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RAPPEL : Pour des raisons dictées par la prudence, les manuscrits sont présentés sous forme de chapitres sélectionnés ou de synthèses, effectuées par Word. L'ensemble, ne représente environ que le quart du roman complet. Ceci peut donc occasionner une incompréhension au niveau de la lecture. Car d'un paragraphe à l'autre, le vide peut représenter souvent plusieurs pages !

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J'étais tétanisé de ne pas gagner ma vie, financièrement parlant. Il me fallait coûte que coûte trouver le moyen de subvenir à mes besoins. J’ai eu beau tourner dans tous les sens la question, je ne voyais qu’une solution : appliquer des tarifs à mes séances. N'était-ce que pour offrir une participation même minime, aux dépenses de notre couple. Difficile cependant, de contourner l’obstacle que cela érigeait dans ma tête. Contraint et forcé, je me résignais donc à établir une liste de prix en fonction des différentes prestations. Celles-ci étaient basées sur la durée des séances uniquement. Puisque à cette époque je n’étais pas encore masseur.
***
Le DON, ne doit en aucun cas servir de tremplin à l'élaboration d'une richesse personnelle. J'étais mal, oui, très mal même ! Que pouvais-je faire pour occulter de mon esprit, ce redoutable ennemi qu'était mon orgueil ? Enraciné dans mes principes, il me fallait à tout prix prouver à ma Françoise, que je n'étais pas un profiteur.
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A longueur de journée ou presque, j'étais confronté aux malheurs et à la souffrance des gens. Ma clientèle, presque entièrement féminine, m'incitait à entretenir ce jardin dans lequel s'épanouissait notre amour. Plus je rencontrais le malheur, plus j'avais envie de conforter notre bonheur. Françoise comprenait vite l’importance de ce besoin manifeste à lui apporter autre chose que des mots, pour lui prouver ma reconnaissance.
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En défendant ma cause, à propos des sommes que je demandais, Françoise en admettait le principe autant que le bien fondé. Elle ne se mettait donc plus en travers, jugeant que j’avais suffisamment de difficultés à surmonter le handicap qui était généré par l’argent. Elle connaissait très bien mes convictions à ce propos, et savait que ce n’était pas de gaieté de cœur loin s’en fallait.
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Loin de percevoir le moindre message, je me sentais repoussé. Je n'étais pas au bout de mes surprises ce jour-là ! Non content de m'avoir fait perdre deux patientes, les deux personnes que j'ai reçues n'avaient pas d'argent sur elles ! Là, j'ai bien cru que je faisais un infarctus. Capricieux, colérique, j'entrais dans tous mes états. Comme chaque fois, car je n'en étais pas à mon coup d'essai, je décidais de tout envoyer sur les roses. Je voulais bien m'investir pour les autres, mais je n'admettais plus de me sentir manipulé.
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Comme je mettais visiblement trop de temps à comprendre les messages qui me parvenaient, elle m'expliquait clairement comment elle voyait les choses. Loin de réfuter sa version, je prenais acte de ses remarques fort judicieuses et pleines de logique. Elle m'ouvrait les yeux. En quittant mon nuage, je réalisais que le personnage que je croyais incarner, était aux antipodes de celui que Dieu voulait façonner. Certes, mon magnétisme était offert avec amour.
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Obnubilé par mon désir de combler Françoise, je n'offrais de cette force qu'une image relative. Avant de songer au travail que j'allais devoir accomplir sur mes patients, je comptabilisais ce qu'ils représentaient sur le plan financier. Les sommes n'étaient pas importantes, mais c'était ce qu'elles symbolisaient pour moi qui primait par-dessus tout. En attendant, et c'était là-dessus que Françoise s'efforçait d'attirer mon attention, je n'étais pas du tout en harmonie. L'amour que je pensais offrir à mes patients, était superficiel. Car il était perturbé par celui dont j'enveloppais ma future épouse. Mes intentions étaient louables, mais fort de ces avertissements, il fallait à tout prix changer mon fusil d'épaule.
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Que ce soit pour le plaisir de quelqu'un, en l'occurrence Françoise, ou pour des motifs personnels. C’était une manière déguisée d’anticiper sur l’avenir. Aussi louables qu’elles soient, les intentions n’étaient pas pures. Je plaçais mon plaisir personnel avant l’intérêt de mes patients. Ils n’étaient pas sacrifiés mais quand même. Françoise avait raison. Dieu n'accepte pas de ceux en qui Il a placé sa confiance, que l'argent dénature l'essence même de ce qu'Il a le plus de mal à faire admettre : L'AMOUR DIVIN !
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La situation que je traversais était une épreuve, que je devais accepter comme telle. Plus je chercherai à en éluder l'authenticité, plus je connaîtrai des périodes analogues à celle rencontrée au cours de cette journée. Hélas, tout n’était pas aussi facile. Je comprenais aisément et je n’avais qu’un désir, occulter à jamais ces écarts de mon esprit. Le passé ne m’en laissait guère le loisir. C’était bien ce qui me hantait le plus.
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Jamais, elle ne cherchait à imposer ses idées. Elle ouvrait la porte de ma conscience, et me laissait seul dans l'intimité de ma réflexion. Je devais à tout prix ressentir et comprendre ce qui n'était pas juste. Grâce à ma douce Françoise, je réalisais pourquoi, je m'étais montré jusqu'ici agressif envers celles et ceux qui cherchaient à me guider. Ils avaient sans doute raison, comme Françoise, mais je n'avais pas saisi comme eux la subtilité des modifications à apporter ; d'où ces déferlements intempestifs de violence.
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Elle faisait un bref résumé des valeurs auxquelles je devais m'attacher par rapport à l'argent. Pas question d’offrir toutes les séances. Plus question non plus, d’exiger des sommes fixes. Que faire alors ? Très simple. Elle me faisait comprendre où était le juste milieu. L’argent étant à ses yeux un outil de communication. Il permet à deux individus d’échanger. Donner c’est aussi recevoir. Imposer un tarif, était une sorte de sectarisme. Seuls les gens aisés pourraient avoir accès aux séances ? Où était dans ce cas, l’amour que je prétendais apporter ? Laisser à chacun, en fonction de ses moyens, le soin d'offrir en échange une équivalence en argent ou autre, voilà sur quelles bases je devais étayer ma façon de travailler.
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Plus les gens étaient fortunés, plus ils étaient avares. Je le savais, et j’en avais fait l’amère expérience. Ceux-là même qui bientôt, profiteraient de mes largesses d’esprit, ne seraient pas plus coupables que les autres. En aucun cas, je ne devais tomber dans leurs pièges et me venger en leur faisant des séances au rabais. Pour m’aider à vaincre l’adversité à ce sujet, Françoise évoquait la noblesse de ma mission. Le plus important, c’était que je me sente bien dans ma peau. Les gens, je ne pourrai jamais les changer de toute manière !
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Les deux premiers patients, de cette nouvelle série pourrais-je dire, en étaient la démonstration. Une jeune femme, souffrait d'allergie faciale. Tous les ans au printemps, elle avait le visage et le crâne entièrement recouverts de boutons. Sans parler des tensions nerveuses inhérentes à son état. Angoissée de nature, je devais dans un premier temps lutter contre les excès nerveux. Pour ce faire, j’appliquais la méthode classique du traitement contre l’angoisse avant tout : main droite en imposition, largement ouverte, je partais du sommet du crâne et descendais jusqu’au coccyx.
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Les passes étaient très lentes, et au bout d’une dizaine seulement ma patiente éprouvait les signes d’un relâchement nerveux sensible. Ensuite, allongée sur le dos, j’appliquais ma main gauche sur le plexus solaire pendant dix minutes environ. Les tensions étant en régression, je pouvais alors effectuer les séances spécifiques pour neutraliser les boutons. Impositions sur le crâne et le visage, les deux mains parallèles. Respectant la polarité des énergies, notamment positif à droite puisque ma patiente était droitière, je travaillais face à elle. Ma main gauche se trouvait ainsi sur le flanc droit de son visage, et la droite sur sa gauche. Il n’y avait que sur le crâne où j’appliquais mes mains du même côté ; ceci pour tenir compte de l’inversion des hémisphères du cerveau.
J’effectuais ensuite un travail intense sur le foie et les reins, exactement comme s’il s’était agi de problèmes cutanés. Pour terminer mes séances, je dynamisais les Chakras. Pour elle, après six séances le problème était totalement résolu.
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Le second patient incarnait par contre, tout ce que le magnétisme venait de m'enseigner. Rester maître de ses pulsions, ne pas se prendre pour un médecin, ne pas chercher à impressionner. Le Tout-Puissant ne faisait pas dans la dentelle en m'adressant ce brave homme ! Après une anamnèse aussi concise que possible, j'engageais le défi. Hélas, après un quart d'heure d'activation des Chakras, le résultat fulgurant me donnait la jaunisse. A demi-paralysé par la douleur, mon patient ne pouvait presque plus bouger. En bon français que je suis, je dirais que je me sentais le cul pailleux ! Que faire ? Invoquant un repos nécessaire au patient, je m'isolais tristement dans ma chambre.
Je feuilletais mes ouvrages, avec une anxiété et une peur caractéristiques. Faute de grive on mange du merle ? ... Ce dicton me sauvait momentanément. Jouant le faux malade, je téléphonais à l'un des magnétiseurs les plus connus sur la place. Je décrivais les symptômes et prenais note de ses recommandations. Voulant aller au bout de mes investigations, je lui demandais s'il pouvait lui, faire quelque chose, et... Comment !
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Je reprenais ma séance calmement. L'intensité des douleurs s'étant amenuisée, me permettait de poursuivre mon travail. Cette fois, j'appliquais l'antidote à la lettre. L’un après l’autre, je passais les Chakras en revue. Étant droitier, je travaillais alors avec ma main gauche, qui produisait un effet " d’aspiration " d’énergie. Je déchargeais tout bêtement, le trop plein de force que je venais d’y placer.
Le résultat par contre, ne faisait pas le bonheur de mon patient. Loin de m'encourager, il trouvait que ce que je lui faisais ne lui convenait pas. " Il ne sentait rien ", disait-il d'un ton réprobateur ! Il lui fallait quelque chose de plus " hard " ! Calmement, je maintenais ma position, en précisant que si je persistais dans ma première démarche, il allait hurler de douleur.
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Avec fermeté je m'opposais à ses désirs de renouveler les séances. Ce qui ne manquait pas de déclencher les hostilités avec ce patient, déçu de ne pas me voir coller à ses désirs. En même temps que je venais de franchir un pas de plus sur l'apprentissage du magnétisme, je découvrais non moins stupéfait, les mentalités de certaines personnes. Les deux écoles allaient de paire ; celle de la vie, qui me conduirait sur la voie du magnétisme, et celle plus sournoise qui devait me permettre de rencontrer ma réelle personnalité.
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Mon rôle était, et devait se cantonner, dans la seule amélioration de l'état physique de mes patients. Leur psychologie ou philosophie de la vie, ne devaient en aucun cas me perturber. C'était à cette époque, que je prenais pour point de repère, l'image de starter sur une voiture. Il aide à démarrer, mais se moque bien de la suite des événements. Rester à ma place, voilà le maître mot de cet apprentissage.
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Analysant les effets obtenus, tant pendant les séances que dans les jours qui suivaient, j’élaborais une méthode de traitement capable d’aider tous mes patients. Synthèse autant que symbiose, elle est toujours et plus que jamais en vigueur aujourd’hui. Elle est basée sur l’équilibration de l’énergie vitale, la dynamique des organes et l’harmonisation du système nerveux. Je la pratiquais soit dans sa totalité ce qui demandait environ deux heures de travail, soit partiellement pour accentuer tel ou tel effet.
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Cette méthode une fois encore, n’est pas à considérer comme une thérapie standard. Elle tient compte de la force de mon magnétisme, de ma sensibilité, de mon ressentir, et de l’amour que je suis en mesure d’offrir à mes patients. Néanmoins, je la délivre ici, car elle témoigne du chemin que j’avais accompli quatre ans après avoir découvert le Don que Le Tout-Puissant a eu la gentillesse de m’accorder. Ce qui signifie qu’en aucun cas, elle ne saurait servir de référence à qui que ce soit ; en dehors du simple témoignage.
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Voici donc comment, je parviens aujourd’hui à neutraliser la plupart des blocages qui perturbent le fonctionnement énergétique et organique d’un sujet :
Avant toute chose, je passe ma main droite au-dessus des Chakras et des organes principaux, pour déterminer leur potentiel énergétique. Si ma main me brûle, il y a excès ; si au contraire elle se glace, il se trouve une insuffisance. J’effectue en premier lieu, une ouverture aux plis de l’aine ; pour stimuler le système sanguin et lymphatique. Je fais ensuite la liaison pouces des pieds (que j’enserre entre le pouce, l’index, et le majeur de ma main droite), et l’ombilic (sur lequel je place la paume de ma main gauche).
