encore à lui clamer son amour. Elle le sait depuis le premier jour, l'attend avec une impatience parfois dure à contenir, mais pour rien au monde elle ne cherche à forcer le courant des choses. Mais ce soir, elle le sent, une odeur particulière enveloppe le salon. La prémonition n'étant pas une utopie, Élise en dispose sans toutefois, chercher à en tirer profit. Il y a quelque chose de très fort, elle en est convaincue et se montre encore plus douce que d'habitude :
- Mais... c'est de la corruption mademoiselle ?... je suis indigné de votre comportement !...
- Dois-je comprendre... que je suis congédiée monsieur le président ?...
- Nous en débattrons demain soir !... en attendant... veuillez je vous prie, reprendre une tenue plus décente !... au fond je ne suis qu'un homme... et...
- Et ?... laissez vous faire votre honneur... je suis sûre que nous allons trouver un terrain d'entente...
Élise se relève brusquement, réduit la lumière au strict minimum et après s'être assurée que Sophie dormait bien, revient au salon le regard encore plus enflammé de désir. Petite musique indispensable, accompagnée d'un charmant cocktail un tantinet aphrodisiaque, avant de commencer son ballet de séduction. Entre deux gorgées, Patrice se laisse envoûter par le charme érotique dont elle utilise les moindres effets. Lentement, elle se déshabille, avant de venir rejoindre Patrice qui cette fois, fond littéralement dans ce brasier d'amour. La suite, je vous la laisse imaginer !... Je veux bien tenir la plume, mais je ne tiens pas à me transformer en chandelier !...
Après cet échange de tendresse, assouvis et comblés, ils restent un long moment blottis l'un contre l'autre. Savourant à juste titre ces instants délicieux et raffinés, trait d'union entre les tourments au travail et les soucis au foyer. Le désir qu'ils éprouvent l'un pour l'autre est vraiment sincère, et ne fait que renforcer le sentiment qui les unit. Ni l'un ni l'autre ne cherche à tricher et pour eux, le physique joue un rôle très important dans leur relation. Ils n'appartiennent pas à cette catégorie d'individus hypocrites, estimant que le physique ne joue aucun rôle dans l'harmonie d'un couple ! Élise est tellement belle, que Patrice éprouve même à certains moments, un sentiment d'infériorité :
- Tu es si belle... si douce... je me demande encore ce que tu peux me trouver d'extraordinaire sur le plan physique... j'ai presque dix ans de plus que toi...
- Tais- toi mon chéri... tu n'as pas le droit de dire des choses pareilles... tu es pour moi le plus beau des hommes... jamais mon cœur n'aura autant vibrer... jamais mon corps n'aura autant frissonner de désir... j'aurais envie de te crier très fort ce que j'éprouve pour toi...
- Non ma biche... respectons les règles du jeu... demain soir... lors de la réunion... je... je crois que les choses vont pouvoir changer...
La prémonition se confirme ! Élise n'en peut plus et meurt d'impatience. Mais elle le devine, Patrice ne pourra plus résister plus longtemps. Lui aussi, c'est plus qu'évident à présent, a envie de hurler son amour. Tiendra-t-il jusqu'à demain soir ? Est-ce l'amorce allumée par Élise, ou est-ce tout simplement le moment tant attendu sur le point de se produire ? En attendant Patrice est de plus en plus mal à l'aise. Chaque fois que son regard croise celui d'Élise, il se dérobe. Après une autre gorgée, avalant sa salive avec beaucoup de mal, il allume nerveusement une cigarette. Tous les symptômes sont représentés, mais Élise prolonge de manière suave ces instants précieux. Elle entrevoit enfin, dans son comportement, la lueur à l'autre bout du tunnel. Ils s'étaient fixés six mois de réflexion avant de prendre une décision et parler ou non d'amour ! Qu'en est-il aujourd'hui, après seulement trois mois de vie commune ? Est-ce bien un aveu d'amour, ou une envie de rompre, qui rend Patrice si mal à l'aise ?
Cette pensée, soudain, désoriente Élise, au point de la faire douter d'elle même ! Brutalement, elle redescend de son nuage. Patrice est tellement troublé, qu'il se lève et commence à tourner en rond, le verre à la main. L'échéance est inéluctable et imminente !... Cette fois, le jeu se transforme en cauchemar pour Élise, qui, par je ne sais quel hasard, s'est mis dans la tête qu'il pourrait bien s'agir d'une rupture. Après quelques minutes d'une intensité dramatique, Patrice rompt enfin le silence :
- Tu sais... j'avoue que... enfin... pour nous...
- Je t'écoute mon chéri !... tu as envie de parler c'est évident... à un jour près !!!...
Il y a dans sa voix un je ne sais quoi de dramatique, ressenti par Patrice. A son tour, il réalise que peut-être, elle ne partage pas son enthousiasme :
- Oui !... tu as raison !... je sais que l'on s'était fixé une échéance... et... je ne voudrais pas donner l'impression de vouloir anticiper... mais...
Cette fois, Élise ne peut plus contenir son angoisse. Tout, dans l'attitude de Patrice, est là pour justifier une envie de partir :
- Je t'en prie mon chéri... fini ta phrase... c'est trop dur, d'imaginer n'importe quoi...
- C'est bien parce que ce n'est pas... n'importe quoi... que c'est si dur à dire !... voilà !... je... je crois que... je veux dire... je suis presque certain... d'être... amoureux de toi !...
La réponse ne se fait pas attendre plus longtemps !... Élise bondit du canapé et vient se jeter dans les bras... de son mari ! :
- Je t'aime mon amour... je t'aime... cette fois j'en suis certain !...
- Mon amour !... depuis le temps que j'attendais ce moment... je t'aime... je t'aime...
Mêlant les larmes de bonheur à celles de l'émotion, le couple se perd dans une étreinte indescriptible. Tout chavire autour d'eux dans ce tourbillon d'amour, scintillant de mille feux. Lequel des deux pleure le plus ? A l'heure où les couples, de plus en plus nombreux, se déchirent et se haïssent, qu'il est doux de rêver en compagnie de deux êtres qui découvrent le véritable amour, loin des combines et autres spéculations. L'unique, le vrai, l'authentique, vient de lever le voile sur le doute, au profit d'un climat plus propice à l'évolution d'une relation pure. Un événement de cette envergure, selon les bonnes vieilles traditions, se doit d'être fêté comme il convient ! :
- Mademoiselle Élise CHAMPO... consentez vous à prendre pour époux monsieur Patrice TERNA ?...
- OUI !!!... et vous, monsieur Terna... consentez vous à prendre pour épouse mademoiselle Élise Champo ici présente ?...
- OUI !!!... je la veux pour femme, et je lui jure fidélité, amour... et assistance... la carrosserie est un peu usagée, mais le cœur est en parfait état de marche...
Nouvelle étreinte, nouveaux baisers, mais cette fois, les larmes se sont dissipées pour laisser place à un échange de regards, tout aussi profond. Pendant de longues minutes, les caresses succèdent aux mots doux, les regards se transforment en baisers fougueux. Enivré de désir, brûlant de mille feux, le couple s'abandonne totalement. Mais une telle dépense d'énergie n'est pas sans susciter quelques réactions, tout aussi traditionnelles ! :
- Je crois qu'il serait temps d'arroser ça tu ne crois pas ?...
- C'est bien mon avis !... j'avais prévu depuis longtemps !... il y a une bouteille qui attend dans le frigo depuis... bientôt deux mois mon chéri !...
- La pauvre chérie !... elle doit s'ennuyer toute seule ?... tu ne crois pas qu'on devrait, docilement, l'inviter à notre table ?...
- Je trouve l'idée géniale !... je te laisse aller la chercher... pendant ce temps, je prépare les coupes !...
Aussitôt dit... aussitôt fait ! En quelques petites secondes, voilà le couple installé dans le canapé, prêt à lever son verre au bonheur qui enfin, devient absolu :
- Tchin-tchin... à notre amour ma Bibiche !... je t'aime !...
- A ta santé mon amour... je t'adore !...
Après une première gorgée, très appréciée comme il se doit, les regards se font de plus en plus complices. Plus sensuelle que jamais, Élise entame une fois encore son rituel amoureux. Très vite, les corps se déchaînent sans la moindre retenue. Seuls, les gémissements de plaisir entrecoupent graduellement le fond musical, qui ne fait qu'amplifier l'intensité du délire. Pourvu que Sophie ne se réveille pas !... La pauvre ! Ce n'est pas que le spectacle soit déplaisant, loin de là, mais quand même ! Ses yeux de fillette auraient du mal à retrouver une forme humaine, dans cet enchevêtrement de jambes et de bras ! Je crois bien que San-Antonio lui-même, aurait du mal à faire le commentaire !... Alors, faites comme moi, prenez un verre, installez vous confortablement, et... attendez sagement que ça se passe !!..
