DÉCOUVERTE DU DON
CHAPITRE QUATRIÈME
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Après sa première matinée de travail, comme elle le faisait chaque jour avant notre voyage, Françoise me lançait un coup de téléphone. Sur le moment, j'ai eu comme un doute. Tout dans sa voix laissait imaginer le pire. La reprise s'était effectuée avec beaucoup de difficultés. Vraisemblablement, elle était exténuée. Gaie, comique même durant de si longs mois depuis notre rencontre, elle me déconcertait. Je redoutais le pire, et je la sentais effondrée !
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Il aurait été plus que probable quelle ait pu songer à une séparation ? Plus les minutes sécoulaient, plus je me focalisais sur cette hypothèse. Durant plusieurs heures, avant de manger du bout des lèvres, je ruminais les pires scénarios. Je ne pouvais pas admettre cependant, que Françoise ait pu me trahir. Quand je délirais ainsi, je me giflais pour revenir à la raison. Si mon épouse était à ce point hypocrite et perverse, alors là, je voulais bien revêtir la soutane de curé. Je pouvais bien me laisser enivrer par les romances de mon imagination, mais jamais je n'ai douté de Françoise.
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Après mon déjeuner, je décidais de m'installer derrière mon ordinateur. Il me fallait à tout prix recouvrir ma sérénité et mon calme. Heureusement que nous avions acheté quelques cartouches de cigarettes ! Car depuis le matin, j'en étais à mon deuxième paquet. Je n'avais aucune envie d'écrire, mais je me forçais tout de même pour échapper à mes tourments. Je restais dix minutes assis, modifiant sans cesse le déroulement de mon scénario. Je me rendais vite compte que mes personnages étaient en train de suivre mon humeur noire. Doux et affables dans la version originelle, ils devenaient agressifs et vindicatifs au fur et à mesure que je m'imposais ces minutes d'écriture.
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Soudain, je réalisais que j'étais en train de glisser sur la mauvaise pente. En effet, en me servant un autre verre de digestif, je prenais conscience de la gravité de la situation. Les cigarettes, passait encore. L'alcool, là, je ne devais pas me hasarder sur ce chemin boueux. Puisque je ne parvenais pas à trouver l'inspiration dans mon roman, il me fallait fixer mon attention sur autre chose. Car au rythme ou j'y allais, j'allais prendre une belle cuite ! Ce n'était pas le moment. Mon instinct me poussait à chercher quelque chose dans l'appartement. Quoi ? Pourquoi soudain, cette envie d'inquisition ? Je n'avais jamais fouiné dans les tiroirs, où étaient rangés tous les documents du ménage. Je n'y découvrais rien qui aurait pu être susceptible d'éclairer ma lanterne. Dans la chambre alors ? Rien dans l'armoire, rien dans sa table de nuit... Dans la mienne peut-être ? Le vide le plus complet.
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Je commençais à reprendre espoir, conscient que mon imagination me conduisait bien trop loin. Soudain, en arrivant à hauteur du téléphone, mon attention était attirée par une enveloppe glissée sous le répondeur. Javais téléphoné deux ou trois fois, sans même la voir. Le doute nétait pas permis, elle dépassait suffisamment lappareil pour y avoir été déposée dans lintention dêtre aperçue. Mon sang n'a fait qu'un tour, et j'ai été contraint de m'asseoir sur le canapé pour reprendre mon souffle. J'avais dans les mains une enveloppe, sur laquelle mon prénom était inscrit. Pas le moindre mot tendre ne l'accompagnait.
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Mes yeux se gonflaient de larmes, avant même d'avoir parcouru cette missive dramatique. Je restais quelques minutes, déversant le trop plein de mon émotion. Etait-ce la lettre de rupture que je redoutais depuis le matin ? Courage. Je devais impérativement surmonter ma peine, et découvrir enfin la clef de cette énigme cruelle. Je me suis servi un autre bon verre de cognac. Après avoir allumé une énième cigarette, je prenais mon courage à deux mains et décryptais ce hiéroglyphe :
" " Mon amour,
Pourquoi tant de mystères ? Je savais en écrivant ces mots, que jamais je naurai le courage de tavouer ce qui depuis plus dun an me déchire le cSur. Jétais persuadée que tôt ou tard, tu allais découvrir la vérité, ce qui me paralysait. Après bien des hésitations, jen suis parvenue à la solution extrême : quitter mon emploi. Jai pris rendez-vous avec mon patron, qui savait que depuis plusieurs mois je nétais pas au mieux de ma condition. Quand je lui ai communiqué les rapports médicaux, il na eu aucun mal à satisfaire à ma demande. Il voulait me donner un congé sans solde de six mois, mais je nai pas accepté.
Cest le seul point qui soit positif pour moi. Je trouverai sans mal un poste équivalent. Car tu le sais pour lavoir compris, lambiance au bureau était devenue infecte. Je ne serai pas là, quand tu apprendras cette terrible nouvelle, telle que je la redoute depuis notre départ à Dakar. Voilà pourquoi je nétais pas au mieux de ma forme durant ce séjour, pourtant idyllique en tout point. Les derniers examens au mois de juin, laissaient supposer le pire. Depuis le début de cette année 91, je suis dans le doute. Aucun médecin ne veut infirmer ni confirmer la gravité de ma maladie. Toujours est-il quaujourdhui, je vais être fixée une fois pour toutes pour toutes. Jai rendez-vous à 12h30 à lhôpital, pour savoir si oui ou non les grosseurs quils mont enlevées en 89 étaient cancéreuses ou pas.
Pour être sûrs de ne pas établir de mauvais diagnostics, juste avant de partir à Dakar jai subi des prélèvements. Les biopsies prévues ont été faites et jaurai les résultats aujourdhui. Je te demande pardon mon doux amour, de navoir pas eu le courage de te parler franchement et te faire part de mes inquiétudes. Je ne peux que rendre hommage au dévouement avec lequel tu tes dépensé pour me maintenir à flot. Jespère que Dieu dans sa miséricorde, nous épargnera une fin aussi tragique. Car si ce nest pas pour moi, cest pour toi que je pleure en imaginant le pire. Certes, le cancer nest plus aussi redoutable que par le passé.
Hélas, il occasionne encore trop de décès et cest en tremblant face à cette éventualité, que je me dois de tinformer. Je te demande encore mille fois pardon pour ce manque de courage. Jétais perdue dans ton regard, noyée dans ce torrent de bonheur dans lequel tu mas plongée depuis le premier jour. Je ne me sentais pas la force de briser une telle aura de douceur et de tendresse. La seule chose dont tu puisses être certain, c'est que je t'aime et t'adore comme jamais je n'ai eu avant toi, l'occasion de l'apprécier.
Je t'embrasse très fort... Ton Petit Bouchon adoré... " " "
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Quelques heures plus tard, tout rentrait dans l'ordre. De retour à la maison, Françoise était enfin sortie de son ghetto moral et du labyrinthe médical. Soulagée, délestée de ce fardeau de la crainte et de la peur, elle retrouvait le jour même un tonus extraordinaire. Fière, elle brandissait en arrivant à la maison le compte rendu des médecins. Les analyses étaient négatives. Pas la moindre trace de tumeur cancéreuse. Pour enrayer définitivement les dernières infections urinaires, à titre préventif plus que curatif dailleurs, le professeur lui avait conseillé de prendre des antibiotiques pendant une quinzaine de jours.
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Elle était burinée moralement par cette maladie lancinante et insidieuse. Fatiguée davoir à lutter tous les jours contre les mesquineries au bureau, déchirée de se sentir seule pour affronter son calvaire. Elle sétait laissée aller à un acte irréfléchi. Elle sen mordait les doigts et ne savait plus comment faire pour se faire pardonner. Loin de la blâmer, je lui interdisais de reprendre contact avec son patron pour revenir sur sa décision. Pour éliminer les dernières traces de culpabilité dans son esprit, je lui faisais part de tout ce que javais enduré en silence. Les coups de téléphone et les lettres anonymes... Les réflexions de mes patientes " parachutées "... Sans haine ni courroux, jétalais devant elle le tapis poussiéreux sur lequel les détracteurs sessuyaient les pieds. Qui sétait juré de détruire notre couple et pourquoi ?
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Pour l'argent, certains requins étaient prêts à tout, n'hésitant pas à tuer père et mère. Ils n'avaient pas compris, et ne le comprendront sans doute jamais, que sans la moindre notion d'amour, l'argent ne possède aucune valeur intrinsèque. Tout travail mérite salaire, nul ne peut ni ne doit le contester. Que certains gagnaient plus que d'autres, c'était encore acceptable ; si cela était justifié bien sûr.
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Quant à ceux qui passent leur temps à spéculer, critiquer, je ne peux que formuler à leur encontre un vSu d'amour et de pardon. En leur rappelant que c'est dans l'épreuve et la souffrance, et uniquement grâce à elles, que les valeurs humaines parviennent à leur apogée. Non dans lopulence et lapparence dune pseudo-notoriété. Nul ne peut présager de rien. S'il est facile de montrer du doigt, et mépriser au lieu d'aimer, il est plus dur d'assumer une vie heureuse et sincère. Comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, peut-être est-il encore temps de modifier certains de ces fâcheux comportements, qui avilissent plus qu'ils ne valorisent ? Il n'y a que les sots qui n'évoluent pas !
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Amaigrie, affaiblie, mais heureuse, Françoise avait besoin de se refaire une santé. Puisqu'elle était au chômage, elle avait bien droit à quelques jours de repos amplement mérités. Ce n'était pas de gaieté de cSur, mais je devais faire abstraction de mon confort personnel à son profit. Où, mieux que chez ses parents, pourrait-elle éliminer les traces de cette angoisse ? Une semaine, quinze jours, ou plus, peu m'importait. Je savais que ce serait dur, séparé d'elle, mais ce n'était pas en tournant en rond dans la maison sans sortir, qu'elle aurait pu recouvrir une meilleure santé. Car depuis son retour, elle ne voulait plus voir personne et encore moins aller se balader. Je ne m'en plaignais pas bien au contraire, moi qui étais plutôt du genre casanier.
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Nous avions encore quelques économies, mais sans ressources officielles, il ne fallait pas déraper sur le verglas de l'extravagance ! Plus question de s'accorder le moindre superflus. Grâce aux parents, une fois de plus, nous pouvions honorer nos échéances principales. De mon côté, je faisais feu de tout bois pour trouver un emploi. Trop content de pouvoir enfin, subvenir seul aux besoins de notre foyer. Je mettrais à profit l'absence de Françoise, pour m'enquérir des possibilités à ce sujet. Restait à convaincre ma dulcinée, du besoin impératif de cette séparation provisoire. C'était pour la bonne cause naturellement. Je me mettais à sa place.
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La tolérance, le pardon, le partage et l'humilité, grâce à l'amour divin, confirmaient en ces heures de solitude, la solidité de leurs fondations. Ce n'était pas suffisant pour atteindre l'harmonie, mais un point de départ non négligeable. Replacer les choses et les événements à leur juste valeur, les déterminer de manière cohérente dans un contexte global, tel était mon objectif. S'isoler comme nous l'avions toujours fait dans notre cocon d'amour, paraissait obsolète.
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Il fallait absolument que nous ouvrions nos cSurs en grand. Non pas d'une manière superficielle et subjective, mais au contraire avec la ferme intention de donner le meilleur de nous-mêmes. En payant à boire et à manger comme nous l'avions fait jusqu'ici ? En offrant des soirées sans queue ni tête de manière inconsidérée ? Je réalisais le poids du ridicule et de l'absurde engendré par ce besoin d'apparence.
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Qui, dans notre entourage immédiat, pouvait parler de foi ? De Dieu ? Autrement qu'avec un sourire cynique et réprobateur ? Nous n'allions pas passer une petite annonce quand même ? Restait la solution de sagesse en ce domaine, et c'était celle que j'adoptais pour ne pas me morfondre en vaines supputations. Laissant au Tout-Puissant le soin de nous guider, je reprenais mes analyses comportementales personnelles. Je remplissais en quelques jours, des pages entières de positifs et de négatifs avec mon jeu sur l'ordonnance de l'esprit.
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Ma vie jusqu'ici avait été la copie conforme de cet adage, créé par moi-même pour la circonstance. J'avais eu à maintes reprises tous les éclairages possibles sur ma route. Chaque fois que je sombrais au fond d'un ravin, je m'insurgeais, sans admettre qu'il me suffisait d'ouvrir les yeux pour y voir clair. Optant pour la facilité, je ne m'embarrassais pas de préjugés. A défaut de pouvoir obtenir gain de cause, faute d'arguments, j'utilisais la violence. J'étais persuadé qu'elle m'avait permis de me maintenir en vie face aux autres, et aux multiples dangers que j'imaginais. Durant cette première partie de mon incontournable " célibat ", je sentais mes viscères se contorsionner sitôt que la colère montait en moi.
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Après une cure de Jouvence de trois semaines, Françoise revenait dans notre grand nid. Transcendée, elle rayonnait de tout son être. Elle avait repris son poids et enfin, adhérait à l'idée que nous n'avions que faire des éventuels commérages à propos de sa démission. Après tout, chacun peut à sa guise soffrir une année sabbatique ? Raison de plus pour contourner lobstacle. Elle ne voulait plus sortir avant son séjour ?
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Je ne pouvais pas oublier tout ce qu'elle avait fait pour moi. Je ne me sentais pas redevable, au sens littéraire du terme, mais je voulais lui prouver ma gratitude. Je luttais pour qu'elle parvienne à sortir de son ghetto moral. C'était pour cette raison, que je ne me souciais pas de mes rendez-vous professionnels. Certes, la côte d'alerte était déjà atteinte sur le plan financier. En d'autres temps, je me serais arraché et j'aurais sorti mes tripes, pour gagner un maximum d'argent avec mes commissions. Ce n'était pas avec le " fixe " dont je disposais, que j'aurais pu subvenir à nos besoins. Heureusement qu'il y avait les notes de frais ! Car ce n'était pas avec ce que j'avais signé en contrats, que nous aurions pu vivre. Disons qu'en un peu plus d'un mois, j'avais gagné de quoi payer nos dépenses rien de plus.
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Cette fin d'année 91, ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices. Inscrite au chômage, Françoise devait attendre au moins jusque en janvier pour toucher son premier salaire. Car naturellement cette chère administration du chômage lui a fait une ponction d'un mois complet. Une démission, même pour raison de santé, plaçait la personne en position de coupable. A ce titre, elle était pénalisée par une ablation plus ou moins considérable sur son salaire. Je pariais que la somme non versée à Françoise, avait du atterrir " accidentellement " dans les poches d'un ou deux fonctionnaires " honnêtes " ! Cela nous était égal.