Cette position a pour but de dynamiser les organes sexuels et ceux du bas-ventre. Je garde la position parfois plus d’un quart d’heure, jusqu'à ce que l’énergie débloque lesdits organes. Je remonte après la paume de ma main droite sur l’ombilic, et celle de ma main gauche à plat sur le front. J’effectue ainsi une sorte de huit, qui remonte l’énergie accumulée dans le centre énergétique du corps (nombril), jusqu’au centre nerveux incarné par l’hypophyse. La durée de ce mouvement dépend là encore, de l’aptitude du patient à gérer sa propre énergie vitale. Car ces deux mouvements, que j’ai baptisé " Pontages ", stimulent la seule énergie du sujet. Mettant à profit ces ouvertures potentielles, j’effectue alors le berceau suivi de l’étirement polaire. Leur action sera d’autant plus bénéfique, que l’énergie du patient circulera plus librement grâce au travail précédent. A ce stade de la séance, en règle générale, l’action apaisante est fort bien ressentie par le malade. (...)
(...) Pour terminer ma séance, avant de procéder à quelques passes lentes à grand courant, je fais une liaison avec mes pouces entre la base de l’ombilic et le milieu du front. Au cours de cette dernière phase, la plus relaxante à mes yeux, le patient parvient assez souvent à visualiser des couleurs. En dehors des picotements, souvent aigus, le flot d’énergie se ressent d’une manière absolue. Détendu, le patient s’endort assez souvent.
Pour des raisons logiques, je ne dévoile ici que le début de ma séance. Elle est donnée dans sa totalité dans mon roman.
La séance totale, telle que je viens de la décrire, dure en moyenne deux heures. Je l’ai améliorée au fur et à mesure que je progressais sur mon chemin de vie avec mon magnétisme. Je me suis aperçu qu’en conjuguant les deux forces de vie, celle du patient et mon magnétisme, les résultats devenaient spectaculaires. Au moment où j’ai pris conscience de l’harmonie potentielle obtenue grâce à cette mixité, mes séances d’équilibration n’étaient pas encore aussi étoffées. Je l’ai traduite entièrement, car il m’est très difficile à présent de dissocier un mouvement de cet ensemble.
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Je déplorais certes une absence notable de patients, mais je regrettais bien plus encore de rencontrer des personnes incapables de discerner le bien du mal. A ce sujet, j'ai eu en face de moi, l'exemple type de la personne suicidaire. Une jeune femme atteinte d'une tumeur au sein. Elle avait déjà été opérée de l'autre sein, pour les mêmes raisons. Quand j'ai fait sa connaissance, l'évolution du cancer était à un stade assez avancé. Les ovaires, contaminés à plus de soixante-dix pour cent attestaient de l'irréversibilité de la maladie. Je ne pouvais rien pour elle et lui faisais savoir fermement. Néanmoins, puisqu'elle souhaitait tout tenter pour alléger ses souffrances, j'acceptais de lui prodiguer quelques séances, au cabinet et en télépathie.
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Elle refusait catégoriquement, de même qu'elle ne voulait rien prendre comme médicaments. D'où à mes yeux, l'aspect suicidaire. Elle ne mangeait presque pas et se contentait pour se sustenter, d'avaler des aliments et autres saletés exclusivement végétaliennes. Ce n’était pas le plus grave. Après tout, chacun est libre de se nourrir comme bon lui semble.
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Je n'étais pas là pour la juger, et je me contentais de lui apporter tout l'amour dont elle avait besoin dans mes séances. Contre toute attente, au fil des jours, son état s'améliorait ostensiblement. Les spasmes douloureux s’estompaient, en fréquence et en intensité. Après une dizaine de séances, elle parvenait même à arrêter ses cachets pour dormir. Les crises étaient de plus en plus espacées. Je sentais que nous étions sur la bonne voie. Désireux de tout tenter pour éventuellement endiguer l'évolution de la maladie, je décidais d'organiser une " Chaîne ".
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J’ai attendu quelques minutes, avant de commencer mes applications. Les ovaires, le pancréas, la rate, le foie, le sein infecté, étaient à tour de rôle l’épicentre de mon travail. La séance a duré un peu moins de vingt minutes. Ce jour là, quelques instants après la fin du traitement, Françoise pouvait apercevoir pour la première fois mon aura, qui se profilait dans le halo de lumière en contre jour.
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Quelques jours plus tard, sur les conseils pressants de son amie intime, la patiente acceptait d'aller passer une radio. Le miracle s'était produit. La tumeur du sein était enfermée dans une poche, sorte de bulle magnétique qui la rendait inopérante. Loin de toute attente, elle se renfermait sur elle-même. L'influence néfaste de la sorcière, qui réfutait le résultat acquis, la poussait à décliner mes séances. Le comportement de Mireille à mon égard, traduisait fortement le malaise qui la perturbait. Non contente de la conduire à petit feu vers l’issue fatale, la sorcière s’était arrangée pour me faire passer pour un sorcier aux yeux de la malheureuse victime.
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Elle était majeure et vaccinée après tout ! Loin de m'offusquer ou de me sentir évincé, j'en éprouvais un total soulagement. Je prenais note de l'importance de ne pas vouloir changer les gens. Chacun est libre d'agir selon sa conscience, et non subir celle des autres. En dépit de l'insistance de Françoise, je ne voulais pas influencer ma patiente. Je lui expliquais clairement :
" " " Mon rôle n'est pas de forcer la main à qui que ce soit. Je n'ai pas été choisi par Dieu, pour obliger les gens à se soustraire à leur propre conviction. Il leur appartient d'agir en fonction de leurs pulsions, et non réagir en tenant compte des miennes. Depuis le début, nous sommes tous conscients que l'issue sera fatale. Si elle n'était pas sous l'emprise de cette espèce de sorcière, je crois que nous pourrions insister et qu'elle finirait par accepter la chimiothérapie.
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Quand une personne se trouve en état de doute, elle devient vulnérable. Aveuglément, elle est prête à suivre n’importe qui. Pour Françoise elle-même, la confusion était totale. De l'amour à l'endoctrinement il n'y avait bien qu'un maigre fossé, vite comblé par les habiles " gourous " ! Très bien organisées, et protégées, les sectes recrutent leurs futures " proies " par tous les moyens. Comme tout un chacun, attentif aux moindres échos, je veillais au grain. J'essayais d'aborder ce délicat sujet, en évitant de me laisser emporter par mon courroux :
" " " Mal dans ma peau, je souffre de me sentir aux yeux de certaines personnes assimilé à cet ensemble d'inconscients. Il est clair que la plupart des gens qui viennent me voir, le font très souvent après être passés entre leurs mains. Je ne veux pas discréditer, ni occulter, la valeur intrinsèque de certaines personnes, telle Maguy LEBRUN, qui sont pures et vraiment efficaces. Entre des mains comme celles de Maguy, ambassadrice authentique de notre Seigneur, les patients sont assurés de recouvrir leur énergie, de manière durable. Il y en a beaucoup d'autres encore, aussi honnêtes que Maguy, que je ne connais malheureusement pas. Ceux-là, on ne peut pas les découvrir par le biais d'une annonce publicitaire ! Discrets et efficaces, ils apportent leur amour et leurs compétences, aux personnes qu'ils reçoivent.
Il en existe beaucoup plus hélas, qui de part leur propre ignorance, commettent des erreurs dramatiques. A l'instar de cette sorcière, qui a littéralement assassiné notre amie. Certains groupes, dits " de prières ", dissimulant ignoblement leurs activités authentiques de sectes, sont avant tout une source intarissable et juteuse de richesse pour leurs organisateurs !
Ils spéculent de façon immonde sur le dos de celles et ceux qui s'adonnent naïvement à leurs rituels. Beaucoup plus que l'art de mieux vivre, escompté par les victimes en puissance, ces groupes bidons imposent leur génie abject et infâme à détruire l'humanité. Ils alimentent allègrement, et sans le moindre scrupule, leur source de fécondité dans le troupeau grandissant des exclus de la société. Toutes celles et ceux qui, n'ayant plus la force de prendre en charge leurs problèmes, s'en remettent à ces escrocs notoires.
Le jour ou tout le monde réagira comme nous face aux calomnies, l'humanité commencera à se réveiller ! Cette " léthargie " artificiellement créée, rapporte trop d'argent ! La drogue, la prostitution... et les sectes... servent à enrichir la plupart de ceux qui nous dirigent. L'argent mon pauvre trésor. L'argent et toujours l'argent. Plus tu es pourri, plus tu es corrompu, plus tu as des chances de faire ta place au soleil ! Regarde tous les scandales ! Politique, religion, sport. Tout est dominé par l'argent ! Je comprends mieux comment, des charlatans déguisés en magnétiseurs, réussissent à imposer facilement leur " talent " !
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Pendant près d'une semaine, je m'abstenais de tout contact avec mes patients. Je n'étais pas en harmonie, j'avais besoin de me remettre les idées au clair. Partout dans les médias, le mouvement sectaire était en verve et presque en vedette. Je me sentais impuissant, écœuré de ne rien pouvoir faire pour aider les gens à réagir face à cette intoxication massive.
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Plus je progressais dans ma mission, plus je prenais note de l'incidence du psychosomatique sur le comportement des individus. Mon moral n'était pas atteint, encore moins affecté. C'était le plus important. Cas par cas, je continuais de recevoir mes patients, et m'habituais à l'oubli qui suivait. Cela devenait naturel et presque immuable, après obtention d'un résultat satisfaisant ou simplement encourageant. Je n'étais pas un faiseur de miracle ! Je le rappelais à chaque nouveau patient. J'insistais sur un aspect fondamental : l'ancienneté du dérèglement énergétique dont ils étaient victimes.
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Plus j'avançais sur mon chemin constellé de pièges, plus je prenais conscience de l'âpre solitude et du mutisme affolant, derrière lesquels se retranchaient la plupart des gens qui venaient me voir. Constat d'autant plus crédible, que de nouveau j'étais confronté et tentais de surmonter, les problèmes de tension, affectifs, circulatoires ou nerveux de mes nouveaux patients. L'insomnie, la dépression, ont été pendant plus de six mois, mes seuls compagnons sur la route du magnétisme. L'âge, de plus en plus jeune de certains patients, était un signe révélateur du malaise de la société, et de la vie trépidante. D'un autre côté, je me sentais mal à l'aise à cause de l'argent. Mes séances, attiraient de plus en plus de patients. Le bouche à oreilles, fonctionnait à merveille. Écouter les gens, les aimer tels qu'ils étaient, les valoriser et leur redonner confiance, tels étaient les paramètres essentiels sur lesquels je fondais mon intervention.
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Étant un tantinet marginal, dans mon approche du magnétisme, je dérangeais certains requins ou " barons " en place, qui étaient pour leur part plus attirés par l'argent que par la foi. Ce qui me valait, de temps en temps, des menaces téléphoniques ! Si j'étais indifférent ou presque, à ces menaces proférées, je l'étais beaucoup moins face à la réalité quotidienne. Mes séances en effet, par le biais des numéraires offerts, engendraient insidieusement un état défavorable.
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L'harmonie était loin d'être à son apogée ! Plus j'aidais les gens, plus je m'apitoyais sur leur sort, et moins je voulais d'argent. A ce petit jeu, j'ai été vite pris pour un pigeon, et exploité comme il convenait ! Je le comprenais très rapidement ! En voyant au fil des jours, le nombre de mes patients augmenter considérablement, je réalisais que cette générosité allait m'exposer au déferlement intempestif des malades imaginaires !
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Lentement, je percevais le mécanisme qui transformait l'être humain en robot, puis en loque véritable. Plus j'écoutais les gens, plus le malaise devenait évident. Engloutis dans cette spirale de folie, ils se détachaient inexorablement de tout, et de tous, en se renfermant sur eux-mêmes. J'éprouvais le sentiment de devenir la dernière roue de la charrette. Celui qu'on venait voir en désespoir de cause, sitôt que l'on était blasé des cachets ou écœuré de ne plus avoir la force de lutter.
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Là, je prenais conscience de l'importance de l'aide, plus morale que physique, que j'étais en mesure de leur apporter. Je franchissais l'un après l'autre, les obstacles auxquels je devais être confronté, pour m'accomplir dans mon sacerdoce. J'en arrivais très vite, à tenter de comprendre et analyser les origines de pareils déséquilibres psychosomatiques, en même temps que leur mécanisme.
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D'entrée, je leur indiquais sans ambages que le magnétisme ne pouvait en aucun cas guérir les maladies ! Encore moins, faire des miracles. Il pouvait, si le patient collaborait totalement et efficacement, améliorer considérablement certains états physiques déficients soumis à un dérèglement d'origine psychosomatique. En aucun cas, il n'aurait une action curative, sur une maladie chronique ou irréversible telle, le SIDA, et le cancer. Il fallait que les choses soient bien claires, à ce sujet. N'en déplaisait à celles et ceux qui, pour l'argent, laissaient croire aux naïfs et aux pigeons potentiels, qu'ils étaient à même de les guérir de tous leurs maux.
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Des petits " réservoirs " aux canalisations, en passant par les " robinets " ou les batteries, chacun était capable de voir d’une manière rationnelle comment l’alchimie pouvait s’effectuer. Je comparais amicalement l'action du magnétiseur, à celle d'un électronicien. Pour comprendre cette démarche, il était important d'essayer de visualiser ma petite histoire, relative à la création de l'être humain. Telle que bien entendu, je la concevais et l'imaginais en rêve. J’étais de plus en plus motivé dans cette approche grâce à Françoise.
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Chaque être humain, était à même de comprendre à sa manière, de croire et d'interpréter, ce que la grosse majorité des gens qualifiaient de surnaturel ! Je traduisais les choses telles que je les ressentais, du fond du cœur, sans autre prétention que celle d'apporter mon témoignage. Chacun de mes récits ressemblait à un conte de fée, que je narrais avec authenticité. La limpidité des explications, la clarté de leur signification, permettaient à mes patients de ne plus se noyer dans les méandres d’un langage abscons et opaque.