Une heure plus tard, allongés sur la moquette côte à côte, repus et comblés, les corps dénudés d'Élise et Patrice à leur tour, paraissent se désirer pour la vie. Le souffle haletant, les amants se regardent avec une tendresse nouvelle, préférant se parler avec les yeux. Ils restent encore un court instant émerveillés par cet amour, qui les unit désormais l'un à l'autre. Ils sont tellement heureux, qu'ils en restent comme paralysés. Ils auraient bien prolongé des heures encore de tels moments, mais hélas la réalité les rappelle à l'ordre :
- Mais... tu as froid ma chérie ?... je vois la chair de poule sur tes bras...
- Un peu... mais je suis si bien dans tes bras mon amour !...
- Attends... je vais aller te chercher ta robe de chambre.... ce serait dommage de prendre froid....
Sans s'occuper de sa nudité, Patrice se relève et doucement, se dirige vers la salle de bains pour y chercher de quoi protéger sa femme. Pendant ce temps, plus mystérieuse que jamais, Élise en profite pour sortir de son sac à main un tout petit paquet, qu'elle place à côté de la coupe de son mari. A son retour, Patrice le remarque très vite et après avoir déposé la robe de chambre sur les épaules d'Élise, ne peut s'empêcher de regarder le paquet :
- Qu'est-ce que tu as fait ma chérie ?... qu'est-ce que c'est ?...
- Je l'ai achetée le même jour que la bouteille de champagne !...
Ému et très touché, Patrice ouvre délicatement le paquet, qui laisse apparaître une magnifique chevalière en or ainsi qu'une gourmette, gravées à ses initiales. Anticipant sur sa réaction, Élise réagit :
- Je sais... c'est de la folie... si jamais personne ne t'a gâté comme ça, c'est qu'il fallait que ce soit moi qui le fasse !... je savais qu'un jour tu serais à moi... je l'ai su, le jour ou j'ai eu envie d'acheter tout ça, en rêvant à ce soir !...
- Mais ma chérie... je n'ai rien à t'offrir moi ?... et...
- Rien à m'offrir ??... alors que tu viens de me faire le plus beau cadeau ?... celui que je n'aurais jamais osé imaginer !... et que je n'espérais plus !... ton cœur est le plus beau joyau, et ton amour le plus doux des écrins... je m'y sens tellement bien à l'abri dedans !... attends... laisse-moi faire...
Délicatement, elle place la gourmette autour du poignet de Patrice, qui venait tout juste d'enfiler la bague :
- Elle te va bien ?... surtout si elle est trop grande ou trop petite, n'hésite pas !... le bijoutier se fera un plaisir de l'ajuster à ton doigt... et voilà !... je viens d'enchaîner ma vie à la tienne...
Patrice ne sait plus quoi dire, et son bonheur réchauffe le cœur d'Élise au plus haut point. Non seulement les bijoux sont merveilleux et jamais il n'a été honoré de cette façon, mais ce qui compte bien plus encore, c'est la valeur symbolique qui s'y rattache ; " enchaînés, pour la vie ! "... Élise est comblée ! Mais la future épouse a plus d'un tour dans son sac et Patrice n'est pas au bout de ses surprises !... :
- Tu n'as pas faim mon chéri ?... je ne sais pas si tu es comme moi, mais toutes ces émotions ça creuse non ?...
- On ne va quand même pas se remettre à table maintenant ?...
- J'ai une petite idée là-dessus !... ferme tes jolis petits yeux quelques secondes.... jure moi de ne pas les ouvrir avant mon retour...
- Qu'est-ce que tu mijotes encore ?... tu crois pas que tu m'as assez gâté comme ça ?...
- Jure moi de ne pas ouvrir les yeux avant que je te le demande... et ne te pose pas de questions !...
- D'accord... je te le jure... mais je reste convaincu que tu n'es pas raisonnable !...
Peu importe, Élise est folle de bonheur, c'est tout ce qui compte. Après s'être assurée que Patrice avait bien les yeux fermés, elle se dirige vers la cuisine. Il a beau essayer de tricher un peu, en entrouvrant un œil, il ne voit rien ! L'attente ne dure pas heureusement. Quelques petites minutes après seulement, Élise lui demande de rouvrir ses yeux :
- Mais ?... d'où est-ce que tu sorts ce gâteau ?...
- Je l'ai acheté ce matin... tu sais, quand je t'ai demandé d'aller chercher des cigarettes et moi des fleurs... on était passé juste avant devant la vitrine des mariés... j'ai vu ton regard... dès cette minute, j'ai su que ce soir, ne serait pas un soir comme les autres... d'où le gâteau !... et la bougie avec un peu d'avance, est là pour te dire que ça fait bientôt un an... que j'ai repris goût à la vie... grâce à toi mon amour !... on la souffle ensemble ?...
- Je voudrais... non pas te remercier... je ne trouverai jamais les mots pour ça... simplement... je veux faire un vœu en soufflant cette bougie !... et ce vœu, c'est que plus tard, dans.... cent ans... quand on soufflera toutes nos bougies... on se rappelle de ce soir...
- Cent ans seulement ?... je voudrais tellement vivre un peu plus vieille !... le temps passe si vite !...
Le ton est donné pour la suite de cette merveilleuse et inoubliable soirée, qui restera, c'est en tout cas les promesses qui viennent d'être faites, à jamais gravée dans les cœurs. Les coupes se succèdent à un rythme effréné, ce qui oblige le couple à inviter une autre bouteille à la soirée ! Élise avait bien prévu les choses et savait très bien, que le jour où les rêves deviendraient réalité, leur soif de champagne serait au moins aussi grande que celle de vivre ! Espérons toutefois, qu'il n'en boivent pas en équivalence !... Les yeux sont aussi pétillants que le champagne, et scintillent de mille étoiles. Les parts de gâteau sont tout aussi appréciées et complètent de la meilleure façon qui soit, cette petite fête de l'amour. Chaque bouchée ou gorgée, est complétée par de tendres petits bisous, le tout entrecoupé d'éclats de rire !
Mais le visage d'Élise, après que la tension soit redevenue normale, se tend légèrement, au point que Patrice le remarque immédiatement :
- Qu'est-ce que tu as ma chérie ?... je te trouve soudain un peu lointaine ?... tu n'as pas mal quelque part au moins ?... c'est le champagne qui te tourne la tête ?...
- Non !... c'est toi !... rassure toi mon amour... je vais très bien... j'espère simplement que Sophie m'acceptera définitivement... ça me travaille un peu, c'est normal non ?...
- Tu sais Bibiche... Sophie ne désire qu'une chose... être heureuse et me sentir enfin bien dans ma peau... mon bonheur c'est toi, elle le sait très bien, et depuis longtemps !... nous ne faisons en fait qu'officialiser notre amour... crois-moi... elle n'en sera que plus heureuse... jamais, depuis si longtemps, je ne l'ai vue aussi épanouie...
- C'est merveilleux !... alors c'est bien vrai ?... je serai bientôt madame Terna ?...
- On va fixer une date tout de suite !... ma puce... " notre puce ", pardon !... sera super adorable en demoiselle d'honneur tu crois pas ?... je l'imagine déjà !...
- C'est... c'est tellement beau mon trésor ce qui nous arrive !... à certains niveaux, c'est même presque irréel !...
Voilà bien des mots qu'il ne faut pas prononcer chère madame ! Cette fois, c'est Patrice qui prend l'initiative des ébats amoureux et les voilà une nouvelle fois, plongés dans l'extase de leur passion. Tandis que dehors la nature se réveille, offrant, à ceux qui savent encore l'apprécier, le spectacle magique de sa métamorphose, dans l'appartement d'Élise et Patrice la fête se poursuit ! Il est bientôt six heures du matin :
- Alors c'est d'accord pour le premier septembre ?... pas de remords ni objection ma chérie ?...
- Aucune !... si ce n'est que ce sera long, c'est tout !... oh mon Dieu !... tu as vu l'heure ?...
- Je ne regarde plus... ça change toutes les secondes !...
- Il faut qu'on se rhabille mon chéri... Sophie ne va pas tarder à se lever !... je n'aimerais pas qu'elle nous voit dans notre plus simple expression !...
- Tu as raison !... elle va en faire une tête !... à l'heure du petit déjeuner, nous on carbure encore au champagne !... je commence à être un peu paf moi !...
- Heureusement que le lit n'est pas loin car moi, je ne tiens plus sur mes jambes !...
