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RAPPEL : Pour des raisons dictées par la prudence, les manuscrits sont présentés sous forme de chapitres sélectionnés ou de synthèses, effectuées par Word. L'ensemble, ne représente environ que le quart du roman complet. Ceci peut donc occasionner une incompréhension au niveau de la lecture. Car d'un paragraphe à l'autre, le vide peut représenter souvent plusieurs pages !

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C'est la première fois que Brigitte et Willy viennent ensemble dans ce secteur de Dakar. Sauvage et désertique, il n'offre aucun intérêt touristique. Noyée dans ses projets communs avec son futur mari, Brigitte se laisse bercer par les propos flatteurs dont elle ne se lassera jamais. Au fil des minutes, il suscite un enthousiasme débordant dans le cœur de sa fiancée. La contrée est pittoresque et ne manque pas de charme. Au-delà des seules connaissances dont fait preuve Willy, c'est la grâce avec laquelle il narre et retient l'attention de sa compagne qui impressionne.
Le masque buriné du marin s'estompe, au profit d'une âme enjôleuse et accessible. Avec une douceur infinie, il se plaît à exposer librement et sans retenue, ce que son cœur contient de plus noble. Ce soir au coucher du soleil, nous nous arrêterons ici... Cette harmonie des couleurs rougeâtres... Le paysage est magnifique et géant vu d'ici !... Brigitte est aux anges. Elle n'est certes pas à ce degré d'engouement, mais elle se laisse bercer par la volupté des rêves qu'elle entretient, auprès d'un homme aussi romantique. L'histoire du pays n'a plus de secret pour lui.
Partagée entre la réalité grisante du moment, et le désir de plus en plus présent à devenir madame Terna, elle ne quitte plus Willy des yeux. Tout en lui la fascine. A en juger le regard de Brigitte envers son guide, il est impossible d'en douter ! Bien que la côte désertique et escarpée offre le plus beau panorama, elle occulte celui-ci au profit de son poussin. Lentement, la voiture s'immobilise dans un petit coin bien à l'abri du soleil et... Des regards indiscrets !
Après le cap Manuel, et cette pause affective et sensuelle, ils poursuivent sur la corniche Ouest en direction de la pointe des Almadies. Conduisant à l'aéroport, cette route est l'une des seules à être en très bon état et entretenue ; tourisme oblige ! Bordée de hameaux aux villas toutes plus coquettes les unes que les autres, cette route apporte une autre image de Dakar. Au détour de chaque tournant, le paysage est différent et chaque fois plus accueillant. Willy est tellement absorbé par les narrations tous azimuts qu'il clame avec ferveur, qu'il ne voit pas que sa passagère est de plus en plus mal à l'aise. Est-ce la chaleur ? L'émotion de ce bonheur auquel elle a du mal à se soustraire ? Soudain, elle est prise de violentes convulsions et se cache la tête entre les mains. Immédiatement, Willy arrête la voiture et la saisit entre ses bras.
Visiblement, elle n'est plus en contact avec la réalité. Ses yeux sont en révulsion totale. Hélas, Brigitte est de plus en plus lointaine. Pour toute réponse, elle éclate en sanglot et frissonne de plus belle. Après quoi, essayant du mieux qu'il peut de conserver son calme, il ouvre la portière de sa dulcinée et délicatement, la prend dans ses bras. Raison de plus pour recouvrir, en même temps que sa lucidité, son envie de refaire surface. Marin, guide, poète, voilà que Willy se transforme en médecin de brousse. Des images lui sont apparues à l’instant, en passant devant le palais de justice.
Ne serait-ce pas plutôt les lieux eux-mêmes, qui traumatisent Brigitte ? Ce qui reviendrait à dire que c'est dans ce coin, que l'agresseur a commis son forfait ? D’autant plus crédible, que le paysan qui l’a recueillie, habite tout près d’ici ! En quelques secondes, les visions les plus dramatiques resurgissent dans son esprit. En même temps d'ailleurs, que l'envie de faire justice. Chaque chose en son temps. Une seule chose compte, permettre à Brigitte de chasser de son esprit ses pensées funestes. L'alcool n'est pas son point fort, mais ne serait-ce que pour remercier son ange gardien, elle prend le verre sans rechigner. Les mimiques qui suivent, sont des plus touchant.
Brigitte en profite pour savourer au mieux, toutes les marques d'attention dont elle fait l'objet. Plus doux qu'une infirmière, Willy l'entoure de mille et une affections. Les caresses, sourires, mots tendres, le répertoire est infiniment vaste et copieusement garni en douceur. Brigitte n'est pas franchement en forme, mais elle n'est plus aussi abattue. Willy le sait, sous peu, elle retrouvera pleinement son moral et son enthousiasme. Super concentration d'arnaqueurs et de beaux parleurs !...
Tant et si bien que moins d'un quart d'heure après son malaise, elle est installée sur son nuage affectif. Tranquillement, le couple poursuit sa route. Profitant pleinement de la beauté naturelle d'un paysage en constante évolution, Brigitte se laisse griser par cette féerie éblouissante. Chaque secteur visité, renferme et dévoile son histoire énoncée avec précision par un Willy encore plus romantique. En arrivant en vue des Iles de la Madeleine par exemple, elle apprend avec beaucoup de stupeur que nul ne peut s'en approcher sans attirer les mauvaises grâces de l'océan !
En dehors de quelques toubabs téméraires, aucun habitant ne se hasarde à la périphérie de cette île. Mystères et tabous, légendes et mythes, tout s'entremêle et se délie au fur et à mesure des explications apportées. Les règles, les lois, et tout ce qui se rattache à la foi, est également éclairci et élucidé. Incontestablement, la réputation d'accueil et d'hospitalité s'étend au plus profond des entrailles sénégalaises. Traitement chaleureux, adoration et vénération des Dieux, prières, joie de vivre et générosité, tout lui rappelle à chaque instant qu'ici, la beauté du cœur prime sur tout. Après Gorée et la cohabitation Chrétienne et Musulmane, l'esprit de liberté et de tolérance émane en permanence au fond de chaque personne. En dépit des atrocités qu'elle a vécues, elle essaie par tous les moyens d'apporter une solution aux problèmes des habitants. en échange de leur main d'œuvre !...
Médusé, Willy ne trouve plus les mots pour répondre. Il le voit bien, Brigitte ne désire nullement jouer les conquérantes et encore moins, abuser la confiance des gens. Non seulement, il met en exergue son extrême sensibilité, mais de plus, il honore au plus haut point son sens aigu de l'équité. En quelques semaines, elle est parvenue à ce degré de réceptivité et d'écoute envers ce peuple, dont Willy peut se vanter aujourd'hui... L'idée de Brigitte est tout à fait louable et suscite en Willy une méditation approfondie.