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J'apportais aux gens qui venaient me voir, la preuve qu'il était possible avec la seule volonté, de se familiariser avec son subconscient. En même temps, je commençais à mieux cerner les problèmes en ce qui concernait les rapports humains dont ils souffraient tous. Renfermés sur eux-mêmes, étanches aux vibrations extérieures, les gens ne faisaient rien pour sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvaient. Une séance hebdomadaire de relaxation et de détente avec le magnétisme, et voilà, le tour était joué.
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La jalousie, la méchanceté, l'hypocrisie, j'en découvrais chaque jour les arcanes. Ce constat, je le dressais avec quelques frissons dans le dos ! Car des patients tout aussi fourbes, se livraient à un petit jeu sordide. Ils prêchaient le faux pour savoir le vrai. Salissant Pierre ou Paul, pour me faire dire ce qu'ils avaient envie d'aller répéter aux intéressés. Hélas ils ont été déçus. Ni Françoise ni moi n'avions pour habitude de cautionner les critiques formulées. Nous aimions juger par nous-mêmes !
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Nous sentions alors peser sur nous, le poids du mépris et de la médisance. Au début, Françoise ne parvenait pas à ressentir les odieuses " effluves " de ces machinations. Après quelques mois, elle était touchée de plein fouet et devenait terrorisée. Ce qui la conduisait à des variations brusques autant qu’imprévisibles, à l’égard de certaines personnes. Calmement, j'essayais de lui expliquer comment, ce mécanisme infernal pouvait fonctionner :
" " " Pourquoi est-ce que tu crois que des personnes arrivent à se détester mutuellement ? Parce que les fossoyeurs de l'humanité, par ignorance et par jeu, s'adonnent à leur loisir favori : déblatérer des insanités sur le dos des autres ! Ce ne sont pas hélas, les exemples qui nous manquent ! Les vrais coupables ce ne sont pas eux ! Si tu remarques bien, à qui les semeurs de crotte s'adressent-ils ? A toutes celles et ceux qui sont au moins aussi nébuleux qu'eux !
***
La méchanceté rend aveugle c'est vrai, mais que dire et penser du mutisme et de la complicité engendrés par le silence des gens qui se braquent ? En écoutant passivement les hypocrites en train de vider leur poche de venin sur le dos d'innocents dont ils sont jaloux, ne cautionnent-ils pas leurs méfaits ? Bien sûr qu'il est possible d'endiguer ce flot de haine ! Il suffirait que la grosse majorité des gens en prenne enfin conscience et réagissent, c'est tout ! " " "
***
Les exemples ne manquaient pas. Ainsi cette jeune femme, qui se plaignait d’insomnie, de solitude, de frigidité et de douleurs dans le dos vraiment insupportables. Présentée par une amie de Françoise, elle incarnait tout ce que je venais de résumer. A elle seule, elle était une fraction de chaque catégorie ; une synthèse grandeur nature. Toutes ses relations passaient des heures pénibles, quand elle m’en parlait. A croire qu’elle n’était entourée que de gens ignobles. Quelques-unes de ces personnes devaient avoir les oreilles qui sifflaient !
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Non seulement je la recevais deux fois par semaine, avec un repas à la clef, mais en plus elle m’appelait au moins quatre ou cinq fois durant la même semaine. De plus en plus, elle développait ses craintes vis-à-vis de sa frigidité. Je n’étais pas dupe heureusement. Je réalisais à temps où elle comptait m’embarquer. Las de ses jérémiades, je lui donnais la leçon qu’elle méritait. Alors qu’elle se trémoussait nue sur la table, attendant qu’enfin je fasse un " contrôle " de sa frigidité. Avec son accord cependant, je faisais venir Françoise. Elle pourrait ainsi traduire ce qu’elle allait ressentir dès l’instant où j’effectuerai quelques applications à hauteur de son pubis.
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Entre deux rendez-vous, je prenais le temps de peaufiner mon apprentissage sur les mentalités. Dans la rue, les transports en commun, j'essayais de mieux comprendre comment les gens vivaient et se comportaient. Dans leur environnement quotidien, ils paraissaient encore plus malheureux. Ils marchaient, se croisaient sans se voir et souvent même en se bousculant. La nervosité des automobilistes, l'irascibilité de certains d'entre eux, l'anarchie quasi générale, m'apportaient quelques éléments de réponse.
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De telles attitudes, méritaient un petit détour, n’était-ce que pour assouvir ma curiosité. Un soir, après une journée particulièrement riche concernant mon étude de ces personnages hauts en couleur, je traduisais à Françoise le fond de ma pensée les concernant :
""" Ce sont des êtres humains avant tout, il ne faut pas l'oublier. Ils savent qu'ils sont puants et odieux. Ils sont tellement cristallisés dans leur personnage, solidement enfermés dans leur carapace d'indifférence, qu'ils sont en quelque sorte immunisés contre les sentiments. Ils jouent les supermen, alors qu'ils ont envie de pleurer. Cette oasis, artificiellement créée, au centre de laquelle ils arborent l'étendard de la supériorité, devient en fait une prison de solitude et de désolation dont ils ne peuvent, et ne veulent surtout, plus sortir""".
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Depuis une ou deux semaines, Françoise n'avait plus de problème avec ses kystes et ses grosseurs sur le visage. Pourtant, sans cesse, elle affichait une peur panique. Si ces poussées disgracieuses venaient la perturber le jour du mariage ? Elle en tremblait rien qu'en y pensant. J'avais beau la rassurer, elle ne pouvait pas occulter de son esprit pareille éventualité. En revenant du bureau tous les soirs, je la voyais exténuée, pour ne pas dire écœurée. Mettant cette attitude sur le compte de l'émotion, je n'y prêtais pas attention. Néanmoins, je me posais quelques questions. D'accord, pour elle, passer de mademoiselle à madame, était quelque chose de fantastique. De là à occasionner des poussées de fièvre avoisinant les quarante et deux dixièmes... Il y avait un pas que je refusais de franchir.
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Ce soir-là, après avoir localisé trois kystes dans son ventre, je décidais de les neutraliser. Je m’étais gardé de l’informer des douleurs, ultra courtes mais violentes, qui allaient se manifester. Après une brève mise en condition respiratoire, j’entrais en action. Partant du plexus cardiaque, sur lequel j’étais en application, je descendais brusquement ma main droite en suivant le parcours des kystes. Très concentré, j’avais demandé au Tout-Puissant de m’accorder toute la force nécessaire pour les faire disparaître les trois en même temps. Au moment où ma main arrivait sur chacun d’eux, en même temps que Françoise sursautait sur la table, on entendait trois petits claquements bien distincts. Elle a eu un moment de panique, aussitôt résorbé après un regard langoureux.
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Les rhumatismes tout d’abord. Sous des formes les plus diverses, ils se manifestaient partout sur le corps, surtout aux articulations des épaules. Pour neutraliser les douleurs, je pratiquais essentiellement la relaxation de la colonne vertébrale. Pour ce faire, avec ma main gauche, et non la droite cette fois, j’effectuais des passes très lentes de la base de la nuque au coccyx, à deux centimètres de la colonne. Cela durait parfois plus d’un quart d’heure. Durant cet exercice, des picotements se manifestaient sur les points atteints, et une douce chaleur enveloppait la colonne.
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Ensuite, je faisais des impositions traversantes de part et d’autre des foyers douloureux. Main droite côté thorax et main gauche en opposition dans le dos. Mon regard se concentrait sur le centre de la douleur. Je décrivais des cercles très lents, dans le sens des aiguilles d’une montre, durant quelques minutes. Les douleurs étaient parfois très violentes au cours de ces impositions. J’alternais avec les applications fixes, et les impositions en faisceau, afin de diversifier au maximum la force du magnétisme. Je notais les variations dans le ressentir du patient, en fonction du mouvement que j’étais en train d’effectuer. Aigu, diffus, local ou général, il suivait fidèlement les gestes.
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Pour terminer, j’effectuais une sorte de " chassé " de la douleur. Je plaçais ma main gauche sur l’arrière de l’épaule ou du membre, affectée, et ma main droite se mettait à environ trente centimètres du thorax. Ensuite, lentement, j’avançais ma main droite, tandis que la main gauche exerçait une sorte de traction. Comme si j’avais tenu un objet entre les mains. Le patient ressentait à ce moment précis, un véritable courant le traverser au fur et à mesure que ma main droite s’approchait et que la gauche s’éloignait. Ensuite, je plaquais mes deux mains de part et d’autre du foyer douloureux, avant de les décoller de quelques centimètres et d’effectuer des rotations lentes dans le sens des aiguilles d’une montre. Là, les douleurs étaient parfois extrêmes. Épaules, coudes, mains, chaque fois que le cas se présentait, j’effectuais les mêmes gestes.
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Ce genre de séance durait entre quarante minutes et une heure. Au terme de celle-ci, le patient éprouvait une nette amélioration tant dans la mobilité que l’absence de douleur. A plusieurs reprises, essentiellement dans les traitements sur les épaules, j'ai été intrigué par les réactions bruyantes émanant des intestins. Un peu comme si le magnétisme diffusé de part et d’autre de la clavicule et des omoplates, parvenait jusqu’au ventre. J’étais surpris certes, mais nullement affolé. D’autant que chaque fois, le patient éprouvait un soulagement au niveau de l’abdomen. J’ignorais tout des méridiens !
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Le premier cas d’anorexie auquel j'ai été confronté, me permettait d’appliquer en profondeur les règles d’or du magnétisme. Par expérience, je connaissais l’importance primordiale de l’écoute. Avec une personne qui refuse de se nourrir, elle apparaissait doublement utile. Pourquoi en était-elle arrivée là ? Il me fallait aller plus loin que la simple anamnèse. Premier combat : établir un climat de confiance absolu entre ma patiente et moi. Second combat : surtout ne pas dépasser mes limites en cherchant à diagnostiquer une quelconque dégénérescence physique. L’aspect psychosomatique de l’anorexie, s’il ne faisait aucun doute, pouvait néanmoins avoir des origines cliniques : malformation congénitale, ablation d’organe etc. Je n’avais qu’un moyen à ma disposition : le pendule. Avec l’accord total et sans réserve de ma patiente, je dressais une série de questions à ce propos. L’investigation a duré une demi-journée entière.
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L’ouverture du Chakra racine, sur le plancher pelvien, ne s'est pas faite sans sueur ! Jusqu’ici, je le dynamisais en posant ma main gauche à plat sur le pubis. Là, je faisais une liaison depuis les pieds. Ma main droite enveloppait les doigts du pied droit, et ma main gauche était appliquée sur le pubis. Après cinq bonnes minutes, les premiers signes d’ouverture se manifestaient. Je changeais alors de position. La paume de ma main droite posée sur le pubis, et ma main gauche enveloppant les doigts du pied droit de ma patiente.
Elle ressentait rapidement comme une décharge électrique remonter dans le ventre depuis son pubis. Je poursuivais mon action, en appliquant ma main droite sur les autres Chakras. Dans le ventre, le dos, partout le magnétisme provoquait des picotements. En effectuant le faisceau tournant sur l’hypophyse, la détente de ma patiente atteignait son paroxysme.
Je profitais de cet état de bien-être, pour faire une application crânienne. Mes mains bien à plat sur le sommet du crâne, enveloppaient les deux hémisphères du cerveau ; main droite sur le gauche et main gauche sur le droit. Je concentrais toute mon attention sur le troisième œil de ma patiente, en me répétant en permanence une petite phrase simple : " Je fais venir en toi la force de l’énergie cosmique, pour neutraliser et faire disparaître de ton corps et de ton esprit, les blocages qui sont à l’origine de ton anorexie ". L’importance de mes pensées lors de chaque application ou imposition, revêtait toute sa noblesse.
Le soutien de la pensée est primordial. Toutes les forces étaient en présence : le magnétisme direct, le regard magnétique, et la pensée positive. Je gardais cette position deux ou trois minutes. Sitôt que ma patiente commençait à cligner des paupières, j’arrêtais. Ces signes étaient précurseurs de l’état de somnolence, que je ne devais pas atteindre. Le somnambulisme étant la phase suivante, je ne tenais pas à la développer inutilement.
Pour moi, le traitement en toute conscience est de loin le plus efficace. Ce qui veut dire que je suis opposé aux traitements axés sur l’hypnose. Je ne les critique pas, mais je reste sceptique quant à leur bien-fondé. D’autant que trop souvent, ils sont générateurs d’abus. Je terminais cette première séance, par une application sur le 7ème Chakra.
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Le jour même, nous passions à la seconde séance. Je décidais cette fois, en plus du travail sur les Chakras, de commencer une approche sur les organes. Les ouvertures ayant été plus rapides que la fois précédente, me permettaient d’approfondir mon action sur les ovaires avant tout. Puisque par définition, ils sont le point de départ de l’énergie vitale. Avant de les activer, j’effectuais pour la première fois d’autres mouvements de Polarité : la liaison immobile et la recharge centrale. Ces deux mouvements, ayant pour but d’activer la grande et la petite circulation énergétique.