Effectivement, Élise avait vu juste ! Quelques petites secondes à peine après qu'ils se soient revêtus, la petite Sophie pointe le bout de son nez dans l'encadrement de la porte. Son petit visage encore imbibé des traces de sommeil, traduit assez bien son étonnement :
- Vous êtes déjà levés ?...
- A dire vrai on n'est pas encore couchés !... Élise va t'expliquer... je vais m'habiller et ce matin... nous allons déjeuner tous ensemble !... donc... il faut des croissants !... je file en chercher !...
Après un échange de bisous, Patrice abandonne sa femme et sa fille, pour aller chercher les croissants chauds qui enchanteront, n'en doutons pas, le palais de chacun !
**********
Depuis que pour le couple, la situation s'est clarifiée, tout le quartier est au courant et chacun, les regarde avec admiration. Qui pourrait dire que Sophie n'est pas la fille d'Élise ?... A les voir tous les trois, bras dessus bras dessous, toujours rayonnants de gaieté et de tendresse, ils forment une famille vraiment unie et heureuse. Au boulot hélas, le son de cloche est quelque peu différent il fallait s'y attendre. De nouveau, les insinuations pernicieuses répandent leur venin sur le couple et une fois encore, la tension monte graduellement. Une fois encore, la pauvre Élise est la cible de ces détracteurs de moralité, usant de calomnie comme on use d'une paire de chaussures.
L'accalmie était trop belle et il fallait bien redouter le pire, surtout depuis que leur mariage a été annoncé ! On peut comprendre, sans pour cela pardonner leur conduite, certains rêveurs et admirateurs, s'imaginant que Élise allait faire marche arrière. Les plus raisonnables, et ils sont les plus nombreux fort heureusement, en lui avouant leur flamme lui ont souhaité, sportivement, tout le bonheur possible. Mais les irréductibles, qui refusent de s'avouer vaincus, sont encore bien plus virulents dans leurs tentatives désespérées de déstabilisation. De réflexions en insinuations, toutes plus sordides les unes que les autres, jour après jour et toujours avec les mêmes arguments, les nerfs sont mis à rude épreuve.
Pourtant, Patrice essaie de se contenir ! Il le sait, il n'a rien à gagner et tout à perdre ! D'autant qu'en arrivant pour sa prise de garde ce matin, une surprise fort agréable l'attend. Les consignes passées, ils s'installent avec Élise au poste de garde :
- Je me demande ce que ça peut bien être cette lettre ?... peut-être bien une déclaration d'amour de Pietro ?... j'avoue que là, c'est la surprise la plus complète !...
- Ouvre vite mon chéri !... je suis certaine que tu en seras ravi ?... c'est peut-être une lettre de tes nombreuses admiratrices, va savoir ?... mais non gros bêta... je plaisante... ouvre la quand même c'est peut-être une excellente nouvelle ?...
Bien que surpris de l'assurance d'Élise, encore plus impatiente que lui à connaître le contenu de la lettre, il ouvre délicatement l'enveloppe et commence à lire ! Son sang ne fait qu'un tour :
- Mais... chérie !!... tu sais ce que c'est ?... "" ainsi, après votre mariage, nous aurons le très grand plaisir de vous nommer chef de poste ! ""... c'est merveilleux !... nos projets pourront pouvoir enfin se réaliser... plus vite que prévu !...
- Nos projets ?... quels projets ?... tu peux m'en dire plus ?... tu as trop parlé mon chéri !... je ne vois pas en effet à quel projet tu veux bien faire allusion ?...
- Hein ?... ah non !... c'est une surprise !... mais dis-moi... petite cachottière... en parlant de surprise... tu ne parais pas l'être beaucoup toi ?... pour ma nomination ?... je parie à mille contre un que tu étais déjà au courant je me trompe ?...
- C'est vrai !... je suis au courant depuis quelques jours... mais je voulais que ce soit toi qui le découvres... ton bonheur est plus grand comme ça !...
Tandis que le couple prend le temps de savourer cette promotion comme il convient, un des gardiens présents ne l'entend pas de cette oreille. Non content de savoir Élise perdue ou presque, le fait que Patrice bénéficie d'une telle promotion n'est pas pour arranger les choses et encore moins calmer les esprits tordus comme le sien :
- Y'en a qui ont du cul tout de même !... ils sont à peine rentrés... que les voilà bombardés sur la plus haute marche du podium !...
- La valeur n'attend pas le nombre des années mon petit vieux !... dans la vie il y a ceux qui se battent pour gagner, et ceux qui se contentent de pleurer sans être capables de mettre un pied devant l'autre !... je préfère appartenir à la première catégorie !...
- C'est dégueulasse !... non mais c'est vrai quoi !... ça fait à peine un an que tu es là !...
- Je sais... et toi bientôt cinq... et il y en a des plus anciens encore !... à t'entendre réagir de cette manière, si tu veux mon avis, tu peux y faire une croix sur une telle promotion !... mais afin que les choses soient bien claires... pour éviter, certains " bruits de couloir "... il faut que tu saches que je n'ai léché le cul de personne, moi !... j'ai donc la conscience tranquille !...
- Toi peut-être !... mais, je crois que tu n'es pas tout seul non ?... tu oublies que tu as une femme tout à fait ravissante !... ça peut des fois arranger bien des choses non ?...
Là, à mon avis, le gardien s'est aventuré sur un terrain un peu trop glissant ! Momentanément, il doit son salut à l'intervention d'Élise, qui a juste le temps de s'interposer entre les deux hommes :
- Je t'en supplie mon chéri !... calme toi !... tu ne vas pas tout compromettre en te salissant avec un connard comme lui !... pense à nous je t'en supplie !... des paumés comme lui, comme Pietro, on en rencontrera toujours... ici ou dans la vie... il faut admettre qu'ils existent, c'est tout !...
- D'accord chérie... je suis calme... je te jure de ne rien faire... je n'ai pas envie ni de me fâcher, ni de compromettre notre avenir... tu es rassurée ?...
Très vite, Patrice décompresse. Élise a un tel pouvoir de persuasion, qu'elle parvient une fois encore à lui éviter une violence gratuite. Il n'empêche qu'il ne se prive pas de mettre l'autre tordu clairement en face de ses responsabilités :
- Je sais maintenant qui s'amuse à faire circuler certains bruits !... Mais je te préviens, enfant de salop !... tôt ou tard, je te ferai payer l'addition... c'est clair ?... ma promotion t'emmerde ?... compte sur moi pour t'en faire baver !... maintenant pour ce qui concerne ma femme, si j'entends encore un murmure contre elle... même si ce n'est pas toi... tu peux recommander ton âme au diable !... c'est pas une serpillière comme toutes les poufiasses qui te servent de paillasson !...
Tout comme Élise, le gardien réalise à quel degré les propos de Patrice renferment toute sa haine, et à quel point il usera de ses pouvoirs bientôt, pour assouvir sa vengeance. Il y a dans son regard, une sorte de lueur morbide, accentuant une expression peu habituelle chez lui, qui avait tout lieu d'affoler Élise et le gardien. La voix, le regard, les attitudes, il est indéniable que Patrice cultive avec un certain talent, les fleurs de la rancune ! A situation exceptionnelle réaction adéquate, et il est presque naturel que, poussé aux limites du raisonnablement tolérable, Patrice en soit réduit à se comporter de manière aussi dure. Jamais son visage n'aura été aussi méchant à l'égard de quelqu'un, et cette haine inquiète Élise au plus au point. Ponctuant cette physionomie hostile, un sourire presque sadique vient apporter la dernière touche au tableau noir, sur lequel il inscrit jour après jour le nom de tous ceux qui prochainement, se mordront les doigts :
- Tu vas en chier espèce d'ordure... tu peux me faire confiance... si tu étais un homme je te défoncerais la gueule... mais tu n'es qu'une demi chique pauvre infirme que tu es !... dégage maintenant tu entends... dégage tu as compris ?... casse-toi !...
Les poings serrés, les mâchoires crispées, Patrice a vraiment beaucoup de mal à contenir sa haine. Pour compenser l'absence de coups, il libère son trop plein d'énergie par des propos obscènes et presque odieux, qu'il serait indécent de transcrire. Élise veille toutefois au grain, sans pour autant trop insister pour atténuer les qualificatifs, jugeant ceux-ci non seulement justifiés mais qui plus est, réparateurs de son honneur blessé. Autrement dit, sa présence est plus symbolique qu'autre chose, mais toutefois, elle permet à son fiancé de garder son sang froid et de maîtriser ses gestes. Peu à peu donc, l'intensité de la voix et la "douceur" du langage s'amenuisent, laissant supposer que l'abcès est percé et qu'il est temps de mettre un terme à cette conversation. Sur la pointe des pieds, elle tente de s'interposer une nouvelle fois. Elle le voit bien hélas, le feu qui brûle en Patrice est bien loin d'être maîtrisé, et qu'il suffirait que José ouvre la bouche pour qu'un drame se déroule :
- Mon chéri !... si on cassait une petite croûte ?... j'ai mon estomac qui crie famine... pas le tien ?... et une bonne nouvelle ça s'arrose non ?...