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La crise économique commençait à montrer le bout de son nez. Ne trouvant pas de travail, je suivais les conseils de Françoise en m'inscrivant à mon tour au chômage. Après tout, même si ce n'était que pour six mois, cela nous permettait d'envisager de recouvrir nos esprits et préparer l'avenir. Ses parents une fois encore, volaient à notre secours. Conscients que nos finances étaient au plus basses, ils nous ont avancé une fois encore de quoi payer nos charges jusqu'à la fin de l'année. Le reste nous appartenait, il fallait à tout prix que nous fassions preuve de sagesse et de pondération.
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Pour cela, nous mangions un rôti ou un poulet pendant toute la semaine. Viande, légume, fromage, à tous les repas nous avions ce qu'il fallait. Si le chômage nous avait versé nos deux salaires en temps normal, jamais, nous n'aurions souffert autant. Nous comptions au centime, alors que nous attendions le versement de plus de six mille francs ! Nous étions réduits à la mendicité ou presque à cause des carences dune administration. La misère, ce nest rien. Ce qui devenait insupportable, cétait le mépris avec lequel on traitait notre situation. Plus on essayait de mettre les lacunes de cette administration en avant, plus on ses entait acculés dans nos derniers retranchements. Cette période aura été très dure, mais ô combien bénéfique !
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Dieu ne l'entendait pas de cette oreille. Nous l'avions quelque peu écarté de nos pensées et bien entendu Il se manifestait. Pas en nous envoyant un mandat postal, non... Plutôt sous forme de solution, à mon conflit avec l'argent envers le magnétisme. Daccord, les gens moffraient ce quils voulaient à chaque séance. Des deux francs dune brave mamie, aux cent francs de quelques patients fortunés, chacun laissait dans le panier prévu à cet effet ce quil jugeait bon. Ce nétait visiblement pas suffisant pour prétendre avoir résolu définitivement le problème. La suffisance nétait pas synonyme daccord parfait. A la moindre alerte, je ladmets loyalement, la précarité de cet équilibre relatif aurait explosé.
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Une fois encore, à mon insu, Le Tout-Puissant me guidait vers ce qui était, et demeure encore aujourdhui, la solution définitive. Par le biais d'un encart publicitaire, émanant d'une école de massage, nous avons entrevu la possibilité de me réconcilier avec ce que je considérais toujours comme le fléau du vingtième siècle. La publicité faisait état dune formation sur plusieurs mois, le week-end, de masseurs diplômés. Cest en feuilletant les pages dun hebdomadaire local, que j'ai découvert cette circonstance favorable.
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Deux jours plus tard, en même temps que les avis de virements des salaires, je pouvais remplir le dossier de l'école. Le massage, le magnétisme... Il nen fallait pas davantage aux deux enfants que nous étions, pour envisager lavenir de la meilleure façon. Que fallait-il que nous fassions pour fêter pareil changement ? Saumon champagne naturellement ! Dieu que cette soirée était divine.
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Rétrospectivement, nous relations la chronologie des événements. Grâce à Françoise, je m'étais inscrit au chômage. Ce laps de temps allait me permettre de changer d'orientation professionnelle. Comme quoi tout était bel et bien prévu par Dieu ! Françoise, qui avait droit à plus d'une année de chômage, aurait le temps de se refaire une santé. Le même temps, qui me servirait à structurer ma nouvelle activité et à me constituer un fichier intéressant. D'autant que ma clientèle devenait de plus en plus régulière et fidèle.
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Par l'entremise d'une brave retraitée, atteinte d'ulcères variqueux perforés aux deux jambes, j'entrais brutalement dans l'action. Il me fallait d'une part surmonter mon appréhension, mais surtout, limiter mon travail. C'était le départ d'une nouvelle structuration dans mon approche de la maladie. " Ma patiente souffre depuis plus de dix ans dulcères variqueux perforés aux deux jambes, beaucoup plus accentués sur le tibia droit. Lécoulement très intense est quotidien, et les douleurs sont vives et permanentes le jour comme la nuit. Les démangeaisons la gênent considérablement. La cuisse droite est hyper tendue, enflée (55 cm) et bouillante en permanence. Un ganglion gros comme le poing est visible au pli de laine droite. La marche est rendue pénible, le talon du pied droit ne posant plus sur le sol. Elle souffre aussi de problèmes respiratoires et cardiaques (opérée du cSur), actuellement sous anticoagulants. Essoufflements en cas defforts ou mouvements forcés. En dépit du décès de son mari lannée dernière, elle affiche un bon moral et une positivité extraordinaire ".
Dès le lendemain, je commençais mes séances. La tension était à 14,8 / 9. Passes lentes à grand courant, berceau, étirement polaire. Ensuite, compte tenu de la stagnation de la lymphe, il me fallait à tout prix tenter de lactiver. Doù un travail différent sur les Chakras. Au lieu de commencer par le 1er , jentrais en action sur le 7ème et les suivants en descendant et non en montant. Les réactions les plus vives se produisaient sur le 5ème , le 4ème , et le 3ème . Étant donné que le pli de laine droite était totalement bouché par cet énorme ganglion, je tentais une autre action. Délaissant lactivation du premier Chakra, qui se serait soldée par un échec entre le pubis et le pied droit, jessayais damoindrir le volume de la grosseur. Appliquant ma main droite bien à plat sur le ganglion, je posais ma main gauche à plat sur le 2ème Chakra. Par cette position, je cherchais à rétablir le passage de lénergie et de la lymphe entre la jambe et le bas-ventre.
Après un quart dheure, ma patiente ressentait comme un courant lui parcourir la jambe et remonter jusqu'à la gorge. Le ganglion avait nettement diminué de volume. La cuisse droite était beaucoup moins chaude, et des fourmillements se manifestaient. Fort des enseignements tirés des séances passées avec mes autres patients, je poursuivais avec cette idée de contre courant. Ma main droite enveloppait le pied droit de ma patiente, tandis que ma main gauche se maintenait sur lombilic cette fois. Le but à atteindre étant de stimuler la circulation lymphatique. Je maintenais la position un quart dheure environ, durant lequel des gargouillis intenses dans le ventre, des lancées dans la cuisse et au pli de laine se manifestaient régulièrement.
La grosseur avait encore réduit de volume. Les douleurs dans la jambe avaient totalement disparu. Une première pause " pipi " ponctuait cette première phase. Ensuite, jeffectuais des impositions sur les deux jambes, mains à plat de part et dautres des membres. Je descendais depuis laine jusquaux pieds, très lentement. Je pouvais alors, au terme de cette série qui a duré en moyenne dix minutes par jambe, essayer douvrir le 1er Chakra. Ce n'était pas une totale réussite, mais un début prometteur. Le ressentir de ma patiente, témoignait de la présence dun flot minimum dénergies. Liaison immobile, recharge centrale, dynamisation du pancréas, du foie et des reins, étaient l'avant-dernière étape. Je pouvais consacrer mon attention sur les foyers actifs, qui laissaient séchapper des flots ininterrompus de pus.
Impositions circulaires traversantes, faisceau de la main droite, étaient durant de longues minutes les seuls moyens dont je disposais pour endiguer ces sécrétions. Au terme de cette première séance, non seulement ma patiente navait plus aucune douleur à la jambe et au pied, mais les plaques rougeâtres étaient nettement moins vives. Les écoulements étaient pratiquement arrêtés. La température de la cuisse droite était redevenue tout à fait normale. La pression était tombée à 13 / 8. Soulagée, ravie et confiante, ma patiente était aux anges. Je prenais la précaution de laviser des risques évidents de violentes douleurs, dans les heures à venir et aussi au cours de la première nuit. La pauvre avait tellement souffert jusquici, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour amoindrir les douleurs, quelle était enchantée de savoir que celles à venir allaient témoigner de lamélioration en cours.
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Je commençais alors ma seconde séance, identique en tout point à la précédente. Je ne voulais pas changer ce qui visiblement, était porteur dun espoir authentique. Cette fois, je modifiais sensiblement la chronologie de mes mouvements. Je débutais par louverture des plis de laine, suivie dune dynamisation des ovaires. Le berceau, létirement polaire venaient ensuite. Je négligeais le balancement du ventre, au profit dune application crânienne. Je faisais mes activations sur les Chakras, du 1er au 7ème cette fois, avant de revenir en application prolongée sur le Chakra du cSur ; ma main droite posée à plat entre le sternum et le mamelon, mais sans placer ma main gauche sur le front.
Le but de cette action étant de favoriser un meilleur échange énergétique et circulatoire dans la région du cSur. Les déblocages un peu partout dans le corps confortaient lopportunité de cette application. De même que des fourmillements très forts dans les zones infestées. Une fois que javais effectué la totalité des mouvements, je décidais daccentuer mes efforts sur le pied droit, particulièrement réactif au cours de cette seconde séance.
Partant du sommet du muscle tibial antérieur, où se situait lépicentre des foyers purulents, je descendais en imposition tournante depuis le genou jusquaux doigts de pied. Je libérais alors les derniers blocages sous le talon et le tendon dAchille. En alternant les faisceaux traversant et ceux dune seule main de part et dautre des zones concernées. Les réactions dans le ventre, la jambe et un peu dans les bras étaient présentes durant toute cette phase. Au terme de cette deuxième séance, si la tension navait pas bougé, ma patiente pouvait poser le pied par terre sans éprouver la moindre gêne.
Cependant, sans pour autant len informer, je ressentais quelque chose de bizarre en elle. Tout dans son attitude, sopposait aux réactions que jétais en mesure despérer. Loin de manifester un enthousiasme au demeurant légitime, elle senfonçait au contraire dans une sorte de léthargie. A chaque phrase, elle parlait de son mari. Elle se sentait presque coupable de sa mort. Cet aspect m'a fait peur sur le moment, ne voyant pas comment jallais pouvoir laider à se soustraire à ces pensées lugubres. Jignorais qu'elle se résignait. Elle refusait le combat et voulait se laisser mourir. Elle ne me lavouait pas de manière absolue, mais par bribes de mots plus ou moins cachés, je pouvais établir cette synthèse alarmante.
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Loppression sur la cage thoracique traduisait à elle seule lincidence de cette brusque attitude envers son mari. Les poumons, sur le plan énergétique, représentent la tristesse ! Le cSur, la peine et la souffrance. Le foie et la vésicule enfin, symbolisent la colère et les angoisses retenues. Ce qui mimposait une modification stricte dans le déroulement de ma séance. La lutte contre langoisse, la relaxation et la détente nerveuse, simposaient avant toute autre intervention. Ensuite, une fois apaisée, je pouvais reprendre le cours normal de la séance. Au terme de celle-ci, tout semblait rentré dans lordre.
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Le soir même, en relatant les faits à Françoise, elle prenait linitiative dinviter la mamie pour le dimanche suivant. Pas question de labandonner dans un tel état de désarroi. Progressivement, après une douzaine de séances, le moral autant que le physique donnaient des signes très encourageants de stabilisation. Mamie avait perdu plus de quatre kilos, et les mesures attestaient de la stabilité de son état : la cuisse droite mesurait 50 cm au lieu des 55 initiaux. Les écoulements avaient cessé et les trois quarts des plaies sétaient cicatrisées.
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La mamie, ayant retrouvé son tonus, entreprenait d'effectuer un voyage organisé en Hollande. Elle m'a demandé mon avis quand même, afin de ne pas compromettre lévolution de sa guérison. Je nétais pas très rassuré. Je ne lui faisais part daucun de mes doutes. Je sentais chez elle, comme une sorte de désir prémonitoire à se détruire.
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A son retour, Dieu me faisait prendre conscience de mes limites. Ayant abusé de ses forces, et quelque peu des bonnes tables, ma patiente était dans un état pitoyable. Les jambes avaient doublé de volume, les plaies réactivées laissaient échapper de nouveau des flots purulents. Quand elle est arrivée à son rendez-vous, je me suis senti désarmé, impuissant.
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Une force inconnue minterdisait de tenter quoi que ce soit. Là, que je comprenais où était la fin de mon action. Admettre ses limites, et reconnaître humblement les risques potentiels à vouloir s'imposer à tout prix, j'en découvrais les bienfaits. Je ne voulais surtout pas mettre la vie de ma patiente en jeu. Les pensées qui me venaient en cet instant, étaient dimaginer un cancer lymphatique. Quels étaient les messages que nous devions interpréter mamie et moi ?
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Immédiatement, faisant appel à une amie spécialiste en lymphologie, je confiais ma brave petite mamie à des mains plus expertes. Le soir même, mon amie acceptait de venir chez moi pour examiner la mamie. Il était temps en effet !
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Elle a conduit elle-même ma patiente auprès de lui. Hélas, d'après ce très grand spécialiste, les chances de guérison étaient infimes. Le cSur serré, les frissons me parcouraient l'échine quand j'ai appris de la bouche de mon amie, que ma mamie était sans doute condamnée. La gangrène, horrible et cruelle, avait entrepris sa destruction. Apprendre cela, le jour de mon examen de massage, il y avait de quoi me saper le moral. Le jour ou précisément, je passais mon diplôme. Mon amie n'avait pris aucune précaution et encore moins le plus petit ménagement à mon égard. Elle ma annoncé la nouvelle froidement, entre les vitres de nos voitures immobilisées lune à côté de lautre.
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C'était surtout pour moi, la preuve indiscutable du résultat possible et de la complémentarité, entre la science et le magnétisme. Naïvement, ma patiente en parlait aux chirurgiens ! Quand elle m'a fait part de leurs réponses, je prenais conscience des lacunes qui restaient à combler, avant que l'union entre les deux forces ne devienne effective. L'humilité, m'imposait de ne pas entrer en conflit. L'avenir nous dirait si oui ou non, les inconditionnels d'Hypocrate admettraient un jour que le corps humain ne dépend pas uniquement du seul savoir de la médecine. L'énergie qui régit le fonctionnement du métabolisme a ses lois strictes, aussi formelles que les règles d'éthique de la science médicale.
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En attendant que mamie puisse être en mesure de marcher normalement, nous organisions mon nouveau cabinet à la maison. Françoise, fière et ravie, me préparait le terrain mieux que je n'aurais pu le faire. Cartes de visite, annonces publicitaires, elle a mis tout en Suvre pour me permettre de créer ma clientèle en massage. Mes séances avec mes patientes, étaient le reflet de ce que serait mon activité à venir. Magnétisme, puis massage, et tout ça pour un prix unique.