Ce musée en plein air nous permet de survivre et promouvoir les futurs artistes...Si Dieu Le désire ainsi, je ne veux pas m'opposer à Sa volonté !... Le message en sera d'autant plus fort encore !... Rêveur, nostalgique, il est tout autant solide et imperturbable. La plupart des œuvres en effet, sont le fruit du travail d’artistes en herbe. Symboles religieux, personnages illustres, animaux sacrés, le tout se côtoie en harmonie parfaite. Chacune d'entre elles, raconte son histoire et sa nostalgie.
Certaines statues sont dignes des plus grands Musées du monde. Il se contente de mettre en exergue le génie de ses élèves, s'effaçant à leur profit. Quel talent, et quelle modestie surtout ! Humblement, le jeune artiste élude son propre mérite, au bénéfice de celui encore maladroit et hésitant de ses élèves. Ô et ça alors ?... Heureusement, Willy intervient de manière méthodique et déterminée pour freiner cet onéreux engouement. C'est plus fort qu'elle.
Que ce soit en offrant des friandises aux enfants, en achetant n'importe quoi aux vendeurs ambulants, ou désirant acquérir la totalité des œuvres exposées, elle brûle d'envie de faire plaisir. Willy achète naturellement quelques pièces, les offrant avec tout son amour à sa petite Brigitte. L'heure tourne hélas et s'ils veulent accomplir en totalité la ballade prévue, mieux vaut prendre congé. Dommage que son talent ne soit pas reconnu en Occident !... Il en ferait trembler plus d'un !... Quand je pense que certains artistes en Suisse se font mousser en faisant n'importe quoi...
Non seulement la plupart se prennent pour des héros... Depuis bientôt trois ans qu'il est ici, il ne cesse de s'enrichir et de s'émouvoir. Ce brusque épanchement d'invectives en est la preuve. La présence de Brigitte à ses côtés, le conforte et le rassure à ce niveau. Pour rien au monde, Willy n'aurait privé Brigitte du spectacle grandiose offert par les " Lébous ". Pour les touristes, c'est un lieu privilégié pour s'adonner aux joies du marchandage ; en même temps que la certitude d'acheter des produits frais !
Rien ne manque. En les regardant de plus près, Brigitte remarque qu'ils ne se font aucun cadeau entre eux. Bien que les propos échangés soient vifs et acerbes, la haine et la méchanceté sont exclues. En attendant, les moins dégourdis essuient les plâtres et se contentent d'attendre sagement dans leur coin.
Aujourd'hui malchanceux, demain plus heureux dans leurs tentatives, ils savent attendre et se résigner. Solidarité, fraternité, sont une fois de plus valorisées et adulées. Le tout bariolé aux couleurs et senteurs mystiques d’une contrée sauvage, tels sont les paramètres qui résument assez bien Dakar et sa région. Plus, elle progresse dans son apprentissage sur la vie de tous les jours, plus elle conforte son désir de vivre définitivement en terre sénégalaise. Elle se sent bien, parfaitement intégrée. La sensibilité des propos, la douceur du soleil et la féerie du paysage, il n'en faut pas davantage à Brigitte pour glousser de plaisir. Pour mieux profiter encore de ces minutes de rêve, elle s'allonge perpendiculairement à Willy, posant sa tête sur ses cuisses en se blottissant contre sa taille.
En tout cas, pour eux se fut un message incontestable du Tout-Puissant. Surtout en dehors de la saison des pluies et après plusieurs mois de sécheresse !Et puis il y eu Gorée !... La maison blanche, le portail voûté en bois, devant l'église où ils se sont embrassés pour la première fois ! Le hasard n'a pas sa place. Le récit est doux et palpitant, émouvant. Elle se blottit plus fort écoutant religieusement la suite des aventures. Le hasard s'est progressivement estompé de ses pensées, au profit d'une foi authentique.
Nul besoin d'exagérer quoi que ce soit ! Elle est tellement réceptive, qu'elle frissonne et s'émerveille au gré des exemples qu'il apporte. A l'instar des habitants de ce pays, il a tendance à grossir un tantinet ses récits. Ce qui le rend encore plus craquant et adorable. Pour rien au monde, elle ne veut détruire cette fascination en lui. Dire qu'il existe encore des naïfs pour occulter de telles forces spirituelles !... Les habitants ne tolèrent aucun écart à ce sujet et deviennent même agressifs, si les limites sont dépassées.
Brigitte comprend mieux le pouvoir des prières. Elle analyse avec plus de réalisme l'immensité de l'impact des tabous et autres légendes, dans le cœur et l'esprit des sénégalais. Ne penses-tu pas qu'il y a à boire et à manger ?... Je veux bien admettre et partager la pureté de la foi mais...
En quelques secondes, Willy dissipe les craintes et les idées reçues de sa Brigitte. Le fameux pouvoir des marabouts n'est pas une simple légende et encore moins une hérésie ! Bien des situations inextricables en Occident, sont ici parfaitement cohérentes et réalistes. Le doute, la crainte et la peur de l'avenir, le manque de confiance en soi, ne sont-ils pas des paramètres destructeurs ? En éliminant les mauvais "sorts" que chacun est à même de s'infliger, et en se rapprochant un tant soit peu de la foi, il devient parfaitement aisé d'éliminer les facteurs nuisibles. L'influence de la pensée négative, altère et annihile au fil du temps, les caractères les plus aguerris.
L'imagination galopante, et la naïveté des faibles gens, favorisent le développement des arnaques. Au bord du gouffre, après avoir perdu tous ses appuis et ses repères, l'être humain est prêt à tout, pour sortir de son ghetto. C'est dans ces cas-là, qu'il fait preuve d'un pouvoir imaginaire inouï, et d'une volonté farouche pour vaincre l'adversité. Le fruit est mûr, les faux marabouts n'ont plus qu'à le cueillir et le presser au maximum. Mais les usurpateurs ne sont-ils pas installés en Europe ? La conversation aboutit inéluctablement sur les sectes, qui prolifèrent et deviennent de plus en plus puissantes.
Willy, dans son raisonnement, fait preuve d'une lucidité formidable. Les occidentaux venants en Afrique, sont fascinés par le pouvoir réel et surnaturel de la majorité des habitants. Willy étant tellement précis dans les détails entourant certaines cérémonies, qu'elle en frémit des pieds à la tête. Plus, elle a peur, plus elle se blottit contre lui en le serrant de plus en plus fort.