- Oui... tu as raison... il vaut mieux que je laisse tomber... excuse moi tu veux !... mais c'est plus fort que moi, quand j'entends des merdeux comme lui vouloir jouer les redresseurs de moral...
Un petit bisou par ci, un tendre câlin par là, rien de tel pour apaiser la colère de Patrice et à ce jeu là, Élise se montre particulièrement efficace. José a eu chaud, il le sait, ce qui explique qu'il essaie à présent de se faire tout petit dans ses godasses, même s'il lui est impossible de changer son visage hypocrite. Mais la haine contenue dans le regard de Patrice, ainsi que la violence de son vocabulaire, sont de nature à lui imposer un certain silence. Bien que calmé, en apparence seulement, Élise redoute le pire. C'est la première fois, qu'il se montre aussi agressif, et cette pulsion morbide traduit bien le malaise qui mûrit en lui, face à une situation qui ne fait qu'empirer de jour en jour.
Pourquoi donc des gens s'amusent ainsi, avec la dignité et l'honneur, dans le seul but de détruire ce qu'ils ne seront jamais en mesure de construire eux-mêmes ? Non contents de tout faire pour briser cette union naissante, leur jalousie vient noircir un peu plus le tableau de leur piètre valeur. La critique est aisée, mais l'art est difficile !... Jamais pareil adage, n'aura étalé par une aussi cinglante démonstration, le poids de sa véracité ! Il faut dire que les moyens employés pour critiquer, sont à la hauteur des valeurs intrinsèques de chacun des auteurs. Il n'est donc pas surprenant d'assister à pareille réaction de la part d'un homme qui, après avoir souffert et lutté seul contre tous, est aujourd'hui sur le point de retrouver enfin son équilibre. La pauvre Élise aura connu les pires outrages, sera passée par les statuts les plus humiliants, tant au sein de la société qu'auprès de ses amis dans la vie de tous les jours.
Les sentiments de Patrice à son égard son tellement profonds, qu'elle est devenue à ses yeux une véritable perle de cristal, dont l'éclat ne cesse d'illuminer sa vie. Pareilles allusions, l'abaissant au rang d'une vulgaire prostituée, ne pouvait que déclencher le processus irréversible d'un besoin de vengeance en lui, avec tous les débordements qui s'y rattachent. Le plus difficile pour elle, c'est bien de juguler ce flot de colère, qui, en dépit du calme apparent, est encore latent et à tout moment, peut exploser sans prévenir. Entre deux bouchées, les mains tremblantes, Patrice contient mal son bouillonnant besoin de se faire justice. Discrètement, Élise tente de faire comprendre par signes à l'autre gardien, qu'il vaudrait mieux pour lui qu'il sorte un peu prendre l'air. Sa présence en vérité, ne fait que prolonger cette tension inutile et dangereuse :
- Con... jaloux... hypocrite... mais nom de Dieu, comment on peut recruter des vieux machins comme çà ?... je te préviens vieux salop !... un mot de plus et je t'arrache la gueule... si pour toi la valeur humaine passe après tes conceptions hystériques et sadiques, ne met pas tout le monde dans le même sac...
- Allons mon chéri, calme toi tu veux ?... José est plus bête que méchant tu le sais bien... je suis certaine que ses mots ont dépassé sa pensée... avec le peu de cervelle qu'il a il n'a pas de mal à être débordé rapidement !...tu veux encore un peu de viande ?...
Cette fois enfin, José comprend la valeur des signes que Élise était en train de lui faire. Courageux mais pas téméraire, il dégage le terrain avec un soulagement évident, tandis que Patrice termine de laisser échapper sa colère en frappant des poings sur la table. Une fois encore, Élise est là pour calmer son courroux, en lui caressant tendrement les cheveux, sans dire un mot. Elle lui allume une cigarette, qu'il accepte avec beaucoup de plaisir. Après quoi, toujours sans le moindre murmure, elle vient s'asseoir sur ses genoux histoire de se faire câliner un peu mais surtout, permettre à Patrice de décompresser totalement.
Ce que le couple était bien loin d'imaginer, bien que cela soit dans une logique parfaitement adaptée au profil de la mentalité du gardien, c'est que ce dernier en avait profité pour aller tout raconter ce qui c'était passé, au chef de poste. La réaction est immédiate et la sonnerie du téléphone fait tressaillir Élise qui se lève brusquement, reprenant une attitude plus décente. Patrice décroche le combiné d'une manière assez révélatrice :
- Patrice j'écoute !... comment qu'est-ce qui se passe ?... ah je vois !... cet espèce d'enfant de putain est venu pleurer dans tes jupes !... remarque ça ne me surprend guère... alors écoute-moi bien René... ou tu descends me voir et je me calme, ou je monte et j'en fais de la chair à saucisse de cet enfoiré !... attends le deuxième son de cloche et tu jugeras après d'accord ?... à tout de suite...
- Je parie que c'est le chef de poste qui se fait du soucis pour cette malheureuse petite ordure ?...
- Il fallait s'y attendre !... j'aurais mieux fait de lui casser les dents une bonne fois pour toutes !... mais quand est-ce qu'on aura la paix ?... quand donc, est-ce qu'on pourra vraiment, profiter de notre bonheur ?... tu parles d'un courage !... mais c'est pas possible bon Dieu !....
- C'est fini mon chéri... on va tout expliquer à René et il ne pourra rien faire d'autre que nous donner raison... après tout, une engueulade ce n'est pas grave non ?...
- Ce qui l'est bien plus, c'est ce qu'elle représente !... je crois que je ne pourrai pas tenir plus longtemps ma chérie... je suis désolé... il va falloir que l'on prenne une décision une bonne fois pour toutes... ou tu me laisses agir et je règle ces problèmes comme je l'entends, ou alors on se casse !...
- Allons, allons !... termine plutôt ton dîner... ce sera plus utile et meilleur pour la santé... tu sais très bien que chaque fois que tu te mets dans tous tes états, la nuit tu ne dors plus... bon, d'accord... je n'irai pas jusqu'à m'en plaindre... mais quand même !...
- Excuse moi Bibiche... mais... je n'ai vraiment plus faim... si je ne dors pas cette nuit, je sens qu'on va encore passer notre temps à grimper au septième ciel !... on est de repos demain je crois ?...
- C'est bien ce que je disais !... on est bien de repos en effet !... rassure toi mon amour, je n'irai pas me plaindre au chef de poste !...
Cette fois, Élise peut enfin pousser un ouf de soulagement. Certes, il n'a pas beaucoup mangé, mais le plus important c'est qu'il retrouve son calme avant l'arrivée du chef de poste. Même si René fait partie de ceux qui sont heureux du bonheur du couple, il n'en n'est pas moins le chef et à ce titre, se doit de rendre des comptes. Aussi, mieux vaut pour tout le monde qu'il arrive au poste, en trouvant Patrice détendu et même souriant, afin de neutraliser l'image de violence mise en évidence par José.
**********
L'orage est une fois encore apaisé, grâce, il faut bien le reconnaître, à la direction. Élise et Patrice écoulent des jours heureux. Désormais, il ne travaillent que les nuits ce qui écarte les risques de querelle entre Pietro d'un côté et José de l'autre, qui pour des raisons diverses, ne peuvent plus travailler de nuit. Il a donc fallu composer une équipe de volontaires, venant renforcer le couple, afin que tout désormais se déroule sans le moindre incident. Les jours passent donc ainsi paisiblement, permettant à nos deux amoureux d'intensifier au maximum leurs moments de loisirs. Certes, leur vie de famille se trouve quelque peu perturbée, principalement au niveau de Sophie qui chaque matin, se lève et prend son petit déjeuner en solitaire.
Mais l'amour d'Élise, véritablement idéal, lui permet de surmonter ce léger handicap moral. En effet, en arrivant à la maison après la garde, Élise prépare tout le nécessaire pour le petit déjeuner de Sophie. Les tartines beurrées sont au frigo, le lait est prêt à bouillir, le bol, le chocolat, bref tout est là sur la table, pour lui faciliter la tâche. Sans oublier le petit mot affectueux signé d'Élise et Patrice qui, après une nuit de garde, méritent de passer une bonne matinée de sommeil.