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A mon insu, elle entreprenait de rencontrer un éditeur, en vue de sortir un recueil de poèmes. Elle voulait surtout je pense, exorciser le mal qui était latent en elle. En publiant une partie de mes textes, elle prouvait à tous que nous n'étions pas encore abattus. Ce n'était pas la meilleure formule, mais quand j'ai été mis au courant, il était trop tard. Elle voulait me remercier pour l'amour dont je l'entourais, disait-elle d'un air coquin.
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Comme nous continuions de croire au Père Noël tous les deux, nous prenions pour argent comptant les promesses qui nous avaient été faites par une amie journaliste de l'éditeur. Pour la sortie du recueil, nous lavions conviée, avec quelques relations, pour un apéritif de circonstance. En lécoutant parler, je me laissais griser par les illusions, engendrées par tant de complaisance à mon égard. Article, émission radio et que sais-je encore, m'étaient gracieusement offerts pour faire connaître mon recueil.
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Je comprenais le courroux de ma femme, tout en lui demandant de laisser les gens pour ce qu'ils étaient. Si Dieu n'avait pas jugé bon de m'accorder la moindre publicité pour le recueil, nous avions beau tout tenter, rien ne serait jamais fait dans ce sens. Surtout pas avec une équipe de bras cassés comme celle que nous avions fréquentée jusque-là. Les choses devaient saccomplir delles-mêmes. Je devais étancher quelque peu mon légitime courroux envers cette " journaliste bidon ". Je murmurais à Françoise que le jour venu, Le Tout-Puissant confierait notre avenir " littéraire " entre les mains de professionnels. Non damateurs jouant les cadors. Facile de simproviser reporter, animateur radio ou Dieu sait quel titre ronflant, dont ce genre de personnes jouissait à leur guise.
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Je pouvais me passer de ces spéculateurs. Plus motivés par les dessous de table que par les valeurs qu'ils étaient à même de mettre au grand jour. Pour me le prouver, Le Tout-Puissant m'offrait un cadeau royal. Par l'intermédiaire d'une maison de retraite, j'ai pu offrir à un parterre ému de têtes blanches, un récital vraiment émouvant. Les personnes âgées, depuis toujours pour Françoise et moi, étaient vénérées et respectées. Cette occasion de les satisfaire et leur adresser un petit signe amical, me réchauffait le cSur et leur permettait de se sentir aimées. Ne serait-ce que l'espace de quelques heures, au cours desquelles je clamais avec ferveur mes textes préférés, autant que les dernières créations.
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La vente des recueils sur laquelle nous comptions un tantinet quand même, pour me faire connaître en tant que poète mais aussi, en qualité de masseur par la même occasion, était pour la moins défaillante. Le drame avec Françoise était que très vite sa santé en prenait un coup. Sitôt que son moral baissait, son métabolisme se mettait en léthargie et les problèmes surgissaient. Mes absences régulières du domicile pour raison de travail, me posaient un cas de conscience. Devais-je persévérer dans cette direction ? Je ne gagnais pas des fortunes mais en quelques semaines, ma clientèle au fitness me permettait d'avoir un revenu presque correct.
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C'était le début d'une lente agonie pour moi. Malgré la bonne petite clientèle que je m'étais bâtie, j'éprouvais au fil des jours les plus grandes difficultés à conserver ma dignité. Comme je refusais de me mélanger au panier de crabes, j'ai été rapidement mis sur la touche. Quarantaine ou presque, ragots diffamants auprès de mes clientes, et naturellement perte progressive de mes patientes. La jalousie, la médiocrité, ont eu vite raison de ma patience et de mon indifférence. Je voulais bien faire le maximum, mais à l'impossible nul n'est tenu.
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Je délaissais plus ou moins le magnétisme par la force des choses. Il me fallait coûte que coûte élaborer la structure du massage. Etait-ce la bonne solution ? Quand je revivais les moments forts traversés lannée précédente, en quatre-vingt-onze, et les richesses des enseignements que mapportaient mes patients, jéprouvais une certaine nostalgie. Autant je me sentais " au cSur de ma mission " durant cette période, autant en cette année quatre-vingt-douze je cherchais ma voie. Je nétais plus magnétiseur, et jétais loin dêtre un masseur confirmé !
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De plus en plus tendu, j'assumais difficilement ma mission. Mes séances n'étaient que l'ombre de ce que j'étais en mesure d'apporter véritablement. Je ne pouvais plus faire le vide en moi. Chaque seconde de la journée j'étais obnubilé par la souffrance de ma divine Françoise. Mes patientes étaient remarquables d'amour et de tendresse. Informées de la situation, elles essayaient du mieux qu'elles pouvaient de nous remonter le moral. Chacune leur son côté, elles se proposaient d'intervenir auprès de leurs relations privées pour trouver une occupation à Françoise.
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Une énième série noire arrivait. Lisolement devenait très vite un enfer. Plus disponible pour Françoise, je l'entourais d'un maximum d'affections. Notre couple était sur la mauvaise pente. Elle devenait vindicative, pour ne pas dire agressive. Distante, elle ne m'accordait plus le moindre instant de tendresse. Nous n'avions pas de rapport sexuel depuis une bonne vingtaine de jours. Amaigrie, effondrée, elle ne parvenait plus à reprendre le dessus. Difficile dans ces cas-là, de ne pas paniquer. Pourtant, je résistais du mieux que je pouvais. Comment pouvais-je contredire les faits ? Depuis presque une année, elle obtenait les mêmes refus, les mêmes rejets, et surtout, le même mépris dans les réponses.
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J'avais beau essayer de lui recommander de faire l'effort et de prendre sur elle, rien n'y faisait. Dans l'état où elle se trouvait, j'en étais conscient, jamais elle ne parviendrait à trouver la moindre occupation. Blasée des même remarques, allusions ou propositions " déguisées ", elle se sentait de plus en plus inutile. Trop vieille pour les uns, trop " fidèle " pour les autres, elle était promenée d'un rendez-vous à l'autre, avec le même échec à la clef. De promesses en essais, dillusions en déboires, elle cheminait en automate sur ces sentiers escarpés parsemés dembûches.
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Retour à la case départ ! Un de plus. Doutant de mes capacités, autant que de ma foi, je commençais à désespérer. Je ne parvenais plus à rétablir la normalité dans l'énergie de Françoise. Des heures et des heures durant, je luttais de toutes mes forces. Sans parvenir à rien d'autre, qu'une faible amélioration. Nous glissions mutuellement sur la voie descendante. Cette pente glissante sur laquelle nous dérapions chaque jour davantage, nous conduisait inexorablement dans les ténèbres de la dépression. Il fallait réagir, faire n'importe quoi pour sortir de ce ghetto avant qu'il ne soit trop tard.
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Acculés dans nos derniers retranchements, très souvent côte à côte sur le balcon, nous regardions le vide avec le secret espoir de mettre fin à nos jours. A quoi servions-nous dans ce monde ? Étions-nous en avance ou en retard par rapport à l'humanité tout entière ? Nous ressemblions à deux vieillards. Les traits tirés, burinés par le chagrin et l'angoisse, nous sombrions chaque jour davantage dans les méandres du doute et de l'incertitude.
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Seulement voilà, où regarder, vers qui se tourner ? Le désert de lindifférence étalait autour de nous son tapis dinjustice. Nous étions tellement vidés, exsangues et démunis de ressources, que nous attendions la fin. Pour la première fois depuis le début de notre amour, je ressentais de nouveau les prémices de la chute aux enfers. Avec ma tendre Françoise, je métais juré de ne jamais plus me laisser aller dans une telle sinistrose. Je prenais conscience au cours de ce passage à vide, de limportance quelle représentait pour moi. Son sourire, son amour, son éclat, me donnaient un dynamisme extraordinaire.
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Quand elle était dans un tel état dabandon, je navais plus aucune ressource. Main dans la main, unis comme aux plus beaux jours de notre amour, nous nous entraînions vers les abîmes du désespoir. Notre bel Eden ressemblait à une décharge publique. Tout ce qui nous entourait, jusquici revêtu dun éclat merveilleux, était terne et sans vie. Raison de plus pour les supprimer et nous débarrasser de ces objets narquois et obsolètes. Pourtant, même ce vSu de fuir cet environnement hostile, n'était pas exaucé. Cassant les prix, sacrifiant les valeurs pourtant réelles, nous ne vendions même pas de quoi manger un jour ou deux.
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En attendant, grâce à la patience de notre amie, nous nous faisions à cette idée de trouver bientôt un emploi qui nous permettrait de travailler ensemble. C'était dans ce sens que nous orientions nos prières. Le moral revenait doucement. Nous déplorions un manque damitié dans notre entourage ? Dieu nous offrait lamour divin, incarné par cette brave Mamie. Nous étions pris en charge par elle qui, régulièrement, nous emmenait à la campagne ou au restaurant.
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Vivre pour soi, et non pour ou à travers des autres, était la leçon quil nous fallait apprendre. Vivifiés, purifiés, nous affichions un autre état d'esprit rapidement. Notre couple retrouvait ses automatismes. La tendresse, les câlins, la poésie, tout redevenait normal. A moins d'un mois de Noël, il était temps ! Le magnétisme retrouvait lui aussi, sa force et sa noblesse. Je reprenais confiance en moi grâce à Françoise qui à présent, répondait favorablement à mes séances. Dynamisée, ragaillardie, elle reprenait du poids et son moral était plus stable. Elle appréhendait ses démarches professionnelles avec un tout autre état d'esprit.
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Un matin, elle se préparait dans la salle de bain. Abandonnant mon ordinateur, je parcourais rapidement lhebdomadaire où j'avais trouvé l'annonce de l'école de massage. Pourquoi soudain cette envie bizarre de feuilleter ce journal ? La réponse allait me parvenir aussitôt. " Local à louer " ! Le message du Tout-Puissant me parvenait avec force. Voilà ce que nous allions faire ! Ouvrir un centre de massage et de relaxation. L'annonce stipulait clairement les détails de l'équipement dont le local était pourvu. Sauna, solariums, jacuzzi... En lisant cet encart providentiel, mon cSur s'est mis à battre la chamade.
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La loi de la finance, incontournable, mettait son veto. La bonne volonté ne peut servir à rien, si l'on ne dispose pas de moyens adéquats. Le cynisme de cette vérité me faisait froid dans le dos. Plus je cherchais une solution, plus je patinais dans la semoule. J'avançais d'un petit pas, pour reculer de deux. Le rêve commençait à s'estomper dans ma tête. Non content de ne pas avoir de solution, j'avais en plus à surmonter l'obstacle de ma propre femme.
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Ma ruse avait-elle fonctionné ? A ce moment précis, jétais loin de pouvoir laffirmer. Qui plus est, une fois sortie, je me trouvais dans une position pas très à laise. Je n'ai pas eu le temps de me poser la question bien longtemps. Cinq minutes à peine après m'avoir quitté, elle revenait à l'appartement comme une furie. Adieu rendez-vous bidon, bonjour l'espoir et l'avenir ! Cette volte-face me laissait pantois. Pris à mon propre jeu, je manquais d'arguments pour lui donner la réplique. Cette fois, remontée à bloc, elle prenait les choses en main. Passant du doute à l'euphorie à son tour, elle affichait une détermination hors du commun. Immédiatement, battant le fer pendant qu'il était encore chaud, elle prenait rendez-vous avec les propriétaires du local en vue d'une visite... L'après-midi même !
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Quelques heures plus tard, les rôles étaient inversés. En visitant les locaux, je mourais d'envie de crier mon bonheur. Respectant ma parole envers Françoise, je n'en faisais rien. C'était alors l'apothéose. Loin de toute attente, Françoise en personne se laissait emporter par le tourbillon gracieux qui lui permettait de quitter le présent. J'en restais tout d'abord médusé, avant de partir la rejoindre sur son nuage de rêveries féeriques. Ici, nous pourrions faire ceci... Là-bas, nous installerions ceci... Ma cabine de massage serait très bien dans cette pièce... Dans ce coin, pourquoi ne pas installer un vestiaire ? ... A chaque endroit, c'était la même explosion de bonheur.
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Les défis ne nous faisaient pas peur. Avec ce que nous avions traversé, cet obstacle ne paraissait pas insurmontable. Cette fin de journée, après une visite en tout point grisante, se ponctuait de la meilleure façon qui soit ; inutile de préciser à quoi nous nous sommes livrés ce soir-là ? ... Saumon champagne naturellement ! Profitant de l'ambiance veloutée qui nous entourait pendant notre dîner, nous faisions marcher nos méninges à cent à l'heure. Quel nom porterait notre centre ? Car il fallait bien baptiser notre nouvel enfant ? Des propositions les plus baroques à celles franchement comiques, nous nous accordions finalement sur le futur logo de notre institut. Il ne m'en fallait pas davantage pour me motiver à la tâche. Une fois Françoise au lit, je me suis mis à l'ouvrage. Je voulais sortir les premières maquettes des cartes de visite. Très tard cette nuit-là, épuisé mais comblé, je venais rejoindre la douceur du corps de ma dulcinée, en priant Dieu de ne jamais m'en séparer.
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Dans le plus grand secret, je poursuivais mes recherches, en vue d'établir un moyen d'investigation efficace en matière de santé. Le massage, par son action directe sur le métabolisme, via l'activation du tonus musculaire, la desquamation des cellules mortes, et les bienfaits sur le système veineux et lymphatique, ponctuerait parfaitement mes séances de magnétisme. Il fallait absolument trouver le moyen de palier à mes carences, en matière d'anamnèse. Passer de la théorie à la pratique, établir un relevé précis et concis de l'état de santé de mes patients, telles étaient mes ambitions. Puisque très bientôt, j'aurai la lourde responsabilité d'assurer la pérennité de notre centre, il était essentiel que j'entreprenne mon activité avec un plus par rapport aux autres praticiens. La concurrence à ce niveau, était impitoyable.
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Le testing énergétique à lui seul, me permettait d'établir schématiquement, un profil assez précis sur la valeur des fonctions vitales. Rapidement, quelques jours avant l'ouverture officielle du centre, j'élaborais avec une certaine fierté, mon premier " bilan énergétique ". Après avoir fait le tour dhorizon magnétique des Chakras, je procédais à linspection " kinésiologique " du reste du corps et des fonctions vitales.
