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RAPPEL : Pour des raisons dictées par la prudence, les manuscrits sont présentés sous forme de chapitres sélectionnés ou de synthèses, effectuées par Word. L'ensemble, ne représente environ que le quart du roman complet. Ceci peut donc occasionner une incompréhension au niveau de la lecture. Car d'un paragraphe à l'autre, le vide peut représenter souvent plusieurs pages !

 

       

             La fin du mois d'octobre 1989, ne s'est pas déroulée de la meilleure façon. Taciturne et aigri, je ne pouvais pas me faire à l'idée que tout était terminé entre Françoise et moi. Pourtant, je devais me rendre à l'évidence. Une très longue lettre, écrite avec beaucoup de chagrin, détruisait pendant quelques jours toute idée de bonheur. Elle m'expliquait honnêtement et avec une tendresse encore plus avouée, quels étaient les paramètres qui motivaient son hésitation. Une fois encore, la violence était à l'origine de cette prise de position à mon égard. Je me mordais les doigts d'avoir été aussi franc. Sans l'ombre d'une tricherie, je lui avais tout dit concernant ma vie passée. Naturellement, les plaies n'étant pas refermées, j’avais laissé paraître dans mes propos une agressivité latente. A l'instar de ma vie et de ses frasques en tous genres, il y avait de quoi affoler la pauvre Françoise.

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           Une chose était claire et évidente cependant. A aucun moment, je n'ai éprouvé la moindre haine à l'égard de Françoise. Je souffrais, mais je la comprenais. Je n'avais pas le droit d'augmenter son propre chagrin. Je le sentais à travers ses lignes, ce n'était pas de gaieté de cœur qu'elle avait pris cette décision. C'était sans doute à ce niveau, que je devais prendre conscience de l'amélioration de mon caractère.

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           Seuls, mes vrais amis venaient me voir tous les jours. Mon état de santé était critique. Je ne réalisais pas la gravité des faiblesses dans mon organisme. Sonné, je n'avais même plus la force de conduire. Fier et orgueilleux, je refusais avec force une aide extérieure. Je devais résoudre mon problème seul. Ce n’était pas la première fois que je sombrais au fond d’un abîme. N’était-ce pas pour moi le moment opportun pour réagir d’une manière plus adéquate et objective ?

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           J'en étais fou amoureux, mais je ne devais pas le laisser paraître. Ni elle, ni nos amis, n'étaient dupes ! Nébuleux, hypnotisé par son regard et sa douceur, je n’avais de regards que pour ma divine amie. Je me montrais tellement délicat et prévenant, que j’en devenais presque maladroit. Chaque mot qu’elle prononçait était un murmure langoureux. Tantôt serrée contre moi, ou sa main blottie dans la mienne, elle m’éblouissait de ses éclats étincelants. Je prenais conscience de la volupté de ces instants sublimes. Cependant, pour ne pas compromettre un équilibre assez précaire et fragile, la logique nous contraignait à un pragmatisme exacerbé. Les débordements intempestifs, dont j'étais très friand à cette époque, devaient eux aussi être mis en veilleuse.

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         J'avais fait les efforts nécessaires, pour prouver à Françoise que je voulais avant tout fuir cette image de violent qui me collait à la peau. De son côté, elle me jurait de réviser ses jugements sur les valeurs ! Un pas l'un vers l'autre, un peu d'eau dans notre vin, tout devenait plus réaliste et prometteur. Nos amis étaient les témoins privilégiés de cet amour naissant. La pondération avec laquelle j'exposais mes projets, sécurisait pleinement Françoise.

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         Le magnétisme, la poésie, elle me confirmait son engouement à leur encontre. Hélas, je doutais de moi. Sur ce point précis, je sentais avec quelle détermination elle s'engageait à me redonner la confiance que j'avais perdue. La partie s'annonçait épineuse. Impossible était un mot dont elle détestait l'existence. Avec de l'amour, beaucoup de patience et de courage, tout était envisageable. Côté intimité et vie privée, nous nous accordions une liberté totale. Tant que notre amour ne serait pas officiellement engagé, nous pouvions disposer de notre indépendance à tous niveaux.

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        Durant de longues heures, point par point, les mystères entourant nos deux personnes ont été élucidés. Partiellement en ce qui la concernait, car, plus énigmatique que jamais, elle ne m'apportait aucune information sur son activité professionnelle. Par peur de la mettre mal à l'aise, je ne lui posais aucune question à ce sujet. Après tout, ma position de chômeur n'était pas tellement honorable et pour rien au monde, je n'aurais pris le risque de me montrer indiscret. Elle me laissait la quasi-totalité de notre entretien, pour conforter mes bonnes dispositions. Détail après détail, je lui expliquais le pourquoi de mon état d'esprit tourmenté.

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           Psychologue et intuitive, elle aurait eu la partie facile en démontant sans peine les châteaux de cartes que j'aurais pu construire pour l'épater. Le naturel s'imposait, la franchise aussi. Je revivais les temps forts de mon existence. Grâce à Dieu, les différentes prises de conscience auxquelles je m'étais livré depuis ma rencontre avec Lui, me permettaient d'afficher un meilleur moral. Moins agressif dans mon langage et surtout, moins caustique à l'égard de celles et ceux qui m'avaient offert la possibilité d'arriver jusqu'à elle.

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           Chaque fois que je laissais apparaître un doute au sujet de mes capacités, Françoise se montrait ferme. Elle n'acceptait pas que je me diminue en aucune façon. Mes efforts étaient louables, mais ils ne devaient pas engendrer cette dévalorisation systématique à laquelle je me livrais contre moi. Elle n'avait qu'une envie, faire de moi un autre homme. Jamais, jusqu'à ces instants magiques, personne ne m'avait témoigné un tel intérêt. Chaque phrase de ma belle compagne, était là pour effacer mes tourments. Avec une tendresse infinie, qui n'a pas varié d'un iota depuis, elle me couvrait des valeurs auxquelles je n'aspirais plus.

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           Le 4 novembre était là ! Très attaché aux symboles, surtout affectifs, je choisissais le train pour me rendre à notre rendez-vous. Jamais, je ne pourrais oublier l'anecdote au guichet de la gare. Même les plus grands humoristes, n'auraient pas pu trouver mieux pour écrire un sketch. La ravissante caissière ne comprenait pas pourquoi, je désirais tant voyager en train. Alors qu'un service de cars assurait les mêmes liaisons. Dans mon esprit autant que mon cœur, l'image était pourtant très nette. La sortie du tunnel. Je quittais ma grisaille pour trouver le soleil à l'autre bout de ce souterrain, dans lequel je grelottais depuis toujours. Allez expliquer cela à une employée bornée ! Encore un peu, je loupais mon train. Elle n'avait pas tort au demeurant, quant au côté rationnel de sa proposition. Le bus me permettait de gagner près d'une heure de trajet. Heureusement pour elle, déjà amoureux fou, je n'avais aucune envie d'entrer en conflit.

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       En dégustant notre café, nous étions pris l'un et l'autre d'un fou rire assez révélateur. Tout était prétexte à extérioriser les tensions nerveuses qui nous avaient oppressés en attendant ce jour merveilleux. A l'instar de la maman qui vient d'accoucher, nous en étions à la phase de délivrance. Françoise me taquinait en essayant d'imiter mes rêveries dans le train. Elle jouait la forte, pour mieux dissimuler son émoi. Quelques instants plus tard, l'occasion m'était offerte de mesurer avec exactitude l'étendue de son trouble. Elle avait garé sa voiture dans le parc souterrain de la gare. La pauvre était totalement dans les nuages. Après de longues minutes de recherches, nous pouvions enfin récupérer le cabriolet. Sur le plan de la nébulosité dans les esprits, nous étions à égalité ! D'anecdotes en anecdotes, nous construisions notre futur bonheur.

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        Plus nous nous approchions de mon appartement, plus nos cœurs battaient à l'unisson. L'harmonie était omniprésente. De détours en contours, je faisais profiter Françoise au maximum de la beauté du paysage environnant. N'importe quelle région, dans de telles conditions, aurait été la plus belle. Je crois que même en plein désert, nous aurions l'un et l'autre découvert des richesses insoupçonnées et des trésors de beauté. Je tenais surtout, et c'était compréhensible, à prolonger à satiété ces moments idylliques. Tous ces chemins, que j'avais jadis parcourus seul, triste et désemparé, m'offraient soudainement un éclat inhabituel. La transition entre la mélancolie et la joie de vivre était certes brutale, mais salvatrice.

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           Délaissant les chimériques pensées, au profit de résolutions formelles, nous avons abordé tous les aspects de notre future relation. Vie commune, mariage, rien n'était esquissé à ce niveau. Par contre, les enfants, occupaient le plus clair de notre conversation. Ne pouvant plus enfanter, après une hystérectomie totale, Françoise envisageait avec émotion l'éventualité d'une adoption. Mon enthousiasme à ce propos, la comblait d'aise. Certes, j'avais mes enfants, quelque part en France ! Jamais, ils ne pourraient venir vivre avec moi. Donc, pour combler ma petite princesse, j'étais prêt à accéder à son désir.

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           Il ne restait plus que deux week-ends avant le récital. Sans avoir à forcer quoi que ce soit, il devenait impensable de les passer loin l'un de l'autre. Car, sans avoir à le souligner, Françoise sentait à quel point son départ pour les Canaries allait être douloureux. Elle a fait preuve d'un altruisme et d'une dévotion sans limite à mon égard. Les petits cadeaux par-ci, les coups de téléphone par-là, les congés de fin de semaine, tout était fait pour me gâter. Elle m'apportait durant ces deux dernières semaines de novembre, l'étendue de tout ce qu'elle était en mesure de m'offrir. Ce qui bien entendu, me comblait à tous niveaux, tout en m'affolant un peu tout de même.

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           Heureusement, avec le magnétisme, je pouvais lui envoyer à distance tout ce que mon cœur avait envie de lui crier en secret. Sur ce plan là, elle n'avait pas ménagé sa peine. En quelques jours, équipé de fond en comble, je possédais toute la panoplie du parfait magnétiseur. Encens, bougies, cassettes de relaxation, rien ne manquait à mes séances. Ce qui me valorisait bien davantage, c'était la volonté farouche avec laquelle elle luttait de toutes ses forces, pour me redonner la confiance en moi.  

    ***

         Avant de rencontrer Françoise, je faisais feu de tout bois, commençant tout et ne terminant rien. Là, émerveillé, je savourais ce nouveau plaisir d'aller au fond de ce que j'entreprenais, avant de m'aventurer ailleurs. En l'occurrence, je plaçais toute mon énergie dans les préparatifs du récital et de ce fait, j'avais annulé mes rendez-vous en magnétisme durant ces trois derniers jours. En prenant le temps de faire une chose après l'autre, je découvrais surtout, les valeurs du présent. Quand je courais dans tous les sens, j'occultais le meilleur de chaque moment. Au profit de l'inquiétude pour ce que je n'avais pas terminé, et de l'angoisse pour ce qui restait à faire. Ce qui signifiait que jamais, je ne jouissais au présent des instants de bonheur, tel que je les savourais depuis que l'amour avait frappé à ma porte.

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         Quinze jours plus tard, après un feu d'artifice artistique émouvant, au cours du récital poétique, nous étions Françoise et moi installés sur notre nuage amoureux. Elle était très loin de mon cœur, je lui manquais cruellement cela se sentait à chacun de ses appels. Comme promis, elle m'a envoyé une carte postale chaque jour. Au gré de ses mots doux, je percevais son amour brûlant. Le " Bonjour Richard ", se transformait en " Tendre Minou " rapidement ! De mon côté, le soir en l'écoutant susurrer ses mots doux, je lui donnais le sobriquet de " Bibiche ". Il nous fallait attendre le 22 décembre, pour voir éclore l'amour revêtu d'or.