Sophie étant demi pensionnaire dans un lycée ne rentre donc pas à midi, ce qui permet au couple de dormir tranquillement jusqu'aux environs de treize heures, où Élise se lève pour préparer le déjeuner. Patrice en profite pour faire une grasse matinée et, comme à l'accoutumée, elle vient le réveiller avec une bonne tasse de café. Après quoi, en amoureux, ils passent à table et le repas devient un délicieux moment de bien être, où les projets ne manquent pas :
- Tu sais mon chéri j'ai fait les calculs... en continuant d'économiser comme nous le faisons actuellement, dans trois mois exactement... nous pourrons nous marier... nous gagnerons ainsi deux mois sur la date prévue !...
- Tu es toujours décidée mon amour ?... avec tout ce qui s'est passé ?... tu n'as pas peur de voir les flammes de l'enfer s'abattre sur toi après notre mariage ?...
- J'ai le meilleur pompier pour éteindre les plus grands incendies... je ne risque donc rien !... plus que jamais mon amour, je souhaite devenir ta femme... d'ailleurs, Sophie est également ravie !...
- Sophie ?... mais que signifie ce complot ?... elle est au courant de ton projet ?... tu es vraiment super ma chérie... tu ne peux pas savoir ce que je suis heureux, et soulagé, de savoir qu'elle t'a si bien adoptée... elle qui se montrait si jalouse envers les autres... possessive au point de nuire à notre bonheur, ce changement ne peut que me réconforter au plus haut point...
- Bien entendu qu'elle est au courant !... elle avait son mot à dire je crois !... et... elle me l'a dit, son mot !... de la façon la plus naturelle et la plus spontanée qui soit !... c'est pour ça que je t'en parle aujourd'hui !... c'était notre petit secret à toutes les deux !...
- Deux contre un... je suis obligé de m'incliner !... après tout, un ou deux mois de moins, je ne vois pas ce que ça changerait entre nous !... alors c'est d'accord... inutile de soumettre cette question à l'ordre du jour du prochain conseil d'administration ?...
- Je pense que c'est inutile en effet !... je crois qu'il sera assez chargé comme ça !... si tu veux, on peut déjà envisager de dresser la liste des invités non ?...
Cette fois, la conversation est axée sur le mariage, avec tout ce que cela comporte en problèmes ! Date invitations, repas etc., autant de sujets de préoccupations pour Élise et Patrice, qui ne veulent rien laisser au hasard, sans toutefois, tomber dans l'exagération. Trop de couples en effet, sombrent rapidement dans l'excès, ce qui dénote une absence de logique. Mieux vaut une cérémonie modeste mais pleinement réussie, qu'une fête tapageuse dont le faste exagérément tape à l'œil, efface toute intimité. Il est vrai que bien souvent hélas, ce style de mariage n'est fait que pour épater la galerie, même si pour se faire, il faut se sacrifier pendant des mois ! C'est ainsi !... En tout cas pour nos amis, nul besoin de se faire du soucis à ce sujet. Tout est calculé, pour que leur union se déroule dans une ambiance parfaite, et gageons, que le soleil de leur amour sera au zénith ce jour là ! :
- Je crois que nous n'avons rien oublié ?... ni personne surtout !... qu'en penses-tu mon chéri ?
- Apparemment non ma puce... de toute façon, nous aurons le temps de peaufiner tout ceci... pour l'heure, j'ai une tout aussi bonne surprise pour toi mon amour...
- Laquelle ?... dis-moi mon bébé... ne me fais pas languir comme ça...
- Tu verras... cet après midi !... pas avant !...
Élise, brûlante d'impatience, désire en savoir un peu plus mais, en dépit de ses élans de tendresse et ronronnements affectueux, Patrice ne cède pas d'un pouce ! Quelle peut donc bien être cette surprise ? Nous le saurons tout à l'heure, en même temps qu'elle ! Comme tous les jours donc, le repas se poursuit dans une atmosphère de tendresse, avec, aujourd'hui en plus, le mystère autour de la surprise réservée à Élise. Outre les petits regards coquins, ponctués de sourires tout aussi prometteurs, le déjeuner prend ses allures de fête au quotidien. Élise est une excellente cuisinière ce qui, n'en doutons pas, ne gâche rien au plaisir de se mettre à table. Tout n'est qu'une question de méthode, encore faut-il, savoir s'organiser ! Il y a un temps pour tout, chaque minute est pleinement exploitée, rien n'est laissé au hasard. Fidèle à la tradition, qui veut qu'une femme soit curieuse et tenace, Élise revient à l'assaut de la surprise, n'en pouvant plus tenir :
- Dis-moi ce que c'est mon chéri !... tu n'as pas le droit de me faire languir comme ça... je vois bien que tu en meurs d'envie !...
- Sois raisonnable Bibiche... j'attends un coup de téléphone... après seulement je te le dirai... je ne veux pas te mettre l'eau à la bouche si rien n'est possible !...
- Bon !... puisque tu le prends comme ça... privé de dessert... na !... dis-moi au moins de quoi il retourne, sans entrer dans le détail !...
Après avoir enlacé Élise, et l'avoir tendrement embrassée, Patrice commence son manège en regardant sa montre toutes les secondes et à tourner en rond. Ne dramatisons pas jusqu'à dire qu'il soit angoissé, mais il est plus de quatorze heures maintenant et déjà, le téléphone aurait du sonner. Ne serait-ce pas plutôt une façon habile de détourner l'attention de sa femme ? Chaque fois, et il le sait très bien, qu'il affiche une sorte de désarroi, elle ne peut s'empêcher de prendre immédiatement le chemin de sa défense et s'inquiète immédiatement :
- C'est donc si important que ça mon chéri ?... à en juger ton anxiété, je commence à me poser des questions !... j'espère que tu n'as pas d'ennuis au moins ?...
- Mais non ma puce... rassure toi !... je t'ai parlé d'une surprise il me semble ?... je n'ai pas annoncé une catastrophe !... excuse moi d'être aussi nerveux... c'est... c'est tellement important !... tant pis pour le dessert... je me rattraperai ce soir !...
- Viens t'asseoir... je plaisantais tu le sais très bien !... ça t'aidera à patienter !... on devait t'appeler à quelle heure ?...
- A quatorze heures... et... il est bientôt quinze !... j'ai bien peur que tout soit fichu !...
- Ne sois donc pas défaitiste comme ça mon chéri !... je sais... tu voudrais que tout le monde soit à ton image... ponctuel, méthodique... hélas !... ce sont des qualités qui se perdent de plus en plus !... si j'étais au courant au moins !...
Décidément, Élise ne s'avoue pas vaincue et inlassablement, tente de tirer les vers du nez à Patrice qui, une fois encore, détourne l'obstacle et change de conversation. Heureusement, le dessert, le café et le pousse café, permettent à Patrice d'oublier momentanément ses inquiétudes. Élise, sans s'en rendre compte, se prend elle même au jeu de son mari, regardant sans cesse sa montre. Bientôt quatorze heures trente et toujours rien ! L'attente est soudain neutralisée. Faisant sursauter le couple, qui était occupé à échanger quelques câlins, le téléphone sort enfin de son mutisme. Ensembles, ils se précipitent vers le combiné que Patrice réussit à décrocher le premier :
- Allô ?... oui, c'est bien moi !... c'est bien ça en effet... avec monsieur Verger, c'est exact !.. vous voulez dire... ouahhou !!!... c'est génial, vous êtes un as !... à quinze heures trente comme convenu... à tout à l'heure... merci encore !...
A en croire l'expression de bonheur qui se lit sur le visage d'Élise, elle partage pleinement la joie de son mari qui, cette fois, va enfin pouvoir la mettre au courant. Pour l'instant, elle lui accorde quelques secondes d'euphorie, qui le transforment tour à tour en singe bondissant de partout, en danseuse Hindou exécutant un rituel religieux, ou encore plus simplement, en enfant comblé pleurant toutes les larmes de son enthousiasme :
- Arrête mon chéri !... heureusement que je ne suis pas maquillée sinon je ressemblerais encore à une aquarelle !... viens ici... je crois que cette fois j'ai droit à certaines explications non ?...
- Ma chérie.... mon amour, mon ange !... ma femme !... Bibiche adorée... si je te dis que je t'aime je ne vais pas te surprendre ?... c'est bien ce que je pensais !... alors je ne vois qu'une solution... t'annoncer la vérité vraie !... voilà !... notre prêt est accordé !...
- Notre prêt ?... mais de quel prêt veux-tu parler ?... j'avoue que je ne comprends rien !...
- Celui qui va nous permettre de devenir propriétaires de notre villa !...
- Que nous allons visiter à quinze heures trente cet après midi c'est exact ?...
- On ne peut rien te cacher !...