Je plaçais en premier ma main droite autour des doigts du pied gauche, et la paume de ma main gauche sur celle de la main droite de ma patiente. Ensuite j’intervertissais ma position en passant de l’autre côté du corps. Les effets de circulation ressentis par ma patiente, traduisaient bien l’efficacité de ce mouvement. En même temps que je pouvais entendre les réactions des organes abdominaux. Ensuite, la " recharge centrale " ou petite circulation, était elle aussi activée.
La paume de ma main droite, posée à plat sur un point situé entre le thorax et le mamelon du sein gauche, et celle de la main gauche posée à plat sur le front. Les réactions étaient assez diverses : douleurs crâniennes, picotements dans la gorge, douleurs aiguës dans le ventre et les ovaires. Ces réactions étaient brèves, mais très fortement ressenties. Pour ma part, à aucun moment je n’ai pas ressenti la moindre vibration dans mes mains.
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Ce jour là, je pouvais clairement constater le travail de la seule énergie de la patiente. A l’inverse des impositions magnétiques, au cours desquelles je me concentrais au maximum, là, je n’avais aucune influence sur le travail en cours. Ce qui me permettait d’affirmer que réellement tout un chacun était capable de produire les mêmes effets. Je terminais ma seconde séance, par une application sur le cerveau, les deux mains posées à plat. Quel que soit le problème, je magnétise de la même façon, guidant l’énergie cosmique vers l’obstacle que j’ai décelé.
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Progressivement, après une quinzaine de séances, l’état de santé de ma patiente s’améliorait. Son cycle menstruel était revenu après six séances, d’une manière vraiment brutale et abondante. Elle ne vomissait plus, n’avait plus de douleur ni d’écœurement en prenant ses repas. Ce qui m’a apporté le plus de joie et de bonheur, a été son attitude face aux problèmes qu’elle avait connus jadis. Plus ou moins délaissée, voire abandonnée durant sa prime jeunesse, elle avait réussi à surmonter le climat de crainte dans lequel elle agonisait. Ce qui avait eu pour effet immédiat, de prendre l’ascendant sur sa mère.
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Le vendredi 31 août 1990, le temps était exécrable. Sous une pluie torrentielle, qui mettait un terme à nos projets du lendemain, concernant la décoration des voitures, nous devenions devant monsieur le Maire, en partie mari et femme. Peu importait la pluie. Le soleil illuminait nos cœurs, et réchauffait celui de nos parents. Si le dicton " mariage pluvieux, mariage heureux " était exact, nous pouvions bénir ce cadeau de Dieu. Ma petite femme était rayonnante. Étincelante, merveilleuse, elle oubliait ses tracas. Plus rien ne comptait, que notre amour mis au grand jour.
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La cérémonie religieuse a été en tout point émouvante. Merci les catholiques chrétiens. Sans vous, de part les ségrégations de l'église romaine excluant les divorcés, jamais, Françoise n'aurait eu le privilège de pleurer les larmes de son bonheur dans la maison de Dieu. L'après-midi s'annonçait sous les meilleurs auspices ! Merci surtout à vous mes chers parents, beaux-parents pour les susceptibles, de vous être donnés tout ce mal pour nous offrir une journée aussi fabuleuse. Car pour être réussie, la journée l'a été à tous niveaux.
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Je ne pourrai jamais oublier les premiers gestes de mon épouse adorée, sitôt sortie de l'église. Congratulée comme il convenait, elle s'efforçait en parlant de passer ses doigts dans les cheveux. Non pas qu'elle ait attrapé des poux, Dieu merci. Elle était si fière de montrer à tout le monde, qu'elle était enfin devenue une " madame ", qu'elle exhibait son alliance avec un délice émouvant. Je la taquinais ni peu ni assez naturellement, à propos de ses chiques ! L'ambiance, l'amour, la bonne humeur et la détente, étaient au rendez-vous. Tous unis autour d'un maître mot : le BONHEUR !
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Ponctuant cette semaine riche en événements tous plus intenses les uns que les autres, il manquait une petite note d'humour émanant du Tout-Puissant. Respectant les vœux de Françoise, elle n'avait rien eu en ce qui concernait ses grosseurs sur le visage ; pas plus qu'elle n'avait souffert d'un moindre kyste. Le mariage s'était déroulé comme elle le souhaitait. Nous devions rentrer chez nous le lundi. Le dimanche, était donc celui des adieux à la famille. Nous avons pris un dernier déjeuner en commun, dans un autre restaurant. Là encore, le soleil étant de la partie, nous avons passé une journée idyllique.
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Au-delà des boutades, avec lesquelles j'essayais de dédramatiser la situation, restait que le film de notre mariage était un fiasco total. Ce n'était rien par rapport à ce que Dieu avait réservé à ma tendre épouse. Car dès son réveil le lundi matin, elle pouvait mesurer l'étendue de la puissance du Créateur ; autant que son humour ! Préservée, selon ses désirs, et ses craintes surtout, pour les cérémonies, ce jour là il ne l'avait pas loupée ! Ma pauvre Françoise. Sur le moment, quand je m'étais réveillé, en voyant son visage j'ai eu du mal à réaliser ce qui se passait. Ce n'était plus une chique... Mais carrément la joue gonflée aux hormones ! Elle était tellement enflée, qu'elle a eu du mal à ouvrir son œil gauche. C'était plus fort que moi. Je ne pouvais pas contenir un fou rire monstre.
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Elle découvrait tout, s'émerveillait telle une enfant. Pure, limpide, authentique et divine, voilà la femme que je venais d'épouser. Promenant son regard entre la nature et moi, elle ne trouvait plus les mots pour traduire son bonheur. La seule chose qui revenait souvent, était de plaindre celles et ceux qui n'avaient pas connu de tels moments. A peine installée dans sa nouvelle peau d'épouse, voilà qu'elle s'apitoyait sur le sort des malheureux. Que pouvais-je faire d'autre, que laisser couler les larmes de l'intense bonheur qui me brûlait dans le corps ? Adorable chérie, qui n'hésitait pas à me montrer tel ou tel lieu, de sa main gauche. Pour mieux faire briller l'éclat de cet anneau d'or qu'elle portait avec une telle grâce.
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L'harmonie était au rendez-vous. A croire que les personnes qui nous avaient offert tout ça, avaient choisi en fonction du grand nid. Les formes, les couleurs, autant que l’utilité, tout s’intégrait rapidement. Ce qui ne nous échappait pas. Le hasard n'y était pour rien, Françoise et moi en étions convaincus. " Quelqu'un " s'était arrangé pour faire en sorte que l'homogénéité et le confort de notre bien-être soient préservés. Avions-nous réellement besoin de ce signe ? Sincèrement non. Ce n'était qu'un prétexte pour mieux nous rapprocher du Tout-Puissant, et lui rendre l'hommage qui lui était dû pour nous offrir un tel bonheur.
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Chaque fois que je me perdais dans la pureté de ses yeux, je chancelais. A force de sourires, de mots doux, de frôlements tout aussi provocateurs, nous nous laissions emporter par les braises du désir. Après tout, ce qui n'était pas encore fait, serait fait... Plus tard ! Groggys, ivres d’amour et de bonheur, grisés par tant de souvenirs merveilleux, nous abandonnions le présent et ses contraintes, pour partir à l’assaut d’instants romantiques et sensuels.
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Avant les fêtes, il me fallait affronter mon nouvel emploi du temps. Le grand jour arrivait. Tout étant clarifié, structuré, et délimité dans nos esprits, j'entamais avec fierté ma première journée de travail ; ma demi-journée exactement, puisque le magasin était fermé le lundi matin. Françoise m'avait écrit sur une feuille de papier, le numéro des bus et les arrêts que je devais laisser avant de descendre. Mettant à profit mon ultime matinée de " repos ", j'en profitais pour réorganiser mon agenda avec mes patients. Sagement, docilement même, ils avaient attendu que je les contacte. Chaque appel téléphonique, était un bouquet de fleurs que j'offrais en pensée à mon épouse. Mon bonheur crevait le combiné. Rayonnant, enthousiaste, je transmettais ma joie de vivre à celles et ceux qui hélas, l'avait perdue depuis longtemps.
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Je prenais bonne note du fait que dans mes calculs, j'avais éludé sans m'en rendre compte les gains potentiels avec mon magnétisme. Gains qui mine de rien, au cours des six premiers mois de vie commune, m'avaient apporté quelque deux mille francs. Pour rester en paix avec ma conscience, je ne voulais pas en tenir compte. La matinée s'est écoulée à une vitesse vertigineuse.
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A midi je devais rejoindre ma petite femme au restaurant situé à proximité de son entreprise. Comme aux plus beaux jours, je sentais le trac m’envahir. Ma vie soudain prenait un sens différent. Je me sentais un autre homme. Avant de quitter notre nid d’amour, j’éprouvais un sentiment profond de bonheur. Une revanche ? Loin de moi cette indigne pensée. Je préférais parler de récompense. Ultime coup d'œil, sur le grand nid et ses nouveaux invités, avant de refermer la porte de l'appartement derrière moi.
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Aux heures de grande affluence, comme c'était le cas, les voyageurs étaient entassés comme du bétail. Ballottés, secoués comme des pruniers, nul ne paraissait pourtant afficher le moindre étonnement. Silencieux, résignés même, les voyageurs restaient stoïques et imperturbables. Je savais bien où je devais descendre. Je voulais m'enquérir, à titre d'information, de la gravité de l'état de léthargie dans lequel les gens semblaient plongés.
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Chaque passager, dans mon esprit fécond, devenait un îlot totalement indépendant des autres. Je ne me serais pas risquer à leur exposer mes théories sur les cellules ! ... En guise de solidarité entre elles, celles que je vis ce jour-là confortaient ma vision. Sans doute étais-je tombé dans un muscle au repos, où chaque cellule attendait sagement d'être sollicitée ? Ce n'était pas pourtant la faute du chauffeur, qui, de toute évidence prenait un malin plaisir à planter des coups de frein aussi brusques qu'inutiles.
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Je prenais note en même temps, de l’ampleur du désastre que cela engendrait. J’ai toujours eu l’esprit taquin. Durant ces minutes très spéciales je mourais d’envie de me livrer à quelques blagues. En y regardant de plus près, je comprenais que ce n’était ni le moment ni le lieu. En existaient-ils de spécifiques ? Franchement j’en doutais. Métro, boulot, dodo ! Mes premiers déboires avec mes patients au sujet des " après séances " et des invitations non respectées, prenaient soudain une toute autre signification.
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Après notre premier tête-à-tête avec Françoise, au cours duquel naturellement je lui faisais part de mes analyses, j'entrais dans la peau de mon nouveau personnage au magasin. Durant ma semaine d'essais, je n'avais pas fait attention au décor. Là, directement concerné, je ne pouvais pas faire autrement que déplorer le désordre ambiant. N'étant pas embauché pour faire la police, je m'abstenais d'intervenir. Le gérant était là pour ça et s'il ne le faisait pas, peut-être bien que c'était dans les mœurs ? Tout ce qui comptait pour moi, c'était de travailler pour mériter mon salaire.
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Le temps de me familiariser avec la surface de vente et je leur ferai voir de quoi j'étais capable. Ils étaient jeunes, insouciants, fallait-il vraiment que je les prenne en grippe ? Au fond, en me voyant bientôt réaliser des ventes intéressantes, j'imaginais qu'ils se prendraient au jeu. Fatigué, noirci des pieds à la tête, je reprenais le chemin de la maison. La tête pleine de souvenirs et d’anecdotes à raconter à mon épouse. Parmi celles-ci, ma rencontre au magasin avec une dame, qui y était entrée comme " catapultée ", guidée par une force inconnue. Elle ne voulait rien du tout, et d’emblée nous avons sympathisé. Très vite, j'ai compris pourquoi elle avait pris le chemin du commerce. Dieu s’était arrangé pour que nos chemins se croisent. Elle était dépressive, à bout de forces. Sitôt que j’en ai eu parlé avec Françoise, elle acceptait d’accueillir cette nouvelle venue à dîner.
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Le dimanche suivant comme convenu avec Françoise, j’appelais ma future patiente pour la convier avant tout à une séance et ensuite à partager notre repas. En plus de ses problèmes dépressifs évidents, elle était couverte d’eczémas sur le visage et le ventre. J’avais dans ce domaine une expérience assez aiguisée. Après les mouvements classiques de relaxation et de détente, berceau, étirement polaire, balancement du ventre, détente de la colonne et activation des Chakras, je procédais à des impositions palmaires sur les zones infectées.
Les mains à plat tout d’abord, mais en respectant cette fois la polarité du corps ; c’est-à-dire en plaçant mes mains à l’opposé du courant : main droite au-dessus de la joue gauche et main gauche au-dessus de la joue droite. J’étais donc assis sur la table, face à ma patiente pour faciliter le travail. Je voulais intervertir la position préconisée, soit les mains allant dans le sens de l’énergie, pour essayer de créer un contre courant magnétique. Le résultat était immédiat. Outre les picotements très intenses, ma patiente ressentait dans tout le corps des mouvements d’ondulation de l’énergie ; un peu comme une vague. Après avoir maintenu ma position statique durant près de dix minutes, j’effectuais des rotations inverses avec mes mains : main droite dans le sens des aiguilles d’une montre, et main gauche dans l’autre sens. Rien de bien spectaculaire ne se produisait. Je faisais alors un circulaire avec mes deux mains parallèles au-dessus du visage tout entier, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre. Les sensations de chaud et froid étaient ressenties par ma patiente, suivant que mes mains se situaient à droite ou à gauche de son visage. Après un quart d’heure ou presque, j’effectuais les mêmes mouvements sur le ventre, avant de travailler en application le foie et les reins. Le résultat a été prodigieux. Plus un seul bouton sur le visage. Ceux du ventre par contre, étaient devenus d’un rouge extrêmement vif. Heureusement, les démangeaisons avaient disparu. Soulagée, physiquement et moralement, ma patiente appréciait au plus haut point le dîner et surtout, l’amitié que nous lui proposions. Seule, dans l’incapacité de travailler après une très grave opération, elle se sentait perdue dans une ville hostile. Elle était comblée, nous étions ravis.