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Dans le même temps, je me familiarisais avec le cheminement de l'énergie dans le corps : les méridiens me livraient peu à peu leurs secrets. J'avais acheté pour la circonstance, une poupée gonflable ! Non pas pour m'amuser avec, mais pour tracer au feutre le parcours des méridiens. Une anecdote fumante me vient à l'esprit à propos de cette poupée. Quand j'en ai parlé à Françoise, elle a été tout d'abord surprise, puis elle a adhéré à mon projet. Nous sommes partis dans un sexe-shop ! J'étais vert de honte.
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En moins dune semaine, après un marathon juridique et administratif, nous pouvions voir le bout du tunnel. Tous les documents officiels étaient signés. Sitôt que nous avons eu les clefs, un travail de titan s'annonçait. Après quatre ans de fermeture, bien qu'entretenus partiellement, les locaux avaient besoin d'une sérieuse remise en condition. Il nous fallait bien cette quinzaine de jours avant l'ouverture, pour leur redonner une allure convenable. Presque tout l'argent que nous avions en réserve, plus une partie de la paye de novembre étaient consacrés aux achats indispensables : vestiaires, peignoirs, aspirateur, machine à café, matériel de bureau, caisse etc.. Avec un minimum de frais, la décoration était elle aussi nettement améliorée.
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Car, et je m'en rendais compte, les installations n'étaient pas du tout conformes aux indications fournies ; il s'en fallait ! Le fichier clients qui devait nous être transmis était absent lui aussi. Après l'euphorie des premières heures une lancinante et épuisante épreuve de remise en cause nous clouait sur place. La réalité, déballait aveuglément son flot de doutes et d'angoisse. En compulsant le cahier de rendez-vous, j'éprouvais les plus grandes difficultés à avaler ma salive. Ce n'était pas le pire. Au-delà de l'aspect purement matérialiste, il régnait une atmosphère un peu bizarre dans le centre.
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Pourquoi, alors qu'il affirmait une rentabilité mensuelle de près de vingt mille francs, le propriétaire avait fermé l'ancien institut près de quatre ans ? Quelque chose ne collait plus du tout. Sans faire preuve d'un pessimisme exagéré, nous avions eu soudain la redoutable certitude de nous être fait berner. Dire que nous n'avions fait aucune publicité ! Comment, dans un quartier populaire certes, mais véritable cité-dortoir, allions nous faire pour créer une clientèle ? Délaissant mes chimériques supputations, Françoise décidait de faire un solarium. Après tout, autant profiter des installations nous-mêmes, à défaut de clientèle !
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La première quinzaine s'est déroulée sur le même tempo que le premier jour, dans la morosité la plus totale et l'angoisse permanente. Nous avions fait depuis peu la connaissance de l'esthéticienne, à qui nous avions loué une pièce. Elle devait commencer le mois suivant. Ce qui amoindrirait quelque peu nos charges, et nous redonnait un brin d'espoir. Il ne restait plus qu'une chose à faire, se jeter à corps perdu dans la bataille. C'était à quoi nous nous engagions. Le virement étant devenu réalité, nous aidait à oublier nos tracas.
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En dehors de mes patientes habituelles, aucun autre client n'était venu se faire masser. Les quelques rares intéressés en sauna et solarium, étaient vite dégoûtés. Les tubes étaient hors d'usage, et grillaient la peau. Le sauna, ne fonctionnait quavec un corps de chauffe, sur les six existants. Pour qu'il soit à peu près à bonne température, entre quatre-vingt et quatre-vingt-dix degrés, il fallait attendre plus de quatre heures ! Quant au jacuzzi, il produisait un tel vacarme qu'il faisait fuir les clients. Une fois de plus, la réalité dépassait nos espérances les plus modestes. Jamais, nous en faisions amèrement le constat, nous ne parviendrions à vivre avec l'argent des installations.
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Sept jours sur sept, nous luttions avec une énergie incroyable pour permettre à notre centre de démarrer. Les recettes n'étaient vraiment pas le reflet de notre travail. En quinze jours, nous n'avions pas encore franchi la barre des deux mille francs ! Vingt-quatre heures par jour à tous les deux, pour une moyenne quotidienne de cent francs environ de chiffre d'affaires ! Juste de quoi payer le loyer à la maison. Heureusement, nous gardions le moral. Loin de nous embarquer dans les méandres du doute, nous débordions d'imagination pour faire fructifier nos efforts. Les premières publicités n'avaient encore rien donné ?
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Le bilan des huit premières semaines d'activité, n'était vraiment pas euphorisant. L'esthéticienne avait débuté son activité. Avec elle, d'entrée, nous sentions que les rapports ne cadreraient pas. Loin d'avoir une clientèle étoffée comme elle le prétendait à la signature de son contrat, elle ne tarderait pas à manifester des signes de faiblesse envers son loyer. Ce qui, ajouté aux propos tenus par notre amie médium, renforçait nos craintes pour l'avenir. Selon la voyante, le centre était impliqué dans de sombres affaires de procès. Voilà pourquoi il avait été fermé pendant quatre ans sur décision de justice apparemment.
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Comme nous en avions pris l'engagement avant louverture, nous faisions d'emblée confiance aux artisans du quartier. En espérant secrètement qu'ils nous renverraient la balle ! Ce qui expliquait le nombre impressionnant de convives, prévus pour cette petite fête. Les derniers jours avant l'apéritif, tout paraissait merveilleux. Tout le monde nous saluait, nous souriait, et avec Françoise nous étions libérés des obsessions qui nous hantaient. Nous étions surpris tout de même, de constater que personne parmi les invités, ne daignait franchir la porte du centre ! Peut-être le feraient ils après l'apéritif ?
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Quelques minutes plus tard nous déchantions ! Bien mal nous en avait pris d'organiser ce fichu verre de l'amitié ! Car hélas, en rangeant le plus gros des affaires, nous découvrions stupéfiés avec Françoise, un nombre impressionnant de petites boulettes noirâtres disséminées dans toutes les pièces ; y compris le sauna, les solariums, et le jacuzzi. Pas question de mettre en doute le travail d'entretien de Françoise. Qui, dans ce cas, avait bien pu déposer ces petits souvenirs pas très catholiques à nos yeux ? Non contents d'avoir ouvert dans un local dont le passé nous paraissait douteux, voilà que quelqu'un manifestait son envie de nuire.
Très vite avec mon pendule, je découvrais terrorisé que ces boulettes étaient ensorcelées. Nous étions dans de beaux draps ! Le moral, l'envie de poursuivre, s'éteignaient ce soir-là. Démoralisés, affolés, nous ne savions plus sur quel pied danser. En rentrant à la maison, je commençais à ressentir les prémices de l'activité funeste des boules. Une première migraine, violente, me secouait dans tout mon être. Que faisait Le Tout-Puissant ? Pourquoi permettait-Il de tels méfaits ? Dans ces moments de douleur, d'une rare intensité, j'étais prêt à faire n'importe quoi. Si j'avais tenu le ou la responsable de cette semence infâme, je crois bien que j'en aurais fait de la chair à pâté.
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Vers la mi-février, j'étais pris quotidiennement de migraines violentes, tout aussi fortes que celles de Dakar et avant, lors de ma rencontre avec Dieu. Tous les soirs, pendant au moins deux ou trois heures, je souffrais le martyre. Pris de nausées, puis de vomissements, je déambulais comme un fou dans l'appartement. A plusieurs reprises, Françoise était allée chercher le secours d'un médecin de nuit. Car pour amoindrir nos charges, nous avions fait couper nos lignes téléphoniques à la maison. Par trois fois, lors de crises encore plus violentes, ma tendre épouse fonçait dans la nuit glaciale en quête d'un téléphone. Étant donné que la journée je ne souffrais pas, je me contentais de me résigner sur mon sort. J'étais bien loin d'intercepter le plus petit message ! Pire, je replongeais de nouveau dans les marais de la révolte envers Le Tout-Puissant. Combien de fois ai-je pu menacer de tout envoyer sur les roses ?
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En moins de quatre mois, j'avais partiellement réussi mon pari. J'avais une bonne petite clientèle en massage, et pour elle, je n'avais pas le droit de faiblir. Méprisant mes cruelles douleurs nocturnes, je négligeais d'une manière beaucoup plus égoïste l'état de santé de ma pauvre Françoise. Traumatisée à l'idée qu'il puisse m'arriver quelque chose de grave, elle se rongeait le moral et s'épuisait dans son angoisse. Je refusais d'aller consulter un médecin. Mes migraines passeraient, comme elles étaient venues. C'était ce que je croyais !
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Plus je persistais dans mon acharnement à refuser une aide extérieure, plus les souffrances augmentaient. Les crises duraient parfois de vingt et une heures à trois heures du matin. Je ne dormais que quelques heures après m'être effondré, terrassé par la fatigue et la douleur. Mon doux trésor, comme j'ai pu être stupide et ridicule. Plus je m'acharnais à tenir tête au mal, plus tu t'enfonçais dans l'angoisse de me voir couché définitivement. Je me contentais des versions aléatoires que me fournissait Françoise, pour justifier son propre état de santé chancelant. D'après elle, seuls les soucis d'argent, et ils ne manquaient pas c'est vrai, étaient à l'origine de sa faiblesse morale et physique.
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Profitant des vacances de Pâques nous jetions nos dernières forces dans la bagarre. Il devenait impératif de modifier les structures de notre gros bébé. L'éclairage, la décoration, étaient notre cheval de bataille. En moins d'une semaine, le centre renaissait de ses cendres. Grâce à une relation, naturopathe, mes migraines avaient cessé. Le nouveau départ était annoncé. Notre Dieu miséricordieux, pour nous encourager et nous stimuler sans doute, nous apportait la preuve de son esprit de tolérance et son amour infini. En quelques jours, les clients arrivaient en masse ; massages, installations... Le soleil brillait enfin à l'intérieur du centre. Aussitôt, notre foi remontait la pente.
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Nos rapports avec l'esthéticienne s'étant définitivement dégradés, nous décidions de mettre fin à notre collaboration. Après tout, et c'était une partie du message que nous parvenions à décoder, nous ne devions compter que sur nous mêmes. Nous devions mettre toutes nos tripes dans le nouveau challenge. Pour ce faire, nous n'avions pas eu peur des heures de présence. Nous avions programmé trois nocturnes jusqu'à minuit toutes les semaines ! Il fallait à tout prix, rentabiliser les installations. Conscients que les personnes qui terminaient tard leur travail seraient peut-être contentes de venir faire un sauna après vingt heures, nous misions tout sur ces nouvelles dispositions.
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Le travail ne nous affolait pas, loin de là. Il était même devenu notre unique allié. En nous investissant de la sorte, nous occultions les pensées négatives de nos esprits. Il nous arrivait à cette époque, après la fermeture un soir de nocturne, de totaliser des recettes de... Vingt francs ! Trente-deux heures de présence à tous les deux pour seulement vingt balles de chiffre ! Il fallait que nous soyons inconscients, à défaut de parler de courage, pour persévérer dans notre entreprise. Car au terme du sixième mois d'activité, le bilan n'était toujours pas reluisant.
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La réputation de sérieux nous entourant, dans une profession et un environnement porteurs de trop de sous-entendus, soulignait les efforts que nous avions consentis à ce niveau. Écartant à longueur de journée les assoiffés de sexe et de massage érotique, nous avions évincé de la même manière les adeptes des drague-party du sauna et du jacuzzi. Au terme de ces six premiers mois, tout le monde savait qui nous étions, et ce que nous voulions.
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Nétant pas concernés, à aucun moment nous ne nous sommes sentis visés. En bien ou en mal, lessentiel était que lon parle de nous. Ces propos peu honorifiques ne nous atteignaient donc pas. Je dirais que c'était un stimulant. Plus nous entendions les ragots, ruisseler dans les caniveaux, plus nous apportions à nos patients et à notre entourage, l'image d'une sérénité à toute épreuve. Nous étions soudés l'un à l'autre, étanches aux attaques insidieuses. Plus solidaires et heureux que jamais, malgré le poids de nos souffrances, nous acceptions les épreuves dignement. Cependant, la lucidité ne nous quittait pas.
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Dès cet instant, je comprenais que les banquiers nétaient pas faits pour aider les petites entreprises. En France, un dicton populaire est très révélateur à ce sujet : " Ce nest pas quand on a fait dans son pantalon, quil faut serrer les fesses " ! Ce cher spéculateur financier avait attendu sagement que nous soyons plongés dans les méandres de nos problèmes, pour étaler son savoir-faire et nous envelopper dans notre manteau de pauvres mendiants. Le cynisme avec lequel il nous adressait ces cinglants reproches, nous crucifiait sur place. Quelques années auparavant, je lui aurais fracassé le crâne. Sonné, asphyxié, jaccusais le coup sans broncher. Nul doute que cette fois, nous étions bien seuls Françoise et moi. Si Dieu ne voulait pas que l'aventure se poursuive, nous ne chercherions plus à persister.
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Timidement, en plus de cette étude sur lantenne, javais fais une approche avec le Tao de la Revitalisation. Le Taoïsme était encore un tantinet obscur, mais je sentais quil me parlait. C'est pour cette raison que Françoise mavait offert le livre du Docteur Stéphen CHANG, traitant du Tao. Limité financièrement, je ne pouvais pas non plus minvestir dans une formation thérapeutique onéreuse. Jarpentais donc les " colloques " les moins chers, et naturellement, chaque fois jéprouvais le sentiment amer de mêtre fait avoir. Restait mon fluide, unique compagnon, ultime espoir.
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Ayant jusqu'ici plus ou moins dissimulé mon magnétisme, par peur d'affoler les gens du quartier, je commençais une nouvelle démarche. Je me sentais plus fort, et surtout, capable de distinguer avec mes mains, les déficiences énergétiques. C'était nouveau et j'avais pris note de cette possibilité, presque accidentellement. A un moment de doute plus accentué que de coutume, j'avais effleuré le ventre d'une patiente. Sitôt que ma main droite était venue se placer au-dessus de son pancréas, j'ai senti la paume de ma main se glacer.
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Cette rencontre a été un tournant décisif. L'antenne de Lécher d'un côté, mes mains de l'autre, une dimension nouvelle était née dans la pratique de mon magnétisme. Françoise la première cela allait de soi, pu se rendre compte de la subtilité avec laquelle je pouvais désormais déterminer avec précision et évaluer de la même façon, le degré de dysfonctionnement organique.