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           Je venais juste de terminer le poème que je dédiais à tous ces martyres. Il s’intitulait tout simplement " Roumanie mon amour " ! En clamant les vers au téléphone, après l'aveu de mon désir de partir pour la Roumanie, Françoise éclatait telle une bombe. JE T'AIME ! Mon Dieu comme ces deux mots prenaient une ampleur quasi démesurée dans mon esprit ! D'apparence banale, ils emplissaient mon cœur et mon corps de mille frissons. La crainte de me voir disparaître, au cœur de la bataille, la poussait à m'avouer enfin ses sentiments, qui depuis bien longtemps étaient confirmés à mes yeux.

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           La fin de l'année 1989 approchait à grands pas. Le Tout-Puissant, n'avait finalement pas tenu à ce que je parte en Roumanie. Le lendemain en effet, le ministère de l'intérieur m'appelait pour me signifier que le contingent de renforts prévus était annulé. Inutile de préciser que Françoise a explosé de joie en apprenant la nouvelle ! Entre cette soirée et le 31 décembre, les jours n'auront jamais été plus longs et disgracieux. Plus nous nous approchions de notre nuit d'amour, dont il était tant question dans nos conversations quotidiennes, plus j'étouffais d'impatience. Pour mieux tuer ces longues et interminables journées d'attente, j'étais parti passer quelques jours chez mes parents. Habituellement, entre Noël et Nouvel An, j'avais du mal à trouver une minute à moi.

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           Je prenais conscience de toutes ces richesses qui nous entourent, et dont nous méprisons l'éclat. Un arbre n'est qu'un arbre, pour la grosse majorité des gens. Dieu qu'il est majestueux, sitôt qu'on lui confère une personnalité ! Les fleurs, les oiseaux, le soleil, étaient mes complices et les précieux témoins de la transformation morale à laquelle je me livrais. Jamais je n'avais découvert la féerie d'une gouttelette d'eau, mirant ses reflets nacrés sur le bord d'une feuille. L'écho de mon cœur se mêlait aux multiples sons émanant de cette forêt mystique. Les rayons d’un pâle soleil hivernal, filtré par les branches bondées de neige, coloraient cet environnement de mille éclats multicolores. J’avais envie de peindre, de filmer ou prendre des photos pour immortaliser des scènes aussi merveilleuses. Le chant des oiseaux, le murmure des cascades, amplifiaient mon émoi. Je m'enivrais de ces paysages en tout point magnifiques.

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           Les jours s'écoulaient à une vitesse vertigineuse. Plus je m'approchais du 12 janvier, plus je m'affolais de n'avoir toujours pas de travail. Le magnétisme, était toujours en stand-by. Je ne le négligeais pas naturellement, mais j'apportais une totale priorité à mon avenir professionnel, conscient qu'il ne serait là que pour apporter un plus aux gens qui en bénéficiaient. D'autant que mes rapports entre l'argent et le magnétisme, étaient de plus en plus antagonistes. Ce n'était pas avec lui, que je pouvais décemment concevoir une vie commune auprès de Françoise.

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           Pendant de longues minutes, je revivais ému les scènes les plus dures. En fermant les yeux, brouillés par les larmes, je pouvais même sentir les odeurs du jambon, que je découpais avec parcimonie. Je ne regrettais pas ces privations, certes. Elles étaient là pour me demander simplement, de ne pas céder aux tentations de la facilité. Jusqu’à ce jour, l’argent que j’avais eu, je l’avais toujours sué. Jamais, il ne m’avait été apporté sur un plateau comme avec Françoise. Plateau d’amour c’est vrai. Devais-je pour autant faillir à mes règles ? Pour rien au monde, je ne devais accepter pareille générosité. Si la vie devait nous réunir, il serait temps d'envisager les rapports différemment. Pour l’instant, pas question de me laisser embarquer sur la voie de la facilité.

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           Délaissant son confort personnel et égoïste, elle cherchait avant tout à faire mon bonheur. Mettant à profit l'occasion qui s'offrait à elle, Françoise en venait à ce qui la turlupinait depuis son retour des Canaries. Malicieuse et très futée, elle amenait la conversation sur les projets de vie commune. Elle s'efforçait de noyer le poisson, et sans que je n'aie pu m'en rendre compte, me soutirait les vers du nez. Passant d'un sujet à l'autre dans notre discussion, sans transition et avec habileté, j'avais du mal à garder les esprits clairs.

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           Elle voulait vraiment faire de moi un autre homme. Enveloppé, saucissonné, muselé même, je ne pouvais que rendre hommage à sa sincérité. Ce qui me rassurait, c'était qu'à aucun moment, je n'ai senti un esprit de supériorité de sa part. Loin de chercher à m'épater, elle désirait uniquement me rendre élégant. Il est vrai qu'à cette époque, je traînais avec les mêmes vêtements pendant plusieurs mois ! Comme jamais personne ne m'avait valorisé de cette manière, je sentais mon ego tressaillir en l'écoutant murmurer tant de douceur. Avec au fond de moi un arrière-goût de repentir, j'accédais finalement à ses désirs. Plus question de me culpabiliser exagérément, au risque de froisser Françoise. Je mettais mon honneur dans ma poche et un mouchoir par-dessus, accordant à Françoise le droit de veiller sur ma personne. A condition toutefois, que cela reste dans les règles de la bienséance.

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          Vendredi 12 janvier 1990 ! Le grand jour était enfin arrivé. J'étais doublement satisfait. Mon premier week-end avec Françoise avant tout. Soulagé surtout d'avoir enfin trouvé un emploi. Le 8 janvier, je m'étais rendu à Paris, habillé comme un prince. L'habit ne fait pas le moine c'est vrai, mais tout de même. J'avais en main mon contrat d'embauche et j'en étais vraiment fier.

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           A dix-sept heures trente exactement, nous pouvions échanger un très long et langoureux baiser, après plus d'un mois d'attente. Elle était encore plus belle à mes yeux. Malgré le froid assez vif en cette période de l'année, nous sommes restés enlacés durant plus de dix minutes. Nous avions tellement de choses à nous raconter, que nous ne savions pas par où commencer. Le plus sage, était d'aller se réchauffer en buvant un chocolat chaud.

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           A chaque regard, la même flamme brûlait au fond de nos yeux. Les mots devenaient superflus. Bien avant d'arrêter la Golf, au pied de son immeuble, nos mains avaient déjà parcouru l'essentiel de nos anatomies. Difficile de conduire en ayant à l'esprit ce que mes mains étaient en train d'effleurer ! Heureusement que la circulation à ces heures n'était pas trop dense et surtout, que Le Tout-Puissant accordait aux amoureux une protection supplémentaire ! Car sinon, à deux reprises, nous aurions connu de sérieuses difficultés. Pour apaiser nos pulsions de plus en plus violentes, nous nous étions arrêtés une fois ou deux en bordure de chaussée. Allions-nous prématurément nous donner l’un à l’autre ? Certes, les prémices étaient de braise et nos corps endiablés. Sagement, nous préférions en rester aux plaisirs des caresses.

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           Après l'aventure à la banque, je savais Françoise particulièrement habile. J'étais loin d'imaginer à quel point ! Dans l'armoire de la chambre, comme à la salle de bains, j'avais déjà mes petits coins réservés, et mes premières affaires soigneusement installées ! Sans trop de difficultés, elle avait noté les tailles de mes vêtements et de mes chaussures, pour faire en sorte que j'ai des effets personnels dès mon arrivée. J'étais sonné, je ne savais plus quoi dire. C'était bien ce qu'elle espérait.

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           Par jeu, autant que par souci de perfection, nous poursuivions durant des heures notre approche de l'un vers l'autre. Pour rien au monde nous ne souhaitions brusquer les événements. Nous nous désirions tellement qu'à certains moments, nous avions du mal à conserver les yeux ouverts. Emportés par un tourbillon de folie, nous nous détachions progressivement du présent. La musique devenait de moins en moins audible, le tintement des coupes n'interpellait même plus nos oreilles. La chaleur qui nous unissait était de plus en plus insupportable. Le firmament du désir était atteint. Tels des aimants, nos corps ont été soudain attirés l'un vers l'autre.

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           Au cours de ce premier week-end, nous avons pu en toute sérénité, discuter de notre avenir. Après ce que nous venions d'échanger, il était clair que nous étions vraiment faits l'un pour l'autre. Car si pour certains, le plaisir physique est illusoire, voire secondaire, pour nous il apparaissait fondamental. Rien n'est plus triste et monotone dans une vie de couple, quand celui-ci n'est pas ponctuellement enveloppé par le désir. Au même titre que l'air que nous respirons, la nourriture que nous absorbons, les joies et les peines que nous partageons, le plaisir occupe une place privilégiée. Sans lui, la porte de l'indifférence ouvre en grand l'accès à la routine, puis aux habitudes, elles-mêmes aboutissant inéluctablement aux divergences, génératrices des ruptures.

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           Ce week-end, était un feu d'artifice à ce niveau. Loin de blâmer les autres, nous prenions sur nous d'identifier ce qui avait pu dans le passé, faire en sorte que les unions, n'avaient pas abouti. Même dans le doute ou, au contraire, avec l'absolue conviction au fond du cœur, nous passions en revue tous les paramètres nuisibles et générateurs d'échecs. Nos différentes investigations nous permettaient de déboucher sur une voie objective. Les artifices, les apparences, les excès en tous genres, émergeaient sans cesse dans nos conclusions. Plus nous resterions nous même, plus nous aurions des chances de nous démarquer du flot grandissant des individus stéréotypés. Vivant pour nous, sans nous soucier des autres, telles étaient les principales règles érigées sur notre futur parcours commun.

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           J’avais l’impression de marcher sur une lame de rasoir. Habituellement inspiré, je me heurtais au mur de mon absence d'improvisation. Évoquant la force de la sagesse et de la logique, je lui proposais de venir chaque week-end. Le temps qu'il faille, pour mieux nous conforter dans nos projets. N'était-il pas question de mariage ? Le chat échaudé que j'étais, tremblait à l'idée qu'une troisième union soit possible. Françoise n'en faisait pas une idée fixe, mais je sentais qu'elle en rêvait très fort.

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           Au lendemain de cette première nuit féerique, le samedi 13 janvier exactement, et avec la complicité du Tout-Puissant, Françoise confortait son envie d'officialiser notre relation. Non seulement elle m'a acheté des vêtements : vestes, pantalons, chemises, chaussures etc., mais elle s'est arrangée pour me placer dans une situation irréversible. Sa santé n'était pas mirobolante, loin s'en fallait.

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           Les flammes de la passion s'échappaient de ses magnifiques yeux verts. Ils scintillaient des mille feux du bonheur et de son envie de se consacrer pleinement à moi. Personne avant elle, ne m'avait accordé un tel intérêt. Je découvrais ébahi, les joies de me sentir aimé. Que fallait-il que je fasse ? Je devais absolument maintenir le cap, sans me laisser emporter dans ces tourbillons presque irréels. D'un autre côté, il m'était difficile, pour ne pas dire impossible, de résister aux assauts de tendresse et d'amour dont elle m'enveloppait dans chacun de ses mots.

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           Au cours de notre premier déjeuner à l'extérieur, Le Tout-Puissant me permettait de recouvrir mes esprits. Je ne pouvais pas m'empêcher de convertir les monnaies de nos deux pays ! Ce qui, inéluctablement, me plaçait dans une situation catastrophique au moment de l'addition. Avec ce que nous venions de manger et de dépenser, sans excès, j'aurais pu nourrir ma fille durant un mois complet avec la même somme d'argent quelques années plus tôt. Ma réaction ne s'est pas fait attendre. Revivant ces périodes de lourds sacrifices et de restrictions, je n'ai pu contenir mon chagrin.

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           Le soir venu, après un repas placé sous le signe de la modestie, nous entrions dans le vif du sujet. Un gros travail avait déjà été effectué tout au long de l'après-midi. Je n'éprouvais donc aucune difficulté à extraire les derniers points sensibles de mon esprit. Soulagé, je pouvais alors m'occuper de Françoise en essayant de faire disparaître les kystes et la grosseur. Une fois encore, je réussissais à lui enlever les formes disgracieuses qui déformaient son si joli petit minois.