Plus chatte et câline, Brigitte essaie de prolonger quelques instants encore ces instants merveilleux. S'étirant de toutes ses forces, elle hésite avant de se lever. Ne serait-ce que pour prolonger quelques minutes encore, la volupté de ces prémices amoureux. Une chose est certaine, Brigitte est cette fois totalement investie dans sa vie sénégalaise. Tout défile autour d'elle et ce ballet féerique animé par des fées imaginaires, la transporte au firmament de la délectation. Après quelques minutes de route, le décor devient plus sobre et un peu moins accueillant. Aveuglément, elle fait confiance à Willy qui de son côté, ne paraît pas choqué outre mesure en traversant ce mini-désert.
Ce que Brigitte ignore, et qu'il lui avouera sans doute plus tard, c'est qu'ils viennent d'effectuer une ballade en circuit fermé sur le terrain militaire ! Il se sent un peu honteux d'avoir abusé de sa confiance, mais il le sait à présent, elle sera emballée en arrivant sur le plateau des Mamelles. Du moins, c'est ce qu'il espère. En quelques secondes, alors qu'elle recouvre son sourire et son bien être, les voilà à proximité de leur future propriété. C'est en tout cas, ce qu'ils se sont mis en tête ! N'allons pas jusqu'à dire que Brigitte est déçue...
Petit pincement au cœur pour lui, qui espérait un engouement plus marqué chez Brigitte. La voiture fait des bonds et ricoche d'une bosse à l'autre. Brigitte, secouée comme un prunier, est plus en train de recommander son âme à Dieu, que d'établir un plan d'avenir. Enfin un terrain plus sociable pour mes pauvres fesses !... En dehors de ces cabanes... Il ne peut pas tricher, et exprime assez nettement sa déception. Il espérait tellement la voir hurler son bonheur, qu'il en devient triste et aigri. Tout se dérobe et s'amenuise dans son esprit. Un peu comme si quelque chose venait de se ternir dans son cœur. en y regardant de plus près... de romantisme et de poésie !... Le calme et la tranquillité, lui confèrent une sérénité que Brigitte apprécie au plus haut point. Subjuguée de se découvrir autant de possibilités créatrices, Brigitte se laisse emporter par son imagination.
En quelques minutes, la propriété s'illumine et brille de tous ses feux. L'aspect vétuste se métamorphose en tableau animé mirant ses couleurs chatoyantes. Pour eux, il ne peut pas en être autrement et la question de savoir si oui ou non ils pourront acquérir la propriété, ne se pose même pas. Abandonnée, livrée injustement aux dégradations d'origine climatique ou humaine, la maison ne cesse de se transformer en ruine. C'est l'occasion de lui redonner un aspect plus accueillant ! Heureux et fous, Brigitte et Willy parcourent chaque recoin. La jeune femme ne fait plus semblant. Elle laisse échapper, en même temps que sa joie, son adhésion totale au projet.
Tout s’embellit dans son esprit. Les murs délabrés se recouvrent soudain de plantes et de fleurs. Si pour Brigitte, l'aspect technique des travaux de rénovation relève de la pure science fiction, pour Willy s'est une source intarissable d'imagination. La masse d'efforts à fournir pour parvenir à ce qu'ils sont en train de créer en imagination, ne les effraie nullement. Eux au contraire, n'en sont que plus stimulés. La surface, l'implantation géographique, tout est là pour conforter et enjoliver la future création.
Pour eux naturellement. Mais aussi, pour toutes celles et ceux qui, grâce au projet, auront très bientôt une activité professionnelle. Chaque entité a déjà sa parcelle réservée. La sécurité ne sera pas négligée pour autant, bien au contraire. D’autant qu’à cet endroit du plateau, la falaise est abrupte et distante d’environ cent mètres des rochers en contrebas. En s'approchant du bord de la falaise, Brigitte ne peut s'empêcher de frémir.
Tour à tour en bateau, ou en avion, ils poursuivent leur rêve avec une intensité sans cesse accrue. Avant de pouvoir s'imposer avec ses parties de pêches en haute mer, Willy a essuyé les pires vacheries. Des sabotages du matériel, aux menaces sur les clients, il en a connu des vertes et des pas mûres. En pensant à ses irréductibles ennemis, il en frémit d'avance. Bien avant de connaître Brigitte, il offrait très souvent des promenades en mer aux enfants et aux personnes âgées, gratuitement.
La lutte sera dure et sans pitié. Si pour lui, le travail complémentaire est accessible à tous, pour les requins qui s’enrichissent en ne foutant rien, le son de cloche est différent. Une fois à l'intérieur, elle réalise à quel point, son caprice va se transformer en parcours du combattant. sans plus !...Grâce à lui, biens des drames sont évités. Prévoyant plus que jaloux, Willy tient à préserver l'intimité de sa fiancée. Il est conscient que dans l'esprit des employés, la descente de la toubab promet d'être en tous points alléchante !
Hélas, précédant la belle princesse, en la serrant au plus près, il interdit à quiconque de se délecter en regardant ses sous-vêtements pour le moins excitants. Tant pis pour les ouvriers qui bien entendu, s'étaient déjà placés aux endroits propices afin de ne rien perdre du spectacle ! En arrivant au phare, il n'y avait que deux ou trois employés. Vu d'ici, la future agence émerge des rochers et des broussailles, comme un nez au milieu de la figure. La visite touche à sa fin. Brigitte, ne peut détacher son regard du site qui s’éloigne derrière elle.
Aux pieds du phare des Mamelles, règne une activité particulière et intense, vraiment peu habituelle. Brigitte est devenue madame Terna en Décembre, comme prévu. Attachés l'un et l'autre aux symboles, ils s'arrangent pour faire en sorte de faire d'une pierre deux coups. La nuit a été très courte et laisse des traces sous les yeux du couple.
Chacun à son poste, ils veillent au bon déroulement des opérations. Chacun est à son poste. Trop pour les uns, pas assez pour les autres, ils savent que jamais ils ne pourront satisfaire tout le monde. Ils ne sont pas du genre à donner des ordres, en restant les mains dans les poches ! Du plus petit au plus grand, tous les volontaires sont fiers et heureux de participer à la cérémonie. Pour Brigitte et Willy, le combat aura été rude avant d'en arriver là ! Il faut reconnaître que les plus pessimistes, parmi les dignitaires, n'ont rien fait pour favoriser le projet.