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Vers la mi-octobre, après plus d'un mois d'activité commerciale, j'ouvrais de nouveau les yeux. Quelles étaient ces créatures que Dieu m'envoyait en masse ? Effaré, autant qu'effrayé, je réalisais que durant plus de trois semaines, j'avais reçu à la maison des jeunes femmes qui, au demeurant, n'avaient pas besoin de mes services. Etait-ce pour me permettre de garder le contact avec le magnétisme en attendant que je sois opérationnel au magasin ? Sans doute.
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Le lundi suivant, ayant une séance avec l'une des trois " suspectes ", je me jurais d'être attentif. Au premier regard échangé, je prenais conscience de l'ampleur du danger. Faux sourires, manières exagérées, l'hypocrisie émanait de tous les côtés. Comment avais-je pu ne pas m'en rendre compte avant ? J'avais honte de moi. Indifférent aux signaux lancés par ma patiente, je restais étanche et lucide. Je comprenais où elle voulait habilement m'embarquer.
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Dans ses yeux, brûlaient les flammes de la vengeance. Comme elle s'étonnait de cette anamnèse improvisée, après trois séances de magnétisme, je lui indiquais que je jugeais mon concours inutile ; d'où cet entretien. Je venais d'ouvrir le couvercle de la boîte de Pandore ! Hélas, la mythologie n'était pas respectée. Une fois vidée de son contenu de maux, la boîte était vide ; même le bien que Zeus avait pu y déposer venait de s'évaporer ! Une myriade d'invectives à l'encontre de ma Françoise, déferlaient dans mon salon. Françoise était coupable de m'avoir " monté " la tête !
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Sans pouvoir rien affirmer, j'éprouvais une sensation de plus en plus bizarre. Au magasin, à la maison, avec mes patients, je sentais planer une indicible odeur de poudre. A tous les échelons je ne me sentais pas bien dans ma peau. Incapable d'en définir l'origine et encore moins la cause, ce malaise perdurait pendant de longues semaines. Prémonition ? Envers quoi Grand Dieu ? D'accord, Françoise depuis notre mariage n'avait pas retrouvé son tonus à cent pour cent. A bien des égards, je voyais que celui-ci s'amenuisait gravement.
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Ne voulant pas prendre le moindre risque, avec mon imagination de plus en plus fertile, je me contentais de lui redonner l’énergie nécessaire. Cependant, force était de constater qu’elle maigrissait à vue d’œil ! Pas le moindre signe de maladie ; les examens confortaient l’absence de virus ou autre problème physique. Cette fin d’année 1990 ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices. Je devais coûte que coûte éviter d'attirer son attention sur les coups de téléphone anonymes qui, depuis notre mariage, ne cessaient de nous parvenir. Y avait-il une relation de cause à effet, entre l’état de santé de Françoise et ces appels bidons ? Je refusais de le croire, pour ne pas sombrer dans un négativisme exacerbé. La jalousie, l’imbécillité, étaient monnaie courante. J'ai cru bon de ne pas en parler à Françoise, qui aurait sans doute exagérément grossi ces manifestations puériles.
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Pour enrayer ces poussées de fièvre assez violentes, il me fallait trouver une autre méthode. En utilisant la polarité essentiellement. Je plaçais mes mains autour du crâne de Françoise, les pouces au-dessus des oreilles, enveloppant sa nuque de mes paumes, placées à deux centimètres de la tête. Je restais avec cette position dite " du berceau " durant près de vingt minutes. Souvent, il lui arrivait de ressentir de violentes douleurs dans le ventre et le dos. Dans mes mains, je sentais les différentes étapes de l’énergie.
Au fur et à mesure qu’elle progressait, jusqu'à parvenir à l’extrémité des doigts de pieds, je percevais les petits picotements dans mes mains. Une fois parvenue au terme de son voyage, l’énergie me revenait et me brûlait les mains. Cette étape, avait pour but de travailler le système nerveux central, par l’intermédiaire de l’hypothalamus et de l’hypophyse. D’où, au terme de la séance qui peut durer plusieurs heures, un état de détente et de relaxation totale. Pour conforter ce relâchement nerveux, j’effectuais un autre mouvement de polarité appelé " l’étirement polaire ". Ma main gauche à plat sur le front, le pouce et l’index de ma main droite placés de part et d’autre de la colonne cervicale, à la base du crâne, sur les occiputs.
Délicatement, j’étirais la colonne en exerçant une traction de la tête. Ce mouvement, délicat et très fatigant, avait pour but de relâcher les tensions sur le système nerveux central. Il s’accompagnait généralement de gargouillis dans le ventre. Françoise avait la nette impression de " décoller " durant les deux minutes indispensables de l’étirement. Je changeais de position, pour pratiquer d’une manière plus efficace le " balancement du ventre ". Ma main gauche posée à plat sur le front, ma main droite placée à plat sous le nombril. Je décrivais un balancement léger du ventre, de gauche à droite, en prenant soin de ne pas faire glisser ma main droite. Le but à atteindre avec ce balancement, étant de créer un courant d’énergie entre le " haras " et l’hypophyse. Au terme de chaque séance, la fièvre passait de quarante à trente-sept cinq. Je terminais mon travail en ouvrant les Chakras, afin de conforter le bien-être. Presque tous les soirs, j’effectuais les mêmes gestes, docilement, avec un degré d’amour jamais atteint.
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Cependant, je ne pouvais pas faire autrement que me poser certaines questions. Pourquoi, à défaut de problème d’origine médicale, Françoise était-elle soumise à des poussées de fièvre aussi intenses et régulières ? Je la sentais tellement bien, détendue, relaxée, à l’issue des séances, que je n’osais pas la perturber en la harcelant de questions. Je me résignais à espérer qu’un jour, elle se délivrerait du poids qui visiblement lui pesait sur le cœur. Etait-ce un ancien amant évincé ? Un problème au bureau ? En secret et en silence, j’essayais tout de même de percer le mur du silence. Tous mes efforts avortaient, et je commençais à en souffrir.
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Depuis plusieurs semaines, l'harmonie, la paix intérieure, le bien-être, avaient déserté mon corps et mon âme. Je me sentais ballotté au gré du caprice des tempêtes émotionnelles. La seule chose qui me faisait peur, était que mon " fil d'Ariane " se rompe. Immanquablement je me culpabilisais. Je me sentais en dessous de tout, incapable de juguler cette nouvelle hémorragie qui vidait ma douce Françoise de son énergie. Etais-je bien l’homme de sa vie ? Ne s’était-elle par forcée à dire oui, pour " réparer " la souffrance qu’elle m’avait infligée ? N’avait-elle pas voulu se marier coûte que coûte pour prouver qu’elle en était capable, plus que par souhait véritable ?
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En quelques mois, je pensais avoir vu à peu près tous les caractères ? Il fallait croire que non. Etait-ce, d'une manière plus dramatique, une remise en cause de notre couple ? Et si Dieu subitement, ne voulait plus que mon bonheur soit incarné par les traits de Françoise ? Devais-je me résigner ? Je plongeais dans les méandres du désarroi. C'était alors le déclic salvateur. J’étais parvenu au plus bas de mon mental. Loin de capituler, je m'accrochais désespérément. Je percevais les messages du mieux que je pouvais. Bonnes ou mauvaises interprétations, peu importait. Je ne devais pas baisser les bras, ce message me revenait le plus souvent à l'esprit. D'où l'envie d'approfondir sans cesse les ténèbres de la situation.
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Vers la fin du moins pourtant, je déchantais. Nouvelles montées de fièvre, nouvel état dépressif et fatigué, ma douce épouse replongeait de plus belle dans le carcan de son mutisme. Je décidais de rompre la glace. N'en pouvant plus, elle m'avouait d'un ton bouleversé, le pourquoi de ses faiblesses. Sa collègue, la cinéaste tremblante au mariage, lui avait adressé une lettre dont le contenu ne faisait aucun doute. Véritable déclaration d'amour lesbien selon les termes du graphologue, elle était l'épicentre des malaises de Françoise.
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Je lui conseillais de prendre ses distances vis-à-vis de cette personne, tout en veillant au grain. Car il n’y avait pas plus dangereux qu’une femme, jalouse d’une autre femme ! Je me sentais soudain soulagé. Inconsciemment, sans oser l’avouer, je redoutais quand même la présence d’un rival dans le cœur de ma dulcinée. D’un seul coup j’avais l’impression de peser une tonne de moins. Léger, débarrassé de mes craintes stupides et non fondées, je retrouvais avec mon enthousiasme une envie folle de vivre. Ce qui devait aboutir avant tout, sur une franchise de ma part concernant mes problèmes.
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Avec une succession d'événements aussi intenses, il apparaissait indispensable de prendre quelques jours de vacances. Nous en avions vraiment besoin tous les deux. L'excuse du déménagement était arrivée fort à propos. Quinze jours de détente, loin du tumulte et des agressivités, nous feraient le plus grand bien. Qui disait nouvel appartement, sous-entendait pendaison de la crémaillère. A tour de rôle, nous invitions d'abord mes collègues de travail, puis ceux de Françoise. Sans aucune restriction ; ce qui veut dire que même la " cameraman " était conviée. Je tenais à conjurer le sort, et me rendre compte par moi-même, de l’évolution dans les rapports au sein de l’équipe entourant mon épouse.
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En dépit de ses efforts à dissimuler son mal être, elle ne pouvait pas juguler le flot grandissant de ses malaises. J'étais surtout sensible à son revirement de situation, face à ma décision de quitter mon emploi. Elle m'avait encouragé à le faire, pour ne plus me voir revenir le soir en pleurant faute d'avoir pu laisser éclater mes colères. Pourquoi subitement, me demandait-elle de revenir sur ma décision ? Là, j'ai eu du mal à contenir mon émotion.
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En récapitulant nos dépenses, j'étais en dessous de mes seuls revenus. Le loyer, les charges... Je ne voyais vraiment pas comment, nous pouvions être en difficulté ? D'autant moins, que Françoise ne cessait de m'offrir quotidiennement les petits cadeaux qui me faisaient tant plaisir. Sans compter que pour me permettre de reprendre mon écriture, elle venait de me commander un ordinateur et tout ce qu'il fallait pour assouvir mes moindres besoins en matière de création. Si elle avait eu des problèmes d'argent, elle n'aurait jamais pris le risque de le gaspiller inconsidérément ? Le dilemme était total. Analysant point par point les tenants et les aboutissants, j'élaborais les pires scénarios.
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C'était sans doute pour cette raison, que Le Tout-Puissant me permettait de reprendre le chemin de mes séances. Rien de tel pour échapper à l’angoisse de la sinistrose, que s’investir corps et âme pour les autres. Je poursuivais mon apprentissage, auprès de deux ravissantes créatures. Recommandées par une collègue de travail de Françoise, d’emblée je sentais le danger. Faussement atteintes d’une dépression imaginaire, elles étaient là plus pour nuire que pour guérir. Je le ressentais dès leur arrivée à mon cabinet.
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Mon corps était une sorte de radar, sensible aux vibrations relatives à l'aspect négatif d'un sujet. En même temps, je devenais moins sensible aux attaques dont j'étais l'objet. Refusant de céder aux avances de mes patientes, je passais tantôt pour un obsédé sexuel, tantôt pour un charlatan.
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Sitôt cette prise de conscience effective, le Tout-Puissant tournait la page. Tant que je n'avais pas compris ni modifié mon attitude, Il insistait. Après, Il m'adressait d'autres personnes. Sans transition, je passais des situations ambiguës à la sérénité. L'apprentissage se poursuivait. Jugeant opportun de me laisser souffler un tant soit peu, Dieu m'adressait plusieurs patients avec lesquels je découvrais émerveillé, la sérénité, la paix intérieure, et l'amour authentique.
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L'un d'entre eux, me confortait dans ma passion pour mon épouse. A presque soixante ans, il éprouvait pour la sienne une véritable adoration. Chaque fois qu'il me parlait d'elle, il en avait les larmes aux yeux. Il était venu me voir, non pas pour lui, mais pour sa compagne. Pourtant, c'était lui, et non elle, qui souffrait le martyre avec un asthme chronique assez violent ? Eh bien précisément ! C'était là, quand il m'a avoué le pourquoi de son désir de guérir, qu'il m'apportait la preuve que l'amour pur et vrai existait ailleurs que dans notre couple. Il espérait une amélioration de son état de santé.
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Ceci précisé pour ne pas créer de confusions. Nous parlions le même langage. Notre unique point commun, c'était l'amour dont nous entourions nos épouses. L'abnégation, l'altruisme et la dévotion, revêtaient leurs plus beaux atours. Concernant les aspects purement thérapeutiques je pouvais avec un certain émerveillement, mesurer l'impact d'un tel état d'esprit. La notion de réceptivité du patient, et celle évidente du besoin d'offrir l'amour de mon côté, aboutissaient à des résultats spectaculaires.