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           Ce n'était pas un refus de ma part bien au contraire. Cependant, passer du jour au lendemain, de clochard à homme du monde, ne pouvait pas se faire sans susciter quelques manifestations de prudence et de pondération. Elle acceptait très gentiment ma proposition de venir chez elle tous les week-ends, dans un premier temps. Je devais me faire à l'idée que mon passé était oublié, et qu'il me fallait préparer l'avenir. C'était sur ce plan là, qu'elle se montrait la plus persuasive. Elle était tellement ancrée dans la peau de son personnage d'épouse, qu'elle en utilisait la verve avec grâce et aisance.

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           Mon premier week-end se terminait en apothéose. Comme tout avait été dit, passé au tamis et disséqué, elle me réservait une belle surprise. Depuis qu'elle avait quitté ses parents, jamais, elle ne leur avait parlé de sa vie privée. Encore moins présenté l'élu de son cœur. Quelle n'était pas ma stupéfaction, en l'écoutant parler de moi au téléphone ? Fallait-il qu'elle soit sûre d'elle ou au contraire, exagérément optimiste !

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           Je venais de passer deux jours, idylliques en tout point. Tout était calibré, dosé, défini avec exactitude dans le respect des deux. C'était plus fort que moi. Je n'osais pas imaginer qu'une femme pouvait se montrer aussi généreuse, sans arrière-pensée. L'antagonisme entre mes deux personnages me perturbait un tant soit peu. Ce qui ne manquait pas d'interpeller Françoise. Immédiatement, m'évitant une énième descente aux enfers, elle se proposait de me ramener chez moi. Elle mourait d'envie de dormir à mes côtés dans SON petit nid ! Folie, caprice... Rien de tout ça. Un amour sans cesse plus grand, qui d'ailleurs n'a jamais défailli depuis, qui la poussait à me choyer et me protéger.

      ***

         Dans notre petit nid, nous rêvions, blottis l'un contre l'autre. J'admettais pour la première fois, qu'il pouvait exister autre chose sur la terre que l'angoisse et la souffrance. Les plaies successives, qui avaient jalonné mon passé, avaient du mal à se refermer. Une fois encore, mes deux personnages rivalisaient d'ingéniosité pour faire admettre à l'autre le bien fondé de leurs atouts. Trop beau pour être vrai, c'était la version pessimiste du vagabond !

***

           J'étais pris dans l'étau d'un avenir merveilleux et dramatique en même temps. Acculé dans mes derniers retranchements, je ne savais pas comment je pouvais faire, pour décliner l'invitation à venir m'installer définitivement près de ma future épouse. Plus je tergiversais, plus je sentais Françoise en proie à des craintes légitimes. Nous savions ce que nous voulions l'un et l'autre, n'étant plus des enfants. Nous avions le plein accord et qui plus est, la bénédiction des parents. Que me fallait-il de plus aux yeux de Françoise, pour accepter de vivre avec elle ? Dès le début de cette période de trouble, j'étais contraint d'abdiquer et lâcher prise avec mon magnétisme. Je n'avais plus la tête à moi.

      ***

         Avant de venir me rejoindre chez elle à midi, elle était allée retirer dix mille francs. En déposant l'enveloppe devant moi, elle redoutait ma réaction. Anticipant sur une attitude négative de ma part, elle prenait les devants. Puisque la police des frontières se montrait menaçante, et qu'elle ne voulait pas que je prenne ma voiture, elle me proposait d'en acheter une d'occasion. Ainsi, elle ne se ferait pas de soucis inutilement. L'objection, elle l'attendait ! Ce à quoi elle me répondait, avec un sourire hautement coloré en malice, que de toute façon, la voiture resterait sa propriété quoi qu'il puisse advenir dans notre relation. La logique d'un côté, la puissance de l'amour de l'autre, je ne pouvais plus opposer la moindre résistance. Elle savait ce qu'elle voulait et jusqu'où elle pouvait aller dans ce petit jeu.

***

           A chaque instant, elle me persuadait de ne pas me culpabiliser. L'argent était fait pour être dépensé. C'était la première fois qu'elle pouvait le faire pour l'homme qu'elle aimait. Ce n'était pas des manières, ni de l'hypocrisie. Ce qui m'empêchait de céder à la panique. Elle était tellement sincère et pleine d'intentions affectueuses à mon égard, que je fondais comme neige au soleil à chacun de ses regards.

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           Occultée de ses propos depuis plusieurs semaines, voilà que subitement, la présence d'une autre femme dans ma vie revenait sur le plancher. Cette fois, la colère et l'envie de rompre étaient manifestes. Que pouvais-je faire ? Accentuer sa souffrance en gardant le silence ? Aggraver son état physique de plus en plus précaire ? A cause de moi, elle souffrait chaque jour davantage. Les kystes, les rages de dents, les poussées de fière... Rien ne lui était épargné.

***

           A chacune de nos rencontres, je passais une bonne demi-journée à la soigner avec mon magnétisme. Sans parler des séances de télépathie, presque quotidiennes. Je n'avais pas le choix. Je maintenais mes positions et je m'exposais à reprendre ma vie de célibataire ou je lui avouais la vérité. A chaque rencontre avec mes amies, elle se montrait très désagréable et agressive. Toutes les femmes que nous rencontrions, quand elle venait me voir, devenaient des créatures de petite vertu. Elle refusait les invitations qui nous étaient faites.

***

           Je me sentais moins coupable vis-à-vis de l’argent, ce qui était notable. J’avais honte naturellement, mais qui, dans les mêmes circonstances, n’aurait pas cédé à la panique ? Pour me donner bonne moralité, et amoindrir les effets pervers de la culpabilité, je revivais les instants de torture morale au cours desquels Françoise imaginait le pire. Comment dans ces conditions, ne pas accéder à ses désirs ? Puisque Dieu nous avait fait la grâce de nous mettre en présence, ce n’était pas pour que sans cesse, j’inflige à ma dulcinée des principes surannés ! Cette prise de conscience m’aidait à peaufiner le nouveau personnage, auquel Françoise était attachée.

***

           Mon petit nid était triste, autant que mon cœur. La brave mamie qui m'avait loué ce charmant meublé, laissait couler ses larmes de mélancolie. Combien de fois avait-elle recommandé à Françoise de prendre soin de moi ? La veille, quand Françoise était allée payer mes dernières mensualités, elle lui avait parlé de moi en des termes si élogieux, que ma dulcinée en avait fondu en larmes. Elle savait le mal qu'elle faisait à la mémé, en lui enlevant son poète.

***

           Ce 19 avril 1990, était définitivement marqué au fer rouge dans nos mémoires, et gravé à tout jamais dans nos cœurs. En terminant de boucler mes derniers cartons, les souvenirs se bousculaient dans ma tête. Les images de ce passé encore présent, virevoltaient dans mon esprit. Chaque objet, chaque photo, évoquait une trace de ma vie passée. Lentement, j’enfermais dans mes bagages les vestiges de la première partie de mon existence. Dix, quinze, je ne savais plus exactement à combien de déménagements j'en étais. La seule chose dont j'étais intimement persuadé, c'était que cette fois, ce serait la dernière. Pierre qui roule n'amasse pas mousse !... Ce proverbe prenait soudain une importance capitale.

***

           Serais-je avec Françoise, meilleur que je ne l'avais jamais été jusqu'ici ? Combien de fois me suis-je posé cette question ! Chaque fois, la réponse que Françoise m'adressait était la même ; je n'avais plus de raison de douter de moi. Il fallait que je tire un trait sur mon passé. L'avenir était devant moi, et non derrière. En me prenant dans ses bras, me caressant les cheveux tendrement, je sentais le souffle de sa respiration rythmer les battements de son petit cœur meurtri. Elle faisait sienne ma souffrance, et partageait pleinement mon chagrin.

***

           L'épreuve était dure à surmonter, mais avec mon petit ange aux yeux verts à mes côtés, j'ai pu très vite éluder de mes songes, les amères pensées. En refermant pour la dernière fois la porte d'entrée de mon petit nid, je ne pouvais contenir mes ultimes larmes. Françoise n'était pas en reste, même si pour se donner bonne façon, elle prétextait un brusque mal aux yeux !

***

           Autre moment pathétique, celui des adieux à la mamie. Jamais, je ne pourrai oublier ces minutes presque magiques. Lequel de nous trois était le plus bouleversé ? Vers quinze heures en ce 19 avril 1990, nous quittions le petit nid, et en nous éloignant de lui, nos cœurs manquaient d'exploser de douleur. Françoise était devant, au volant de la Golf, et je la suivais comme son ombre en pilotant la voiture qu'elle m'avait offerte. Le premier chapitre de ma vie arrivait à sa fin. Combien notre existence avec Françoise en comporterait-elle ?

***

           Durant des heures entières, nous restions là, tendrement collés l'un à l'autre. Curieuse et avide d'émotions fortes, elle adorait m'écouter. Elle se montrait même au gré du temps, exigeante dans les réponses qu'elle attendait. Pas question de survoler un problème. Notre première grande conversation, portait sur le magnétisme. Elle n'avait aucune connaissance dans ce domaine et voulait en savoir plus. Depuis plus de quatre mois, elle en appréciait l'efficacité, d'où ce regain d'intérêt vis-à-vis de ce fluide un tantinet mystique et énigmatique.

***

           Ma vision sur la vie, la réincarnation, le magnétisme, n'a toujours engagé que moi. Cela n'a jamais été, et ce ne sera jamais, une méthode parmi tant d'autres. Chacun est à même de comprendre, analyser, et interpréter ce que bon lui semble, quand bon lui semble. Pas besoin de guide ou de " maître " pour cela. Ceci précisé, je commençais mon approche sur les paramètres entourant le magnétisme. " " "  Pour moi vois-tu, Dieu c'est avant tout, la symbiose de toutes les énergies, terrestres et spirituelles. Pour essayer de le représenter d'une manière pragmatique, je me réfère au corps humain. Comme tu le sais je l'espère, notre corps est constitué de centaines de milliards de cellules. Ces cellules en s'unissant, forment un organe. Ces mêmes organes en se rassemblant, constituent un appareil, ou fonction ! Donc, pour en revenir à Dieu, j'ai le sentiment d'être une de ces cellules de mon corps. Tout ce qui compose la vie sur la terre, représente les autres cellules du même corps. Et ce corps, c'est l'immensément grand, l'univers, en résumé, le Tout-Puissant.

          A l'instar des cellules dans notre propre corps, qui naissent, se reproduisent et meurent, l'être humain symbolisé par l'image de ces cellules, se comporte de la même façon. La naissance, la vie, la mort. Le processus est rigoureusement identique. Tout comme dans notre métabolisme, il y a des cellules actives, d'autres passives et une minorité de troubles faits ! L'espace interstitiel entre chaque cellule, paraît minime et dérisoire, même au microscope. Et pourtant, ramené à la taille de l'homme, il est infiniment grand. Voilà pourquoi, vu d'en bas pour nous, les cieux et les étoiles nous paraissent aussi éloignés. Autant que les cellules de nos pieds par rapport à celles du cerveau. En résumé, nous appartenons toutes et tous à un même corps que j'apparente à Dieu... " " "

***

         Son visage étincelant, était un miroir, dans lequel je pouvais découvrir les images de ce que j’étais en train de raconter. L’effet " boomerang " m’interpellait au plus haut niveau. En la voyant en train de boire mes paroles, je réalisais avec effroi à quel point certaines personnes pouvaient être vulnérables. Combien de Françoise existent dans le monde ? Je gardais cependant, cette constatation pour moi. Nouvelle gorgée de champagne, et je repartais dans mon récit :

         " " " J'ai toujours adoré personnaliser tout ce que je ressens et qui me fait vibrer. Plutôt que me cantonner dans une vision abstraite et relative de Dieu, je me suis bâti cette version. C'est en partie grâce à cette " fabrication " du Tout-Puissant, telle que je viens de te la conter, que j'ai pu rapidement accéder au pardon. L'antagonisme qui m'opposait à mes semblables, générateur de haine et de rancune, s'est estompé rapidement. J'ai compris surtout, le travail que je devais accomplir pour épurer mon subconscient.