Revaloriser un site en lui insufflant une énergie nouvelle, sans que cela ne coûte un centime au gouvernement, avait séduit les uns et affolé les autres. Brigitte a vendu son appartement et Willy, en plus de ses économies, avait doublé les sorties en mer durant cette année écoulée. J'avoue que pour ma part cela m'inquiète au plus haut point !... Le sinistre campement militaire s'est métamorphosé, étalant en toute liberté l'éclat de sa volupté. Flagrant délit de rêve et de bonheur !... Vous allez en prendre pour au moins vingt ans !...
Une négligence, infime au demeurant, mais savamment exploitée, engendre des conséquences souvent désastreuses et irréversibles. Très sensibles au bien qu'on leur fasse, mais bien davantage au mal, les sénégalais sont capables du meilleur comme du pire. Susceptibles, et souvent rancuniers, ils rendent coup pour coup. Certes, Brigitte et Willy bénéficient d'une très large côte de popularité. Brigitte meurt d'envie d'en savoir un peu plus sur le mutisme de son mari, mais elle se garde bien d'intervenir. Solidement accrochée au bras de son époux, elle promène son regard dans tous les coins. Des boissons aux plats cuisinés, tout est en place.
Ce dernier tour d'horizon est bénéfique au plus haut point. La joie et le bonheur des employés autant que des nombreux volontaires, suffit à remonter le moral de Willy. Il abandonne son état d'anxiété au profit plus réjouissant d'un visage rayonnant. Tout paraît si facile et naturel, qu'elle en oublie un peu la réalité en rêvant les yeux grands ouverts. Qu'est-ce que tu en dis ?...après une longue promenade en mer, un bon petit repas au grand air !...
Après avoir dépassé le seuil de la propriété, en passant sous l'immense enseigne à l'effigie de " Terna-Excursions ", le couple se blottit tendrement et savoure un instant de profonde satisfaction et de fierté. Tels deux amants se découvrant pour la première fois, ils se roulent dans l'herbe en échangeant presque maladroitement, autant de caresses et de baisers que leur passion leur procure. Rien de plus vrai ni de plus efficace, pour chasser des esprits les pensées les plus sombres. En plus des bienfaits que cela procure, l'avantage d'oublier le temps est tout aussi bénéfique. Willy en train de mimer un notable en proie à des sueurs froides en admirant le spectacle.
En examinant attentivement les expressions affichées par les épouses du juge et du notaire, le couple ne peut contenir un fou rire extrêmement contagieux. Les éclats de rire se métamorphosent en sourires de salon, le flegme est effacé pour laisser place aux attitudes plus conventionnelles. Ainsi, le notaire par exemple ! Pour rien au monde, il ne voudrait laisser échapper aux yeux des autres invités, qu'il occupe une place privilégiée vis-à-vis du couple. Je crois que nous sommes faits pour nous entendre vous et moi...Prenant sans aucun doute ses rêves pour des réalités, il est en train de fantasmer un maximum à l'égard de sa douce et belle interlocutrice. En quelques petites secondes de propos nets et sans ambiguïté, elle rétablit les choses dans un contexte plus honorifique.
Si certaines femmes doivent se cacher au yeux de leurs maris... Qu'adviendrait-il de son auguste personne si, par hasard, madame Terna se confiait à son mari ? Rien que d'y songer, le pauvre homme en attrape des sueurs froides. Courageux mais pas téméraire pour deux sous, il en tremble de la tête aux pieds en suivant Brigitte du regard.
Il est tellement inquiet en la voyant arriver à proximité de Willy, qu'il n'entend même plus le juge et son épouse glousser de joie. Caustique et sarcastique en même temps, il est le fleuron de cette gent féminine en voie d'aliénation totale. Willy est déjà assez tendu comme ça et ce petit incident serait de nature à le faire sortir de ses gonds.
En regardant évoluer ces requins parmi l'assistance, Brigitte en est de plus en plus écœurée. le service d'ordre est à son poste et si jamais il y en a un qui bouge on le fout dehors !... Personne ne fera du mal à nos amis... Le service d’ordre est en place et à la moindre alerte, il interviendra si nécessaire. En tournant sur elle-même, légère comme un papillon, elle soupire de soulagement en apercevant les fameux gardes du corps ! Mieux vaut ne pas imaginer ce qu'il adviendrait d'un récalcitrant en cas de prise en main " musclée " !
Brigitte en frémit rien que d'y penser. L'esprit plus calme et serein, les époux Terna poursuivent leur promenade à travers cette petite fourmilière. Recueillant çà et là des vêtements, de la nourriture, ils sillonnent inlassablement cette partie du Sénégal de fond en comble, en offrant leurs trésors aux populations malheureuses. Protocole oblige, le représentant du gouvernement sénégalais ouvre avec brio la phase indispensable des vœux et des remerciements. Pour Brigitte et Willy, ces minutes paraissent interminables.
Au-delà des félicitations et des vœux hypocrites, Brigitte et son mari ressentent bien la fourberie qui émane des sourires forcés. Comme quoi en chaque être, sommeille en secret la flamme éternelle adulant la vengeance. Les héros du jour, doivent-ils feindre une évidence aussi criante ? Est-ce bien le moment, et le jour, pour percer les abcès ? Ce n'est pas, Dieu merci, l'orientation qu'ils prennent. Foin de toute idée pernicieuse habitant les pensées de Willy en ces minutes, il demeure néanmoins prudent et vigilant.
Force est de constater qu'il savoure et se délecte ostensiblement, au gré des compliments qui lui sont adressés, de cette atmosphère pour le moins envoûtante. Éclats de voix, ou de rire, sifflets, rien ne manque pour mettre en difficultés les orateurs. L'émotion est à son apogée. L'idéal, pour conclure, serait que chaque agence offre des prestations différentes. En descendant de son perchoir, Willy est vraiment très ému. Le maire de Dakar en tête, suivi de quelques membres du conseil municipal et de la meute des journalistes, se dirige vers l'appareil, étincelant de tous côtés.
Du bout des ailes au dernier boulon, tout est magnifiquement reluisant. La plupart des invités accompagnent le groupe de personnalités, pour ne pas manquer le traditionnel baptême au champagne. L'épouse de Willy, véritable reine du jour, n'est pas au bout de ses surprises. Au milieu des applaudissements et des cris de joie, les autorités prennent place à bord pendant que le couple, ému, échange le baiser le plus émouvant de sa vie. Alors qu'il végétait sur l'aéroport de Tambacounda, n'assurant que des liaisons épisodiques et illusoires, il est heureux et fier d'être en ce moment un peu considéré comme un héros national.