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J'oubliais alors tout ce qui me perturbait le reste du temps. Je n'avais qu'un désir, aider mon brave patient. Je prenais conscience une fois pour toutes, de l'aspect fondamental du don auquel Dieu m'avait permis d'accéder : L'AMOUR DIVIN ! Celui que l'on doit offrir sans tendre la main pour en tirer de bénéfices. Cet amour là est le seul, qui permet d'accéder à l'échange et à la communication entre les êtres. Démuni de tout aspect spéculatif, il ouvre en grand les portes du bien-être intérieur. Tant et si bien qu'au terme des dix séances avec mon patient, j'ai pu assister à un véritable miracle. Il arrivait sur la table sans le moindre essoufflement, et s'allongeait sans même relever le dossier.
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Pour mener à bien ma mission, avec ce patient, mes séances étaient très intenses. Je commençais la première fois, par une série de " passes longitudinales à grand courant ". La position demi-assise du sujet ne favorisait guère le travail, mais je m’adaptais aux exigences. A l’inverse des " passes lentes ", dont le rôle était d’apporter une énergie nouvelle, celles dites " à grand courant " avaient pour but d’équilibrer l’énergie du patient. Les premières agissant en mode " Isonome ", action excitatrice, les secondes étant plutôt " hétéronome ", calmantes et décongestionnante. Le parcours du sommet du crâne aux pieds, se faisait en cinq ou six secondes maximum, au lieu des vingt à trente secondes en passes lentes.
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Je répétais les mouvements durant plus de dix minutes. De légers picotements se faisaient sentir le plus souvent dans les jambes de mon patient. Une fois cette série terminée, je passais à la relaxation de la colonne vertébrale. Aucun ouvrage, ne mentionnait ces deux premières étapes. Pourtant, avec le temps, je me rendais compte de leur efficacité. Pour détendre la colonne, j’alternais les passes lentes de la nuque au coccyx, une main de chaque côté de l’axe vertébral, et celles avec ma seule main droite à plat. Là encore, je suivais mon intuition.
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Après une dizaine de minutes, mon patient éprouvait un soulagement total et une détente réelle. J’engageais alors la phase de " saturation magnétique " de la cage thoracique. Main droite sur le poumon gauche et main gauche sur poumon droit, en application ; c’est à dire posées, en contact. Je restais immobile durant près de cinq minutes. Ensuite je déplaçais légèrement mes mains toujours en contact, de part et d’autre du premier point d’application. De telle sorte qu’après trois ou quatre endroits, et vingt bonnes minutes, la cage thoracique se trouvait entièrement " remplie " de magnétisme. Les effets étaient spectaculaires sur la respiration du malade. Amplitude, intensité, les mouvements respiratoires se faisaient avec beaucoup plus d’aisance et sans douleur.
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Mettant à profit ce bien-être momentané, je dynamisais alors le Chakra de la gorge du bout de mon majeur droit, pour stimuler les organes dépendant de la Thyroïde. Après quoi, toujours avec mon majeur droit, j’activais le point énergétique spécifique de la glande Thyroïde, au-dessus de la pomme d’Adam. Ces deux interventions, avaient pour but de provoquer une régénération des cellules, impliquées dans le processus du dérèglement. Mon patient avait eu en plus une bronchite, ce qui motivait ces démarches en vue de dégager les voies aériennes supérieures. Je marquais une petite pause après ces premières phases. Mon patient mettait ce laps de temps à profit, pour travailler sa respiration.
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Après quoi, je reprenais ma séance. J’ouvrais les Chakras, en insistant surtout sur le plexus solaire. Selon certains spécialistes, l’implication du nerf pneumogastrique dans le processus asthmatique ne faisait aucun doute. En effectuant des circulaires au-dessus du Solaire, les deux mains parallèles dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, j’affaiblissais le nerf en question. Le plexus solaire se détendait par la même occasion. Durant cette partie de la séance, les réactions étaient assez diverses. Des simples gargouillis dans le ventre, mon patient avait aussi assez régulièrement des douleurs dans la poitrine, la nuque et les épaules. Douleurs qui se manifestaient encore durant plusieurs jours après la séance. Tout comme pour les problèmes cutanés, eczéma, psoriasis etc. Je procédais ensuite à une activation du foie et des reins, pour éliminer les toxines qui avaient pu être libérées au cours de la séance. Pour ce faire, j’appliquais ma main droite à plat, les doigts bien écartés, sur ces organes. Ce qui conduisait inéluctablement mon patient aux toilettes après cinq minutes de soins. Pour terminer, j’effectuais le mouvement du berceau. Le corps de mon patient venant d’être rééquilibré magnétiquement, le fait d’activer sa propre énergie vitale ponctuait de la meilleure façon qui soit la séance. Ainsi, suivant les séances, je travaillais entre une heure trente et deux heures. Unis dans ce même combat, l’évolution de la maladie nous comblait tous les deux.
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A quelques mois de ses congés annuels, nous envisagions de nous offrir quelques semaines de vacances. Elle en avait vraiment besoin. Elle ne s'est pas fait prier pour accepter mon offre de partir loin, une quinzaine de jours au moins. Où irions-nous ? Cela n'était que le cadet de nos préoccupations. Car malheureusement, son état de santé se dégradait de jour en jour. Les séances que je lui faisais tous les soirs, la maintenaient à peine à flot. Toujours ce mutisme, qui m'interdisait de formuler avec précision la moindre hypothèse.
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Néanmoins, je n'attachais pas trop d'importance aux extravagances de mes nouvelles patientes. Je me contentais d'acquiescer, pour avoir la paix. Je me confrontais, au-delà de l'aspect relationnel plutôt réduit, à des cas nouveaux de problèmes psychosomatiques. Le psoriasis par exemple, me faisait découvrir l'étendue du désastre affectif dans lequel une de mes patientes était plongée. Insomnie, nervosisme, tendance suicidaire, étaient dans le même laps de temps, les autres aspects dont il me fallait prendre conscience avec cette patiente. Après la douceur et le climat de tendresse au sein des couples, incarnés par mon papi et son épouse, je devais rouvrir les yeux sur la réalité brûlante de la vie. Telle que hélas, la vivaient la plupart des personnes. La commerçante atteinte de troubles nerveux graves, dont le psoriasis, symbolisait à elle seule l’étendue de mon action : écoute, confiance, et détermination.
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Elle avait des plaques blanchâtres sur les mains, les avant-bras, la nuque et au sommet du crâne. Le moral au plus bas, elle traversait une période assez agitée. D’emblée, le berceau, l’étirement polaire et le bercement du ventre s’avéraient indispensables. Suivis d’une recharge intense des Chakras qui bien entendu ne laissaient plus rien passer en énergie. Les techniques enseignées sur la plupart des ouvrages dont je disposais, étaient assez contradictoires. Je devais donc improviser pour tenter de résoudre ses problèmes.
Les impositions, au-dessus des zones infectées, n’apportaient aucun résultat crédible. Je prenais une orientation différente. Après avoir dynamisé le foie et les reins, ce qui en la circonstance était particulièrement indiqué, j'entreprenais de provoquer une surcharge magnétique des membres supérieurs. Pour se faire, avec mes deux mains parallèles, je partais du sommet du crâne et descendais jusqu’au bout des doigts de chaque bras. Je faisais une bonne vingtaine d’impositions sur chaque membre.
Ensuite, j’effectuais une imposition tournante en traversant sur les mains de ma patiente. La paume de ma main droite, en regard de celle de ma patiente, et celle de ma main gauche de l’autre côté sur la face dorsale. Dans le sens des aiguilles d’une montre, lentement, je décrivais alors des petits cercles. La chaleur et les picotements ressentis par ma patiente, attestaient de l’efficacité des mouvements. Je terminais ces séries tournantes, par des impositions en faisceau, avec les doigts de ma main droite, sur les endroits les plus infestés. Là, par moments, les douleurs étaient franchement insupportables. Ma patiente éprouvait de véritables sensations de brûlures. A plusieurs reprises, j’ai du faire preuve d’autorité, pour ne pas la voir céder à la panique. Dans l’état dépressif où elle se trouvait, la douleur provoquait des troubles assez perturbants. Une ou deux fois au cours de ces faisceaux, elle voulait même partir et tout arrêter.
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D’une séance sur l’autre malgré tout, les premiers résultats se manifestaient. Il faut dire que je complétais mes séances au cabinet, par de la télépathie. Très vite cependant, je me rendais compte qu’elle devenait dépendante de mes soins. Pour m’en assurer, un soir je ne faisais pas ma séance de télépathie. Le lendemain, elle explosait de rage. Certes, elle confortait l’utilité des autres séances, mais son comportement me faisait prendre conscience des limites.
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Une autre patiente quelques jours plus tard, est venue me trouver pour des problèmes intestinaux. Elle avait subi une intervention sur le gros intestin pour des ennuis chroniques de constipation. Elle venait dans l’espoir d’éviter une nouvelle opération qui cette fois, devait aboutir à la pose d’un anus artificiel. Sur le moment, je n’en menais pas large ! Je n’avais jamais été confronté à ce genre de problème qui, avec les menaces pesant sur la patiente, avaient de quoi m’imposer une vigilance extrême. La première règle, était de ne pas magnétiser le crâne. L’équilibration magnétique c’était une chose. Là, il s’agissait de résoudre un problème de fonctionnement physique et non plus psychosomatique. Donc, se contenter de travailler la zone concernée, sans ouvrir le 7ème Chakra. Une entrée massive d’énergie cosmique, aurait provoqué une augmentation des douleurs. Le gros intestin était sous l’influence directe du Yang.
Il me fallait donc œuvrer dans le sens inverse du courant d’énergie de l’organe. Cette règle étant la même dans le cas inverse. Ne jamais travailler le ventre, avec un problème impliquant le crâne. Restait à définir l’origine de ces constipations chroniques. Deux axes prédominants : le foie, et l’hypophyse. C'était dans cette direction que j’orientais mes séances. Applications, faisceaux, impositions tournantes sur le ventre, étaient mes bases de travail. Précédées par une activation des trois premiers Chakras, directement impliqués dans le dysfonctionnement intestinal. Suivies d’une série d’applications sur les côlons, le tout ponctué par une imposition traversante abdominale, très lente, et dans le sens des aiguilles d’une montre cela allait de soi.
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Durant les trois premières séances, ma patiente ne ressentait rien. Elle était tellement bloquée, qu’elle n’éprouvait aucun bien-être ni pendant ni après les séances. Je lui avais précisé que si tout se déroulait normalement, on pouvait espérer constater les premiers effets au terme de la cinq ou sixième séance. Ce qui lui permettait de ne pas douter prématurément du magnétisme. Avec elle aussi, pour renforcer mon travail, je faisais quelques séances de télépathie, durant quelques soirs au début du traitement. Le travail physique était important, mais il fallait à tout prix, éliminer les blocages dans son subconscient.
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Dès la quatrième séance cependant, les structures du problème étaient ébranlées. Après une demi-heure à peine de travail, ma patiente se libérait d’un gaz assez " odorant " ! Là, on ne pouvait vraiment pas parler de la moindre " préméditations " ! Dès lors, tout allait très vite. Après une pause indispensable, compte tenu du parfum environnant, je reprenais ma séance ; en même temps que ma patiente retrouvait un visage moins rouge. La pauvre ne savait plus où se mettre tellement elle avait été gênée par cette manifestation bruyante, mais ô combien salvatrice ! Pour preuve, quelques minutes seulement à peine après la reprise de la séance, et une dynamisation accrue sur l’intestin, elle faisait une seconde pause pour évacuer un premier bouchon.
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Elle a souffert le martyre pour n’extraire qu’une toute petite particule de déchets, mais elle était folle de joie. Voilà des mois qu’elle n’avait pas connu de tels instants. Ce qui bien entendu, favorisait la progression vers le résultat final. Car, et c'était flagrant et même spectaculaire chez cette patiente, le regain de confiance envers le magnétisme lui conférait une puissance et une efficacité accrues. Comme quoi, et je ne manquais de le faire remarquer à ma patiente, plus la personne s’investit, mentalement ou physiquement, plus elle contribue à sa guérison.
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L’indifférence ! Voilà bien le maître mot du malaise avec lequel j’allais devoir compter pour exercer mon activité. C'était sans doute pour me conforter dans mon amour pour ma Françoise ? Car effectivement, après ces séances épuisantes, je me laissais bercer par son charme enjôleur. Je prenais acte de cette disposition à son égard avec une réelle fierté. Physiquement, de part son état maladif et chétif, elle n'était vraiment pas ni attirante ni séduisante. Les joues creuses, le regard lointain, elle faisait même pitié. L'amour, encore plus fort, lui conférait un éclat merveilleux. En dépit de sa souffrance, elle rayonnait de tout son être. Du fond de ses entrailles, émergeait un courant affectif hors du commun.
Loin de m’apitoyer ou de la plaindre, je l’admirais. La lutte qu’elle menait imposait le respect et forçait l’adoration. Je l'aimais pour elle, et non pour ce qu'elle pouvait représenter. Elle était ma force, ma raison de vivre, mon oxygène. J’avais besoin d’elle, comme elle avait besoin de moi. L’osmose était quasi permanente. Pour ne pas me laisser embarquer dans le torrent fougueux de mon imagination, je délaissais mon envie d’élucider les mystères qui l’entouraient. J’abandonnais toute idée " d’enquête " à propos de ses malaises.