         Tout comme les cellules de mon corps, en me reproduisant, donc en me réincarnant, je me transmets moi-même les informations, bonnes et mauvaises. La mémoire des cellules, depuis très longtemps la science l'admet et la reconnaît. Elles se transmettent en se reproduisant, les informations acquises. Pourquoi ne pas imaginer que la mémoire de la cellule peut être en fait, le subconscient chez l'homme ? Chercher à modifier les structures des cellules, s'appelle je crois les " manipulations génétiques " ! La modification des structures de l'homme ? Pour moi c'est du bourrage de crâne. Une intoxication mentale ! Les gourous l’ont bien compris, et c’est pour cette raison que l’on assiste à cette prolifération de sectes " " "

    ***

         Le ton était donné pour le reste de la soirée. Heureusement, le lendemain de cette première grande discussion, elle avait congé. Il était un peu plus de vingt-trois heures. Loin d'être lassée, elle me harcelait de questions toutes plus pertinentes les unes que les autres. Émerveillée, fascinée, elle ne se lassait pas de m'entendre écorcher celles et ceux qui le méritaient, au fur et à mesure que je rapprochais l'être humain de cette conception de Dieu.

***

           Le chapitre sur le Créateur étant terminé, nous prenions alors la destination de la réincarnation. Toujours avec mes théories, strictement personnelles. Autodidacte, encore plus aujourd'hui, j'ai toujours essayé de comprendre les choses et de leur donner une dimension logique. Loin des théories surannées, dont se gargarisent les soi-disant grands spécialistes. S'il est aisé d'afficher ses connaissances, il est plus difficile de convaincre de son intelligence. Plus les choses sont dites simplement, sans artifice, plus les gens les comprennent. En laissant à chacun la possibilité de rêver, sans chercher à l'étouffer de règles et de lois, le monde a toutes les chances de retrouver un aspect moins austère.

***

           Avec mon langage authentique et rempli d'anecdotes, elle pouvait se fabriquer ses propres images. Comme je le lui disais, il y a autant de méthodes, de théories et de règles différentes en ésotérisme surtout, qu'il y a de " spécialistes " pour en parler. Qui, honnêtement, peut affirmer sans tricher pouvoir authentifier telle ou telle conception ? En laissant à chacun le soin de bâtir son propre cheminement, dans la foi essentiellement. Sans imposer un Dieu omniprésent et justicier, peut-être que la compréhension entre les humains effacerait le racisme.

***

           Malgré l'heure avancée de la nuit, je poursuivais sur ma lancée pour le plus grand bonheur de Françoise. Elle avait hâte de connaître ma version sur la réincarnation :

         " " " Tu as déjà je pense, entendu les différents témoignages de personnes qui se sont vues mortes. Soit dans un accident, une maladie. Ou Dieu sait quoi. Je t'ai raconté ma propre expérience à ce sujet, tu t'en souviens ? Parfait ! C'est très important pour moi. Car tout est basé là-dessus. Si ces gens se sont vus, d'en haut, Tout comme moi sur mon lit d'hôpital, c'est bien la preuve que ce que nous voyons depuis notre corps, vivant, peut-être vu hors de celui-ci ? Les témoignages en sont un aveu absolu ! Ce qui tend à prouver qu'à notre mort " définitive ", notre âme, celle qui nous permet de voir hors de notre corps, est immortelle ! Sinon les gens ne pourraient pas raconter.             A notre mort, notre âme s'élève et se mélange aux milliards d'autres qui emplissent l'univers. C'est ce que l'on pourrait appeler les " entités " ! Ce que nous ignorons ou faisons semblant d'ignorer, c'est que notre âme au fil des ses allers retours, se remplie de connaissances. Et... De vilains défauts ! C'est ce que nous pouvons appeler notre " Karma " ! Voilà pourquoi, au cours de nos réincarnations, il nous appartient de l'épurer. Jusqu'à faire de nous des êtres parfaits donc, des anges !

            Elle vient de traverser une période assez mouvementée. Elle a honte. Elle était sur terre un horrible personnage, imbu de sa personne, hypocrite et méchant, n'aimant que l'argent. C'est alors que les anges lui viennent en aide. Ils prennent l'âme par la main, et l'aident à se rapprocher de la terre. Ensemble, ils cherchent le temps qu'il faut, pour trouver le couple de géniteurs qui leur paraît le plus à même, de lui offrir la possibilité de se racheter.

            Jusqu'à six mois de gestation, l'âme réincarnée peut choisir elle-même si oui ou non, elle se sent prête à assumer son rôle. C'est pour cette raison qu'il arrive parfois qu'elle se rétracte. Les vibrations qu'elle a perçues pendant ces six premiers mois ne l'inspirent pas. Elle quitte les géniteurs et se replace dans son dirigeable. Car, passé ces six mois, elle s'engage. Elle juge que c'est le bon moment pour épurer ce qu'elle doit effacer de sa mémoire. Grâce au fil d'Ariane, les informations lui sont transmises, sous forme de messages ! A lui de savoir les interpréter, modifier son comportement en fonction des directives qu'il reçoit.

           La souffrance, la douleur, sont là pour nous permettre de nous élever. Elles évitent surtout que l'on ne s'incruste trop dans le confort de l'apparence et de la facilité. Les gens qui se galvanisent dans l'opulence et le mépris, à l'instar de l'exemple que je viens de te donner, sont réincarnés de telle manière qu'ils subissent à leur tour les vacheries qu'ils ont infligées aux autres lors de leur incarnation précédente. Tu es miséreux, malheureux dans cette incarnation ? Dans la suivante tu seras heureux ! Ainsi de suite. Ce qui est primordial, c’est de prendre conscience de ce phénomène, et de s’évertuer à effacer de notre mémoire " subconsciente ", les effets pervers qui jusque là, l’ont perturbée. A nous d’éliminer le négatif, au profit du positif. C’est bien ce qu’il y a de plus dur en vérité ! Voilà ma chérie, comment je visionne à présent la réincarnation ! " " "

***

        Comme pour un bon nombre de personnes, la confusion était totale dans son esprit. Les gens se perdaient dans les méandres du magnétisme, habilement brouillées par celles et ceux qui en faisaient un marché lucratif. Depuis ma première séance, je m'efforçais de démystifier les arcanes de l'énergie. J'avais en mémoire une brave dame, d'un âge respectable, que j'étais allé consulter pour une séance de magnétisme. Quelle n'a pas été pas ma stupéfaction, en la voyant pratiquer une banale séance de polarité ? Banale n'étant pas péjoratif, loin de là. Elle salissait par cette attitude, l’essence même des valeurs que je voulais défendre. Dommage qu’aux yeux de certains spéculateurs, l’énergie vitale se trouvait dénaturée. Sans doute était-ce par souci d’éthique que cette brave dame se faisait passer pour une magnétiseuse ?

***

           Dommage que pour se donner l’illusion d’être une personne exceptionnelle, cette brave thérapeute affichait son portrait le plus négatif. Le magnétisme étant à la mode, il importait qu’aux yeux de ses patients, elle soit " magnétiseuse " ! Que ne ferait-on pas pour paraître ! Je formulais le vœu de la voir changer son fusil d’épaule. La modestie aidant, peut-être parviendrait-elle à dompter la polarité et s’en faire une amie ? Grâce à cette énergie, que tout un chacun possède et peut maîtriser, il est possible effectivement d'apporter un soulagement, voire une guérison, à un malade. Avant de commencer mes explications, et entrer dans le vif du sujet avec Françoise, je prenais le temps de lui apporter ces précisions :

       " " " La polarité est réellement à la portée de tous. OUI ! Toutes celles et ceux naturellement, qui prennent le temps de s'y intéresser ! Il est utopique d'imaginer que cette force pouvait être utilisée par tout un chacun, sans un minimum de préparations. Sitôt que l'on maîtrise une certaine gestuelle, très clairement illustrée dans l'ouvrage traduit par Richard Gordon, et que l'on acquiert un minimum de dextérité, alors, on peut envisager de soulager véritablement son prochain. Il faut pour cela, fort heureusement, énormément de patience et de volonté, avant d'obtenir les résultats escomptés. J'insiste lourdement, sur cet aspect. Ma franchise au moins, a le privilège de sécuriser mes patients. Pas besoin d'être magnétiseur, ou autre pseudo-guérisseur plus ou moins reconnu, pour aider un être humain à surmonter ses problèmes """.

       ***

        Dieu nous a offert à tous le même pouvoir. Qui, n'a jamais d'un geste réflexe, placé sa main sur son front ou sur sa joue pour soulager un mal de tête ou de dents ? La maman qui caresse son enfant pour le guérir, sans chercher à lui manifester autre chose que de l'amour, ne parvient-elle pas à obtenir l'effet désiré ? L'enfant dans ce cas là, n'est-il pas en position absolue de recevoir ? Plus on laisse faire la nature, moins les guérisons paraissent surnaturelles. L'énergie vitale... Force de vie... Électromagnétisme... Polarité... Ou plus communément Magnétisme, est réellement à la portée de toutes et tous sans aucune connaissance ni prédisposition particulière. Il faut naturellement, acquérir la gestuelle accompagnant cette force, et surtout, être conscient qu'avant toute chose, on apporte de l'amour.

***

           De métaphores en images rationnelles, je tentais d’effacer les zones d’ombre dans les esprits. Il me fallait avant toute chose, faire une distinction fondamentale pour ne pas créer de confusion. Expliquer les choses simples, il n'y avait rien de plus complexe. En dépit de la vivacité de son esprit, et de son intelligence, Françoise elle-même avait du mal à comprendre. Avec elle, je me trouvais comme un père avec son enfant, essayant de débroussailler les chemins devant lui :

           " " " Chacun d'entre nous possède sa propre énergie magnétique, vitale et indispensable au demeurant. Il peut la transmettre comme on vient de le voir, Celle-ci n'a vraiment rien à voir avec l'énergie magnétique transmise par les mains d'un magnétiseur, que j'appellerai Magnétisme Curatif. Dans ce cas précis, le praticien devient un fil conducteur réel, un canal si tu préfères. Il se trouve lui, en état de surcharge énergétique permanent. Grâce à son pouvoir, ou DON, il va apporter une énergie de substitution dans le corps du patient. Son rôle, va être de stimuler les zones de passage et de création de l'énergie du patient, qui se trouvent momentanément affaiblies. On verra plus loin, quels sont les moyens d'y parvenir, et surtout, ces fameux points d'accès possibles, que le magnétiseur se doit de connaître naturellement.

           S'il y a actuellement un tel amalgame dans les esprits, c'est que l'argent, encore lui, est venu dénaturer l'essence même de l'énergie. Pour se remplir les poches, beaucoup de charlatans se prétendent guérisseurs et bien entendu, en plus de ne rien savoir faire, ils songent avant tout à se pavaner. Pour moi, puisque le magnétisme est partout autour de nous, et en nous, il appartient à Dieu et non aux hommes. Ce ne sont pas les êtres humains, qui déterminent et attribuent telle ou telle fréquence électromagnétique aux organes ou objets qui nous entourent ? C'est donc bien un cadeau du Tout-Puissant !