Mais pour lui, comme pour sa famille présente aussi, l'avenir passe par ses amis. Il n'oubliera jamais, tout ce qu'ils ont fait pour eux, depuis plus d'une année. Sans hésiter un instant, Brigitte et Willy ont accepté de les nourrir et de les loger durant ces longs mois de préparation. Bien plus qu'une banale inauguration, cette fête inscrit dans le cœur des amis, à l'encre indélébile et en lettres d'or, le résumé de cette épopée fantastique. C'est dire si l'émotion est grande, et partagée par tous. Lentement, l'avion se positionne en bout de piste. Le notaire en tête, les mâles en manquent d’aventure, se précipitent pour éliminer les traces les plus visibles sur les vêtements des belles offusquées. Pendant que les époux se délectent en suivant l’avion, les femmes ne cachent pas leur satisfaction d’être pelotées habilement.
L'euphorie apaisée, Brigitte et Willy se plient de bonne grâce aux multiples questions dont ils sont assaillis. Les journalistes bien entendu, mais aussi quelques-uns des détracteurs du couple, forment spontanément une assistance assez compacte. Il est indispensable que Willy garde son sang froid. Car les questions se métamorphosent vite en jets d'acide. Des plus techniques aux plus impertinentes, ils ne sont pas épargnés. Brigitte et son mari sont criblés de rafales d'invectives, toutes plus odieuses les unes que les autres.
Comme l'avion à l'instant, le niveau des questions vole plutôt bas ! Avec des pointes mal dissimulées, d'insinuation vaseuse, Willy ne peut que rétorquer à sa manière. Toucher à son épouse, est la pire des offenses. L'auteur de l'allusion ignoble à son égard, lui vaut une remise en place on ne peut plus cinglante. Rien de bien choquant au demeurant, en pareille occasion. Répondant du tac au tac avec un éternel sourire, et un calme tout aussi irritant, ils désarment les plus insidieuses supputations. Brigitte a autre chose à faire que perdre son temps à écouter les éternels éconduits, en train de casser du sucre sur son compte.
Elle laisse à son époux, le soin d'achever ce conciliabule on ne peut plus " enrichissant ". Lentement, les nuages s'amoncellent et obscurcissent l'horizon. Jusqu'au bout, elle persiste dans ses pensées, autant que dans ses propos aigre-doux. Parmi les invités, il y en a qui, en dépit des démonstrations effectuées, sont encore sceptiques. Ce sont précisément vers ces indécis, que le concurrent des Terna et son épouse accentuent leurs efforts de sape. Des simples insinuations de tout à l'heure, ils en arrivent aux accusations pures et dures. Il ne fait aucun doute à leurs yeux, que Brigitte a du se montrer particulièrement généreuse avec son anatomie, pour faire infléchir les décisions finales en leur faveur.
Au risque de provoquer des tensions électriques, souvent incontrôlables. C'est en songeant aux réactions de Willy, face à ces propos inqualifiables dont il est aussi généreusement congratulé à son insu, qu'un proche ami des Terna intervient. D'apparence calmes et inoffensives, ces personnes interviennent au moment précis où on ne les attend pas. Tels des vautours guettant leur proie, elles frappent au moment opportun sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit.
Ainsi, un richissime et rondouillard Américain, qui, bien que sévèrement secoué et grisé par l'alcool, n'hésite pas à tenter sa chance auprès de Brigitte. Depuis plus d'une heure, il n'avait d'yeux que pour elle. A en juger l'expression sur son visage, il est en train d'échafauder des plans pas très catholiques à son encontre. Rapidement, il se propulse aux côtés de Brigitte. Cette fois, il ne la quitte plus des yeux. Quant au " tout Dakar "... très peu pour moi !... Ne vient-elle pas de lui offrir une coupe de champagne ? Et avec quelle grâce et quelle élégance dans le regard et le sourire !
C'est suffisant en tout cas, pour lui redonner des ailes et amplifier son désir et son ardeur. Plus répugnant et abject, on ne fait pas. Méthodique et très habile, dans sa manière d'opérer, l'américain présente l'avenir du couple sous les meilleurs auspices. Brigitte est prise au piège. Elle n'ose pas hurler son dégoût, par peur d'affoler Willy, et provoquer un scandale. Des avantages qu'il procure. Grâce aux mirages qu'il est à même de susciter, dans le cœur des victimes, il passe pour un maître en la matière.
Combien de femmes se laissent avoir par ces fastes et ces propos tronqués ? Brigitte comprend mieux comment ces monstres humains, tel son chevalier galant, parviennent à leurs fins. Les allusions se métamorphosent en propositions plus concrètes. Plus, il s'enlise dans ses fantasmes, plus il dégouline de cet élixir aphrodisiaque qui jaillit de tous ses pores. L'envie de simples petits bisous, est très loin ! Au fur et à mesure qu'il progresse dans ses rêves délirants, l'américain a du mal à contenir ses pulsions. Plus, il sent de résistance, plus il amplifie ses vulgaires désirs intimes.
Plus, elle se montre caustique et réfractaire, plus elle l'excite. Loin d'obtenir ce qu'elle souhaitait en se montrant sarcastique, Brigitte subit de plein fouet l'effet contraire. Grisé par l'alcool, et l'envie de parvenir à ses fins, l'américain se montre de plus en plus entreprenant, et même, très audacieux. Le mal être de Brigitte attire l'attention des gardes du corps. En aucun cas, il ne faut faire de vagues. Brigitte connaît son mari. Jamais personne ne pourrait l'arrêter si d'aventure, il venait à se venger pour la défendre.
Le fait de ne pas rencontrer le moindre désir d’enrayer sa progression sensuelle, ne peut que développer en lui des intentions de plus en plus sexistes. Les coupes de champagne se vident les unes après les autres. Plus, Brigitte est silencieuse, plus elle attise la passion et les idées morbides de son interlocuteur. Galvanisé par l'absence de résistance de sa victime, il ne se sent plus. Cette fois, il ne peut même plus contrôler le profil de son anatomie. En résumé, il bande comme un âne et ne s'en cache pas. Ce soir, ou un autre jour, il aura cette créature de rêve à sa disposition.
Bien avant que les gorilles n'aient le temps de bouger, c'est Brigitte en personne qui perd son calme et son sang froid. Aussitôt, les regards convergent en direction du groupe. La paire de claques et le bruit qui suit, attirent l'attention de Willy qui se précipite vers son épouse. En même temps que les gardes du corps qui se montrent très méchants et menaçants. En voyant l’échantillon made in usa en train de se caresser les joues, il comprend qu’il y a eu une petite dispute. Brigitte éclate en sanglots en narrant ce qu’elle vient de subir.