Cette fois, bien que Élise ait tendance à se poser quelques questions, elle ne voudrait pour rien au monde laisser Patrice profiter seul de ces instants magiques. Un autre petit digestif pour chacun, histoire de faire passer les dernières miettes de nourriture, et voilà le couple oubliant tout autour d'eux dans une étreinte des plus extravagante. Pourtant, malgré cet envoûtement lié à pareille situation, Patrice remarque les traits tirés sur le visage d'Élise :
- Qu'est-ce qui t'arrive ma chérie ?... je te trouve bien soucieuse tout d'un coup ?... le projet ne te plaît pas ?... qu'est-ce que tu as Bibiche ?...
- Tu as bien dis... " notre villa " !... mais... nous ne sommes pas mariés ?... comment est-ce que nous allons faire ?... c'est important d'y songer !...
- Tout est prévu ma chérie... ne t'affole pas pour ça !... maintenant que la date est retenue, et avancée même... il ne nous reste plus qu'à fixer la date des signatures pour être propriétaires... l'agence est d'accord pour attendre notre mariage... cet après midi, nous n'entérinerons qu'un accord de principe, qui nous engagera à un versement de zéro cinq pour cent, au titre du dédommagement, si nous ne faisons pas affaire, après !... donc... en avançant le mariage... nous serons installés chez nous... avant la fin de l'année !... Noël... au coin d'un cheminée !... j'en rêve déjà !...
Cette fois, Élise n'a plus aucune raison de se soucier de quoi que ce soit et à l'image de Patrice, se laisse aller à des instants inoubliables, répartis entre la douceur, le rêve, et une forme de folie que l'on voudrait bien partager avec eux. Comme le veut la tradition hélas, l'heure tourne diaboliquement vite et il n'est plus question de perdre une minute. Plus que jamais, la ponctualité s'impose, d'autant qu'aujourd'hui, elle contribue à conforter ce bonheur total... :
- Encore un petit café mon chéri ?
- Non merci... un cognac je ne dis pas non !... mais il faut qu'on fasse vite maintenant !... tu comprends que je n'ai pas envie d'arriver en retard !...
- Où avons-nous rendez-vous ?... j'espère que ce n'est pas trop loin !... on peut appeler si tu veux, pour dire qu'on aura un peu de retard !...
- C'est inutile ma biche... l'agence est juste au coin de la rue... nous disposons donc encore disons... de plus d'un quart d'heure !... tu veux que je t'aide à débarrasser ?...
- Non mon trésor... tu es adorable... installe toi dans le canapé et bois tranquillement ton cognac... je vais vite ranger un peu... je ferai la vaisselle en rentrant...
Dès que la nouvelle fût connue par Élise, Patrice changea son comportement du tout au tout. Lointain et nostalgique, il s'installe sur le canapé et déguste son cognac. En le regardant, attendrie et émue, elle comprenait soudain la tension qui habitait Patrice ces derniers temps. D'un côté les coups d'épée, de l'autre, la recherche secrète d'un confort total pour son amour vis-à-vis d'Élise. Elle a envie de se mettre à genoux, tellement elle réalise le calvaire qu'il s'est imposé pour en arriver là. Elle le boit du regard, ne sait plus quoi dire ni quoi faire pour lui être agréable et lui prouver sa reconnaissance. Pour rien au monde, elle ne veut le sortir de sa rêverie passagère, qui, on s'en doute un peu, est étroitement liée aux projets qu'ils ont échafaudés en commun. Tout en débarrassant la table et redonnant un aspect plus accueillant au salon, Élise ne cesse de s'émouvoir en regardant son futur mari. Hélas, le temps passe trop vite, et le quart d'heure est bien entamé :
- Mon chéri !... coucou !... c'est moi !...
- Hein ?... oui... excuse moi... je... enfin...
- Tu étais déjà en train d'installer des placards de rangements ?... non !... je suis certaine que tu finissais la véranda devant le salon... je me trompe ?... en attendant mon chéri, il est l'heure cette fois !... j'ai fait un petit mot pour Sophie... elle doit rentrer vers seize heures et je ne voudrais pas qu'elle se fasse du soucis !... elle n'en a que trop rencontrés la petite chérie !...
Quinze heures vingt !... En effet, cette fois il faut se décider. Délicatement, Élise prend les mains de Patrice avant de l'aider à se relever et l'attirer vers elle, pour une nouvelle étreinte. Après quoi, main dans la main, ils prennent le chemin de l'agence immobilière, qui se trouve à quelques pas de chez eux. Tout a été prévu, le directeur doit les attendre et, après une rapide présentation du projet et du mode de financement, ils pourront enfin aller visiter ce qui sera bientôt leur havre d'amour.
Accrochée aux bras de Patrice, Élise se laisse littéralement guidée par lui, telle une aveugle, afin de ne pas se lasser d'admirer son visage rayonnant et détendu. Avec lui, elle le sait, elle irait au bout du monde. Jamais, un homme ne l'avait entourée d'autant d'affection et de prévenances, ni même défendue comme il sait si bien le faire. Même sans aimer la violence, une femme éprouve le besoin légitime de se sentir protégée. En retour, et c'est ce qui permet à Patrice d'être aussi heureux, elle lui apporte tout ce qu'il n'avait plus depuis trop longtemps, la confiance en lui. Lui aussi, comblé d'amour et de tendresse, et sa fille adoptée mieux que par sa propre mère, comment ne pas dans ce cas, concevoir autrement les rapports qui les unissent ! Toujours est-il que la pauvre Élise, emportée par ce tourbillon de tendresse, ne voit pas très bien où elle met les pieds ! Ce qui, inévitablement, la conduit à écraser de son pied gauche, le résultat d'un " oubli " animal :
- Tu as vu dans quoi tu viens de marcher ma chérie ?... heureusement que c'est avec le pied gauche !
- Oh zut !... quelle horreur !... on n'a pas idée de laisser les chiens faire leurs besoins partout !... c'est une honte !... non mais regarde un peu !... quelle horreur !... comment je vais nettoyer ça ?...
- Tu ne crois pas qu'avec la doublure de ta veste ça irait ?... je te prêterais bien mon slip, mais j'ai oublié d'en mettre un !...
Tandis que Patrice en profite pour la taquiner un peu, elle essaie de nettoyer sa chaussure du mieux qu'elle peut, dans une flaque d'eau providentielle. Le mal est vite réparé, d'autant que l'animal ne devait pas être trop grand ! A moins qu'il ait souffert de constipation, ce qui arrive aussi !... Tout est bien qui finit bien donc et, comme cela est de rigueur, un éclat de rire emporte nos deux amis au-delà de ces petits ennuis. Tant et si bien que les voilà maintenant devant l'agence, à l'heure précise, malgré ce petit incident. Plus galant que jamais, Patrice précède Élise et lui ouvre la porte de l'agence.
**********
Les jours heureux se succèdent à un rythme effréné. Jamais, Patrice ni Sophie n'avaient connu pareille sérénité. Quand à Élise, devenue Madame Terna depuis quelques semaines déjà, rayonnante de bonheur, elle fait briller de mille éclats le soleil de son amour, qui éclaire et réchauffe leur petit nid douillet. Dans quelques petites semaines au plus tard, donc, bien avant Noël, ils prendront possession de leur petite maison, qui fait l'objet de tant et tant de discussions ! Du choix des meubles, des tapisseries et peintures, en passant par la décoration, bref, tout ce qui se rapproche autour de l'acquisition d'une villa, est prétexte à débat animé et passionné !
Sophie, la plus rêveuse des trois et c'est bien naturel, se laisse aller à un enthousiasme moins contrôlé. Après les murs, les sols, l'ameublement, il lui faut maintenant envisager sérieusement l'achat d'une mini chaîne Hi-fi, d'un ordinateur, et tout ce qui devient indispensable à son évolution ! Pour ce faire, le choix de la chambre est fondamental et nécessite bien des hésitations ! Élise et Patrice, heureux et comblés, se contentent de lui sourire et de répondre à toutes ses questions, afin de ne pas détruire les remparts du plaisir derrière lesquels elle se retranche si facilement. Le plan de la maison est compulsé dans tous les sens, avec, à chaque fois, les traductions chiffrées et visualisées comparativement au salon dans lequel la famille se trouve actuellement. Tant et si bien qu'après bien des hésitations, beaucoup de mesures effectives, Sophie décide d'adopter sa chambre et choisit, comme par hasard, celle qui lui était destinée ! :
- Quand est-ce qu'on aura notre maison papa ?... je me languis de m'installer dans ma chambre...
- Bientôt ma puce... dès que les gens qui s'y trouvent actuellement auront déménagé !...