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Les changements sur le plan professionnels, n'arrivaient jamais seuls et débouchaient sur des horizons divers. Dès que je prenais conscience d'éléments porteurs d'espoirs avec le fluide divin, j'avais aussitôt une personne avec qui le mettre en pratique. C'est ainsi que nous faisions la connaissance d'une femme, qui allait chambouler notre vie. Sympathique, avenante, et séduisante en même temps, elle incarnait ce qui nous manquait. L'amitié, brillait soudain de mille feux.
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En dépit de l'apparence qu'elle voulait donner d'elle, je voyais bien que son état de santé n'était pas des plus mirobolants. Introvertie, égocentrique, elle cherchait par-dessus tout à régenter notre couple. Très vite, elle en était parvenue à imposer ses lois, tant en matière de gestion du centre, qu'en ce qui concernait nos loisirs. Françoise était aux anges, heureuse d'avoir enfin une amie à qui se confier. Je ne le voyais pas de cet Sil et je prenais mes distances assez rapidement.
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Toujours est-il qu'en traversant cette période, il m'était impossible de mettre Françoise en garde. Sitôt que je lui faisais part des dangers que nous encourions en nous liant avec son amie, elle se mettait en colère. Je n'avais pas le droit de briser ses espoirs ! Elle était consciente cependant de l'omniprésence de cette véritable tornade humaine.
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C'était tout juste si nous pouvions aller aux toilettes sans son autorisation. Au fil des jours, elle se montrait de plus en plus indispensable. Elle agissait de la même façon avec tout le monde. Il était vital pour elle de sentir les autres à sa merci, dépendants des services qu'elle rendait, sans ménager sa peine il est vrai. Je n'insistais donc pas avec Françoise, pensant que tôt ou tard elle se rendrait compte dans quelle galère elle avait mis les pieds.
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Ainsi, grâce à l'antenne de Lécher, mon bilan énergétique devenait vraiment cohérent. En mesurant, avec cet appareil, les différentes fréquences électromagnétiques des principaux organes et des Chakras, je pouvais envisager dapporter les améliorations adéquates. Grâce au Taoïsme, dont je commençais à maîtriser les principaux mouvements, j'entrais dans un cadre nouveau de thérapie. Les gens devaient se prendre en charge.
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Ce brusque absentéisme, m'insufflait une énergie salvatrice. Loin de m'en prendre au Tout-Puissant, pour une fois, je commençais à me remettre en cause sévèrement. Je cherchais ce qui clochait dans ma manière d'agir. Françoise le savait depuis longtemps, mais se gardait bien de me le communiquer. Il fallait, elle en était consciente, que ce soit moi qui analyse et comprenne. Pour être certain de ne pas me voir sombrer dans le négativisme, Dieu me confrontait avec un autre aspect du don qu'Il m'avait octroyé.
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Par l'intermédiaire de la copine de Françoise et de notre amie astrologue, je pouvais pour la première fois, " visualiser une entité ". La femme avait rendez-vous avec moi pour une séance de magnétisme. Elle revenait de chez l'astrologue. En arrivant au centre, j'ai senti très vite qu'elle n'était pas dans son assiette. L'envoûtement était présent et ne faisait aucun doute. La séance débutait rapidement. J'étais en train de décharger le plexus solaire, quand soudain, le visage d'un homme s'est fixé devant moi. J'ai été tout d'abord impressionné, avant de paniquer.
Etais-je en proie à une quelconque hallucination ? Pas du tout. L'entité me suivait dans chacun de mes déplacements. La scène a duré pendant de longues minutes. Au fur et à mesure que je me débattais avec ce buste fantôme, le mieux-être s'installait dans ma patiente. Au terme de cette séance éprouvante le mal avait disparu chez ma patiente. En même temps que l'entité sétait volatilisée. J'apprenais quelques jours plus tard, ce qui venait de se passer.
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Depuis ce jour-là cependant, je me suis juré de ne jamais plus aborder cette dimension spirituelle. J'en voulais pour preuve, la mort du thérapeute qui m'avait enseigné la pratique de l'antenne de Lécher. Pour lui, c'était une sorte de drogue que de dialoguer avec l'au-delà. Il déterminait ses thérapies en fonction des indications fournies par ses entités. A force de jouer avec le feu on finit par ce brûler ; il l'a payé de sa vie après des souffrances atroces.
Ce qui m'incitait à la plus grande circonspection à ce sujet. Répondre présent comme je l'avais fait pour rendre service faisait partie de ma mission. De là à en faire une spécialité non-merci, sans façon ! Pour mieux comprendre ce phénomène dentité, je me réfère à la définition de lénergie : " Un corps privé dénergie, est un être mort et une énergie sans corps, cest un fantôme " ! Ce jour-là, je savais ce quétait un fantôme. Cette anecdote, me replaçait sur mes rails.
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Quelques jours avant Noël, de cette année quatre-vingt-treize, le propriétaire mourait. Au terme d'une année de fonctionnement du centre, et le jour de notre premier anniversaire, il disparaissait, nous laissant dans l'expectative d'une suite moins favorable. Je prenais sa mort comme une invitation à ouvrir les yeux en grands. Il était temps de recadrer les choses et les replacer dans leur contexte véritable. J'avais fait de gros progrès je l'admettais modestement.
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J'avais à l'égard du potentiel dont je disposais en magnétisme, une sorte de scepticisme viscéral. Je ne doutais pas des résultats, mais je les octroyais beaucoup trop facilement à Dieu, qui, par mon intermédiaire, permettait aux personnes de recouvrir un mieux-être. Le travail personnel effectué par le patient lui-même, renforçait cette notion de recul par rapport aux réalités. En clair, je n'arrivais pas à me convaincre de mes capacités réelles. D'autant plus difficilement, que les résultats obtenus avec le seul magnétisme restaient très souvent abstraits, invisibles ou presque en regard du commun des mortels que j'étais.
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Me convaincre moi-même, voilà ce qui me manquait tout bêtement. C'était le cadeau divin que Dieu m'apportait en ce dernier jour de l'année 1993. Nous étions au centre avec Françoise. La plupart de mes patientes le savaient, nous avions prévu de passer notre réveillon de la St Sylvestre... Dans notre jacuzzi ! Une manière comme une autre d'enterrer cette année mouvementée. Quelques-unes d'entre elles très gentiment nous avaient apporté du champagne, du saumon, des gâteaux. De quoi fêter dignement cette année nouvelle. Seulement voilà, à la dernière minute la veille, avant de fermer, les patrons du bar à côté nous avaient invités chez eux pour ledit réveillon. Touchés par cette délicate attention nous avions accepté avec enthousiasme. Nous étions donc avec Françoise, en train de finir de nous pomponner au centre.
Pour ne pas prendre le risque de parler à tous les patients qui nous appelaient nous avions mis le répondeur. Nous redoutions surtout de tomber sur une équipe de bringueurs, qui se seraient invités pour se joindre à nous. C'est pour cette raison qu'en moins d'une heure, nous laissions nos interlocuteurs nous saluer par répondeur interposé. Nous avions rendez-vous vers vingt heures. Il était un peu plus de dix-neuf heures. Nous fumions tranquillement une cigarette, promenant nos regards sur notre gros bébé auquel nous nous étions très fortement attachés.
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Ma divine Françoise, éclatante de beauté, se trouvait à côté du combiné. Soudain, comme il l'avait déjà fait une bonne vingtaine de fois depuis moins d'une heure, le téléphone sonnait de nouveau. Instinctivement, sans se poser de question, Françoise répondait à l'appel. Son visage se décomposait. Au bord de la panique elle m'a passé l'appareil. A l'autre bout, une voix chancelante m'informait de la situation. Cette pauvre femme, comme toutes les maîtresses de maison à pareille heure, était en train de préparer la fête. Elle venait de poser sa main sur une plaque vitrocéramique ! C'était une de ses amies, patiente naturellement, qui lui avait dit de m'appeler. Elle savait que nous étions là, puisqu'elle nous avait notamment apporté deux barquettes de saumon.
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Immédiatement, je l'accompagnais sur la table de soins. Sans même prendre le temps de solliciter la bienveillance du Tout-Puissant, je commençais ma séance. La première mission, était d'amoindrir les effets du stress et de la douleur. Passes à grand courant, dispersion au niveau des Chakras 3 et 4, faisceau sur l'hypophyse, furent mes premiers réflexes. Main droite sur le haras, main gauche sous les occiputs, je tentais de détendre ensuite la colonne par ce biais pour éviter de demander à ma patiente de se retourner. Je dynamisais les deux premiers Chakras intensément après cinq minutes, pour augmenter le potentiel Yin ; la douleur étant dorigine Yang, en exerçant un apport massif de Yin je chassais une partie de lexcédent positif.
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Je ponctuais cette première série par une imposition crânienne traversante, en vue de réguler le fonctionnement de l'hypothalamus. Ensuite, je commençais mon travail sur la main. Impositions tournante, faisceaux, passes lentes de l'épaule à la main. Sous l'action du magnétisme, ma patiente poussait plusieurs fois des cris de douleur. Je l'avais prévenue fort heureusement. Plus, je me concentrais, plus je voyais disparaître les cloques et les rougeurs.
Pour prévenir dun éventuel état de choc, consécutif à une augmentation brusque de la douleur, jalternais ce travail sur le bras et les mains par une relaxation : pouces sous ombilic et milieu du front, puis main à plat sous le nombril et lautre sur le front. Les tensions samenuisaient, la douleur disparaissait progressivement. Nouvelle série de passes, faisceau, application ou impositions tournantes sur la main, beaucoup moins sensible.
Liaison immobile, recharge centrale, berceau, puis de nouveau une dernière série de manipulations sur la main. Après trente minutes de séance, tout était rentré dans l'ordre. Les douleurs ? Envolées ! Les phlyctènes ? Disparus ! Seule, une toute petite vésicule demeurait à l'extrémité de son majeur. Je transpirais à grosses gouttes. Je laissais ma patiente se reposer quelques minutes et partais rejoindre ma petite femme adorée.
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Le message venait d'être intercepté. Je venais de voir de mes propres yeux, les effets bénéfiques et indiscutables du magnétisme. Pas question de les mettre en doute. La victime n'y était pour rien j'en étais conscient. Traumatisée par la douleur, elle avait autre chose à penser qu'à se mettre en état de réceptivité ! Pas un instant, ni avant ni pendant la séance, je n'avais sollicité la présence de Dieu. Donc... Il était temps qu'enfin, j'admette le bien fondé du pouvoir dont je disposais. Je notais en plus un changement spectaculaire dans ma manière de me comporter.
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Fort de ce précieux acquis, nous commencions l'année 94 avec une vision plus réaliste. Grâce à Françoise essentiellement, qui calmait mes craintes de ne pas avoir plus de clients, nous tentions d'élaborer une méthode d'harmonisation dans nos esprits. Il ne fallait rien attendre de quiconque, surtout pas de gratitude. Avec la déconvenue de ma patiente du réveillon, les choses me paraissaient plus évidentes. Cette brave dame, navait pas payé un centime. Elle n'a même pas eu la délicatesse de faire porter un bouquet de fleurs ou une boîte de chocolat à mon épouse !
Quand nous avons obtenu de ses nouvelles, par la patiente qui l'avait envoyée, nous avons appris non sans un certain émoi qu'elle était l'épouse d'un grand médecin et elle-même infirmière ! Loin de me faire bondir, je prenais acte de cette mentalité avec une grande diplomatie. Laisser les gens pour ce qu'ils étaient, voilà le message qu'il me fallait entendre. Au fond, ma seule récompense, et de loin la plus importante, était le bonheur de me sentir enfin véritablement installé dans ma peau de magnétiseur.
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Je revivais les autres instants de bonheur, auxquels j'avais échappé avec d'autres patientes. La sSur de notre amie astrologue avant tout, atteinte d'un lupus, qui a été atténué à plus de soixante pour cent. Harmonisation des Chakras, équilibrage énergétique polarisant, massage du ventre et du dos, étaient durant presque six mois, les soins hebdomadaires que jeffectuais avec cette patiente. Elle était en incapacité totale de travail, et aujourdhui elle travaille à cent pour cent.
Une autre patiente, était victime d'une prolifération de prolactine. Cette substance produite par l'hypophyse était en excès monstrueux. Au lieu des huit cents unités normales, elle était à plus de cinq mille. Réduites à moins de trois mille après quatre séances seulement. Quatre séances très intenses, au cours desquelles je travaillais essentiellement en faisceau sur lhypophyse, accentuant les effets avec un regard magnétique puissant accompagné dune phrase demandant lextraction des blocages à lorigine de ce dysfonctionnement.
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Les prévisions n'étant guère optimistes, il devenait impératif de diversifier nos activités. Françoise encore elle, me donnait une idée intéressante. Pourquoi ne pas envisager de mettre sur pieds des exercices collectifs de Taoïsme ? Plusieurs patientes m'avaient déjà fait comprendre que seules, elles ne parvenaient pas à se motiver. Françoise en premier pour ne pas la nommer ! Les exercices du Tao de la revitalisation, que je maîtrisais assez bien, devaient permettre à mes patients dentretenir lénergie quotidiennement.
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Désormais, plus disponible et réceptif, je décidais d'y consacrer tout mon amour. Le livre du Docteur Stéphen CHANG, " Le Système Complet d'autoguérison ", allait me servir de référence. Quand Françoise m'avait offert cet ouvrage, je l'avais parcouru d'un Sil distrait. Le langage était abscons, flou, et manquait d'éléments porteurs pour attiser ma passion. Ce qui doit s'accomplir... etc. Jamais, cette phrase n'avait eu un tel impact dans mon esprit. J'aurais pu m'acharner des jours et des nuits entières à déchiffrer le Taoïsme, jamais, avant ce début 94, je ne serais parvenu à rien.
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Ce n'est pas en allumant tous les projecteurs d'une scène, qu'un artiste est illuminé des feux célestes ! La lumière intérieure, celle qui nous relie à Dieu, n'est visible que du fond du cSur. C'était cette lumière-là précisément, qui m'éblouissait depuis la veille. Je plaçais délicatement une corde de plus à mon arc. D'autant plus motivant, en ce début de crise économique, qu'avec la pratique de ces exercices au quotidien les patients avaient toutes les chances de recouvrir une santé meilleure... Sans débourser un centime !