Le visage de son mari se crispe. Pendant que le pauvre éconduit essaie de se relever, en vain, le mari de Brigitte est en train de préparer la deuxième partie de ce spectacle. L'assistance retient son souffle. La réputation de Willy, en sa qualité de cogneur, n'est pas surannée loin s'en faut. En moins d'une seconde, tremblant de rage, il prend le relais de sa femme. Brigitte en profite pour s'accrocher à son mari. Elle se méfie de son calme apparent. Il donne l'impression de refréner ses pulsions pour désarmer son adversaire, avant de le frapper de toutes ses forces. Ne tenant plus debout, mais toujours aussi acharné quant à ses intentions envers Brigitte, l'américain ne paraît pas vouloir désarmer. adieu veau, vache et cochons !...
L’alcool donne des ailes et annihile les notions de danger c'est bien connu. Willy, tel un ouragan, se jette sur lui et lui administre un violent coup de poing au visage, et un autre au ventre. Emporté par la masse de son corps, déséquilibré par la rapidité des coups, l'américain s'affale sur le derrière en emportant tout sur son passage. Sous l'emprise des nerfs, sa force naturelle déjà évidente se trouve quadruplée. Groggy et inconscient, le don juan se remet lentement de ses émotions.
Ce petit incident, si regrettable est-il, ne peut qu'être bénéfique. Les choses sont claires et nettes. Mussa, aidé par ses compatriotes, invite Brigitte et Willy à profiter à leur tour d’un vol inaugural. Vingt et un jours d'attente et d'inquiétude. En dehors des rotations officielles, pour les familles des élus locaux, rien. En ne prenant qu'un candidat sur dix, parmi les plus motivés, il n'y avait rien d’exagéré. A les écouter se fendre en compliments, ce n'est qu'une question de semaines, rien d'autres.
Au point que Willy en arrive à se poser des questions. En général, une entreprise qui démarre en trombe, sur les chapeaux de roues, ne tient pas la distance. Plus narquois que jamais, les détracteurs du couple ne se privent d'aucune occasion pour manifester leur bonheur en les voyant piétiner. Plus, les jours passent, plus le moral du couple est atteint. Voyez-vous, pour ma part... il m'a fallu plus de cinq ans pour enfin parler de bénéfices et rentabiliser mon agence...
Brigitte est beaucoup plus sensible que son mari à ce genre infect de visite faussement amicale. Depuis quelques jours, elle a tendance à perdre son calme et son sourire. Il y a de quoi s'est vrai ! C'est pour cette raison, qu'elle envoie sur les roses toutes celles et ceux qu'elle considère comme des ennemis. Bien qu'il en soit lui aussi très affecté, Willy demeure impassible et patient. Avec une tendresse et un amour infinis, il passe des heures à tenter de calmer la haine de son épouse. Rien ne doit être négligé pour créer des animations. Jusque-là, Brigitte est en accord total.
Les parcours devraient se faire entre la pointe des Almadies et l'île de Gorée, au large des côtes. Laobé, fournira tous les équipements en parachute, tout du moins pour les premiers mois d'essai. Rien ne manque. Willy se montre raisonnable et pondéré cependant. Aucune exagération ne ponctue ses explications. Tout est rationnel et bien pensé. Raison de plus, pour qu'elle manifeste assez sèchement son désaccord.
Willy ne s'en offusque pas le moins du monde. Stoïque, imperturbable, il essaie de convaincre sa Brigitte en la rassurant avant tout. Calmement, il entreprend d'expliquer en totalité les tenants et les aboutissants de ces sports spectacle. Ce que fait avec beaucoup de plaisir et de finesse le maître des lieux. Il installe son épouse sur ses genoux et dès lors, le débat peut avoir lieu. Comme aujourd'hui par exemple ! En disant cela, il regarde ses amis. Ce petit détail, signifie qu'ils sont fin prêts pour tenter l'aventure. Pour changer il faut oser.
Le monde n'appartient-il pas aux audacieux ? S'il est aisé de faire des photocopies, il est bien plus grisant et valorisant, de transpirer pour fabriquer les originaux. Brigitte est assez bien placée, pour conforter cette théorie sur les valeurs. Lentement mais sûrement, son acceptation approche. Une fois l'agence appréciée, pour ses programmes hors du commun, les raids connaîtront à leur tour un engouement certain ! En théorie bien entendu. Mais ce n'est pas en restant les bras croisés en pleurant sur son sort, que les choses vont avancer !
Là, Brigitte ne peut pas prétendre le contraire. Ils ne font pas des milliers de kilomètres, pour ne rien faire de plus que ce qu'ils font chez eux à longueur d'année ! Les gens ont besoin d'éprouver des sensations nouvelles. Qui pourrait le contredire ? Lumineusement, Brigitte est en train de se faire envelopper dans le projet. d'ailleurs tout est déjà en place !... Mussa se présente au-dessus de nous, et nous lance l'élingue de traction... Tout est un peu confus dans son esprit. Équipé des protections indispensables pour le crâne, les coudes et les genoux en cas de chute, le skieur ne prend aucun risque en cas de gamelle !
Il suffira qu'il se mette en boule, pour ricocher à la surface de l'eau. L'enthousiasme de Magueye, ne peut que renforcer le désir ardent des trois autres hommes pour entériner le projet. Il meurt d'envie de piloter son bolide. Magueye, est pour sa part un navigateur émérite. Momentanément, Brigitte et Nioba prennent l'avantage du terrain. Hélas, comme trop souvent en pareille circonstance, la discussion s'enlise et perd de sa texture. Pour avancer, il ne faut pas faire marche arrière.
Les tracts, inutiles et coûteux, sont exactement ce type même de publicité, dont les gens sont blasés et repus. L'impact publicitaire sera alors à son apogée !... Il faut qu'on sorte des sentiers battus du déjà vu !... ne pourra ignorer l'attraction !... Une fois de plus, Willy a raison. Les hommes feront leur démonstration, et le reste de l'équipe dirigée par Brigitte et Nioba, pourra conforter l'image de marque de Terna-Excursions en proposant aux touristes les prospectus sur l'agence. En raccrochant le combiné, il laisse éclater sa joie. Tout en mangeant avec des appétits d’ogres, les compères mettent les derniers détails au point.
Rien ne doit être négligé. Ne pas confondre vitesse et précipitation, devient un maître mot. Malgré son sourire, Brigitte ne cache pas sa crainte. En réfléchissant un peu, pour effacer ses tourmentes, elle se dit qu’au fond, ils seront les pionniers de quelque chose ? Elle remarque aussi, au fil des débats, que son mari est tendu. Il masque difficilement son appréhension. En quelques minutes, le petit déjeuner s'achève.