         L'air, l'eau, le vent, la pluie. Les énergies qu'ils engendrent, tout, sans exception, est offert par Le Seigneur ! As-tu déjà payé une facture de consommation d'énergie vitale ? Non... Bien sûr ! Remarque, il ne faut pas crier victoire trop vite. Sait-on jamais ! Alors pourquoi, certaines personnes font payer des séances de magnétisme ? A quel prix souvent ! C'est scandaleux. Si le patient veut t'offrir quelque chose. De l'argent, du champagne, de la nourriture. En échange du bien-être que tu lui as apporté, c'est génial ! De là, à lui imposer un tarif... ! " " "

***

         Bien que très intéressée et passionnée par ce que je lui disais, je sentais bien que Françoise se crispait au gré de mes explications. Se sentait-elle souffrante ? Pas le moins du monde. Simplement, comme depuis le début de mon discours je parlais d'amour, en insistant lourdement sur cet aspect, elle laissait parler son cœur de femme, un tantinet jalouse ! Honteusement, elle me l'avouait. Elle était consciente des risques inhérents à pareille dévotion envers quelques femmes de petite vertu. Elle avait peur, de voir se transformer l'amour divin auquel je faisais référence, en amour physique.

***

           Il me fallait intervenir rapidement, pour éluder de telles pensées de son esprit fertile et intuitif. De plus, avec tous les exemples dont nous disposions autour de nous, elle avait de quoi se poser des questions. J’attendais un doux sourire de sa part, avant de poursuivre. Calmement, je lui apportais les explications nécessaires :

         " " " Rassure-toi mon trésor. L'acte d'amour à ce niveau-là, bien loin de toute idée ou désir sexuel, est incontournable et indiscutable. L'amour divin, celui qui nous est offert par Le Seigneur, est le seul à entrer en ligne de compte. Le meilleur exemple que je puisse t'apporter, et auquel je me réfère, c'est par son fils Jésus Christ ! N'a-t-il pas été de tous les temps, le meilleur magnétiseur ? C'est de cet amour-là qu'il faut s'imbiber le corps et l'esprit. Non celui que l'on recherche en dessous de la ceinture !

         Hélas je te l'accorde, parmi les magnétiseurs. Comme dans beaucoup de domaines médicaux ou paramédicaux, il existe à mon avis beaucoup trop de Grigri Novykh... Alias " Raspoutine ". Dans le cercle fermé de l'ésotérisme ! A l'instar de ce très grand magnétiseur, mais coureur de jupons avant tout, les exemples de débordements, voire de déviations sexuelles, ne manquent pas ! Nul besoin de se documenter sur ce cher Raspoutine ! Parmi les exemples de libertinages, il suffit de relater certains faits très contemporains. Comme ce restaurateur français qui, adepte du Tantrisme à n'en point douter, a transformé l'une de ses patientes en poupée gonflable ! Certes, les religieux Tantristes arrivent à dissocier l'acte sexuel du magnétisme. En clair, si tu préfères, il est plausible et tout à fait authentique, de magnétiser avec son sexe.

         Don ou pas... En pareilles circonstances pour les adeptes de la drague, tous les moyens sont bons pour assouvir leurs fantasmes ! Comme ce cher restaurateur qui, fort du don qu'il prétendait accordé par Dieu, trouvait le moyen d'influencer sa patiente au point de la transformer en maîtresse à part entière. Naïveté aidant, cette dernière acceptait de bonne grâce de se faire introduire par son " magnétiseur ", afin de solutionner son problème gynécologique. Problème aussi débile et imaginaire, que le don du praticien. Elle souffrait de problèmes pulmonaires, médicalement prouvés. Elle a réussi à admettre le diagnostic de ce restaurateur magnétiseur bidon, qui lui, préconisait avec véhémence les pratiques Tantristes pour neutraliser un cancer à l'utérus ! Cherchons l'erreur !

         La naïveté, l'ignorance, ne sont-elles pas les meilleurs atouts pour ceux dont l'esprit est à l'affût ? Que ce soit sexuel ou pour endoctriner, comme les sectes, la faiblesse humaine engendre la vulnérabilité, qui se transforme inéluctablement en dépendance. Il suffit que les données soient claires et bien définies, pour éviter tout débordement. Il y a toujours des risques c'est évident. On a beau être le meilleur conducteur qui soit, on n'est jamais à l'abri d'un accident. Il en va de même pour la santé. Il y a tout de même plus de praticiens honnêtes et consciencieux, que de vicieux et pervers. De la même façon qu'il existe une masse imposante de personnes qui se respectent, par rapport à une minorité prête à tout pour assouvir leurs fantasmes.

         En ayant l'esprit clair, il est possible de contrôler chaque situation. C'est vrai, nul n'est à l'abri de rien dans aucun domaine. Il suffit de ne pas céder aux caprices de certaines personnes, pour être exposé aux pires ennuis. Le film " L'instituteur ", avec le regretté Jacques Brel, en est une illustration sublime. Pour se faire valoir, ou simplement attirer l’attention, tout le monde est à même de se livrer à des chantages de ce genre.

         Le plus important, c’est de garder la foi et la confiance. Quelles que soient les accusations, les calomnies ou les atrocités que nous pouvons subir, la vérité divine éclate un beau jour. C’est vrai, les dégâts sont souvent irréversibles. La méchanceté et la cruauté de certaines personnes, font un mal considérable. D’où les séquelles engendrées. Il faut se montrer fort et se dire que notre chemin de vie est constellé d’épreuves en tout genre. D’autant plus fortes, qu’elles se situent au niveau du Don. Si à cause de ces quelques cas isolés, on ne pouvait plus rien faire, qu'adviendrait-il de l'humanité ?... " " "

***

       Avant d'en venir aux explications plus techniques sur les énergies, il était nécessaire que j'explique à ma fiancée comment, j'en étais parvenu à ce degré de compréhension vis-à-vis du Don que le Tout-Puissant m'avait octroyé. Se sentir investi, avoir découvert de quoi, c'était parfait. Le cheminement que cela impliquait, était au moins aussi important. Car il me déterminait dans ma relation avec le magnétisme. Je faisais donc l'apologie de ce que j'avais pu voir et entendre, pour comprendre :

         " " " Comme tout un chacun, avant de connaître moi-même le début de cette passionnante aventure dans le magnétisme, je ne prêtais guère d'attention aux propos éclectiques que j'entendais sur certaines forces, dites occultes. De la magie noire, en passant par l'hypnose, le magnétisme, la télépathie. Sans oublier bien entendu les mystères autour de certaines sectes, inéluctablement impliquées dans ce genre de conversations stériles. J'ai suivi d'une oreille discrète les discours animés de tout le monde. J'avais à l'époque, il est vrai, bien d'autres soucis en tête que chercher dans ce dédale d'invraisemblances, qui, des défenseurs ou des détracteurs, avait ou non raison !

          En France comme partout je le déplore, il existe un potentiel incroyable de personnes si naïves, qu'elles sont prêtes à croire le premier crétin venu. Dès l'instant où il se fait passer pour un surdoué ! La seule et unique conclusion, que j'ai été capable de faire au terme de cette première investigation, a été que moins on en connaît, plus on peut se faire mousser et entasser l'oseille ; à condition de ne pas tomber sur de vrais adeptes, respectables et respectés, comme j'ai l'honneur d'en connaître aujourd'hui. Comment susciter d'éventuelles vocations, rechercher les dons cachés, en mettant en enseigne de façon odieuse, le côté spectacle et financier de telles pratiques ? Ne voulant pas jouer plus longtemps au puritain de salon, j'ai tourné la page définitivement, venant grossir le rang des " Saint-Thomas ". Ainsi la vie " normale " reprenait son cours, avec son lot quotidien d'amertumes et d'angoisses.

         Seules, des œuvres écrites par l'un des plus célèbres magnétiseurs, le médecin austro-allemand Frantz Anton MESMER, a effacé en moi le doute de la crédibilité et l'authenticité du magnétisme. Citons entre autres référence, " Le Magnétisme Animal " aux éditions Payot. C'est au dix-huitième siècle en effet, que ce " Père Spirituel " du magnétisme, lui apportait ses lettres de noblesse au cours de ses expériences, à Paris principalement où il a développé son fameux baquet magnétique !

        Ce qui m'a choqué, par contre, a été l'antagonisme entre la médecine traditionnelle et le magnétisme. Mesmer n'a-t-il pas été désavoué par l'académie des sciences à propos de ses expériences ? Hélas je ne peux aujourd'hui, à l'instar de ce maître incontesté, que déplorer en cette fin de vingtième siècle pareil état d'esprit ! Premier constat : tandis que l'ensemble des sciences humaines depuis le 18ème siècle, a fait des bonds considérables, le magnétisme demeure inchangé quant à ses applications. Les mêmes gestes, aux rituels identiques, la même foi, et surtout, l'amour et la même lucidité.

         L'homme se transforme, évolue, conduit le progrès à son apogée, mais paraît négliger et méconnaître l'essentiel ! En dehors de certains physiciens, qui cherchent à percer les mystères de ces forces énergétiques, et, bien entendu, de ceux qui les pratiquent, personne, ne veut en admettre le bien fondé. Je m'étais tellement imbibé des pensées de Mesmer, que j'ai pris peur, tout simplement. Je ne me sentais nullement l'âme d'un guérisseur, encore moins celle d'un prophète !

         Les notions de pureté de l'esprit, évoquées dans ses œuvres, étaient à l'époque bien loin de moi. Néanmoins, je suis resté fasciné à l'idée qu'avec la seule imposition des mains sur un corps, l'on puisse arriver à le soulager. Combien de fois et pendant combien d'heures, suis-je resté à contempler la paume de mes mains en me posant la question de savoir si moi aussi, je pourrais y parvenir ? Bien sûr, avec toi Françoise, j'aurai pu être en mesure d'y croire très fort, oui mais !

         Second constat et non des moindres : on ne s'improvise pas magnétiseur ! Il faut en acquérir le pouvoir et en dominer les vertus, en s'imposant d'abord et avant tout, une hygiène de vie morale et physique. Hélas, trois fois hélas, respectant l'éthique et les préceptes énoncés, je n'ai pu à l'époque, à mon plus grand regret, qu'occulter de mon esprit toute idée de magnétisme. Après mon divorce douloureux et cuisant, j'ai traversé un horrible désert. J'ai réalisé, parallèlement, que ma foi profonde en notre Dieu, n'était pas ce qu'il est convenu d'appeler un exemple de pureté ! Révolté envers la société, qui m'avait abandonné avec ma fille, sans emploi et presque sans logement, je me suis insurgé contre le Tout-Puissant.

         Il fallait impérativement pour m'en sortir, que je me prenne en charge, tout simplement ! Au fond, je l'ai compris alors, toutes les épreuves qui m'avaient été imposées, n'avaient pour seul objectif que m'apporter enfin, la lumière de l'espérance. Arrêtant de gémir, cessant de me plaindre, j'ai décidé de me tourner vers l'avenir. Du statut de victime, je me suis engagé dans celui de messager. Mon regard sur la vie, et ceux qui la composent, devenant plus réaliste.

         Troisième constat : pour parvenir au paroxysme de la tranquillité de l'esprit, il nous faut abandonner l'irrationnel au profit du concret. Choisir entre la foi et l'apparence, entre le pur et le visqueux. Il me fallait réviser tous mes classiques en matière de principes et de jugements ! Admettre l'égalité des hommes, combattre les injustices, dénoncer les coupables. Ma poésie suivait donc, fidèle aux pulsions que je ne faisais que transcrire. Conforté dans cette image de l'amour, que seuls, nos parents peuvent nous transmettre, j'ai pris jour après jour, conscience de l'importance des énergies positives. Les faux amis, s'éclipsaient sur la pointe des pieds ou je les aidais à partir. Je n'ai plus rencontré, que des gens merveilleux.

         Le plus important, était de conforter cette envie de bien faire, avant de prouver ou de justifier un pseudo savoir-faire. Avant de lire et apprendre, il m'aura fallu connaître et sentir les vibrations de la vie. Comment appliquer en pratique les théories ancestrales, si l'on ne peut pas différencier les mentalités, les catégories d'individus, et les courants de pensées ? Oui mais voilà ! Ce qui était valable il y a plusieurs siècles, ne l'est plus au vingtième !

