LES YEUX D'UN CRUR
... La nuit qui vous entoure d'un éternel obscur
Vous prive des regards portés avec les yeux
Sur l'horizon fuyant d'une verte Nature
Négligée par les sots qui se croient malheureux ...
Dignement sans gémir vous acceptez le sort
Qui vous a isolés dans un profond néant ;
Inhumaine frontière que l'égoïsme ignore
Solitude et chagrin dans ce désert brûlant ...
Pour vous pas de soleil encore moins de ciel bleu !
Les couleurs de la vie brillant de mille éclats
Jamais ne parviendront à égayer vos yeux
Enfermés dans le noir qui ralentit vos pas ...
Vous refusez pourtant de blâmer le destin
Que vous n'accablez pas malgré votre fardeau ;
Les pièges sont nombreux sur ce morne chemin
Étalant sous vos pieds son sinueux manteau ...
Mais votre volonté vous permet de sourire
Et de vous affirmer en dépit des tourments ;
La vie devient chanson qu'un Ange sur sa lyre
Fredonne dans vos cSurs qui s'ouvrent pleinement ...
Ce jardin merveilleux qu'au monde vous offrez
Exemple de douceur et de bonté sans fin
Devrait permettre aux gens voulant encore aimer
De se mettre à genoux et vous tendre la main ...
Vous ne pouvez pas voir la couleur de la peau
L'habit ou la beauté des gens qui vous entourent ;
Des modestes logis aux fabuleux châteaux
Pour vous rien ne diffère partout aux alentours ...
Rien ne vous influence en aucune façon
Quel que soit le degré d'hypocrisie masquée
Peaufinée par les gueux vivant de corruption
Méprisant les valeurs d'honneur et de fierté ...
La voix de l'être humain pareille au chant d'oiseau
Vous permet de juger sans le moindre artifice ;
Lorsque le son est pur dans vos cSurs il fait beau
Et confiants vous tendez vos mains tendres et lisses ...
... Il n'y a pas je crois de plus triste néant
Que celui dans lequel l'égoïsme conduit ;
Il n'y a pas non plus d'avenir éclatant
Pour les cSurs sans valeur qui n'ont jamais fleuri ...
1984