Dans un premier temps, Willy et Magueye vont faire une démonstration de propulsion du skieur. Chemin faisant, entre la maison et le ponton, toutes les manœuvres sont revues et détaillées. Ce qui naturellement, ne fait qu'amplifier l'émotion dans le cœur de la Princesse et de son amie. Le réservoir d'eau, est rempli lentement à vitesse réduite, avant que le cruiser accélère et se place en position d'attente. Une fois l'envol effectué, Magueye procède au délestage en toute sérénité. Même sans être des spécialistes en la matière, Brigitte et Nioba sont bien obligées d'admettre que rien n'a été bricolé à la hâte.
En voyant basculer l'Aigle des Mers sur la gauche, au moment précis ou Willy s'installe sur son siège, apporte à Brigitte la preuve de la nécessité du lest. Grâce à une électropompe, le réservoir se remplit et stabilise le bateau. Attentives mais tendues, Brigitte et Nioba en retenant leur souffle, assistent à la première sortie du skieur. Au même instant, la vedette penche sur son flanc droit. Le temps que Willy s'enfonce dans l'eau, Magueye rétablit son équilibre et revient chercher son passager. Ce que les femmes ignorent, c'est ce que les deux marins sont en train de concocter en secret.
Brigitte en a la chair de poule. Le hors-bord parait une fois encore se planter dans la mer. Willy, propulsé à nouveau hors de sa chaise, continue sa course à la surface de l'eau, pour venir s'échouer à quelques mètres de son épouse et ses amis. Au loin, Magueye salue à sa manière la pleine réussite des opérations. Décrivant des petits cercles dans le lagon, à grande vitesse, il prend un plaisir certain à chasser des geysers d'eau en direction du groupe. Il travaille beaucoup plus qu’il ne s’amuse en vérité.
Jamais, au cours des ballades avec les clients, il n’aura l’occasion de pousser son bateau aux extrêmes limites. Mussa ne fait que conforter la prise en main sans le moindre danger du skieur. En quelques minutes, l'attroupement s'est multiplié par deux. Plus motivé et déchaîné, Willy élucide le mystère entourant la suite de la démonstration aux badauds. Ce qu’ils viennent de voir n’est qu’une mise en appétit. Ne serait-ce que pour oublier sa propre peur ! En attendant, chacun essaie de se placer au mieux pour ne rien manquer de cette incroyable épreuve nautique, totalement inédite.
Cette fois, en dépit des hésitations de Brigitte, la démonstration grandeur nature va être faite. Mussa se dirige vers l'avion, et Magueye vient reprendre Willy à son bord. Avec naturellement, tout le folklore sur le plan des exagérations en tous genres. Brigitte apprécie ce côté enfant, typique aux habitants de ce pays. En moins de temps qu'il faut pour le dire, l'avion décolle. Chacun retient son souffle. La foule est attentive et tenue en haleine. L'avion, après avoir décrit une large boucle, amorce sa piquée en direction de bateau.
Sitôt en possession de Willy, Magueye accélère. Plus que quelques secondes d'attente. L'arrêt du cruiser, aussi brusque, donne réellement l'impression d'avoir catapulté son passager. L'avion décrit une ou deux boucles, en se rapprochant au maximum de la côte. Pendant plus d'un quart d'heure, effectuant différentes acrobaties toutes plus invraisemblables, Willy se livre aux pires contorsions. Nioba, plus réservée, ne manifeste pas un engouement aussi prononcé. Cependant, au fur et à mesure qu'elle distribue ses tracts, elle est bien obligée d'admettre que bon nombre de spectateurs se sentent pousser des ailes !
Après une demi-heure ou presque, Willy se libère de son fil d'Ariane, et arrive une fois encore aux pieds des deux épouses. Mussa, après avoir remonté le câble, effectue un rase-mottes et lance une poignée de tracts au-dessus des têtes du groupe et des ses admirateurs. Brigitte est cette fois emballée. Elle aide son mari à se défaire de ses skis, avant de l'embrasser très fort. Pour être franc, Willy lui avoue que lui aussi en partant, ne brillait pas des masses. Et honnêtement, il a du se cramponner pour ne pas flancher. En plus des spectateurs sur les quais, bon nombre d'autres étaient installés sur leur balcon pour suivre les évolutions dans le lagon. Sitôt en possession du tract, ils se sont empressés d'appeler l'agence.
En moins d'un quart d'heure, trois volontaires se sont inscrits pour leur première séance. Aucun problème pour les hommes. Très vite, l'équipe se met au travail. L'avion et le bateau sont passés au peigne fin. En quelques minutes, tout est en place. Brigitte, Nioba, et quelques membres du personnel, accompagnés des enfants, montent à bord de trois voitures. En avion et avec le bateau, il ne faudra guère plus de deux minutes. Ce qui laissera aux quatre hommes tout loisir pour se concentrer. Le convoi terrestre, s'ébranle et disparaît très vite.
Les pleins d'essence et de kérosène étant faits, l'heure du grand départ sonne enfin. Ultimes recommandations de Willy à ses coéquipiers. Soudain, dans le ciel d'un bleu merveilleux, l'avion et sa traîne publicitaire effectue ses premiers passages à basse altitude. Un peu plus loin sur la mer, Brigitte et ses amis aperçoivent le bateau de Willy. Les cœurs se serrent. Délaissant les tracts, elle va de touristes en vacanciers, criant ce qui va se passer.
Brigitte en reste pantoise. Un à un, les gens se lèvent, et observent avec la plus grande attention la suite des événements. Quelques secondes palpitantes, au cours desquelles chacun retient son souffle. Le câble se tend... Au milieu des hourras et des applaudissements, Brigitte et Nioba sont comblées. L'avion et son skieur d'un côté, le bateau et son parachutiste de l'autre... L'homme oiseau se décrochera de ses amarres au même moment, et viendra lui aussi se poser sur la plage. La démonstration se termine en apothéose.
Willy, tel un surf, glisse en douceur jusqu'aux pieds des premiers baigneurs. Il est accueilli sur la plage en héros. Brigitte est la première naturellement, à venir se blottir contre son diable de mari, pendant que l'homme volant se pose en douceur à quelques mètres d'eux. D'ores et déjà, il y a plus de vingt candidats d'inscrits. A en juger le succès obtenu, par le truchement des innombrables questions qui leur sont posées, l'agence " Terna-Excursions " est en train d'exploser. Le directeur du club calcule au moins aussi vite que Brigitte en matière de rentabilité.