         Sans n'avoir jamais ouvert aucun livre, traitant de la parapsychologie, j'ai pris conscience des vertus thérapeutiques de la méditation, et des pensées positives. Étape après étape, j'ai gravi, modestement, les remparts de cette forteresse, incarnée par la sagesse et la vertu. L'apprentissage de la vie, tel que Dieu le souhaite, se passe de tous les prémices que l'homme s'impose presque naïvement. Plus les choses naturelles jaillissent autour de nous, moins elles nécessitent d'artifices pour les commenter. Je vénère et admire, les personnes qui incarnent le savoir. A condition toutefois, qu'elles se limitent aux seuls commentaires s'y rapportant !

         Quatrième constat : l'habit ne fait pas du tout le moine ! Pour être en accord avec soi-même, et en harmonie avec les gens, plutôt que d'imposer un savoir, il faut cultiver l'art de savoir s'imposer ; en tout bien tout honneur ! Inutile de se montrer pour être vu, ni hurler pour être entendu ! Dieu a choisi notre destin, et Lui seul, sait ce qui est bon ou mauvais. Encore faut-il être en mesure d'entendre et appliquer, les messages qu'Il nous transmet. Être soi-même, quelles que soient les turpitudes de l'existence, voilà le dernier constat que j'ai pu faire avant de m'investir totalement, corps et âme, dans mon dernier combat. Comment faire pour progresser en ayant peur d'en parler aux gens de mon entourage ?

         Le bien-être que j'éprouvais, m'interdisait le moindre écart, dans la limite des tolérances que je m'étais fixées. Un courant très fort, planait au-dessus de moi, et en moi, sans que je puisse en définir avec exactitude l'origine ou la finalité. Je sentais bien pourtant, que cette force invisible grossissait jour après jour. Sans pour autant, m'apporter le moindre effet physique. Que fallait-il que je fasse ? Abandonner mon combat ?Rejoindre à nouveau, comme un lâche, le clan obscur des éternels irréductibles ?...

         Grâce à la puissante énergie de mon ami le peintre, auprès de qui j'ai trouvé réconfort et soutien, j'ai pu affronter sans trop de mal l'ignorance de ceux qui me considéraient comme un farfelu ! Plus que jamais, depuis ce jour béni, ma poésie est devenue mon oxygène. Pour compenser les lacunes de mes interlocuteurs en matière de spiritisme, je me suis contenté de faire mes premières " démonstrations " de guérisseur sous forme de jeu.

         Quelques douleurs supprimées çà-et-là au gré de mes rencontres, ont conforté mon enthousiasme. Je n'avais pas encore fait mes preuves véritables que déjà, ont résonné en moi les recommandations de Mesmer. Ne pas se prendre pour un médecin, ne pas vouloir surpasser ses propres connaissances, et surtout, ne pas chercher à " épater la galerie ". Rester modeste et lucide, pour être efficace et crédible. Jamais depuis, ces conseils de sagesse ne m'ont quitté.

         Grâce à la méditation, l'enfer dans lequel je vivais toujours m'était totalement indifférent. Ma fille toujours, se livrait à des chantages abominables. J'ai appris beaucoup plus tard, qu'elle était le pantin articulé de mon ex-femme ! En ce début d'année 1988, un horizon affectif nouveau s'est offert, sous les traits d'une autre compagne. Loin de vouloir m'investir dans un amour prématuré, je me suis laissé vivre, sans rien demander de plus. J'étais comblé !

         Les conquêtes, volages et frivoles, ont agrémenté de temps en temps, ma vie au quotidien. Blasé ? Pas du tout ! Je m'en suis remis à Dieu, une fois encore, convaincu que pour mon amour, comme pour le magnétisme, il penserait à moi. Je ne tenais pas à compromettre cet équilibre essentiel, mais ô combien précaire ! Il m'a permis de pénétrer ce monde mystique, auquel je tenais tant. J'ai découvert, après le grand Maître Mesmer, d'autres magnétiseurs forts célèbres : le Marquis de Puy Ségur, Philippe Deleuze et surtout, le Baron Du Potet qui, aujourd'hui encore, grâce à son manuel de l'étudiant magnétiseur, m'a apporté son flot intarissable de connaissances.

         Je débordais de tonus, ce qui contrastait avec les vingt dernières années. Pour ne pas sombrer non plus dans l'esprit monastique, j'ai agrémenté mes loisirs, en reprenant une activité derrière les micros de la radio. Puis... Le récital. Comme moi, tu éprouves beaucoup de plaisir, à réentendre la valeur symbolique de ce lieu pittoresque. En te voyant, les larmes au fond des yeux, en parlant de ce petit coin de paradis, je sens qu'il va nous amener à reparler de notre rencontre ! Je partage ton avis mon amour. Ce souvenir restera immortel.

         En attendant le huit décembre 89, avec une impatience presque exagérée, j'ai commencé à mettre en pratique les longs mois de théorie, que je m'étais imposés. L'heure était venue de voir si vraiment, je pouvais envisager l'avenir magnétiquement parlant. Outre l'aspect purement magnétique, voire spirituel pour certains, je me suis rendu compte que les gens cherchaient surtout et avant tout, à échapper à leurs contraintes. Ils éprouvaient un réel plaisir à se dégager du poids qui les oppressait. Le côté confident des séances a pris toute son importance, en y apportant une dimension nouvelle.

         Savoir écouter les gens, c'était leur permettre de se libérer avant tout l'esprit. Ce qui les aidait à s'ouvrir naturellement au magnétisme, donc, à leur propre guérison. L'action conjuguée de l'écoute et de la séance, produisait un effet remarquable. Peu à peu, je suis devenu le confident, puis l'ami, de certaines personnes, qui beaucoup plus avec leur simple volonté qu'avec mon concours, sont arrivées à remonter la pente. J'ai admis, l'importance de permettre à un être humain, de prendre pleinement conscience de son état.

         Tout en respectant les conseils de pondération, je ne pouvais m'empêcher de me délecter secrètement, de ce parfum suave et enivrant, d'être enfin parvenu à dominer ma peur. Affronter l'énergie, chercher à la dompter pour s'en faire une amie, n'était pas facile. J'ai réalisé très vite que face à elle, l'être humain quel qu'il soit n'était qu'une bien petite chose ! Je comparais en volume, par rapport à l'énergie cosmique, la taille de l'homme ! Sans être pessimiste, j'ai évalué sa grosseur à une tête d'épingle, perdue au milieu de toutes les mers, lacs, rivières, et océans de la planète, réunis ! Cette notion de grandeur et d'immensité, ne m'a jamais quitté. C'est à partir de là, je pense, que je suis parvenu au fil des jours à comprendre le mécanisme, théorique, de l'énergie dans le corps et l'univers.

         Dès ma première séance de magnétisme, j'ai pu mesurer l'incidence du moral sur l'efficacité de la projection du courant bienfaiteur. Plus les patients s'investissaient eux-mêmes, dans cette démarche positive, plus le fluide était générateur de bienfaits. L'osmose était alors à son apogée. Autre constat qui s'est imposé, naturellement. Pour être en mesure de transmettre le magnétisme, il est impératif d'être bien dans ma peau. L'isolement que je m'étais imposé, m'en avait offert la possibilité. L'esprit libre et dégagé de toute influence négative, m'a permis de me concentrer, et d'apporter aux patients tout le bien être attendu.

         Comme par enchantement, j'ai éloigné de mes pensées, tous les souvenirs pernicieux. Je me suis concentré uniquement, sur tous les points forts, qui émergeaient de chacune de mes expériences. J'ai commencé timidement, à faire mes premiers pas vers la tolérance et le pardon. Loin d'accuser ou de blâmer, je ne voyais plus que les aspects positifs qui émanaient des échecs rencontrés. Lentement, j'ai pris conscience, au travers de ces méditations, que la souffrance était l'unique bannière et l'ambassadrice attitrée, de l'élévation spirituelle.

         Jusqu'à cette soirée bénie avec mon amie, je me sentais relativement bien dans ma peau. Le fait d'y ajouter le rayonnement, a intensifié l'énergie et lui a conféré une dimension nouvelle. A tel point, que très souvent au cours de mes séances, j'ai été obligé de suspendre à plusieurs reprises mes impositions. L'harmonie, cette compagne indispensable, venait de prouver le rôle prépondérant qu'elle était en mesure de jouer. On peut être bien dans sa peau, ce qui était mon cas depuis plusieurs mois, sans pour autant vivre en harmonie totale et véritable. Plus que jamais, j'en ai mesuré avec exactitude le pouvoir absolu. Bien dans mon corps et dans ma tête, mais surtout, le cœur allégé de toute souffrance, tels ont été les paramètres majeurs, primordiaux et indissociables.

         Une autre évidence m'a crevé les yeux. Rien, dans tout ce que j'avais fait ou connu jusqu'ici, n'était du au hasard ! Avec du recul et l'esprit enfin libéré, j'en ai pris définitivement acte. Le " Destin ", ce mot tout aussi magique et puissant, nous est bel et bien fixé et imposé. Sur le moment, au plus profond de mon désarroi, je n'ai pas été en mesure de le comprendre, et encore moins de l'admettre. Après réflexion, en analysant chacune de mes étapes, j'ai réalisé qu'elles étaient toutes, rattachées les unes aux autres. Les transitions avaient été parfois brutales, mais nécessaires. Tout s'est mis en place, selon un ordre établi, de manière précise. Le plus dur aura été de l'admettre !

         Dès le 9 décembre, fort de ce précieux acquis, j'ai poursuivi mon cheminement à travers le magnétisme. Alternant séance de travail et de méditation, je suis resté des jours entiers, enfermé, loin du monde environnant. L'amour était là, qui frappait à ma porte. Le plus dur pour moi, a été de ne pas précipiter les événements. Je brûlais d'impatience mais aussitôt, à chaque incartade, je refrénais mes pulsions au bénéfice de la logique. Si Dieu nous a imposé cette épreuve, entre toi et moi, c'est plus pour me tester, que par nécessité véritable ! Je l'ai admis, mais avec beaucoup de difficultés tout de même ! Ce qui m'a consolé, c'est d'imaginer que je n'étais pas seul à m'impatienter.

         Ce qui aura été le plus pénible, et je m'en rends compte aujourd'hui, c'est de garder la tête froide, et l'esprit serein. Dieu merci, j'ai accompli ma tâche en toute lucidité. Jamais, malgré les témoignages nombreux de reconnaissance, émanant de mes patients, je ne me suis laissé emporter vers les sommets grisants, prisés par les ignorants. Le magnétisme est une force vive, qui en aucun cas, ne doit servir de tremplin et de support, à la notoriété que l'on souhaite obtenir. Il faut savoir aussi, accepter la médisance et les complots, émanant de personnes qui, pauvres d'esprit, se bornent à critiquer et à jalouser. Il est plus facile de détruire que de construire, c'est bien connu. A nous d'être au-dessus de ces bassesses et nous montrer plus forts.

        J’ai compris le plus important, c’est vrai. Je me sent différent, c’est certain. Je sais maintenant au moins, quelles sont les erreurs que je ne dois plus commettre. Cela fait partie de l’épuration de mon âme, à laquelle je faisais allusion tout à l’heure. A l’époque, comment pouvais-je prendre conscience de tout ceci ? Seul, j’étais perdu, désemparé. Buriné par le chagrin, je ne voyais pas où je mettais les pieds. Avec toi... Puisque Dieu en a voulu ainsi, tout paraît possible ! " " "

***

            Elle se languissait de savoir comment, grâce à un fluide impalpable, les organes pouvaient s'activer et produire à notre insu la magie du métabolisme. Je lui proposais de remettre au lendemain, mais rien n'y faisait. Elle avait hâte de se faire une idée plus précise sur les mystères qui depuis tant d'années, l'interpellaient dans son esprit. Avant d'entamer le chapitre sur les énergies dans le corps, elle voulait en savoir un peu plus sur les possibilités réelles offertes à chaque individu, pour réharmoniser ses énergies.