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Je me contentais, pour lui venir en aide malgré elle, de répandre certaines rumeurs auprès des patientes. Qui venaient uniquement dans le but de détruire notre couple. Elles étaient " parachutées " depuis le bureau de Françoise pour glaner les informations qu’elle ne diffusait plus à ses collègues. Mon épouse s’en était rendu compte. Presque naïvement, elle s’étonnait un soir de voir avec quel acharnement, sa principale subalterne cherchait à pénétrer notre vie intime.
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Mon corps avait grandement besoin de recevoir à son tour, autre chose que des vibrations négatives. Ce brin d'amour et de douceur hebdomadaire, me permettait d'en mesurer l'ampleur. C'était la première partie du message. La seconde, nous parvenait quelques jours plus tard. Une amie de ma masseuse, sénégalaise elle aussi, apportait à notre couple une régénération prodigieuse. De part sa force et sa foi, elle a su nous entourer de son amour et nous guider vers la lumière. Avec des mots simples, authentiques, elle occultait rapidement nos pensées négatives. Le Tout-Puissant était en train de préparer l'étape suivante.
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Bien loin de nous douter de quoi que ce soit, avec Françoise nous nous laissions entraîner dans ce tourbillon d'amitié. Avec notre amie, je reprenais confiance en moi. Elle souffrait le martyre avec son dos. Je l’ai prise en charge radicalement. La séance a duré plus de deux heures et par magie, elle n’avait plus la moindre douleur dorsale. Il faut dire que je n’avais pas lésiné sur l’énergie diffusée. Après les mouvements spécifiques de relaxation : berceau, étirement polaire, balancement du ventre, Chakras, je décidais de procéder à de nouvelles applications préconisées dans le livre de Gordon : " les polarisations de la force de vie ". Il en existe plusieurs.
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Très vite, j’occultais ma propre gène, et je commençais la séance. Le pouce et l’index de ma main gauche, en forme de " pince ", se plaçaient d’abord sur les occiputs. Je restais quelques minutes immobile, avant d’effectuer un léger balancement du bassin avec la paume de ma main droite ; le majeur restant posé sur le coccyx. Ma patiente et moi, ressentions parfaitement bien le courant d’énergie circuler entre le bassin et la nuque. Ensuite, je descendais ma main gauche de quelques millimètres le long de la colonne vertébrale. Le pouce et l’index étant placés à environ deux centimètres de la colonne. Je ne disais rien, mais j’étais subjugué en voyant " fondre " les contentions qui disparaissaient sous mes doigts. Mon amie quant à elle, ressentait par moment de violentes douleurs un peu partout dans le corps.
Les points sur lesquels j’étais en appui correspondaient à différents organes, ce qui justifiait totalement le ressentir à leur niveau. Délicatement, je poursuivais la polarisation le long de la colonne. Sitôt l’action achevée sur les points, je glissais sur les points suivants et ainsi de suite. Au terme de cette très longue série de " pontages ", j’étais épuisé. Le résultat en valait la peine. Non seulement ma patiente n’avait plus du tout la moindre douleur, mais elle pouvait émerveillée, se baisser sans éprouver le moindre inconfort.
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Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, ce soir là était marqué d'autres pierres blanches. Laissant parler mon cœur, je me proposais d'offrir une tournée de récitals avec ma poésie, au bénéfice d’œuvres caritatives locales. Le projet a été accueilli avec enthousiasme et déférence. Inutile de préciser qu'après le départ de nos amis, je me mettais à l'ouvrage. Fou de joie, je m'attelais à la tâche. Il fallait établir un programme et pour ce faire, élaborer une liste de textes. Ce qui n'était pas chose facile !
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Laissant vagabonder mon imagination fertile, je me couchais vers trois heures du matin. Pas pour longtemps ! A peine endormi, je faisais un bon dans le lit. Le Tout-Puissant venait de s'adresser à moi dans un rêve, comme Il avait pris l'habitude de le faire. Des images hautes en couleur, des paysages idylliques, et surtout, une très belle histoire ! En prenant soin de ne pas réveiller ma tendre épouse, je me levais pour développer le synopsis de ce que j'avais reçu comme message. Très vite naissait le premier scénario de film, dont l'histoire se déroulait au Sénégal, et que je baptisais " Le Puits de l'Enfer " !
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Le lendemain, sans doute pour m’aider à conserver le sens des réalités, je me trouvais confronté à un cas bien précis de traitement, qui me remettait en face de mes responsabilités. Rêver c’était bien, encore fallait-il ne pas négliger l’objet de ma mission. Le téléphone me sorti brusquement du lit. Il était un peu plus de dix heures, Françoise était depuis longtemps partie au bureau. C’était mon coiffeur. Il me demandait si je pouvais faire quelque chose pour sa maman qui se trouvait en vacances pour quelques jours chez lui. Il m’expliquait brièvement le but de sa démarche. La pauvre était atteinte d’eczémas purulent aux jambes.
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Immédiatement, je procédais aux premières impositions sur les foyers les plus actifs. Main droite au-dessus du genou, main gauche à l’opposé, j’enveloppais le mollet et descendais lentement jusqu’au pied. Je reprenais le même mouvement mais latéralement, mes mains disposées sur les côtés de la jambe. Au fur et à mesure que je progressais, ma patiente ressentait des brûlures intenses. J’effectuais à la suite des passes lentes, mes deux mains parallèles au-dessus des plaies, du genou au pied. J’enchaînais avec des impositions tournantes, suivant les mêmes positions que les premiers passages, mais en décrivant des petits cercles.
Je terminais cette phase, sur chaque jambe, avec un faisceau sur les cratères les plus actifs. L’effet de soulagement était presque immédiat en fin de séance sur les jambes. Ma patiente ne ressentait plus les irritations caractéristiques des démangeaisons. De plus, les douleurs avaient totalement disparu. Ce qui l’impressionnait davantage, c’étaient les picotements qu’elle avait pu ressentir dans tout le corps, essentiellement dans le ventre, le dos, et sur le crâne également. Poursuivant ma séance, j’effectuais le même travail sur le ventre et le thorax, puis la tête et les bras.
Je dynamisais le foie et les reins, avant de terminer par une ouverture des Chakras. Au terme de cette première séance, les boutons du ventre et du thorax avaient pratiquement disparu. Elle n’avait plus du tout de démangeaison, et éprouvait un mieux être certain. Les rougeurs des jambes étaient, elles aussi, considérablement atténuées. Après six séances en télépathie son fils m’appelait au téléphone, pour me signifier que sa maman avait retrouvé ses jambes de jeune fille. Tout était résorbé en totalité.
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Je me sentais de plus en plus dans ma peau de " fil conducteur ", rien d’autre. J’attribuais spontanément le résultat acquis au Tout-Puissant. Durant cette période c’est vrai, j’avais besoin de me déterminer face au magnétisme. Je désirais surtout m’identifier dans ma foi, autant que dans la nouvelle personnalité de l’homme qui muait. Ce n’était pas, comme le supputaient bon nombres de relations, un excès de modestie de ma part.
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D’une, il était indispensable que la personne soit prête. De deux, en aucun cas il ne fallait insister démesurément. De trois enfin, ce qui était valable pour une personne, ne pouvait en aucun cas servir de référence envers qui que ce soit d’autre. Chaque personne réagissant d’une manière différente, il était exclu de prétendre résoudre le même genre de dérèglement chez quelqu’un d’autre avec les mêmes mouvements.
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Il était temps pour moi, d'apprendre à utiliser les propres forces énergétiques des patients, pour les aider à surmonter leurs problèmes. Le travail que j'avais accompli jusqu'ici, devait être complété par des recherches préalables concernant l'état physique des personnes qui venaient me voir. Le soulagement, même partiel, pouvait être accru si d'emblée je localisais avec plus de précision l'origine de la dégénérescence énergétique. Je n'avais pas jusque là, fait confiance au pendule. En dehors de quelques recherches ponctuelles.
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La radiesthésie était pour moi une thérapie à part entière, et je ne voulais pas m'y intéresser. Instinctivement, au cours des trois premières séances, je m'étais orienté vers cette théorie. Après les ouvertures classiques et les mouvements de polarité déjà cités, j’effectuais des applications sur le départ des grands sciatiques. Main droite à plat sur le sciatique droit et main gauche sur l’autre nerf. Quelques picotements dans les jambes se faisaient sentir, mais la douleur perdurait. Après ces applications, je laissais glisser mes mains parallèles en imposition palmaire, du départ de sciatique au bas de chaque fesse.
Pour terminer le travail, je dynamisais les sciatiques : main droite sur le départ, et main gauche sur le pli du genou, une jambe après l’autre. Toujours pas d’amélioration notable. Avec les mêmes mouvements, quelques semaines auparavant, j’avais soulagé totalement un autre patient. Je ne comprenais pas. Pourquoi n'étais-je pas parvenu à le soulager alors ? Les gestes préconisés pour soulager les douleurs des sciatiques étaient-ils faux dans ce cas ? Pas du tout. Je faisais appel à mon instinct une fois de plus. Je devais modifier la trajectoire de mon magnétisme.
C'était en pensant à ma patiente venue au magasin et à son eczéma, que je prenais cette option. Pour ce faire, j’avais interrogé mon pendule. Je changeais la position de mes mains, confiant vis-à-vis des indications qu’il me donnait. Au lieu de laisser glisser le fluide de haut en bas, je le faisais remonter à contre-courant. Ma main droite au pli des genoux et la gauche sur les départs des sciatiques. Le résultat était immédiat. L'électrochoc, provoqué par le contre sens du magnétisme, dénouait l'espèce de nœud qui s'était formé sur le sciatique. Le petit claquement qui accompagnait ce soulagement, me rappelait ceux que j'avais entendus sur Françoise, quand je lui avais enlevé ses trois kystes abdominaux. Mon patient souffrait donc, c'était ma conclusion, d'un kyste à proximité du nerf sciatique. Dès lors, je prenais très au sérieux le travail d'investigation avec mon pendule. J'élaborais sommairement un questionnaire, qui me permettrait de poser toutes les questions relatives au dysfonctionnement du métabolisme de chaque patient.
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Quelques jours après le " miracle " accompli sur le député, Dieu m'adressait un patient qui a lui seul, résumait le bien fondé de l'évolution dans mon travail. Atteint d'une amyotrophie latérale, il était dans un état déplorable moralement, plus que physiquement. Bien que très affaibli dans son corps, avec une paralysie partielle du côté gauche, je sentais qu'il avait encore plus mal dans son cœur. Personne, dans son entourage, n'avait voulu connaître l'origine de cette maladie. Je savais, et l'indiquais clairement à mon patient, que mon action ne pourrait en aucun cas se substituer à la médecine. Néanmoins, j'acceptais de recevoir ce brave homme. N'était-ce que pour lui apporter le brin de chaleur et de tendresse, dont il était visiblement privé.
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Poursuivant sur ma lancée, après l'anamnèse, je faisais appel à mon pendule. Utilisant pour la première fois les planches anatomiques que Françoise m'avait offertes, je me lançais dans le défi. Mon questionnaire, m'orientait vers le cerveau du patient. Fasciné, autant que subjugué, je poursuivais mes recherches dans cette région. Au bout de vingt minutes, mon pendule me faisait comprendre que l'origine de la maladie impliquait essentiellement les commissures blanches antérieures et postérieures, le septum lucidum, le pressoir d'Hérophile, et le bulbe rachidien. A quel degré, et par quelle interaction ?
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En attendant le rendez-vous suivant au cabinet, je faisais tous les soirs des séances de télépathie à mon patient. Ne voulant prendre aucun risque, j'orientais mon fluide dans la région du cerveau en lui demandant de " neutraliser les blocages à l'origine de la maladie " ! Si mes recherches au pendule étaient exactes, le patient devait ressentir un léger mieux.
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Préparant la suite de ma séance, j’effectuais un très long berceau, suivi d’un étirement polaire important. Pour être certain de ne pas rencontrer d’obstacle majeur sur la moelle épinière, je procédais à une polarisation de la colonne. Après une friction énergique de mes mains entre elles, je plaçais ma main droite à plat sous l’ombilic. La paume de ma main gauche se positionnait sur la nuque de mon patient. Je terminais cette première phase par une imposition en faisceau tournant sur l’hypophyse, afin de stabiliser le système nerveux central.
Ensuite, je faisais part à mon patient du travail que j'allais faire. Je ne savais pas du tout quelles pouvaient être les réactions inhérentes aux impositions nouvelles, et immédiatement, il me donnait son accord. La confiance qui nous unissait était totale. Concentré, attentif, je débutais mes impositions. Mes mains ouvertes, parallèles à la tête, étaient placées à hauteur des tempes. Mon regard se focalisait sur le troisième œil de mon patient. Organe après organe, je me concentrais au maximum pour guider le magnétisme, là où je souhaitais le voir agir. Je dirigeais en pensée, le fluide bienfaiteur sur les parties du cerveau que j'avais écrites en gros caractères sur une feuille blanche, placée devant moi.