- De toute façon rassure toi ma chérie... c'est promis juré... nous y serons avant Noël... tu auras encore plus de temps pour réfléchir à ce que tu veux commander au père Noël !...
- Tu sais... ma... Élise... c'est la maison notre plus beau cadeau...
S'il est vrai que la vérité sort de la bouche des enfants, en voilà une qui est bien loin de passer inaperçue ! La voix d'Élise est vraiment douce, son regard pur et sincère sont la preuve indiscutable de son grand amour pour Sophie et son papa. A l'instar de son père, la pauvre gosse n'avait jamais été habituée à autant de douceur, loin s'en faut ! C'est pour cette raison qu'elle avait accepté le mariage, sans plus de conviction. Mais depuis quelques semaines, ses réactions vis-à-vis d'Élise sont totalement différentes. De plus en plus elle la sollicite, pour des prétextes aussi divers que futiles, se confie même de plus en plus souvent, lui demande son avis sur tout, bref, il est indéniable qu'elle est en train de chercher à la découvrir, tout simplement.
Mais très prudente malgré les apparences, elle n'ose pas se livrer totalement ; pudeur, timidité ? Difficile de le déterminer avec exactitude. Quoi qu'il en soit, le climat familial est en train de se métamorphoser, sous l'impulsion magique d'Élise. Qui, du père ou de la fille, l'aime le plus ? Voilà bien une question que jamais, Élise ne se posera ! :
- Tu m'aideras à arranger ma chambre ?...
- Bien sûr ma chérie !... et... en échange... tu me donneras ton avis pour choisir les peintures de la cuisine OK ?... la cuisine, c'est une affaire de femmes n'est-ce pas ?...
- Oh oui !... mieux vaut laisser les hommes en dehors de tout ça !... ce sera notre petit secret entre nous d'accord ?...
- Juré !... pas un mot à papa surtout !... à propos... tu veux bien aller lui demander ce qu'il veut manger ce soir ?... je vais vite finir la vaisselle...
- Après je t'aiderai si tu veux ?... tu sais... maintenant que... enfin... je veux dire que... je suis un peu ta fille non ?... alors c'est normal que je t'aide maintenant !...
Élise le sent bien, Sophie à quelque chose de beaucoup plus grave et solennel à lui apprendre, sans pour autant oser le dire. Ce qui explique ces complots amorcés, qui sont les prémices d'un tournant décisif entre elles. Mais pour rien au monde, elle ne cherche à en savoir plus, respectant la pudeur légitime de ce petit bout de femme qui, du jour au lendemain, a été destituée de son rôle de femme d'intérieur. Est-ce à ce niveau qu'elle aurait une confidence à faire ? Souhaite-t-elle un accord tacite lui permettant de conserver quelques responsabilités auprès de son père ? Élise ne le pense pas. Il y a dans le regard de Sophie, à chacun de leur " tête à tête entre femme "... quelque chose de beaucoup plus intense et profond. Une odeur vraiment particulière, traduisant un désir ardent, si l'on s'en réfère au petit manège auquel se livre Sophie.
En la voyant depuis la cuisine, faire des câlins à son papa, elle ne peut s'empêcher de les admirer avec une larme au coin de l'œil. Qui est le plus enfant des deux ?... En attendant, et Élise en est bougrement consciente, ils représentent toute sa vie. Sans Patrice et Sophie, elle le sait, elle n'est plus rien, et réciproquement bien entendu !... Comme quoi, n'en déplaise à certains esprits réfractaires, l'amour avec un grand A, ça existe bel et bien ! Mais l'heure n'est pas à la rêverie, il faut se mettre au travail. Après un petit clin d'œil à Patrice, elle se remet à l'ouvrage, très vite rejointe par Sophie qui annonce le menu du soir :
- Après délibération et à la majorité des voix... le conseil d'administration vient de décider de vous accorder une soirée supplémentaire de repos !...
- Ma chérie !... mais ça fait deux fois cette semaine que nous allons au restaurant !...
- Peut-être... mais ce soir, c'est moi qui paye !... c'est pour ça que le président s'est montré généreux... je file me changer... tu devrais en faire autant tu crois pas ?...
- Bien sûr ma chérie... mais à une condition... ce sera un nouveau secret entre nous, d'accord ?... je te donnerai un billet de cinq cents francs, comme ça c'est toi qui paieras... mais sans casser ta tirelire !...
- Comment vous dites dans votre jargon ?... ah oui !... c'est de la corruption... c'est juste ?...
- Corruption ou pas, tiens... prends ce billet et surtout ne le dis pas à papa promis ?... vas vite te changer ma chérie...
Cette fois, Sophie ne se fait pas prier et après avoir embrassé Élise, se précipite dans sa chambre laissant aux adultes, quelques minutes pour faire le point. Bien que Patrice donne l'impression de rester indifférent, il en est pas moins attentif aux moindres faits et gestes ce qui, pour Élise, est beaucoup plus qu'évident et rassurant :
- Merci monsieur le président pour cette aimable invitation !...
- Je ne sais que faire pour rendre hommage à ma petite femme adorée !... si j'en avais les moyens, je suis certain que nous aurions une femme de ménage... tu sais mon amour... ce que tu fais pour nous... je parle de Sophie et moi... est tellement grand et si généreux... qu'on ne pourra jamais te remercier comme tu le mérites vraiment...
- Tu veux bien te taire !... et vous alors ?... tu vois !... pourquoi ne pas simplement remercier Dieu, qui nous permet de vivre et d'être heureux ensembles ?... sans nous poser de questions !... pourtant, il y en a une à laquelle j'aimerais apporter une réponse... je ne sais pas... mais il y a dans l'attitude de Sophie un je ne sais quoi de mystique... chaque fois que je la serre dans mes bras, mon corps se couvre de frissons, comme si elle était ma propre fille... tu ne peux pas savoir à quel point je serais heureuse si... enfin... non rien !... j'allais dire une sottise...
- Je sais ce que tu ressens ma chérie... et je connais la réponse... mais... je n'ai pas le droit de chercher à l'influencer en aucune manière... je veux que ce soit naturel... spontané... tu comprends j'espère ?...
- Tout à fait mon amour... c'est à la fois excitant et déprimant... à propos mon chéri... surtout ne m'en veux pas... mais... j'ai refusé qu'elle casse sa tirelire... et...
- Bravo !... elle est encore plus forte que je l'imaginais !... figure toi que je lui ai donné cinq cents francs... et... te connaissant, je suppose qu'il en est de même ?...
A quoi bon se fâcher ? Après tout, Sophie est une enfant qui malheureusement a grandi trop vite, donc, très vite confrontée aux réels problèmes de la vie. De toute façon, ils le savent bien, cet argent leur sera réservé intégralement, compte tenu de la générosité de Sophie à leur égard. Et ce soir, ils le sentent bien, ce n'est pas une soirée comme les autres. Il y a dans l'air une atmosphère étrange, qui baigne chacun dans une douce euphorie. Réalisme exagéré, prémonition ?... Quoi qu'il en soit, cette électricité ambiante qui dynamise tout un chacun, est là pour attester que rien n'est pareil :
- Je vais aller me préparer aussi mon chéri... je veux être encore plus belle ce soir !...
- Mais tu es belle naturellement Bibiche... tu n'as pas besoin de forcer pour ça !... et pourquoi ce soir tout particulièrement ?... serais tu négligée les autres soirs ?...
- Mais non tu le sais bien !... je ne sais pas... j'ai envie de rayonner ce soir... je me sens tellement bien dans ma peau... c'est la première fois que j'éprouve de tels frissons de bien être...
Irrésistiblement, elle se sent attirée vers son mari qui l'accueille à bras ouverts. Lui aussi, bien qu'il ne veuille que difficilement l'admettre, éprouve un sentiment bizarre qu'il serait incapable de traduire. Le plus sage, c'est de s'abandonner complètement, et de savourer comme il convient ces instants de volupté qui les font chavirer l'un et l'autre. Discrètement, Sophie attend dans le coin de la porte que le baiser soit terminé avant d'entrer au salon :
- Ne mangez pas tout vous n'allez plus avoir faim tout à l'heure !... je vous plais comme ça ?...
- Que tu es belle ma chérie !... une vraie poupée... tourne toi un peu... remarquable !... mais... c'est la robe que je t'ai achetée la semaine dernière ?... j'avais peur qu'elle ne te plaise pas !...
- Eh bien si tu vois !... c'est la plus belle de toutes... hein papa ?...
- Je pense aussi... mais je crois surtout que c'est parce que tu la portes bien !...
- Dis-moi ... Élise... tu as une petite idée de ce qui te ferait plaisir à Noël ?...