***

           Pour ne rien oublier, dans ce registre des possibilités de régénération positive de l'esprit, je n'omettais par de citer la " Méthode Coué ", très célèbre et efficace ! Une phrase simple, à répéter vingt et une fois le matin et autant à midi, peut, à condition d'y croire bien entendu, modifier de manière exemplaire le comportement d'un individu. Cette phrase est simple : " Chaque jour et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux " ! Comme je n'étais pas du genre à me contenter des méthodes des autres, j'indiquais à Françoise ce que j'avais personnellement élaboré, pour essayer de modifier sensiblement les états d'esprit chez un individu :

         " " " Quelles que soient les méthodes choisies par les patients, exercices du Tao, la méthode Coué ou la pensée positive, je préconise préalablement un petit exercice assez simple. A temps perdu, sans contrainte ni obligation, je conseille à mes patients d'écrire en vrac sur deux listes, l'une positive et l'autre négative, tous les souvenirs qui leur viennent à l'esprit. De la plus tendre enfance à aujourd'hui, ils sont à même par ce biais de faire surgir de leur subconscient, toutes les étapes de leur vie. A eux, en leur âme et conscience, de juger si tel ou tel événement était bon ou mauvais au moment où il s'est déroulé.

         Par rapport à eux, et à eux seuls. Pas question de tenir compte de l'avis des autres. Une fois cette première liste élaborée, ils doivent placer les événements par ordre chronologique, de l'enfance à l'âge adulte. Cette seconde phase entraîne inéluctablement le rappel d'autres souvenirs, qu'il suffit d'intercaler entre les précédents. Troisième et dernière étape, ils reprennent la liste et en toute lucidité, modifient le sens de leur jugement initial. Si tel acte à telle période était jugé positif ou négatif, comment le perçoivent-ils avec du recul ?

         Exemple, si le fait de couler dans ses culottes à l'âge de six ans a été jugé négatif pour la période concernée, avec le recul, cela devient positif. Car ce phénomène mettait en exergue une carence à un niveau donné et traduisait clairement une alerte de corps. Donc, aujourd'hui, c'est positif ! En reprenant les listes, au bout de quelques semaines, et revenant sans cesse sur les valeurs initiales, on parvient très vite à extraire du subconscient tous les aspects négatifs ! Un an après, refaisant le même exercice depuis le début, on se rend compte que les trois quarts des souvenirs négatifs ont bel et bien disparu ! " " "

***

         En dehors de quelques actions plus ou moins volontaires, tout n’est qu’habitude et gestes réflexes. La publicité par exemple, est la preuve alarmante de cet état de léthargie dans lequel la plupart des gens est plongée. Sans même réfléchir, analysé ou comprendre, la majorité des personnes se rue aveuglément sur les produits qui sont placés sur orbite. Là encore, en étant conscient qu'il s'agit bien de mon point de vue uniquement, voilà comment je présentais ma méthode à Françoise, que je baptisais " Ordonnance de l'esprit " ! :

           " " " Tu te lèves tous les jours à six heures ? Demain, impose-toi un réveil plus matinal, cinq heures quarante-cinq par exemple. Après-demain, six heures quinze, et six heures le surlendemain etc. Une fois levée, tu vas aux toilettes. Tu prends ensuite ton petit déjeuner. Puis, tu sors faire uriner Mirza. Ou ton chaton pourquoi pas ! Tu achètes, avec le même réflexe, ton quotidien préféré. Tu salues ta voisine sans même la regarder. Tu reviens dans l'allée, tu appuies sur le bouton de l'ascenseur etc. Mets tout, volontairement, dans un ordre différent !

         En clair, pense avant d'agir. Prends conscience des gestes que tu accomplis, sans même t'en rendre compte. Au moment précis de les faire, change la chronologie de leur exécution. Voici, par exemple, comment permuter les habitudes dont je viens de parler. Tu te lèves, en changeant tous les jours d'heure comme je viens de l'expliquer. Puis, tu descends le chien ; tu en profites pour faire toi aussi tes besoins. Je plaisante bien sûr ! Tu prends un autre journal, que celui que tu achètes tous les jours ; tu prends le temps de saluer et de sourire à ta voisine. Tu remontes par l’escalier. Et non l'ascenseur. Ensuite, tu avales ton petit déjeuner, et tu termines par ta toilette !

         Chaque jour, tu modifies la chronologie de ce début de matinée. Ceci n'est nullement à considérer comme une recette, encore moins une ordonnance ! Plus simplement, comme des points de repères pour aider à lutter contre les habitudes, en imposant au subconscient, au fil des jours, une discipline de vie que tu auras choisie et non subie. Amuse toi à faire une liste, aussi concise que possible, de tous les gestes que tu accomplis ainsi, sans avoir à réfléchir, au cours d'une journée. C'est pour le moins ahurissant !

         La voiture, le bus, le boulot, les courses, et tant de choses encore, qui transforment peu à peu l'être humain en robot. Je poursuis si tu veux, mes exemples en matière de " désintoxication " des rituels : pas de voiture aujourd'hui, j'y vais en bus. Ou à pied, c'est encore mieux ! Après-demain je demanderai à Dupont de passer me prendre. Le surlendemain, c'est moi qui irai le chercher. Je prends tel bus à tel endroit ? Parfait ! Demain, je le prendrai à l'arrêt suivant ! Tous les matins je fais la gueule à ma secrétaire ? Demain, je lui apporterai des fleurs ! Autre chose, selon vos désirs ! (Faire attention au harcèlement sexuel !). Je croise tous les jours mes voisins sans même les connaître ? Parfait ! Je vais les inviter à tour de rôle à la maison pour prendre l'apéritif ! Je m’arrête de travailler dès que j’ai trente-sept de fièvre ?

        A partir d’aujourd’hui, même avec quarante, j’irai à mon travail. Je passe tous les jours l’aspirateur à la maison ? Demain, je passerai le balai, après-demain je ferai uniquement la poussière. Je m’impose une heure précise pour le déjeuner et le dîner ?Dorénavant, je mangerai quand mon estomac se manifestera ! Je regarde la télévision et mon feuilleton favori tous les jours ? Tout ça c’est fini, je vais maintenant téléphoner à une amie. A un parent. J’écoute un disque. La radio. Je vais au ciné. Ou au restaurant ! Au volant de mon automobile, je suis un danger public ? A partir de maintenant je vais respecter le code de la route. Autant que les piétons sur les passages protégés !

         Ainsi de suite. A la maison, au bureau, dans la rue, la voiture. Quels que soient nos emplois du temps, nos préoccupations, nous devrions en permanence contrôler notre mental. Ne serait-ce que pour l’empêcher de nous contraindre à ses caprices. A tout moment, il faut essayer de contrôler ses gestes et ses pensées, et tout faire pour ne plus être des automates. Là encore, c’est tellement facile, que tout un chacun pourrait y voir des difficultés insurmontables. Plus les choses sont simples, plus on se plaît à les rendre inaccessibles !  " " "

    ***

         En quelques mois, j'avais évolué considérablement. J'avais déjà une bonne dizaine de patients qui, chaque semaine, venaient chercher un brin de réconfort. Avec une patience à toute épreuve, je prenais le temps d'expliquer à ces personnes, tout ce que nous venions de survoler en deux soirs avec Françoise. Ce qui était clair, c'était que je ne devais en aucun cas me substituer à qui que ce soit. Chacun devait se prendre en charge. Je tenais avant tout à me préserver. Les préceptes les plus précieux du magnétisme, m'enveloppaient en permanence et m'interdisaient d'aller plus loin que ma mission me l'imposait. Reconnaître ses limites, surtout avec le magnétisme, était une très grosse qualité qui jamais, ne m'a quitté. A l'époque c'est vrai, je ne savais pas tout ce que j'ai appris depuis ! Je me contentais de suivre à la lettre, les recommandations des maîtres spirituels. Tous les petits " trucs " que je découvrais, pour aider les gens à recouvrir un mieux être, les aidaient avant tout à reprendre confiance en eux.

***

           Je me voulais autodidacte, et ne pouvais pas avoir l'outrecuidance de me considérer comme un éminent spécialiste. Je tenais par-dessus tout, et plus que jamais dorénavant, à ce que les gens qui venaient me voir agissent de même. Ressentir les choses, les interpréter comme bon nous semble, me paraissait être la meilleure thérapie. Qu'adviendrait-il des œuvres picturales, poétiques ou musicales, si l'on cherchait à imposer insidieusement une méthode standard de compréhension ?

      ***

           Laisser à chacun le droit et l'opportunité de se forger une opinion, tels étaient les paramètres les plus représentatifs des bases à acquérir, avant de m'investir dans la pratique du magnétisme. Certes, de telles inepties ne se rencontraient pas uniquement dans l'ésotérisme ! Dans cette jungle, apparentée à une société civilisée, qui, parmi les millions d'individus composant la base, était en mesure de bénéficier d'une égale liberté ? Les choses étant bien claires dans l'esprit de Françoise, je pouvais calmement lui donner les indications qu'elle attendait avec impatience, à propos du corps humain :

        " " "  C'est à partir de cette masse d'informations, renforcées par mes recherches personnelles, que j'en suis arrivé à sentir l'énergie frémir en moi. Ma conception est strictement personnelle, et n'engage que moi. En aucune manière, elle ne saurait être interprétée comme une théorie, et moins encore, comme une doctrine ou autre dogme suranné. Seul point indiscutable c'est que la terre, notre Mère nourricière, est dotée d'une polarité négative. Tout le monde connaît cette énergie sous le nom de YIN. Au-dessus de nous, contenue en partie dans notre dirigeable et répartie dans l'univers, l'énergie cosmique ou universelle. Elle, baptisée YANG symbolisant notre Dieu et Père Tout-Puissant, et elle est positive. Ce sont le Yin et le Yang, qui constituent l'énergie Vitale ou POLARITÉ à l'origine de bien des controverses.

         Tout autour de nous, émanant de notre environnement, nous recevons et captons en permanence les différents rayonnements électromagnétiques. Chaque objet, familier ou non, quelle que soit la nature de sa composition, émet sa propre irradiation selon une fréquence qui lui est attribuée. La combinaison de toutes ces forces électromagnétiques, terrestre, cosmique, ou de proximité, permet au corps de fonctionner. Schématiquement, le corps humain est une pile électrique, doté d'une polarité positive et négative. Véritable " aimant ", l'être humain est traversé en permanence de toutes parts, par ces forces invisibles. Elles se fraient un chemin dans notre corps, en respectant des directions bien précises. Le Yin et le Yang, alimentent les organes composant les appareils ; respiration, circulation, digestion, élimination, etc.

         D'où l'appellation sans doute d'Énergie Vitale. Ils parcourent le corps dans de très fines canalisations (la plus grosse a un diamètre de cinquante millimicrons), que l'on nomme les MÉRIDIENS... Douze d'entre eux, (il y en a vingt au total), sont surnommés méridiens de surface, et constituent notre HORLOGE BYORYTHMIQUE. Pendant deux heures à tour de rôle en effet, ils apportent une intensité optimale au groupe d'organes auxquels ils sont rattachés. Les huit autres méridiens, appelés souvent Merveilleux Vaisseaux, sont des sortes de canaux parallèles. Dans lesquels, se déverse le trop plein d'énergie contenue dans les méridiens de surface.

         L'électromagnétisme, ou polarité comme tu veux, parvient en même temps à nos fonctions nerveuses par l'intermédiaire des PLEXUS. Très injustement appelés CHAKRAS. Pour moi en effet, les Chakras se situent au niveau de l'âme. Ces différents Plexus, ou Chakras, pour les sept principaux, apportent l'énergie au niveau des centres nerveux via le système nerveux central, c'est à dire la moelle épinière. Pour résumer cette première base, l'énergie vitale Yin et Yang, qui nous arrive partout autour de nous, circule dans des méridiens pour les fonctions physiques et en même temps, elle alimente le système nerveux.