Pour ne pas être importuné par le téléphone, j'avais demandé à Françoise de l'arrêter pendant la séance. Informée de ce que j'allais tenter, elle m'avait encouragé au maximum. La séance a duré près de vingt minutes. Aucune douleur, en dehors de quelques picotements sur la tête et la jambe atteinte, ne perturbait celle-ci. Je transpirais comme jamais je ne l'avais fait. Mon patient était visiblement dans un état de bien-être absolu. Détendu, relaxé, il me regardait avec une tendresse inouïe. Son regard traduisait tout l'amour dont il était privé.
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Quelques instants plus tard, alors que je me trouvais dans la salle de bains pour me rincer les mains, j'entendais mon patient quitter la pièce. J'ouvrais la porte au moment où il passait. En le voyant marcher, presque normalement, j'ai bien cru que mon cœur allait me lâcher. Le miracle, car là, je pouvais spontanément parler de miracle, venait de se produire. Non seulement j'avais été au bout de mes craintes, mais en plus, Dieu me donnait l'image de son amour et de sa générosité. Mon patient ne boitait plus ! Il n'était pas en mesure d'effectuer un cent mètres, mais l'amélioration de son état de santé était réellement spectaculaire.
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En dépit de la précarité de sa santé, Françoise se montrait encore plus grande à mes yeux. Je voyais bien qu'elle souffrait, qu'elle était torturée du matin au soir. Tirant sur la corde au maximum, elle puisait une énergie hors du commun au plus profond de sa volonté et de son amour pour moi. D'apparence fragile et chétive, elle imposait son incroyable force de caractère. Pour ne plus remuer le couteau dans la plaie, je ne lui parlais de rien concernant mes doutes. Je faisais semblant de croire à sa version de l'excès de fatigue, et nous reprenions de plus belle nos projets de vacances au Sénégal.
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Ainsi, ce chef d’entreprise, au bord de la soixantaine. Pour lui, une pression artérielle moyenne quotidienne de 190 / 130 c’était " normal " ! ... Les douleurs paralysantes dont il se plaignait sur sa cuisse gauche, étaient sans doute le seul résultat d’un excès de travail ? Pour moi elles ressemblaient plus à une phlébite qu’autre chose... Mais je ne voulais pas le contrarier. Ajoutons-y une insomnie acquise, des violentes douleurs aux épaules, à la nuque, au bas du dos, sur le bras droit, et aux testicules chaque fois qu’il urinait, pour parfaire la présentation. Sans oublier naturellement, un transit intestinal pour le moins capricieux, des brûlures d’estomac, et des poussées de chaleur accompagnées de rougeurs au visage.
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J’indiquais à mon patient la méthode de travail que je comptais respecter : le système nerveux, l’hypertension, les problèmes digestifs, et enfin le reste de ses douleurs. En expliquant bien à mon patient, que l’on s’engageait pour un marathon et non pour un cent mètres. De sa sagesse à s’octroyer du repos, dépendrait en grande partie le résultat final. Pragmatique et logique, il me signifiait qu’au point où il en était depuis plus de cinq ans, il n’en était pas à une année près ! Je lui rétorquais que la résignation était pire que l’excès d’attente et d’espoirs démesurés. Sa remarque voulait dire en filigrane, qu’il ne croyait guère à la possibilité d’améliorer son état.
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Dès le lundi suivant, je commençais mes séances de relaxation pour amoindrir l’angoisse. En plus des mouvements " classiques " (Berceau, étirement, liaison immobile), je ponctuais mes séances par des mouvements spécifiques à cet état de tension : main droite à plat, à deux centimètres de la colonne, je descendais le long de cette dernière lentement jusqu’aux fesses ; mon patient étant assis sur un tabouret.
Ensuite, je terminais par une application avec ma main gauche, dans le but de le décongestionner, sur le plexus solaire (position Hétéronome). Les trois premières séances se sont déroulées selon la même technique de travail. Sans parler d’amélioration, il se sentait tout de même moins nerveux au terme de cette première série. Par contre, au cours de chacune d’elle, mon patient s’endormait comme un gros poupon. Ce qui ne faisait que confirmer son état de fatigue extrême.
La semaine suivante, mettant à profit ce léger mieux nerveux, je m’attaquais d’entrée à l’insomnie. Après une franche nuit de sommeil récupérateur, le corps serait plus capable d’affronter les périples inhérents à son activité. Je réitérais donc les séances de la semaine précédente dans leur intégralité, en y ajoutant quelques mouvements propres aux insomnies : les deux mains parallèles, les doigts bien écartés, je faisais une imposition au sommet du crâne durant cinq minutes environ. Ensuite, sans changer la position de mes mains, je descendais lentement le long de la colonne vertébrale, et je reprenais le mouvement depuis le sommet du crâne. Ensuite, pour terminer la séance, mon patient s’allongeait sur le dos.
Je posais mes deux mains à plat sur le crâne, et lui demandais d’effectuer des mouvements respiratoires lents et profonds : gonfler l’abdomen comme un ballon, puis la poitrine, et relâcher tout aussi lentement. Pour clore la séance, j’intégrais un nouveau mouvement de polarité, qui fait partie de mes séances : " La liaison front / nombril ". Poings serrés, le pouce dressé comme pour faire de l’auto stop. Je plaçais le pouce droit tendu verticalement (le reste du poing étant en l’air) sous l’ombilic, à environ deux centimètres de celui-ci ; soit sur le 2ème Chakra. Le pouce gauche, dans la même position que le droit, mais placé à deux centimètres du front, entre les arcades sourcilières.
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Après ces trois séances, nous pouvions nous rendre compte avec satisfaction des bienfaits acquis. Pour la première fois depuis longtemps, la pression était descendue à 160 / 90. Le sommeil s’était amélioré, la plupart des douleurs périphériques étaient presque atténuées entièrement.
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Le scepticisme exacerbé du début, s’il était légitime, s’effaça progressivement de son esprit. Nos rapports étaient plus conviviaux. Je faisais encore trois autres séances semblables aux dernières, pour conforter le mieux être acquis. Au terme de ces neuf premières séances, l’insomnie, les douleurs d’estomac, les rougeurs, les bouffées de chaleur, les douleurs aux épaules et dans le dos avaient totalement disparu. La pression sanguine se stabilisait autour des 150/80 en fin de séance. Je ne jugeais donc pas nécessaire d’intervenir spécifiquement sur le système sanguin. Pour le transit intestinal, après six séances identiques à celles effectuées sur ma patiente précédente les résultats dépassaient nos espérances.
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Quelques jours plus tard, alors que j’avais terminé mes soins avec ce chef d’entreprise, j’accueillais à mon cabinet le fils d’une de mes patientes. Avec lui, une fois de plus, je me trouvais confronté à une série de problèmes psychosomatiques ayant entraîné un dysfonctionnement général du métabolisme. Le poids tout d’abord. Le jeune homme avait, selon sa maman, pris plus de trente kilos en six mois. Il était très grand oui, mais bien enveloppé ; je ne pouvais pas le nier.
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Je débutais mes séances en intervertissant la méthode chronologique, établie jusqu’ici. Défiant presque les règles préconisées par plusieurs ouvrages, je commençais par une application, main droite à plat sur le 7ème Chakra. Pour ce faire, je m’asseyais à la tête du patient afin de tenir, sans éprouver d’inconfort, le plus longtemps possible. Au bout de quelques minutes, les premiers gargouillis se faisaient entendre. Je me plaçais alors debout sur le côté gauche du patient. Ma main droite toujours en application sur le Chakra crânien, je mettais ma main gauche à plat successivement sur le 5ème puis le 3ème Chakra.
J’escomptais durant ces positions, rétablir le courant cosmique. Hélas, après cinq minutes sur les deux Chakras, rien ne se passait. Je me mettais sur la droite de mon patient et avec ma main droite, et je refaisais les mêmes mouvements sur la Thyroïde et le Plexus Solaire, la main bien à plat doigts écartés. Les résultats n’étaient guère mieux, mais quand même, nous avions perçu l’un et l’autre les premières vibrations. Je recevais trois fois par semaine le jeune homme.
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Dès la septième séance, j’accentuais mon action en travaillant sur les bras et la main gauche principalement. Application descendante le long du bras, puis tournante sur la main, faisceau traversant sur la main, liaison immobile. Dès la fin de la 8ème séance, les choses évoluaient considérablement. Mobilité quasi totale de la main, fourmillements neutralisés, insomnie pratiquement résorbée, et surtout, le moral donnait des signes très encourageants de stabilité.
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La date de notre premier anniversaire de mariage approchait à grands pas. Le temps passait à une vitesse vertigineuse. Compte tenu des restrictions budgétaires, nous passions le plus clair de notre temps au bord du lac. Équipé comme un professionnel... Non, disons comme un bon amateur... A défaut de bateau nous pêchions depuis les berges. Françoise avait pris goût à ce sport vraiment divin. Elle n'aimait pas c'est vrai, et détestait même, accrocher les vers à l'hameçon ou encore, détacher les poissons qui daignaient mordre à sa canne.
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Plus nous réduisions nos dépenses, plus je sentais l'état de santé de Françoise s'améliorer. L'argent était bel et bien le maître mot de cette énigme. Je faisais et refaisais mes comptes, et je n'arrivais toujours pas à saisir le pourquoi de cette crainte épidermique. Néanmoins, je me gardais bien de l'en informer. Tous les soirs ou presque, après la séance quotidienne de magnétisme, nous prenions notre dîner en tête-à-tête. Ensuite, pour terminer la soirée, je récitais mes poèmes. Il fallait que je répète avant tout.
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La semaine précédent le départ pour le Sénégal, je n'avais pris aucun rendez-vous. Françoise étant en vacances, nous en profitions pour préparer le voyage mais aussi et surtout, pour lui redonner un semblant d'allant. Le grand jour arrivait ! Je voyais bien que le visage de ma pauvre Françoise ne traduisait pas l'euphorie, loin s'en fallait ! Elle se forçait à sourire, dissimulant très mal son envie de pleurer. Du mieux que je pouvais, j'essayais de lui changer les idées. Les boutades ne manquaient pas, à l'appartement et durant tout le trajet jusqu'à l'aéroport. En plus des prémices à une nouvelle vie, à laquelle nous commencions à croire, jamais depuis plus de quinze ans je n'avais pris de vacances.
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Elle réalisait que son mutisme risquait de me rendre plus méfiant envers les problèmes qu’elle traversait. Je la laissais un instant dans sa méditation. J'en profitais, avant d'arriver à l'aéroport, pour repenser à tous ces événements. Je préférais, pour être en paix avec ma conscience, essayer de chasser de mon esprit l'envie de faire la lumière. Elle était consciente de ma lucidité envers certains de ses " amis " ou relations de travail. Prudent, je l’avais convaincue d’éliminer la plupart d’entre eux, jugeant leur présence en tout point néfaste et nuisible à notre couple. Nous n'avions pas besoin de nous montrer hypocritement dans un groupe de prières, pour rendre grâce ni vénérer et adorer Le Tout-Puissant.
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Notre séjour en terre sénégalaise, n'a pas été une réussite en soi. Certes, j’avais pour ma part rencontré beaucoup de personnages intéressants, et profité au maximum de mon séjour. Pour des raisons de congés scolaires, le récital n’avait pas pu se dérouler. La plupart des étudiants, durant cette période, désertaient leur pays. Si je précise que j’ai profité pleinement de mes vacances, ce n’est pas par excès d’égoïsme et pour écarter ma tendre épouse, bien au contraire. C’est précisément pour la valoriser maintenant. Car, du premier au dernier jour de notre séjour à Dakar, elle n’a profité de rien. Elle me suivait, telle un automate, en dissimulant du mieux qu’elle pouvait les angoisses qui la torturaient. J’étais aveugle. A aucun moment je n’ai pas décelé la moindre anomalie dans son comportement. Plongé dans mes rêves, je découvrais émerveillé tout ce que j’avais décris dans mon scénario, à quelques variantes près. Le plus haut sommet à Dakar, culmine à.... 500m d’altitude : sur le plateau des Mamelles !
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Les yeux perdus dans cet univers abstrait qui l’enveloppait de son néant silencieux, elle m’implorait sans oser me parler pour ne pas briser mon bonheur. Comble de malchance, à deux jours de notre retour, j’attrapais la malaria ! Sur le moment, je ne comprenais pas pourquoi après tant de joie, Le Tout-Puissant ternissait un aussi beau séjour. Je crois qu'Il me punissait d’avoir été si égoïste. Effectivement, affaibli, tout en appréciant l’extrême dévotion de mon épouse adorée, je prenais le temps de voir dans quel état elle se trouvait. Au bord de l’effondrement, elle veillait sur moi, allumait mes cigarettes, me préparait les médicaments, avec un amour et une douceur qui me perforaient le cœur. Que se passait-il donc ? Allais-je enfin comprendre ce qui la torturait au point de l’affaiblir bien plus que je ne l’étais à cause de la maladie ?
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Du mieux que je pouvais, sans la brusquer ni la choquer, j’essayais de la faire parler. Elle devait crever son abcès. Guidé par une sorte de sixième sens, je m’aventurais sur les sentiers tortueux de son travail. Immédiatement, elle réagissait. Comme quoi, et j’en obtenais la certitude, il se tramait bien quelque chose contre elle. Les réactions épidermiques systématiques, sitôt qu’on abordait l’aspect relationnel au bureau, me confortaient dans mon jugement premier. Si j’avais eu besoin d’une preuve, elle m’en offrait une et de taille.
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FIN DU TROISIÈME CHAPITRE
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