- Je crois que la maison sera mon plus beau cadeau... et ce sera le plus beau Noël de ma vie... un vrai foyer... une vraie maison... que rêver de plus beau ?... et toi ?... tu sais il faut absolument faire ta liste au père Noël !...
Visiblement très embarrassée, Sophie a du mal à trouver ses mots. Plus que jamais, la tension devient extrême dans le cœur de chacun. Cette fois, il est hors de question de douter de la finalité de ce début d'entretien. Après avoir tourné sur elle même quelques instants, regardé à droite et à gauche sans avoir le courage de fixer vraiment dans les yeux, elle s'approche d'Élise et d'une voix tremblante, lui apporte la preuve qu'elle attendait :
- Je... je crois que je l'ai déjà... mon cadeau... et... c'est le plus beau de tous...
- De quel cadeau veux-tu parler ma chérie ?...
- Toi...
Poussée par une force irrésistible, sans chercher à savoir ce qui arrive, Sophie se précipite dans les bras d'Élise qui, instinctivement, la serre très fort. Entremêlés de larmes, les yeux mi-clos, les câlins échangés sont si doux et si tendres, qu'ils en font frémir Patrice. Comblé, il assiste à ce délicieux spectacle d'une fille en train d'adopter sa nouvelle maman. Pour lui cela ne fait aucun doute à présent, Sophie attendait et préparait cet instant depuis fort longtemps, rêvant secrètement à ce si précieux moment ou elle viendrait se blottir dans les bras de " sa Maman " !... Sans vouloir l'avouer, elle se laissait guidée par un besoin légitime d'affection maternelle, mais son orgueil d'adolescente lui interdisait de se laisser aller trop rapidement. Quoi de plus naturel pourtant, que de sentir battre ce pauvre petit cœur meurtri jusqu'ici, entre un papa et une maman ? Trop d'enfants hélas, n'ont pas cette chance inouïe de pouvoir enfin, effacer les traces des tortures affectives imposées par la séparation et le divorce.
Trop peu en effet, mais à qui la faute ? A celui qui est parti ? A celui ( ou celle, pardon ! ) qui reste seul mais ne se sent plus le courage de se réinvestir dans un couple ? Même les plus optimistes d'entre nous, hésitent à se lancer à l'assaut du round suivant, sur le ring de la vie ! Il est beaucoup plus facile de détruire, que de construire ! Mais lorsqu'un édifice vient de s'écrouler, il ne faut surtout pas chercher à rebâtir trop vite, dans le seul espoir de colmater une brèche imaginaire ; mieux vaut prendre le temps, à l'instar de Patrice, de refaire d'abord et avant tout, les fondations.
Encore faut-il c'est vrai, avoir le courage et la patiente de savoir prendre le temps nécessaire, surtout lorsqu'on est comme lui, confronté aux pires obstacles qui rendent cette gageure encore plus précaire. La solution, la seule qui rende tout possible, et qui est de loin la meilleure, c'est faire abstraction de toutes les idées reçues, des " qu'en dira-t-on ", ou autres inepties de ce genre. Se laisser guider par son destin, sans chercher à lui résister, ni, surtout pas, se poser la question de savoir ce que vont penser les autres !
Ce soir, avec Sophie, la preuve irréfutable de cette manière de se comporter nous crève les yeux. Élise est à genoux devant elle, et, muette, savoure comme il convient ces vibrations fantastiques. Patrice pour sa part, essuie discrètement les larmes qui venaient de s'échapper de ses yeux, rougis par l'émotion. Mais soudain, Sophie relève Élise, lui prend les mains comme une mère l'aurait fait avec sa fille, pour mieux l'admirer. Rompant le silence comme un coup de tonnerre, elle va, par une petite phrase tout aussi pure que naïve, ébranler une fois encore le cœur de chacun :
- Tu veux bien que... enfin... je sais très bien que tu n'es pas ma mère... mais... si tu veux... je peux t'appeler maman ?... ça me ferait tellement plaisir !...
- Ma chérie... mon ange... c'est...
C'est encore plus beau qu'elle ne l'espérait vraiment ! Elle s'écroule en larmes aux pieds de ce petit cœur d'or, qui venait, le plus simplement du monde, réclamer un peu d'amour supplémentaire. L'étreinte est impossible à relater, les gorges sont si serrées qu'aucun mot ne peut en sortir. Au diable les préjugés, ou contraintes erronées, l'amour, le vrai, vient de frapper à la porte de son cœur et celui-ci est en train de lui réserver une place de rêve ! Élise ne sait plus du tout où elle en est, ni comment embrasser et remercier Sophie qui pour sa part, n'est pas non plus insensible à ce déferlement d'amour. Patrice de son côté, ne cherche plus non plus à dissimuler son bonheur. Pour lui aussi, ce tournant marque la fin d'une époque atroce, et l'avenir leur ouvre pleinement ses portes. Allez... vas y bon sang !... laisse toi aller mon vieux... ça fait du bien de pleurer tu sais Patrice... on se sent tellement mieux après... surtout pour une aussi noble cause !... pas la peine de jouer aux durs...
Son regard croise celui de sa fille et l'étincelle jaillit ! Oubliant le côté macho de l'homme en général, il adopte une attitude plus adaptée à la scène. Bondissant comme un félin, il vient se jeter dans cette mêlée d'ivresse et d'amour, serrant contre son cœur sa femme et sa fille. Décrire les instants qui suivent serait un véritable exploit ! L'intensité de l'émotion atteignant les limites du supportable. Après avoir été l'épouse la plus heureuse, Élise devient la maman la plus gâtée. Sophie et Patrice, après avoir souffert le martyr et connu les pires atrocités, sentent le soleil de l'affection réchauffer leurs deux cœurs.
Même si le combat ne fait que commencer, face aux prédateurs en tous genres, à chaque instant suffit sa peine et il est inutile d'anticiper sur ce que le futur leur imposera. Ils restent encore un long moment ainsi enlacés, grisés par cette chaleur qui les envahit tout les trois. Profitant cependant d'un bref relâchement de l'étreinte de sa maman, perdue dans le regard de son mari, Sophie s'éclipse en douce et se dirige vers la cuisine pour en revenir avec une bouteille de champagne :
- Je ne connais pas la formule exacte... mais... je crois bien qu'il faut fêter ça non ?... eh !... papa et... maman ?... vous m'entendez ?... maman !...
- Oui ma chérie... excuse-moi... tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse... c'est le second plus beau jour de ma vie... après avoir épousé le plus merveilleux des maris... je suis maman de la plus ravissante fille au monde... tu as raison... on va arroser ça !... pose la bouteille sur la table... je vais chercher les coupes...
- Non... c'est moi... maman... assied toi avec papa... c'est moi qui prépare tout...
- D'accord ma chérie... laisse moi t'embrasser encore...
La pauvre Élise a bien du mal a retrouver son souffle. Respectueuse cependant de la volonté de sa fille elle vient près de son mari, laissant à Sophie le soin de disposer les coupes et quelques petits gâteaux sur la table. Epongeant du mieux qu'elle peut la sueur et les larmes sur le visage de Patrice, qui se laisse dorloter comme un second enfant, elle savoure comme il se doit ce début de soirée, vraiment pas comme les autres. Lentement, la tension diminue, les cœurs arrêtent de battre la chamade et reprennent un rythme plus approprié.
Cette fois ça y est, la famille est au complet ! Il ne manque plus rien, toutes les pièces du puzzle sont rassemblées, et jamais rien ni personne désormais, ne viendra perturber cette aura de douceur. Certes, rien n'est jamais acquis définitivement, et l'on ne doit préjuger de rien, mais bien fort sera celui qui brisera cette union ! Les Pietro, José, et autres débiles ne se lasseront jamais de tout faire pour dévorer, tels des rapaces, chaque miette de bonheur, par vice plus que par jeu, parfaitement conscients du mal qu'ils peuvent faire. Mais Patrice possède aujourd'hui une force encore plus grande, qui lui permettra de surmonter avec beaucoup plus de facilité, les embûches auxquelles il sera confronté. C'est donc avec une sérénité certaine qu'ils envisagent l'avenir :
- Eh bien... je lève mon verre à la nouvelle maman... et... à sa fille !... sans oublier notre future maison bien entendu !... tchin-tchin !...
- A ta santé ma chérie... à la tienne mon amour...
- Santé maman... santé papa... santé maison... santé tout le monde...
Plus excitée que jamais, Sophie amuse ses parents avec une série de mimiques dignes des plus grands comiques. Le champagne faisant son effet, ajoute encore une note supplémentaire à son besoin naturel d'exprimer, à sa façon, ce qu'elle ressent au fond du cœur.
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F I N DU TROISIÈME CHAPITRE
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