         Comme sur une voiture. L'essence d'un côté, et l'électricité de l'autre. Le carburant pour le moteur, le courant pour dynamiser l'ensemble. Pourtant, dans le corps humain c'est l'inverse qui se produit par rapport à la voiture. L'explosion, issue du mélange de l'essence et l'étincelle, se transforme en énergie. Dans le corps, c'est le contraire. L'énergie invisible, impalpable, se transforme en hormones et en cellules actives, qui vont intervenir dans le fonctionnement mécanique des organes. Le meilleur exemple de comparaison, c'est à ce niveau, la télévision. Le poste reçoit les ondes, qu'il transforme en images. Cette métamorphose technologique est très complexe. Transformateurs. Tube cathodique. J'en passe et des meilleures !

         Dans le corps, l'énergie vitale est transformée par des glandes, véritables petits réservoirs, qui sont appelées les GLANDES ENDOCRINES... Il y en a sept en tout. Ce sont ces glandes, qui pourvoient à l'équilibre de notre métabolisme. Selon qu'elles se trouvent en excès ou le plus souvent en insuffisance, elles éprouvent de grandes difficultés pour assumer leur mission. Les dysfonctionnements organiques, font leur apparition. Jusqu'ici, je n'ai rien inventé ni imaginé. Cette base étant la même ou presque, dans toutes les théories.

         C'est à partir de maintenant, que les points de vue risquent de diverger. Pour ce qui va suivre, il s'agit de ma seule vision, et de mon interprétation strictement personnelle envers les énergies qui pénètrent le corps. J'en reviens aux Chakras. Parmi ces capteurs, l'un des plus essentiels est le Plexus Solaire. Ils le sont tous, c'est évident. Le Solaire tout particulièrement, revêt une importance capitale. Véritable batterie du corps, il est chargé entre autres, de distribuer l'énergie positive Yang aux autres Chakras, en cas de mauvaise alimentation cosmique.

         De même qu'il veille au bon fonctionnement des organes digestifs, stimule l'assimilation, la métabolisation, les défenses immunitaires, et contrôle la qualité du sang. Ensuite, c'est grâce à ses réserves en énergie cosmique, qu'il peut suppléer le cosmos au cours de la nuit. Le Yang disparaît lentement de notre corps, pour le laisser entre les mains du Yin ; c'est l'apparition du sommeil. Le corps continue de fonctionner heureusement !

         C'est grâce aux réserves, accumulées dans le Solaire, que nous pouvons dormir sur nos deux oreilles. Même la nuit, le corps a besoin du positif. En quantité minime c'est vrai. Voilà bien l'importance primordiale que j'accorde au Plexus Solaire. Selon les théories élaborées par les Sages Taoïstes, il y a près de six mille ans, le Plexus Solaire est aussi le " Cerveau Abdominal ". C'est lui, et non le cerveau, qui garde en mémoire les effets physiques des chocs émotionnels ; le cerveau ne fait qu'enregistrer les messages. Le Solaire, absorbe au fil des années, tous nos chagrins et nos peines. Nos douleurs et nos angoisses.

         Pour tenter d'expliquer le processus de déstabilisation énergétique, et les conséquences que l'on connaît, je m'accroche de nouveau. A mon fameux cordon ! ... Le dirigeable, (âme ou subconscient) de temps en temps, au hasard des tempêtes ou par suite " d'encombrement " au niveau du corps, ne transmet plus son énergie. Le commandant de bord (esprit), panique et ne sait plus comment piloter la montgolfière. Dieu intervient, et ferme la vanne principale pour ne pas gaspiller l'énergie ; (économie oblige ! Cette rupture d'alimentation, que l'on nomme assez justement " psychosomatique ", est due essentiellement, à une surconsommation d'énergie par l'homme.

         La demande est si grande, que le ballon n'arrive plus à suivre. Si la personne réagit rapidement, l'énergie circulera de nouveau normalement. Par contre, plus on laisse aller sans réagir, plus l'énergie contenue dans le Plexus Solaire et les autres stations se vide, sans que le contact ne soit rétabli. Privé de force positive cosmique, car celle environnante n'est pas suffisante, l'organisme s'affaiblit, tous les " accus " se vident, et sont très vite à plat. Les méridiens eux aussi sont en manque de Yang. Les endocrines ne peuvent plus produire leurs hormones. Les organes s'affaiblissent.

         Le sujet se trouve alors confronté à des déséquilibres importants, parfois dramatiques, entraînant inéluctablement des lésions organiques, à court terme. Le rôle du magnétiseur, en connexion constante et permanente avec le cosmos comme je te l'ai déjà expliqué, sera de tenter de rétablir la liaison entre le patient et son dirigeable. Il injectera à cet effet, et activera une circulation magnétique de substitution, à l'intérieur du corps du patient, par l'intermédiaire des capteurs. Ou par stimulation directe de l'énergie vitale. Jusqu'au moment ou la libre circulation énergétique sur le plan physique, et l'échange spontané entre le patient et le cosmos seront rétablies.

         Plus le patient collabore, en s'investissant activement, plus les délais sont écourtés. Pour ce qui me concerne et sans excès de modestie, j'affirme ne contribuer qu'à hauteur de vingt pour cent, au retour à la normale. C’est le plus difficile à obtenir, toujours selon les préceptes des Taoïstes. Puisque le patient doit faire travailler simultanément l'âme, et l'esprit. Pour rétablir ce contact, le magnétiseur envoie son propre dirigeable, aux côtés de celui de son patient, et demande à son esprit, métamorphosé en technicien, de tenter d'effectuer les réparations qui s'imposent. Contrôle des mémoires d'ordinateur, et aussi des différents circuits d'alimentation.

         Après quoi, un bon coup d'aspirateur pour enlever l'excès de poussières négatives enrayant le mécanisme. Pour terminer, il faudra remplacer toutes les pièces usagées ou burinées par le temps. J'apparente ces fragments, aux pensées négatives, contenues dans le dirigeable du patient. Le but à atteindre, en théorie bien entendu, au cours de ces " réparations " cosmiques, étant naturellement de rouvrir la vanne principale.

         Suivant la durée de la panne, certaines pièces sont rouillées ou plus simplement détruites par suite d'une maladie irréversible. Il devient impossible en pareil cas, de procéder à leur réparation. Le temps, est, d'une manière générale, l'ennemi de l'homme. Comment en vouloir à celles et ceux qui hésitent, tergiversent, avant de rencontrer un magnétiseur ? D'où la nécessité de faire une réparation non pas Cosmique, mais plus " Terre à Terre "! Le hasard une fois encore, est exclu de ces rapports. Seule la destinée, guide une personne vers une autre. Qui, sinon Dieu, la maîtrise ?

         En résumé, le rôle du magnétiseur se borne à être une sorte de relais, provisoire et temporaire. Hélas, suivant l'ampleur et la durée de cette absence en alimentation énergétique, des séquelles irréversibles sont visibles, après cette privation en courant positif, indispensable à la vie. D'où, la sagesse et la pondération, réfutant d'emblée l'aspect " guérison " sur un sujet. Plus ce dérèglement se prolonge, plus l'organisme réagit de manière active. Il isole physiquement d'une manière rapide, d'où les maladies, les parties les moins vitales du corps humain au profit des organes et appareils essentiels à la vie.

         Lors d’un simple évanouissement par exemple. Le système réflexe du corps, par l'intermédiaire du cerveau, ordonne, par le truchement de nombreux petits robinets nommés " Sphincters ", la fermeture immédiate et instantanée de tous les conduits sanguins, musculaires et nerveux périphériques ; (D’où les jambes qui se dérobent, et l'aspect cadavérique du visage). Cette fermeture, a pour effet de privilégier l'alimentation sanguine sur les organes moteurs et vitaux, en commençant bien sûr par le cerveau. Un évanouissement, est absolument sans danger. S'il se prolonge, comme au cours d'un coma, certains de ces robinets restent fermés et ne s'ouvrent plus du tout. Il en est exactement de même, pour le magnétisme. Véritable fluide, au même titre que le sang, il provoque les mêmes réactions en chaîne que l'évanouissement en cas d'isolement de l'individu par rapport au cosmos.

         Le fluide magnétique intervient sur le système nerveux, qui à son tour agit sur le métabolisme physique par une interaction bien connue. Toutes les fonctions, tous les appareils de notre corps, sont reliés et dépendants les uns des autres. C'est à partir de là, que les maladies se déclarent. Les sphincters étant fermés petit à petit, les organes voient leur potentiel s'amoindrir. Les " récipients ", du système endocrinien se vident.

         Ceci est la preuve que le magnétisme intervient, non pas directement sur les maladies, mais bien sur le système nerveux de l'individu. Quel magnétiseur honnête, pourrait prétendre rouvrir ces mêmes robinets, quand la médecine s'avère impuissante ? Où est la guérison alors ! Ne pas confondre soulagement, définitif ou passager, et guérison, voilà bien le maître mot dans la bouche de celles et ceux qui sont conscients, avant tout, de leurs limites. On peut admettre que certains néophytes parlent de guérison, voire de miracle, dès lors où l'intervention du magnétiseur a lieu, dès les premiers symptômes ; ulcère, sciatique, rhumatisme, eczéma, kystes etc.

         Là, bien entendu, quelles que soient les origines du dérèglement, l'action magnétique est efficace, et les résultats obtenus souvent spectaculaires. Le système nerveux, générateur des tous premiers troubles, précurseurs de la maladie, se trouve stimulé et régénéré. L'alimentation et l'équilibre énergétiques, de nouveau opérationnels, par les réactions en chaîne, diminuent le risque d'atteinte physique. Passé ce stade des premiers symptômes, psychosomatiques, qui peut durer c'est vrai des années, sitôt que la maladie a atteint les cellules, donc, la partie physique du corps, les chances de réussite sont beaucoup plus qu'aléatoires et restreintes. C’est là, précisément, qu’il convient de se montrer honnête. C’est là, malheureusement, que les abus sont les plus fréquents. Loin de se limiter et avouer ses faiblesses, la plupart des charlatans s’ingénie à abuser de la crédulité des plus faibles. D’où les réactions parfaitement justifiées des organismes officiels !  " " "

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         Françoise me couvrait, me couvait dirais-je même, en m'offrant sans cesse mille présents. Sa tendresse, sa douceur, son amour, me transportaient chaque jour au paradis du bonheur. Quelque chose d'imperceptible enrayait cette mécanique presque trop parfaite. A bien des égards, dans des moments comme ceux-ci, j'avais l'impression de vivre dans un rêve. Tout était si beau, que ça me paraissait surnaturel ; trop beau pour être vrai en quelque sorte.

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           D'un côté l'excès, opposé aux carences. L'excès, c'était Françoise avec ses cadeaux quotidiens. Et les carences bien entendu, c'était moi, incapable de lui offrir ne fut-ce qu'un chemisier. La colonne du moins se remplissait d'une manière alarmante, sans que le positif ne parvienne à décoller. Nous étions au début du mois de juin. La date du mariage, fixée au 31 août et 1er septembre, était encore très loin. Cela signifiait-il que pendant ces trois longs mois, et peut-être plus avant de trouver un emploi, je devrais accepter cette vie sédentaire et princière ? Habitué à lutter, me battre, et obtenir au prix du sacrifice un couronnement à mes efforts, je me voyais mal engagé. Fallait-il faire marche arrière, me rétracter ?

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           Mes principes, mes préjugés, autant que mes tabous à tous niveaux, se dressaient devant moi. Tous comme les gens de ma génération, j'étais en décalage constant avec les réalités du quotidien. En avance ou en retard, je ne parvenais pas à me situer dans le contexte de la vie, telle qu'elle devait se dérouler. Trop jeune pour être vieux... Trop vieux pour être jeune, l'antagonisme entre le passé, le présent et l'avenir, était omniprésent. En méditant sur ces propos, je ne pouvais que jeter sur un chanteur des pensées pas vraiment courtoises. Ce cher Philippe Clay pour ne pas le nommer ! N'avait-il pas écrit dans une de ses chansons, que la vie commençait à quarante ans ? J'étais à quelques encablures de ma quarante et unième année, et je n'avais toujours pas l'impression que la mienne avait commencé ! ...

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FIN DU SECOND CHAPITRE