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Depuis le début de mon sacerdoce à travers mon magnétisme, je m'étais toujours refusé à devenir un organisme de bienfaisance. Encourager les gens à se prendre en charge, me paraissait plus valorisant. Mon rôle n'était pas de revêtir une soutane de pasteur porteur de la bonne parole. Tout le monde n'était pas prêt à recevoir ce message de toute manière. Mon action devait, et se doit toujours, de me limiter aux effets produits et non de les engendrer en les imposant. Respecter la personnalité, le charisme, et l'entité de l'être humain, cette philosophie ne m'a plus échappé depuis. Je ne devais en aucune façon me substituer aux désirs profonds de mes patients. Le fil conducteur que j'étais, servait de lien oui, mais pour moi seul.
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Le moral était présent. La reprise des activités au centre était plutôt encourageante. Je ne pouvais pas faire autrement qu'établir un lien direct avec mon mental. Libéré du poids de l'oppression vis-à-vis du fric essentiellement, je pouvais me laisser porter par les flots de l'espoir sans ressentir les effluves des égouts. Les tensions avec le voisinage s'amenuisaient elles aussi. Les gens n'avaient pas changé le moins du monde. Simplement, le regard qu'on leur portait était différent. La projection de soi-même sur les autres, se confirmait de façon magistrale.
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J'admettais et respectais les convictions de chacun. Sorcier pour les uns, Bienfaiteur pour les autres, je restais insensible aux manifestations émanant des deux bords. Néanmoins, je maintenais fermement ma position à l'égard des résultats que nous obtenions avec mes patients. Pas de " miracle ", ni d'intervention prodigieuse de ma part. Seul, le fruit d'une collaboration étroite apportait de bons résultats. Raison de plus pour valoriser les exercices Taoïstes, et insister sur le fait que seuls à présent, mes patients pouvaient entretenir le bien-être qu'ensemble nous venions de rehausser.
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Sans chercher à modifier les mentalités, avec Françoise nous constations à ce stade de notre activité, les différences entre les patients suivant les périodes que nous avions traversées. La première clientèle était du genre " soldes "; intéressée uniquement par les rabais. Ensuite venaient les " éternels incompris ", précédant les personnes que je nommais " spéciales prise en charge " ; puisque n'étant pas remboursé par les caisses maladies, je ne les intéressais pas. Traits d'union entre ces différents courants, la majorité des personnes était plutôt sympathique.
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Un an après l'ouverture, pour étayer ce constat, nous avions quelques patientes et clientes fidèles qui depuis le début nous accordaient leur confiance. C'est grâce à elles, que j'ai pu introduire les exercices Taoïstes dans mes programmes de soins. Tout ce qui était susceptible d'améliorer leur bien-être, les intéressait et elles se motivaient immédiatement. Une bonne dizaine d'entre elles, et je me plais à leur rendre hommage, quatre ans après l'ouverture de notre centre, sont toujours aussi fidèles ! Pour elles, en ce début 94, je voulais faire encore plus.
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Soudain, " Léquilibrage Énergétique Polarisant ", dans sa version intégrale, me séduisait. Je me mettais au travail, afin de décrypter les mystères que le livre de Gordon renfermait. La petite phrase d'introduction à elle seule, résumait ce que j'attendais de cette thérapie ; je cite : " Vos mains... Grâce à elles, vous êtes capable de diriger le flot d'amour de vos cSurs afin d'alléger toute souffrance autour de vous " ! L'équilibrage énergétique polarisant, allait bientôt devenir un nouvel instrument de travail pour moi.
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Françoise pouvait grandeur nature, comprendre la subtilité des divergences à l'origine de tant de controverses. Au début de notre rencontre, je lui avais fait part des nombreux aspects de l'énergie vitale en fonction des éléments dont je disposais à l'époque concernant ces fameuses techniques d'équilibrage. Aucune ne m'avait séduite. Les unes rébarbatives et sentencieuses, les autres superficielles et relatives. Avec Gordon j'entrais immédiatement dans le sujet. Sitôt que je maîtrisais un mouvement, je prenais la place de Françoise sur la table pour ressentir à mon tour les effets produits sur l'organisme. Elle a eu la preuve éclatante des réelles possibilités offertes à tout un chacun sans don particulier. Ce que je lui avais dit quelques mois auparavant, devenait soudain palpable et concret.
Chaque fois qu'elle entendait mon ventre émettre des bruits caractéristiques, témoins de l'efficacité du traitement, elle ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver un sentiment légitime de bonheur. Son regard traduisait ponctuellement cet émerveillement légitime. Comme je lavais fait à mes débuts, sentir lénergie sous ses mains procure un bien-être indescriptible. Si, pourquoi pas, elle n'envisagerait pas d'en faire une spécialité ?
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Mes autres patients dans leur très grosse majorité, avaient besoin d'être écoutés, de se confier, et aussi, de se sentir cajoler. Pour ne pas prendre le risque d'être séduits, ils refusaient même les séances gratuites que nous avions offertes pour faire connaître le caisson. Tant et si bien qu'en quelques semaines, plusieurs d'entre eux préféraient ne plus venir au centre. En guise de salut, la navette était en train de saigner à blanc nos projets. La dégringolade était amorcée. A cause de cette navette infernale d'une part, mais bien au-delà, de l'emprise excessive exercée par la Miss. Les tensions entre Françoise et moi devenaient plus régulières et intenses.
Pour un oui ou pour un non, nous échangions des propos discourtois. La clientèle s'en rendait compte et naturellement prenait ses distances. En guise de bol d'oxygène comme l'affirmait la Miss, la navette et sa généreuse donatrice venaient de nous planter le couteau dans le dos. En compulsant les chiffres d'affaires depuis décembre 93, je constatais effaré que depuis l'implantation de la navette, je perdais mensuellement plus de dix pour cent de mes patients.
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Hélas, la hache de guerre était déterrée entre elle et nous. Ce qui nous valait d'autres pertes, directement liées aux délations de la Miss. Elle n'a jamais pardonné d'être évincé de notre vie et celle de notre gros bébé. Elle ne se privait pas d'étaler sa méchanceté et naturellement, je perdais une bonne dizaine de clients chaque semaine. En gros, les pertes sèches provoquées par les calomnies de la Miss, nous ont coûté plus de deux mille francs par mois, dès le mois de juillet. Sans compter qu'avec les insanités qu'elle répandait avec joie, la réputation du centre en prenait un sale coup !
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Moins de clients, plus de problèmes ! Plus de soucis, débouchant sur l'angoisse et l'incertitude, qui nous conduisaient vers une nouvelle descente aux enfers. Tentant le tout pour le tout, pour faire en sorte de redorer notre blason, j'essayais de sensibiliser le corps médical. Je venais d'être reconnu par l'une des plus grandes caisses maladies et depuis le début de l'année, je faisais partie d'une association elle-même adhérente auprès de différentes caisses.
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Je n'étais pas revenu à la case départ, mais je me sentais proche de celle du terme à notre activité. Las de me battre contre des moulins à vent, fatigué de travailler pour ne rien faire d'autre que payer les charges, épuisé enfin, je voulais baisser les bras. Ma pauvre petite épouse, n'était pas mieux lotie. Elle se culpabilisait même de ne pas pouvoir faire entrer d'argent, déplorant de ne " rien faire " ! La propreté des locaux et des installations, arrivaient en tête au palmarès de la satisfaction des clients.
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La lutte valait-elle la peine d'être engagée ? Nous étions à bout de forces tous les deux. Notre Gros Bébé, nous l'adorions. Nous lui avions consacré tout notre amour, comme à l'enfant que nous ne pouvions plus avoir. Chaque fois que nous parlions de le fermer, nous en avions les larmes aux yeux. Nous l'aimions notre centre. Nous l'aimions très fort. Qui pouvait nous comprendre à défaut de nous aider ? Personne naturellement. Seule, l'astrologue nous permettait grâce à sa gentillesse et ses précieux conseils, de garder le moral. Elle voyait nettement dans ses cartes, une évolution dans nos affaires. Une sorte de renouveau. Elle nous avait annoncé une période de doute et d'incertitude, nous étions en plein dedans. Pourquoi alors douter de ses prédictions relatives au changement qu'elle ressentait ?
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Seulement voilà, je ne prêtais pas garde aux risques que j'encourais, en travaillant comme un forcené. Jétais obnubilé par le souci de faire entrer de l'argent à tout prix. Il m'arrivait, au mois d'avril surtout, de commencer ma journée à six heures le matin pour terminer mon dernier massage vers minuit. Inconsciemment, hanté par la maudite rentabilité, je dérivais lentement et m'écartais de ma voie. Prétexter l'affolement des clients à cause de la navette, était un bouclier, derrière lequel je m'abritais pour ne pas voir la vérité en face. C'était surtout la solution de facilité.
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A cause de mon fichu caractère, elle s'enfonçait graduellement dans les sables mouvants de la peur. Peur pour moi avant tout, tellement son amour était fort. Réfutant la fatigue, dont elle me parlait souvent à mots couverts, je dénigrais tout autant l'éventualité d'un retour de mes migraines. Elle tremblait aussi de peur, de voir qu'à cause de mon entêtement les clients boudaient le centre. Nous tournions en rond sans voir d'issue possible. Si Le Tout-Puissant avait connu la télécopie, il m'en aurait envoyé un à n'en pas douter. Car pour ce qui était de capter les messages qu'Il m'adressait, je ne témoignais aucun signe de réceptivité.
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Par l'intermédiaire d'une patiente, un fabricant d'huiles essentielles venait me trouver. La gamme qu'il proposait paraissait alléchante en tout point. De plus, il nous laissait miroiter l'éventualité de devenir les concessionnaires de sa marque. Immédiatement, la machine à idée se mettait en marche dans mon esprit. Toutefois, ne voulant pas tomber dans le panneau des produits miraculeux que nous avions pu tester depuis l'ouverture, je prenais certaines précautions. Je voulais bien étudier la question en matière de revente, à condition que les huiles répondent à des critères précis. Je savais ce qu'il me fallait pour compléter mon travail.
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Nous entrions pleinement dans la seconde phase de notre activité. Quand j'étais dans des états comme celui-ci, ma douce épouse tremblait de peur. Prudente, lucide, elle entrevoyait immédiatement les risques de dérive potentielle de ma part. Emporté par mon élan et ma passion, j'occultais systématiquement de mon esprit tous les paramètres négatifs ; tout du moins ceux que je considérais comme tels ! Comme, les problèmes financiers. Puisque Dieu nous donnait la possibilité d'élargir notre action, rien ne devait ni ne pouvait se mettre en travers de cette voie royale.
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C'est ce qui affolait Françoise ! Elle essayait à maintes reprises de calmer ma fougue, mettant en exergue les dangers de me voir embrasser cette vocation au détriment des plus rudimentaires impératifs de sagesse. Seule, isolée une fois de plus par ma faute dans son silence et sa souffrance, elle commençait une trop longue période d'isolement moral. Je ne voulais rien savoir. Je m'entêtais de plus belle, chaque fois qu'elle apportait un doute concernant la crédibilité de mes ambitions. Nous étions aux antipodes l'un de l'autre. Ne voulant pas briser mon rêve, ma divine épouse acceptait résignée de me voir courir à ma perte. Ce qui l'entraînait inexorablement vers le fond de son abîme. Muette, silencieuse, elle entrevoyait avec lucidité ce qui allait nous arriver.
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Françoise avait de son côté, encore grâce à la Miss, développé ses propres soins depuis la fin du mois de juin. La cryothérapie (enveloppement du corps à froid) après mes massages " musclés ", complétée par les huiles et les gels amincissants, lui offrait la possibilité d'avoir ses premières clientes. Elle ne gagnait certes pas des masses dargent, mais le peu qu'elle encaissait lui permettait de ne plus se sentir inutile et surtout, improductive. C'est dire dans quel état de joie je me trouvais durant cette période. J'étais bien le seul hélas. Je ne comprenais pas pourquoi, régulièrement, Françoise avait des allusions un peu sévères à propos des ventes et des produits. Elle cherchait à me mettre sur la voie, sans prendre le risque d'intercéder en quoi que ce soit. Pauvre trésor. J'étais un enfant, heureux et inconscient. Je n'avais aucunement la moindre arrière-pensée à l'égard des cosmétiques, que je vendais dans le seul but d'améliorer le bien-être de mes patientes. Crédule, je me noyais progressivement dans le jus de mon excès d'enthousiasme.
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Je devenais même par moments odieux à son encontre. Fallait-il qu'elle soit pessimiste pour refuser d'admettre l'évidence ? Me cachait-elle quelque chose à propos des menaces qui pesaient toujours sur nous ? Etait-elle soumise à une pression extérieure, du style chantage ? Tout me passait par la tête. Lubrique et parano en même temps, je déambulais dans les frasques de mes fantasmes émotionnels. Plus la négation ponctuait ses réponses, plus je m'insurgeais contre elle. Heureusement, grâce à Dieu, je n'avais pas un instant le moindre doute sur sa fidélité. Ce qui aurait été un enfer.
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Larrivée dune patiente, atteinte de mycoses vaginales, mébranlait dans le confort excessif dans lequel je métais lové. Méconnaissant la potentialité de léquilibrage énergétique, autant que du Taoïsme à ce niveau, je relevais le défi en reprenant en main le magnétisme. Cette jeune femme, en tout point ravissante, était au bord de la dépression. Atteinte depuis plus de quatre ans, au-delà des simples souffrances physiques, son couple se trouvait au bord de lagonie. Sans rapport ou presque, je comprenais, sans le cautionner pour autant, le comportement de son époux. Elle avait tout essayer ; les antibiotiques, les crèmes, les gels, les gélules ; en vain. Établissant une rapide synthèse de tous les cas que javais rencontrés, je commençais le traitement. Dentrée, je dynamisais avec insistance le premier et le second Chakras ; liaison des pieds au pubis, après ouverture des plis de laine et activation des ovaires. Pour ces deux Chakras, je restais au moins vingt minutes. Pour contrer langoisse inhérente à son état, jaffaiblissais le plexus Solaire.
Je dynamisais très fortement le Chakra du cSur et celui de la Thyroïde ; ceci dans lespoir daméliorer le système immunitaire et stabiliser léquilibre des cellules. Je terminais mon action sur les Chakras en effectuant un faisceau sur lhypophyse. Pour ne pas activer les douleurs vaginales, je mabstenais de travailler le 7ème Chakra. Ensuite, juste avant deffectuer un massage dynamisant sur le ventre, et relaxant sur le dos, je travaillais intensément le point capital du 1er Chakra, situé sur le plateau pelvien ; celui sur lequel je travaille, uniquement quand les conditions my obligent, comme c'était le cas avec cette patiente.