En quelques minutes seulement, " Terna-Glisse " revient en écho dans toutes les bouches. En même temps que la sécurité relative à la pratique de cette discipline, a été mise en exergue. La maîtrise des gestes à ce niveau est vraiment capitale. Rien ne doit être négligé. Pendant ce temps, Brigitte et ses amis s’entretiennent avec les autorités présentes. Police en tête, l’agence doit se conformer aux règlements en vigueur en matière de circulation maritime. Bon anniversaire et... Au niveau de la glisse, il en est de même.
La vie au sein de la société n'en demeure pas pour autant en stand-by. Pour rentabiliser l'affaire, en établissant ses pronostics, Willy s'était basé et espérait à l'époque, au moins une rotation par mois. Victimes de l'engouement qu'il suscite, ils ont été obligés de louer les services d'un pilote privé et de son appareil, en attendant de pouvoir être autonomes à ce niveau là. En songeant à leurs débuts, plutôt difficiles et vraiment aléatoires, ils ont l'un et l'autre un pincement au cœur. Ils ne sont pas inactifs pour autant, mais les effets ne sont plus les mêmes sur le couple. Tout bêtement ! Avant d'aller rejoindre leurs invités, Willy termine le bilan, et son épouse enferme la dernière carte de vœux.
Cette harmonie, se reporte sur le personnel et les clients. Tout se décide en concertation. En l'occurrence, à la vue des résultats, sa femme n'a aucun mal à imaginer qu'il est pleinement satisfait. Sagement et avec prudence, il joue son rôle de gestionnaire à fond. Les chiffres, ne sont que des témoins, rien de plus. Raison de plus, pour profiter de cet anniversaire. Le patron referme ses livres de comptes, laissant à l'homme le soin de reprendre son rôle d'époux ! Consciencieux, il ne mélange pas le travail et le plaisir. Trop de personnes ne savent pas faire cette part des choses.
Au travail, elles rêvent d'évasion, et dans la vie privée, elles passent leur temps à pleurer sur ce qu'elles n'ont pas fait au bureau ! Moralité elles passent à côté de tout, et ne sont performantes en rien. Willy au moins, sait faire la mise au point dans ses comportements. Tel un enfant cherchant un gros câlin, il serre la taille de Brigitte en calant sa tête contre son ventre. Merci mon trésor pour tout ce bonheur !... L'agence... Les présents qu'ils s'offrent mutuellement en ce moment, sont le reflet étincelant du jardin secret dans lequel personne ne mettra jamais les pieds.
Enjoliver, solidifier, et conforter leur vie de couple, est autrement plus important. Généreux l'un et l'autre, altruistes bien davantage, leur idylle ne peut être ce qu'elle est, qu'en la partageant avec celles et ceux qui contribuent à l'honorer. Si l'agence est d'ores et déjà placée sur son orbite, c'est bien grâce au fruit d'un travail collectif. Willy est tellement méfiant du reste, qu'il a été contraint d'engager une bonne dizaine de gardes privés chargés de la sécurité des personnes et des biens, jour et nuit.
Cette ascension d'une haine sournoise et aveugle, mettant en péril la sécurité des passagers, n'est donc pas de nature à combler d'aise l'équipe de Terna-Excursions. Main dans la main, joue contre joue, Brigitte et Willy referment la porte du bureau. Dernière retouche au maquillage pour madame, légère révision de la coiffure pour monsieur, et voilà le couple franchissant le seuil de la salle à manger.
Au milieu des hip-hip-hip hourra et des interminables bancs d'amitié, les bouchons de champagne accompagnés de leur bruit caractéristique, se croisent au-dessus des têtes. Du plus petit au plus somptueux, les cadeaux offerts sont avant tout un témoignage d'affection, véritable cri du cœur. Après quoi, les coupes peuvent se heurter en toute tranquillité.
Tout est donc disposé, des entrées aux desserts. Qui dit soirée de fête, et quelle fête en vérité, dit surtout ambiance ! Ce domaine, réservé à Willy, à de quoi lui aussi satisfaire les plus exigeants. Peu avant minuit, Willy s'isole de ses amis en compagnie de Fatou. Quel est donc ce complot ? Car, et cela ne fait aucun doute, il se trame quelque chose. Depuis plus d'une heure, Willy et son épouse ne cessent de regarder leurs montres.
Même les plus indiscrets des invités, ne parviennent pas à en savoir davantage. Ils ont beau tendre l'oreille, jouer les innocents en se rapprochant de Willy, rien a faire. D'autant que Brigitte veille au grain ! Dès qu'une personne se montre un peu trop curieuse, elle se précipite vers elle et la ramène au centre de la salle à manger. Du plus petit au plus grand, chacun s'est affairé et dépensé sans compter, afin que tout soit parfait. Pour eux, ce n'est pas tant le fait d'être invités qui compte. Mais bien au contraire, l'honneur et la fierté d'être aimés et considérés, tout simplement !
De leur tolérance naturelle et légendaire, ils sont passés progressivement à l'acceptation, elle-même transformée en très peu de temps en amitié. Brigitte et Willy ne cherchent pas à s'enrichir à leurs dépends, ni encore moins à les exploiter bien au contraire. L'esclavage est aboli et ce peuple tout particulièrement, mérite d'être respecté. Le moment est venu, de se soumettre aux exigences des traditions. Les mots sont limpides et précis. L’ambiguïté n’a pas sa place. Le maître des lieux peut alors laisser parler ses sentiments.
Chacun peut en profiter pour parcourir le classeur dans lequel sont rangés ses textes. Et puis enfin, le moment est venu de clamer haut et fort un de ses poèmes. Cette petite brise d’espoir, extraite de l'un de ses textes et intitulé " L’amitié ", résume assez clairement la position du couple envers la noblesse des sentiments qu'ils sont à même d'offrir. Sans perdre une miette du récit, conter avec tendresse et émotion, Brigitte regarde attentivement l’assistance.
Tour à tour durant le discours de bienvenue auquel il ne peut échapper, Willy remercie et rend hommage à tous ses collaborateurs qui, dans l'ombre le plus souvent, se sont dépensés et investis pour que la réussite de l'entreprise soit totale. Mussa le premier bien entendu, qui à chacune de ses missions, s'est conduit en parfait professionnel. Chacun connaît sa minute de gloire. Ne voulant pas prolonger inutilement son discours, il définit succinctement ses projets. En attendant que le méchoui soit prêt, Brigitte et Willy plus quelques amis, décident de faire la tournée avec la camionnette.
Comment est-il possible que des êtres humains, à l’heure actuelle, puissent faire preuve d’une pareille dévotion ? Brigitte et Willy ne se posent pas la question. Un outil de communication et non de ségrégation. Puisse Dieu les protéger et faire en sorte que les autres agissent de même.
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