Faisceau tournant, dans le sens des aiguilles dune montre, les doigts situés à deux centimètres du point. Application de lextrémité de mon majeur droit, qui est le plus chargé en magnétisme, durant plusieurs minutes sur ce même point. Des picotements très intenses se manifestaient régulièrement au cours de ces phases. Ponctuant mon action sur le 1er Chakra, je faisais un traversant entre le point de départ et le haut du pubis. Main droite à plat sur le plateau pelvien, et la main gauche posée sur le bas-ventre. Cette liaison avait pour but de régénérer les muqueuses à lintérieur du vagin, et déliminer les invasions microbiennes.
En même temps que le magnétisme apportait un " bol doxygène " à la vessie. A lissue des massages, je terminais ma séance par une imposition tournante, les deux mains parallèles, au-dessus du ventre jusquau vagin. Les manifestations de bien-être accompagnaient ce mouvement. Cest ainsi quau terme de la douzième séance, après une alternance de hauts et de bas, que ma patiente a été totalement débarrassée de ces mycoses disgracieuses. Naturellement, cela allait de paire, après le retour à la normale, disparue, envolée, plus aucun signe de vie ni de reconnaissance. Ce qui accentuait je pense, mon indignation face à la situation du centre.
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Nous étions à quelques encablures de notre deuxième année d'existence. Cétait presque un exploit. Le baromètre de notre activité avait frôlé en permanence les deux extrémités en alternance. Parviendrions-nous enfin à stabiliser le navire ? Que fallait-il faire pour endiguer ces fluctuations ? Sans transition je passais de l'euphorie à l'effondrement. Françoise s'y était habituée, mais hélas, cette fois, la situation était dramatique. Les massages, à la fin octobre, se trouvaient diminués de moitié. Les ventes étaient tombées d'une manière spectaculaire. Nos prévisions ? Elles étaient infirmées à plus de soixante pour cent ! Je macérais dans une sauce aromatique un peu spéciale, au cours de ce dernier trimestre 94. Je ne comprenais pas. Je ne me sentais nullement fautif bien sûr. Qu'aurais-je bien pu faire pour écarter ma clientèle ?
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Françoise, acculée à ce mur d'incompréhension, luttait du mieux qu'elle pouvait. Le matin avant de se lever, à longueur de journée, et le soir avant de s'endormir, elle priait. Elle priait très fort, et implorait la clémence du Tout-Puissant à mon égard. Elle était consciente que je traversais une période excessivement pénible et délicate, rongé par le doute et l'incertitude. Elle savait surtout, que je ne mesurais pas l'ampleur de mes excès en tous genres, principalement contre Le Tout-Puissant. Elle n'osait surtout pas tenter quoi que ce soit, de peur de me voir exploser de rage. J'en étais parvenu à un tel degré de lassitude et de tensions, que j'étais à deux doigts de tout envoyer promener ; une fois de plus !
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J'effectuais mes séances avec au fond du cSur, la certitude d'accomplir ces gestes pour la dernière fois. Les menaces fusaient de toutes parts. Nous étions tellement écSurés, fatigués, que nous ne prenions aucune d'elles au sérieux. Puisque Dieu nous abandonnait, à quoi bon chercher à honorer ce qui nous restait à payer ? Françoise se donnait de la peine. Avec un rien, elle embellissait notre existence. Malgré son état pitoyable, elle trouvait la force de sourire et me donner l'impression d'avoir le moral. En silence, elle se débattait du mieux qu'elle pouvait, pour payer les factures au fur et à mesure des rentrées d'argent. Elle faisait tout ce qu'elle pouvait, pour ne jamais me contrarier. Je n'en pouvais plus, j'en étais conscient cette fois. Pour un rien, je me mettais à pleurer.
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A quelques semaines de Noël, j'en déduisais que seule la conjoncture défavorable était responsable de cet absentéisme. De plus, mon cheminement dans l'aromathérapie venait de me placer sur orbite. L'idée de concevoir mes propres synergies me titillait. Restait à trouver un autre fabricant. Ce qui au demeurant ne devait pas poser trop de problèmes. Le marché des cosmétiques, surtout en 94, était en pleine effervescence. Il offrait un potentiel de revenus non négligeable. Le labo que nous venions de quitter en était la preuve. Les seules valeurs auxquelles ils étaient attachés, étaient l'appât du gain et les bénéfices à outrance.
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Soudain, j'ai été pris d'une violente migraine. Dieu me secouait les prunes ! La lumière intérieure éclairait mes ténèbres. Je comprenais pourquoi mes patientes m'avaient tourné le dos depuis le mois d'octobre. A cause des pressions que j'exerçais sur elles, par le forcing sur les ventes ! La gifle que je prenais, était salutaire. En ouvrant les yeux sur ce qui était devenu un véritable désert, je réalisais l'ampleur des dégâts. Aussitôt informée, Françoise s'abandonnait dans un profond chagrin. Délivrée à son tour de ce poids qui l'oppressait depuis ces derniers mois, elle me confiait son soulagement. Miracle ! J'avais enfin pris bonne note de la réalité, sans chercher à accuser une autre personne. A plusieurs reprises, elle avait voulu me mettre en garde, en vain. Mon repentir était sincère. Suffisant en tout cas, pour qu'elle me pardonne et se montre encore plus généreuse à mon encontre.
Son amour, sa tendresse, avaient eu raison de mes scrupules envers l'argent que j'avais fait perdre à cause de mes idioties. Notre couple était retrouvé, notre amour encore plus fort. Plus que jamais, loin de capituler, nous acceptions ce nouveau défi. Serait-ce suffisant pour nous sortir de ce guêpier ? Le Tout-Puissant me pardonnerait-il mes infidélités et mes écarts ? A ces questions, Françoise la première, y répondait en m'entourant d'un degré affection jamais atteinte.
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L'harmonie revenait doucement, la paix intérieure était proche. Mes prières, dialogues avec Le Tout-Puissant, étaient eux aussi authentiques et sincères. Replacés sur notre chemin de vie, après les escapades burlesques, nous agissions selon notre instinct. Sans nous poser de questions, respectant les engagements que nous avions faits, nous décidions subitement de renouer avec les projets d'engager une collaboratrice. Après tout, je n'étais pas le seul à masser correctement Dieu merci ! Si nous demandions à une masseuse de venir travailler avec nous ? Avec des techniques différentes des miennes, nous aurions plus de chances de faire venir une autre clientèle ?
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Ce n'était pas la bonne voie pour nous. Bien que je commençais à éprouver quelques signes évidents de lassitude envers ma technique de massage, Dieu ne voulait pas nous offrir ce choix de diversification. Les exercices Taoïstes, l'équilibrage énergétique, complétaient merveilleusement nos prestations. Ils ne s'adressaient qu'à un minimum d'initiés. Je me rendais compte qu'en offrant toujours les mêmes gestes depuis deux ans aux personnes, celles-ci pouvaient ressentir une sorte de monotonie. Que pouvais-je faire dans ce cas ?
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La première synergie à laquelle je me hasardais, était celle qui devait dynamiser l'ensemble des méridiens donc, des organes. Je la baptisais simplement " Énergétique ". Je sélectionnais les huiles les plus adaptées, avant de proposer ma formule au directeur du laboratoire. Je tenais à m'assurer qu'aucune huile ne soit incompatible avec les autres.
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Tous les résultats étaient notés précieusement. Conscient que l'activité cellulaire n'était pas la même d'une personne à l'autre, je voulais me forger une opinion concrète après au moins quatre massages sur la même personne. Le premier constat que j'étais capable d'en tirer, était que grâce à ma synergie, les Chakras se maintenaient ouverts plus facilement d'une semaine sur l'autre. Le tonus, les insomnies, et bien d'autres dérèglements énergétiques courants, semblaient atténués. Fort de ces résultats très encourageants, je m'attaquais à un problème en vogue : le poids !
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Prendre le temps dexpliquer le fonctionnement du corps. Le rôle des organes qui étaient impliqués dans le dysfonctionnement et leur emplacement, tels étaient mes démarches premières avant toute intervention. Je partais dun principe très simple (personnel bien entendu), que le corps est un enfant. Il vit et réagit en suivant nos humeurs. Jaxais mes théories, sur laccord et lharmonie entre le corps et lesprit. Plus la personne séloignait de cet équilibre, jusqu'à se détester purement et simplement, plus le corps avait une attitude de replis et de protection.
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Ensuite, toujours dans le sillage de mes recommandations, jinsistais sur la quantité " totale de liquides " dans la journée. En tout état de cause, lidéal étant de se tenir dans une fourchette comprise entre 1 litre et demi à deux litres par jour. Au-delà, les reins narrivent plus à suivre et se trouvent saturés. La première règle donc, pour perdre des kilos, cest de favoriser lélimination. Avec des reins qui hissent le drapeau blanc, cela me paraît difficile !
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En plus du développement de ce secteur dactivité, je peaufinais mes bilans énergétiques. Avec un appareil, je pouvais mesurer les valeurs énergétiques contenues dans les méridiens. Après un contrôle des Chakras et des organes principaux, jélaborais une synthèse et déterminais avec précision létendue du dysfonctionnement métabolique. Si je rencontrais un désaccord entre le magnétisme à main nue et les méridiens, je tranchais avec lantenne de Lécher. Là, le doute nétait plus permis. Si lantenne noscillait pas, lorgane était physiquement diminué ; donc, la maladie était supputée.
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Avec Françoise, nous retrouvions le moral. Certes, les problèmes étaient toujours présents, mais avec la détermination qui était la nôtre rien ne nous effrayait plus. Nous avions supprimé les nocturnes et le travail le dimanche. Ainsi, notre couple pouvait savourer comme il convenait les plaisirs de la détente. Fermés le dimanche et le lundi, nous pouvions souffler quelque peu et récupérer de nos efforts de la semaine. Nous comprenions enfin que pour donner, il faut accepter de recevoir. Comme personne autour de nous n'était en mesure de nous combler en amitié, nous puisions au fond de notre amour les plus belles heures de bien-être.
Jamais, nous n'avions été si proches l'un de l'autre. Plus amoureux que jamais, l'éclat de notre bonheur faisait des envieux. L'harmonie pointait le bout de son nez. Nous étions conscients d'avoir établi des fondations solides, sur lesquelles désormais nous pouvions commencer à bâtir notre univers. Au centre, à la maison ou partout ailleurs, chaque fois que j'avais l'occasion d'admirer Françoise, je sentais couler en moi les flots tièdes de la passion. Je la découvrais enfin, telle que je n'avais jamais eu le temps de le faire auparavant.
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Cette fois, nous étions étanches aux vibrations négatives. Confortés dans notre union, désireux de ne plus nous laisser dominer, nous arpentions avec assurance les voies que Dieu nous avait tracées.
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Sur mon chemin, je ne tardais pas à faire la connaissance d'une personne, qui allait apporter la solution à mes problèmes, de diversité en matière de soins. Le renouveau financier au centre, m'accordait la possibilité de m'investir dans une double formation thérapeutique. Espacée sur quatre mois, entre avril et juillet, je pouvais renforcer la gamme de mes prestations.
Le massage métamorphique (Prénatothérapie), et celui en Lemniskate (Massage en huit), me confortaient dans mes nouvelles dispositions. Le premier, était capable de remonter jusqu'à la période de gestation. Le but à atteindre, étant d'éliminer les blocages présents autant que ceux du passé. Le second, bien que très sensuel, n'en était pas moins efficace contre les phénomènes de stress, angoisse, et nervosité. Eurêka ! Avec ces deux techniques, performantes et gracieuses en même temps, je pouvais apporter une autre force à mes soins.
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Les bonnes nouvelles n'arrivent jamais seules dit-on ? Cet adage était confirmé durant la même période. A peine m'étais-je inscrit aux cours, que Françoise de son côté manifestait le désir de devenir une thérapeute à part entière. C'était le drainage lymphatique qui la séduisait le plus. Je n'avais pas encore mes diplômes en poche que déjà, mon trésor de petite femme s'investissait corps et âme dans son nouveau sacerdoce. Étalée jusqu'à la fin de l'année la formation promettait d'être longue et pénible.
Comme nous étions fermés le dimanche, cela ne posait guère de problèmes. En dehors de quelques samedis naturellement, le centre ne souffrirait pas de cette envie commune d'apprendre toujours plus. Les demandes de la clientèle étaient de plus en plus précises et orientées vers les médecines naturelles. Les occasions qui venaient de s'offrir à nous avaient de quoi combler tous nos désirs. De plus, grâce à sa formation, Françoise allait pouvoir enfin devenir " productive " !
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Poursuivant sur ma lancée, je m'inscrivais auprès du laboratoire pour une formation en médecine aromatique. Celle-ci étant prévue pour la fin de l'année, entre septembre et décembre, me permettait de me plonger assidûment dans mes livres. Ainsi Françoise ne serait pas seule à étudier ! Malgré les difficultés financières qui elles, ne nous oubliaient pas, l'harmonie était atteinte. La sérénité prenait le pas sur la morosité des derniers mois. Nous nous sentions Françoise et moi, parfaitement bien dans notre peau.
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Le signal d'alarme adressé par Le Tout-Puissant le premier août, ne m'interpellait pas. Invités par des voisins à passer une journée de pêche, nous étions Françoise et moi ravis de sortir enfin de notre " trou ". Dieu m'avait donné rendez-vous ! Je ne m'étais pas exposé au soleil depuis Dakar. J'étais pâle comme la mort. En dépit des recommandations de Françoise et de nos amis, je ne surveillais pas ma peau. Ce qui devait arriver se produisait.
Brûlé au deuxième degré sur les jambes et les bras, je ressemblais à une écrevisse. Sauf que moi, cette couleur ne me convenait pas du tout ! Il s'en était manqué de peu pour que je me retrouve à l'hôpital. Allais-je enfin entendre le message et arrêter mon activité ? Pas le moins du monde. Je ne m'arrêtais qu'une seule journée, poursuivant mon travail avec les membres bandés. Ce qui était assez épique. Car pour me baisser, c'était la croix et la bannière. Tout le monde me traitait de fou, voire d'irresponsable. C'était gentil en vérité ! A celles et ceux qui le criaient un peu trop fort, je rétorquais cyniquement de me donner l'argent nécessaire pour partir en vacances !
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Cette fois, je prenais conscience du poids de cet excès de travail. Je sentais peser la fatigue sur mes épaules. Nous étions à quelques mois de l'examen de Françoise. Je n'allais pas faiblir si près du but ? De plus, Françoise avait tout loisir d'exercer ses talents sur moi ! Tous les soirs ou presque, ma douce épouse se faisait un plaisir de soulager mon dos essentiellement. Elle progressait à pas de géants dans son apprentissage en drainage. Avec ses mains de fée, d'une douceur extrême, elle faisait preuve d'un don certain. Elle avait réellement trouvé sa voie, et j'en étais ravi pour elle.
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Le mois de septembre arrivait. En dépit de nombreux signaux d'alarme du Tout-Puissant, je persistais dans mon rythme de travail. L'obtention d'un prêt, accordé après maintes recherches, me faisait pousser des ailes. Loin de réduire la fréquence de mes massages, je maintenais le quota journalier aux alentours des sept. Toutes mes techniques de soins, la polarité, le magnétisme, le Taoïsme, étaient tour à tour sollicitées. Pas une séance ne ressemblait à la précédente.
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A moins de quinze jours de mon premier séminaire de médecine aromatique, je m'inscrivais pour un autre week-end de formation. La digito-électro-puncture, que j'avais étudiée jadis, ravivait la flamme de la passion. J'y voyais par-là, la solution aux problèmes que je rencontrais quotidiennement. Après un bilan énergétique par exemple, si le patient ne manifestait pas le désir de se faire masser, il manquait un trait d'union pour rétablir la normalité dans les méridiens.
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Poussant le bouchon un peu trop loin sans doute, j'envisageais de mettre à profit les cours de Françoise pour meubler les deux dimanches où je serais seul. Je n'avais plus de place durant la semaine sur mon agenda ? L'aubaine de ces deux fins de semaine tombait à pic. Loin de les consacrer à un farniente quelconque, je prenais des rendez-vous avec une dizaine de patients. Plutôt que tourner en rond, si tel avait été le cas, je préférais donner un peu plus d'air aux finances. Ce sont je crois, ces décisions malencontreuses qui ont déclenché la suite des événements.
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Le Tout-Puissant ne l'entendait pas de cette oreille. Je ne voulais pas l'écouter et réduire mon activité ? Il s'y employait avec force et détermination. Tout de suite après mon dernier week-end de formation, le soir même j'étais pris d'une violente migraine. Pas aussi forte que les précédentes, mais tout de même. J'aurais du entendre le message, et je ne l'ai pas fait. Le lendemain, puis le surlendemain, même cinéma. Chaque soir à la même heure, en arrivant à la maison, j'étais secoué par ces maux de tête musclés.
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Ce n'était pas suffisant pour Dieu, qui m'infligeait le 12 octobre, une migraine épouvantable. A tel point que Françoise appelait le médecin de garde. J'étais en plein délire. Il était un peu plus de vingt-trois heures quand la doctoresse arrivait. Depuis dix-neuf heures, en quittant le centre, la migraine n'avait cessé d'augmenter. La toubib manifestait son étonnement face à une telle intensité du mal. C'était la première fois qu'elle assistait à une telle crise. Elle a fait ce qui était nécessaire. Etait-ce l'effet de la piqûre ou l'effondrement du à la fatigue ? Toujours est-il que cette nuit-là, je m'endormais vers deux heures du matin.
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L'élastique que je tenais entre les mains, arrivait aux extrémités de sa résistance. Le 17 octobre, il se rompait. La migraine atteignait une violence indescriptible. Je délirais, et j'avais les plus grosses difficultés à me maintenir debout. Plusieurs fois, je tombais à terre, à demi conscient. N'écoutant que son cSur, ma dulcinée appelait une ambulance. Lors de ma crise précédente le douze, la doctoresse avait rédigé un bulletin d'hospitalisation. J'avais refusé naturellement, mais ce soir-là, je suppliais Françoise de faire ce qu'il fallait.
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C'était alors le début de la remise à l'heure de mes horloges. Pourquoi étais-je là ? La réponse m'est venue assez rapidement ! Il était tard, j'étais sonné, mais j'avais oublié de me montrer absurde. Mes brûlures au mois d'août, la baisse de clientèle, sans compter différents petits bobos. Tout était là pour me signifier de stopper les machines. Obnubilé par la rentabilité, j'avais négligé les messages du Tout-Puissant. Je restais de longues minutes à méditer, avant d'être transporté pour la nuit dans le dortoir des urgences.
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Deux fois par jour quand ce n'était pas trois, elle était là, docile, émouvante d'amour et de courage. Chaque fois que je voyais son petit minois déchiré par la souffrance et l'angoisse, je me donnais les coups de pied aux fesses nécessaires pour la remercier de son amour. Pour elle plus que pour aucune autre personne, je reprenais l'envie de me battre. Son examen à préparer, le centre à ouvrir même partiellement, la maison, et par-dessus tout les longues heures de solitude dans un lit désespérément vide !
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En rentrant dans notre petit nid d'amour, une semaine après, j'ai éprouvé une sensation bizarre. J'avais l'impression d'être parti depuis des siècles. Tout me paraissait étranger. Mes objets personnels, autant que le mobilier, tout était revêtu d'un manteau nouveau. Je prenais conscience en ces minutes, du réel changement qui venait de s'opérer en moi.
Redécouvrant les choses, pourtant intimes, j'avais la certitude de porter désormais sur la vie un regard tout aussi novateur. La douche froide que je venais de prendre avait été salutaire. J'ouvrais les yeux non plus sur les autres, mais sur moi-même. Loin de m'insurger, je remerciais Le Tout-Puissant de sa miséricorde. Sans cette alerte, dont Françoise ignorait tout encore de la gravité, je n'en aurais jamais été capable tout seul.
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Chacune des étapes défilait ensuite dans ma tête. J'étais loin, perdu dans la nébulosité de mes songes. A l'instar du bébé qui voit pour la première fois, je découvrais la vie. Quand j'ai repris contact avec la réalité, c'était ma tendre Françoise qui était en face de moi. Au moment précis ou mes pensées s'orientaient vers le futur, le visage angélique de ma dulcinée dessinait devant mes yeux les images de ce que serait notre demain.
Je l'aimais, d'un amour pourtant fort. Dès cette minute, je comprenais que je devais l'adorer. A la fois Muse, Ange gardien, Guide, elle était avant tout ma force vive. Sans elle, je n'étais rien, qu'un pauvre bougre, errant dans les décombres de son passé. Grâce à elle, et avec elle surtout, j'éprouvais le sentiment de m'élever au-dessus de ces étendues pour les moins douloureuses. Adieu vagabond, adieu l'enfant capricieux ou l'adulte révolutionnaire. Bonjour la vie, telle que ma divine épouse me l'offrait avec tant de dévotion.
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Le lendemain au centre, j'éprouvais exactement les mêmes vibrations que la veille à la maison. Je me sentais détaché de cet environnement matérialiste, dans lequel depuis trois ans bientôt j'avais appris à devenir ce que je suis à présent. Trois ans de lourds sacrifices, de peines et de chagrins, mais aussi, de joies et de bonheur intenses. Le Gros Bébé, que j'avais adoré au point de le personnifier comme un enfant, ne me regardait plus de la même façon.
Je sentais que la fin était proche. Un mois, deux ou six ? Je ne m'en souciais guère. La rupture était inéluctable, j'y étais préparé. N'ayant jamais eu pour principe de compter sur l'argent des autres, en l'occurrence celui de mon assurance perte de gain, je ne pouvais concevoir de vivre aux crochets d'une compagnie. Je savais surtout que je devais impérativement respecter les consignes de repos et de sagesse que le professeur m'avait données, lors de sa visite la veille. Il m'avait fait vraiment peur.
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Nous fêtions comme il convenait, le brillant succès de Françoise à son examen. Ponctuant magistralement près d'une année d'intenses études, d'acharnement et d'obstination, partie du niveau zéro sur le plan de l'anatomie ou de la physiopathologie, elle se hissait fièrement sur le podium. Durant mon inactivité forcée, elle assumait le relais auprès des rares patientes ayant eu l'amabilité de jouer le jeu.
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Les prémices de la mort du centre étaient là. Françoise en prenait conscience et ne cherchait plus à tout faire pour me donner l'illusion d'une reprise possible. Elle voyait bien qu'au fond, je n'avais plus envie de me battre. Je sentais que notre mission " impossible " devait s'arrêter là. Pas une seconde, notre foi n'aura été ébranlée durant les derniers mois de notre activité au centre. Nos chemins devaient prendre une autre direction, nous nous étions faits à cette idée. Différentes perspectives s'offraient alors. Ce qui nous confortait dans notre désir de ne rien regretter.
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Cajolant son enfant meurtri, elle retenait ses larmes pour ne pas ajouter à mon chagrin le poids du remords. Dans ses bras, tendrement enlacé, je laissais déferler l'immensité de ma douleur. Notre Gros Bébé, n'aurait bientôt plus de parents adoptifs. Après avoir été orphelin durant de nombreuses années, nous étions fiers de lui avoir redonné durant ces quatre années, un semblant de vie. Cette soirée d'adieux était loin d'être euphorique. Assis côte à côte sur le canapé, nous avions l'impression de fuir comme des lâches.
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Je me croyais fort, trop sans doute. Mes limites étaient atteintes, et le pauvre humain que j'étais n'avait pas le courage de poursuivre le combat. Je me consolais un peu, en pensant que très bientôt, dans un autre local plus petit, la quasi-totalité de mon environnement serait à mes côtés. Pas question d'abandonner mon métier. N'était-ce que pour honorer la mémoire de notre Gros Bébé, je devais me battre encore. Dans des conditions plus humaines.
L'occasion venait de m'être offerte par un de mes patients et je n'avais pas hésité un instant. Nouveau départ ? Étape devais-je dire, en sachant que désormais, ma vie ne serait faite que d'éternelles remises en cause. Je disais adieu à notre centre, en même temps que je saluais respectueusement le quartier. Dès la semaine suivante, j'avais prévu de commencer les aménagements dans mon nouveau studio. J'étais tellement pris dans la conversation avec mon Gros Bébé, que je n'entendais pas arriver Françoise.
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Nous vivions nos dernières heures dans ce macrocosme où l'amour divin était venu jusqu'à nous. Ce n'était pas la fin pour nous, mais bien au contraire le début d'une autre aventure. Nous avions ouvert notre centre, persuadés que nous étions prêts à offrir ce que nous prétendions. Parler d'amour, donner le meilleur de soi, accepter les différences et les gens tels qu'ils étaient, ne pouvait pas s'improviser. Nous étions convaincus de l'authenticité de nos propos.
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Pour sauver ma tendre Françoise de la déprime, dans laquelle elle allait tomber de toute façon j'aurais fait n'importe quoi. C'était une erreur, et Dieu nous l'a fait comprendre au cours de ces quatre années. Ce que nous comprenions avant tout, c'était la logique avec laquelle Le Tout-Puissant nous amenait à réviser nos théories. Il tissait sa toile avec subtilité, nous donnait les moyens, mais en surveillant de près le déroulement des opérations.
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Savoir admettre mes erreurs, mes défauts autant que mes qualités, faisait aussi partie de cet éveil de l'esprit qui me permettait de dépasser mon ombre. Prendre conscience de soi, parvenir aux sommets de l'éveil de l'âme, bien qu'éprouvant, est l'acte le plus honorifique et valorisant qui soit. L'essentiel, et nous le comprenions ensemble, était d'aller au bout des choses. Fuir, abandonner, délaisser à cause des difficultés, est une lâcheté innommable. Nous avions certes perdu une bataille ? La guerre n'était pas terminée pour autant.
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La bannière de la fierté, bien avant celle de la dévotion, avait flotté dans nos esprits. Certes, nous nous étions pris au jeu et très vite, nous avons compris où était notre devoir. L'aura de la noblesse, que nous mettions en exergue aux yeux des gens, était voilée depuis le premier jour par cette envie démesurée de paraître. Inconsciemment, mais les faits étaient là. Tout le monde ne peut sarguer d'être une Mère Thérésa.
La foi, l'altruisme, s'ils peuvent s'apprendre et se développer dans le cSur de chacun, ne doivent en aucun cas, cautionner une ambition personnelle. A l'impossible nul n'est tenu certes ; mais ce n'est pas en regardant les autres manger, qu'on peut se nourrir ! Les pieds sur terre, la tête solidement ancrée sur nos épaules, main dans la main, nous quittions le centre, fiers d'avoir été au bout de nos possibilités, heureux de pouvoir aussi reconnaître nos limites.
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Ces limites précisément, que tout le monde outrepasse en permanence. Nous étions certes peinés, déçus aussi, mais heureux davoir perçu les subtilités qui métamorphosent un " mouton " en individu. Être " ZEN ", sans le savoir nous options pour cette sagesse. Loin de sapparenter à une doctrine ou idéologie plus ou moins erronée, ce courant spirituel incarne ce que lêtre humain devrait savoir. Nous lavons appris en travaillant comme des forcenés.
Pour aller au bout de notre passion, sans nous préoccuper des autres. Penser et agir en fonction de nos désirs et non pour satisfaire ceux de la société. Tels ont été les paramètres générateurs des valeurs telles quaujourdhui, nous les revendiquons. Quelle que soit la force, linstruction, le pouvoir ou la notoriété, ce qui prime par-dessus tout cest le pouvoir de compréhension, de tolérance et damour pour les autres. Cela ne signifie pas vouloir imposer nos idéaux.
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Comprendre que nous rencontrons en permanence les gens, les situations, dans le seul but dépurer notre âme, cest ce quil y a de plus difficile. Nous projetons sur les autres, le film de notre existence. Pour étayer ceci, je prends pour exemple la carte du Zen " Les Projections ". En substance, je cite, elle précise avec logique, que " le film que nous voyons dans une salle de cinéma, ne se trouve pas sur lécran, mais dans le projecteur ". A linstar du film, nous ne voyons sur le visage des gens que nous côtoyons, que notre propre Moi Intérieur.
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Les miracles, sils existent, ne sont issus et ne proviennent que de la seule volonté de lindividu, à échapper à ce quil considère comme un calvaire. Plus la personne admettra quelle seule, est apte à modifier son environnement quotidien, plus elle se détachera des contraintes de vivre en conformité avec ce que " lhumanité " souhaite. La discipline, le respect, lamour des autres, cest au fond de nous-mêmes quil faut en puiser les fondements. Dieu est là pour tous, et il nest pas nécessaire de le crier sur les toits pour se sentir un digne apôtre.
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